Yonne Lautre

« Ainsi finit la vie et commence la survie » par Chef Seattle

Tribu Suwamisch États Unis 1855
vendredi 11 février 2005 par Yonne Lautre

AINSI FINIT LA VIE ET COMMENCE LA SURVIE

Le Grand Chef nous fait dire qu’il désire acheter notre terre.

Le Grand Chef nous envoie également des paroles d’amitié et de bonne
volonté. Nous apprécions cette gentillesse car nous savons combien peu
lui importe, en retour, notre amitié.

Nous allons considérer son offre, car
nous savons que, faute de le faire, l’homme blanc pourra venir avec ses
ses armes de feu et s’approprier nos terres.

Le Grand Chef pourra se
fier aux paroles du Chef du peuple à la peau rouge avec la même certi-
tude que nos frères blancs peuvent avoir dans le retour des saisons.

Mes paroles sont immémoriales comme les étoiles.

Comment pouvez vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la
terre ?

Cette idée nous parait étrange. Nous ne sommes maîtres ni de la
fraîcheur de l’air, ni du scintillement de l’eau.

Comment pouvez vous
nous les acheter ? Nous en déciderons en temps opportun.

Vous devez savoir que chaque particule est sacrée pour mon peuple.
Chaque feuille resplendissante, chaque plage sablonneuse, chaque
brouillard dans le bois obscur, chaque clairière et chaque insecte avec
son lourd bourdonnement sont sacrés dans la mémoire de mon peuple.
La sève qui circule dans les arbres porte les souvenirs de l’homme à la
peau rouge. Les morts de l’homme blanc oublient leur terre natale
lorsqu’ils vont cheminer parmi les étoiles. Nos morts n’oublient jamais
cette belle terre, car elle est la mère de l’homme à la peau rouge.

Nous
faisons partie de la terre et elle fait partie de nous.

Les fleurs odorantes
sont nos sœurs, le cerf, le cheval, l’aigle majestueux sont nos frères.
Les crêtes rocheuses, la sève des prairies, la chaleur du corps du
poulain, et l’homme, tous appartiennent à la même famille.

C’est pour
cela que lorsque le Grand Chef nous fait dire qu’il désire acheter nos
terres, il demande beaucoup.

Le Grand Chef nous fait dire qu’il nous réservera un lieu pour que
nous puissions y vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et
nous ses enfants. C’est pour cela que nous considérons son offre
d’acheter nos terres.

Mais cela ne sera pas facile car ces terres sont
sacrées pour nous.

L’eau scintillante qui coule dans les rivières et les
estuaires, n’est pas seulement de l’eau, mais le sang de nos ancêtres.

Si nous vous vendons ces terres, vous devrez vous souvenir qu’elles sont
sacrées et vous devrez enseigner à vos fils qu’elles le sont et que
chaque reflet fantomatique dans les eaux claires des lacs raconte les
évènements et les souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de
l’eau est la voix du père de ma mère. Les fleuves sont mes frères et sont
vos frères ; vous devrez désormais traiter les fleuves avec la gentillesse
que vous montreriez envers n’importe quel frère.

Nous savons que
l’homme blanc ne comprend pas notre façon d’être. Peu lui importe un
morceau de terre ou l’autre ; parce qu’il n’est qu’un étranger qui arrive
durant la nuit pour extraire de la terre ce dont il a besoin.

LA TERRE
N’EST PAS SA SOEUR, C’EST SON ENNEMIE.

Lorsqu’il l’a conquise, il
l’abandonne et poursuit son chemin. Il laisse derrière lui les sépultures
de ses parents et cela lui importe peu. Il oublie la tombe de son père et
les droits de ses enfants. Il traite sa mère la terre, et son frère le ciel,
comme si c’étaient des choses qu’on peut acheter, saccager et
vendre, comme si c’était des moutons ou de la verroterie.

SON APPETIT
INSATIABLE DEVORERA LA TERRE ET NE LAISSERA DERRIERE LUI
QU’UN DESERT.

Je ne comprends pas ça. Notre façon d’être est différente
de la votre.

La vue de vos villes fait mal aux yeux des hommes à la peau
rouge. Mais peut-être est ce ainsi parce que l’homme à la peau rouge est
un sauvage et ne comprend pas les choses. Il n’y a aucun endroit
tranquille dans les villes de l’homme blanc, aucun lieu où l’on puisse
écouter se déployer les feuilles au printemps ou se frôler les ailes d’un
insecte.

Mais peut-être est ce parce que je suis un sauvage et que je ne
peux pas comprendre les choses. Le bruit de la ville parait insulter les
oreilles. Et quel genre de vie est ce donc lorsque l’homme n’est pas
capable d’écouter le cri solitaire d’une gorge, ou la discussion nocturne
des grenouilles autour de la lagune ? Je suis un homme à la peau rouge
et je ne le comprends pas.

Nous, les Indiens, nous préférons le doux son
du vent qui caresse le visage du lac ou l’odeur de ce même vent purifié
par la pluie de midi ou parfumé par la fragrance des pins.

L’air est
quelque chose de précieux pour l’homme à la peau rouge car toutes les
choses partagent le même souffle : L’ANIMAL, L’ARBRE ET L’HOMME.

Le blanc parait ne pas sentir l’air qu’il respire. Tel un homme qui,
agonisant depuis des jours, est devenu insensible à la puanteur. Mais si
nous vendons nos terres, vous devrez vous souvenir que l’air est
précieux pour nous, que l’air partage son esprit avec toute la vie qu’il
nourrit. Et si nous vous vendons nos terres, vous devrez les laisser
intactes et conserver leur caractère sacré, comme un lieu où l’homme
blanc pourra venir savourer le vent adouci par les fleurs de la prairie.

Nous considérons votre offre d’acheter nos terres.

Si nous
décidons de l’accepter je mettrai une condition : que l’homme blanc
traite les animaux de cette terre comme des frères. Je suis un
sauvage et je ne comprends pas un autre mode de conduite. J’ai vu des
milliers de bisons en train de pourrir dans la prairie, abandonnés là par
l’homme blanc qui leur avait tiré dessus depuis un train en marche.
Je suis un sauvage et je ne comprends pas comment le fumant cheval de
vapeur peut-être plus important que le bison que nous ne tuons que pour
pouvoir vivre. Qu’est ce que l’homme sans les animaux ?

SI TOUS LES
ANIMAUX DISPARAISSAIENT, L’HOMME MOURAIT DANS UNE GRANDE
SOLITUDE D’ESPRIT.

Car tout ce qui arrive aux animaux demain arrivera
aussi à l’homme. Toutes les choses sont reliées entr’ elles. Vous devez
enseigner à vos fils que le sol sous leurs pieds est la cendre de leur
Grands-parents. Pour qu’ils respectent la terre vous devez dire à vos fils
ce que nous avons enseigné aux nôtres : que la terre est notre mère. Tout
ce qui affecte notre mère affecte les fils de la terre. Lorsque les hommes
crachent sur le sol c’est sur eux mêmes qu’ils crachent.

Il y a une chose que nous savons : la terre n’appartient pas à
l’homme c’est l’homme qui appartient à la terre.

L’homme n’a pas tissé la
toile de la vie : il n’en est qu’un fil. Tout ce qu’il fait à la toile, il se le fera
à lui même.

Ce qui arrive à la terre arrivera aussi aux fils de la terre.

Nous le savons. Toutes les choses sont reliées comme le sang qui nous
unit à une famille. Même l’homme blanc, avec son Dieu qui marche à
ses cotés et discute avec lui comme avec un ami, ne peut être exempt
du destin commun.

PEUT ETRE SOMMES NOUS FRERES, APRES TOUT.
Nous verrons bien.

NOUS SAVONS QUELQUE CHOSE QUE L’HOMME
BLANC DECOUVRIRA PEUT-ETRE UN JOUR : c’est que notre Dieu est
le même que son Dieu. Maintenant sans doute pensez vous en être les
maîtres tout comme vous désirez devenir les maîtres de nos terres :
mais vous ne le pourrez pas l’être. Il est le Dieu de l’Humanité et sa
compassion est la même pour l’homme à la peau rouge et pour
l’homme blanc. Cette terre est précieuse pour lui ; y faire des dégâts
signifie montrer du mépris envers son créateur. Le temps des hommes
blancs aussi passera, peut-être même avant celui des autre tribus.

SI VOUS CONTAMINEZ VOTRE LIT VOUS MOURREZ
UNE NUIT SUFFOQUES PAR VOS PROPRES DECHETS.

Mais même à votre dernière heure, vous vous sentirez illuminés à la
pensée que Dieu vous à conduit sur ces terres et qu’il les a placées
sous votre autorité, ainsi que l’homme à la peau rouge, avec une
intention spéciale. Un tel destin reste un mystère pour nous ; parce que
nous ne comprenons pas ce qu’il adviendra lorsque les bisons auront
été exterminés, lorsque les chevaux sauvages auront été domptés,
lorsque les coins les plus secrets des bois exhaleront l’odeur de
nombreux hommes et lorsque la vue sur les vertes collines sera fermée
par un essaim de fils de fer parlants.

Où est l’épais bois ? Il a disparu.

Où est l’aigle ? Il a disparu.

AINSI SE TERMINE LA VIE ET COMMENCE LA SURVIE.

Chef SEATLLE

Tribu Suwamisch

États Unis 1855


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