Yonne Lautre

Les conditions faites aux jeunes apprentis dans l’Yonne en question

mercredi 27 avril 2016 par Nuit debout Auxerre

Entretien d’une apprentie icaunaise avec un des animateurs de la Nuit debout Auxerre

Quelle formation suivez-vous en apprentissage ?

Je suis en CAP vente

Quel est votre parcours scolaire avant l’apprentissage ?

J’étais en 3ème générale

Pourquoi avoir choisi la formation en alternance ?

J’ai choisi la formation en alternance parce qu’étant une fille active, je ne me voyais pas continuer les cours, je voulais un diplôme, mais j’avais envie de travailler, découvrir et apprendre le métier sur le terrain.

Quel est votre salaire aujourd’hui ?

Très petit salaire pour une personne considérée comme salariée et non étudiante. Il tourne autour de 714€ quand je fais mes heures normales (35h/semaine)

Est-ce que vous pensez faire le même travail qu’un salarié « normal » ?

Oui, tout à fait, j’en fais tout autant. J’apprends tout du métier et je le mets en pratique tout comme eux le font.

Vous sentez-vous bien considérée en tant qu’apprentie ? Par votre employeur, par le CIFA, par vos collègues de travail ?

A l’heure actuelle (sans parler de la question financière) je suis bien considérée dans mon entreprise et par mes collègues, ce qui n’a pas toujours été le cas dans mes expériences précédentes.
Concernant le Centre de Formation, tout dépend du formateur et du personnel administratif...

Pensez-vous que les apprentis sont bien informés sur leurs droits de travailleurs ?

Pas assez. Nous avons des cours de droits, certes , et d’économie, mais, par exemple, en droit, on a beaucoup parlé des prud’hommes parce que cela nous concerne directement. Mais quand un patron dérape et que l’on veut se défendre aux prud’hommes cela nous est déconseillé, ils nous disent que ça peut nous porter préjudice et que l’on a de toutes manières peu de chance de gagner…. L’argent les sauve de tout…

Êtes-vous syndiquée ? Connaissez-vous des apprentis qui le sont ?

Non, je ne le suis pas et je ne connais aucun autre apprenti qui le soit.

Vous sentez-vous bien soutenue par vos profs, vos formateurs ? Par votre administration ?

J’ai rarement eu affaire à l’administration du Centre d’apprentissage. Mais ils sont peu arrangeant quand il s’agit de payer ou quand on est malade même une journée. Ils savent forcément que l’on est obligé de payer le médecin et d’avoir un arrêt maladie. Les formateurs écoutent, mais jamais je me suis sentie aidée.

Quelles sont les plus grandes difficultés que vous avez rencontrées en commençant votre apprentissage ? Et quelles difficultés rencontrez-vous aujourd’hui ?

Pour mon premier apprentissage j’avais 16 ans, j’étais timide et j’avais envie de découvrir. Ma première entreprise, j’y suis restée 2 mois mais ça a été les 2 mois les plus longs de ma vie !
Ils me faisaient sans cesse faire le ménage et ranger la réserve etc. et quand je faisais « mal » quelque chose, c’était un rabaissement moral constant. .. J’allais au boulot avec une boule au ventre et je pleurais sans cesse. J’ai fini par partir.
Ma deuxième entreprise, j’y suis restée 8 mois et le patron avait les mains balladeuses facilement. Il faisait des blagues salaces aussi, sur mes formes…

Avez-vous connaissance de problèmes que peuvent rencontrer des apprentis avec leurs patrons ? Quels types de problèmes ? Est-ce que ces problèmes sont pris en compte par l’administration du CIFA et par l’équipe enseignante ?

Oui, j’en ai eu connaissance. Comme je le disais juste avant, il y a des patrons qui ne se gênent pas pour toucher ou effleurer des endroits intimes des jeunes de 16 et 17 ans. A cet âge là, l’âge où on découvre, on en parle forcément entre nous pour arrêter ce harcèlement sexuel et moral… mais petit à petit c’est comme si tout était naturel… personne ne bouge ! Ni les formateurs qui le savent, ni l’administration et même pas la CCI (Chambre du Commerce et de l’Industrie) non plus. Alors ça continue à défiler…. À ruiner la vie de jeunes filles qui sont perdues et qui ne savent plus quoi faire par peur de tout perdre. Parce que trouver un patron de nos jour, il faut s’accrocher !

Souhaitez-vous continuer l’apprentissage après votre premier diplôme ?

Oui, je le souhaite, si un patron me le permet, en Bac Pro Commerce. C’est difficile parce que j’ai la vingtaine et qu’ils m’estiment « trop chère » malgré toutes les aides qu’ils touchent…

Pourquoi souhaitez-vous vous investir dans la lutte contre la loi travail, dans les mouvements citoyens comme « Nuit debout » etc. ?

Parce que si cette loi passe, les apprentis vont plonger avec tous les salariés. On est plus que jamais concernés. Nous ne sommes pas assez valorisés je pense. Il faut du courage pour travailler à 16 ans et se lancer dans l’inconnu, assumer comme un adulte. Certain-e-s ont même des appartements et on ne vit pas, mais on survit.
On vaut mieux que ça, il est temps d’enlever les œillères et regarder ce qu’il se passe réellement dans le monde de l’apprentissage.


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