Yonne Lautre
Une parabole parodique V1.1.

« Une petite Faim » par Patrick Sinz

Les licences et les brevets logiciels expliqués à tous.
vendredi 16 décembre 2005 par Sensor

« Une petite Faim »
Les licences et les brevets logiciels expliqués à tous.
Une parabole parodique V1.1.

Patrick Sinz

Remerciement à Rosaire et Brigitte.

Personnages :

● Le manager de BeurkBurger « Le Bougrement Bon Burger » (les bougres)

● La cliente

● Sa copine

● La cuisinière du « bienvenue chez moi » (petit restaurant local ayant bien des soucis
avec le propriétaire des murs de son local, mais ceci est une autre histoire)

● Le manager de Pouletpleind’hormones « Le restaurant qui vous en donne toujours
plus » (mais ne cherchez surtout pas à savoir quoi).

● L’avocat de l’association des restaurateurs sérieux (membres fondateurs, bienfaiteurs
et directeurs exécutifs BeurkBurger INC et Pouletpleind’hormones INC, membres
décoratifs : les autres)

La cliente et sa copine sont dans la rue, à coté d’un parc :

Cliente T’as faim ?

Copine Un peu

Cliente Ah, un Beurkburger ! allons acheter un délicieux sandwich et mangeons le dans le
parc

Copine D’accord.

La cliente et sa copine entrent dans le Beurkburger.
Le manager Bonjour et bienvenues !

Cliente Bonjour, je voudrais un délicieux sandwich.

Le manager 10€ s’il vous plaît pour un « Bougrement bon burger », avec des frites

Cliente Voilà

Le manager Signez ici s’il vous plaît

Cliente  ?!!?

Le manager Et ici aussi s’il vous plaît

Cliente Mais pourquoi ?

Le manager Et bien pour utiliser votre sandwich

Cliente Mais je ne comprends rien à ce qui est écrit

Le manager Ne vous inquiétez pas c’est écrit par nos avocats dans votre intérêt afin que vous
puissiez profiter au mieux de votre sandwich.

Cliente Et là je ne comprends même pas la langue

Le manager C’est du Moldave Transdniestrien, c’est le pays du siège social de Beurkburger,
mais ne vous inquiétez pas c’est écrit par les mêmes avocats très gentils de notre
sympathique et très respectée société.

Cliente Et si je ne signe pas vous ne me donnez pas mon sandwich ?

Le manager Ni les frites d’ailleurs

Cliente Alors vous me rendez mon argent ?

Le manager Rire sardonique
De toute façon ce n’est jamais arrivé, tout le monde signe.

Copine J’ai faim

Cliente Bon d’accord

Elle signe

Le manager Voici voilà votre délicieux « bougrement bon » sandwich

La copine et la cliente sortent, s’assoient dans le parc, le manager les suit.

Cliente T’as une assiette ?

Copine Voilà

La cliente met des frites dans l’assiette de la copine

Le manager Qu’est ce que vous faites ?

Cliente Ben on mange ...

Le manager Vous avez mis des frites dans une assiette non enregistrée avec Beurkburger

Cliente Ben alors, je les ai payées les frites

Le Manager Mais non, vous avez payé un droit d’utilisation des frites avec l’assiette de notre
partenaire que nous vous avons fournie ; vous n’avez pas le droit de changer
d’assiette comme ça.

Cliente Vous voulez dire que je dois utiliser les assiettes de vos partenaires ?

Manager Évidemment

Cliente Et mon assiette ?...

Manager Pas un partenaire à nous

Cliente Et si je veux acheter une autre assiette d’un de vos partenaires ?

Manager Elles ne sont vendues qu’avec nos plats

Cliente Bon, ben heu tu prends le sandwich dans son assiette et moi les frites.

Copine heu, ... Ok

Manager Qu’est ce que vous faites ?

Copine Ben je passe mon sandwich à ma copine

Manager Mais vous ne pouvez pas

Copine Mais je l’ai ...

Manager Payé ? Pas du tout, vous avez un droit d’usage personnel non transmissible, vous
devez le manger vous même, par contre vous pouvez donner la boite vide à votre
copine.

Cliente Alors si je mange mes frites et donne l’assiette vide à ma Copine, je peux mettre
mon sandwich dedans et lui donner.

Manager Ha !... on se prend pour une petite maligne, mais ça ne marche pas : nos avocats
ont tout prévu dans votre intérêt bien évidemment. Le sandwich n’est licencié que
pour l’usage dans cette boite, par vous.

Cliente Et si je veux un paquet de frites pour mon assiette ?

Manager C’est plus cher, 20€ pour les frites plus 10€ par utilisateur supplémentaire.

Copine J’ai plus faim, mange avant que cela refroidisse.
...

Cliente Bon je suis désolée.

La cliente ouvre le sandwich et regarde à l’intérieur

Le manager Mais, qu’est ce que vous faites ?

Cliente Ben je regarde ce qu’il y a dans le sandwich, j’hésite entre le sel et la mayonnaise
comme condiment.

Le manager Mais vous n’avez pas le droit, c’est secret, vous n’avez que la licence d’usage pour
manger, c’est interdit de regarder vous pourriez deviner comment c’est fait, et
faire du « retro-recettage », c’est strictement interdit.

Cliente Mais comment je fais pour choisir entre le sel et la mayonnaise ?

Le Manager Voici une brochure explicative qui vous permettra de choisir au mieux de vos
intérêts quel est le meilleur condiment pour vos besoins

Cliente Mais sur votre brochure vous ne parlez que de ketchup et sauce barbecue

Manager Et ...

Cliente Moi j’hésite entre le sel et la mayonnaise

Manager Nous ne produisons pas de sel ni de mayonnaise pour l’instant, mais nous allons
bientôt sortir mayo+ pour vous fournir la meilleure expérience gustative pour
votre plaisir le plus intense, en attendant nous déconseillons l’usage de
condiments non certifiés par notre institut de vérification du bon condimentage.

Cliente Mais j’ai déjà le sel et la mayonnaise

Manager BeurkBurger ne recommande pas l’usage de produits non référencés par
BeurkBurger, et votre support médical pourrais être caduque en cas de mélanges
douteux..

Cliente J’ai plus faim non plus.

Manager Merci d’avoir acheté chez BeurkBurger, revenez quand vous voulez.

La cliente et sa copine voient en face un petit restaurant appelé « bienvenue chez moi »

Copine Dit La, « bienvenue chez moi », ça à l’air pas mal, non ?

Cliente De toute façon ça peut difficilement être pire.
La cliente et sa copine vont chez la cuisinière de « bienvenue chez moi »

La cliente Bonjour, nous avons très faim,

Cuisinière Un petit sandwich peut-être ?

Copine Volontiers, avec des frites

Cuisinière Pas de problème je vous prépare ça.

L’avocat Dites-moi madame la cuisinière, vous n’avez pas mis de la viande entre deux
morceaux de pain ?

Cuisinière Ben si, pourquoi ?

L’avocat Vous ne pouvez pas.

Cuisinière,
Copine,
Cliente
En choeur : Mais pourquoi ?

L’avocat Permettez moi de me présenter, je suis l’avocat de l’ARS, l’association des
restaurateurs sérieux.
Je suis la pour vérifier que les droits de mes clients, heu je veux dire membres
sont bien respectés.

Sourire éclatant dents bien brillantes.

L’avocat Et la je vois que vous n’avez pas de licence pour le brevet de mise de bon miam
miam entre deux morceaux de pain, déposé par le restaurant très sérieux
BeurkBurger.

Cuisinière Mais je fais comme ça depuis des années et ma maman aussi.

L’avocat Vous devez vous tromper, de toute façon ça nous fait un tort grâve, si vous
continuez on va demander à un tribunal d’interrompre votre opération

Cuisinière Mais tout le monde fait ça

L’avocat Oui c’est normal, un sandwich standard c’est du miam mian entre deux morceaux
de pain, c’est défini par l’organisation internationale de standardisation
commerciale de la nourriture, afin de garantir les meilleurs standards de nutrition
et de compatibilité entre les différents fournisseurs de repas.

Cuisinière Ben si c’est standard pourquoi je dois avoir une licence ?

L’avocat C’est une licence « Raisonnable et non discriminatoire » (RAND) : pour 5%
seulement de votre chiffre d’affaire, sous réserve d’utiliser les mêmes normes
d’usage de la licence que l’ayant droit, et de le tenir au courant, vous pouvez alors
envisager de continuer à faire des sandwichs.

Cuisinière Je comprends pas : c’est quoi les mêmes normes, et je dois vous tenir au courant de
quoi ?

L’avocat Pas l’ARS voyons mais demandez donc à la direction de notre membre
« BurkBurger »

Manager Mais c’est pourtant très simple : vos sandwichs doivent être non transmissibles,
dédiés à une assiette précise, et évidemment chacun de vos clients doit prendre
une licence chez nous, et passer préalablement chez nous pour nous fournir, son
nom, adresse, numéro de téléphone, quantité de sandwich désirés, etc ....

Cuisinière Mais c’est scandaleux !

Manager Mais pas du tout, c’est standard, et n’oubliez pas de prendre une licence pour la
feuille de salade que je vois dans votre sandwich

Cuisinière Gh ????

Manager Oui la feuille de salade ce n’est pas standard comme bon miam miam, il faut une
autre licence.

Cuisinière Et c’est combien ?

Manager Excellente question, n’étant pas standard nous n’avons pas besoin d’être
raisonnable et non discriminatoire donc pour vous c’est 50% de votre chiffre
d’affaire.

Cuisinière Mais c’est pas possible, je vais me défendre !!

Manager Comme vous voulez, cela ne devrait pas prendre plus de cinq à dix ans,
évidemment pour éviter de faire du tort à une excellente compagnie vous ne
devriez pas vendre de sandwichs pirates ou contrefaits pendant ce temps là.

Cuisinière Mais je vais faire faillite.

Manager Oui, surtout que si par erreur vous gagniez votre procès, nous avons pleins
d’autres recettes brevetées que vous aurez bien du mal à éviter d’utiliser.

Cuisinière En clair vous voulez que j’arrête la cuisine.

Manager Mais non, vous pourriez devenir une franchisée, cela serai bien mieux, revendez
nos « bougrement bon sandwich » sandwichs et vos soucis seront finis.

Cuisinière Mais ils ne sont pas bougrement bons vos sandwichs : ils sont dégueulasses et ce
qu’il y a dedans j’ose même pas en parler.

Manager Vous avez raison de ne pas en parler, c’est interdit de publier nos recettes.

Cuisinière Mais c’est scandaleux, vous n’allez pas me dire que le manager de
« pouletpleindormones » vous paye tout ça !

Manager Bien sur que non, nous avons échangé nos recettes, prenez par exemple les épices
secrètes qui donne le goût inimitable à la nourriture, tellement secrètes d’ailleurs
qu’elles n’existent, et bien c’est brevetées par « pouletpleindormones », et grâce à
notre programme d’échange nous aussi nous pouvons éviter de mettre des épices
dans nos recettes.

Manager Donc nous nous sommes mis d’accord pour ne rien nous payer l’un à l’autre,
jusqu’à ce que nous fusionnions bien entendu.

Cuisinière Maintenant c’est moi qui n’ai plus d’appétit.

Copine Tu te rends compte si c’était pareil dans l’informatique !

Cliente Ne m’en parle pas quel cauchemar, imagine : plus aucun développeur
indépendant, plus aucune petite entreprise, aucun labo de recherche ne pourrait
essayer d’inventer quelque chose sans risquer de se faire piquer ses idées par le
service juridique de l’un des acteurs dominants du marché.

Cliente On ne pourrait pas savoir ce qu’il y a dans les plats, peut être des composants
chimiques destinés à nous rendre accros au prochain produit de la chaîne ?

Copine Ou du Bromure, pour calmer les foules

Cuisinière Et les pays en voie de développement qui n’ont déjà plus les moyens de
développer leur agriculture et sont sensés se consoler en développant leurs
compétences informatiques ils pourrons se « brosser » ! S’ils développent quelque
chose d’inutile ils ne gagnent rien, si c’est utile, ils trébucheront sur quelques
dizaines de brevets, et on leurs confisquera toute la marge bénéficiaire.

Cliente Quand on n’est plus libre de travailler pour qui on veut, et que votre employeur ou
votre partenaire commercial contrôle le coût des matières premières et votre prix
de vente, et peut complètement contrôler vos revenus et vos condition de travail,
selon son bon plaisir, cela s’appelle comment déjà ?

Cuisinière Esclavage je crois....

Copine C’est plutôt du servage, une espèce de féodalisation du monde, ... probablement
que les dirigeants des principales compagnies essayeront de se faire anoblir.

Cliente Quelquefois tu as trop d’imagination ....


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