Yonne Lautre

« Assombrissement et effet de serre » par Eric Jousse

dimanche 27 novembre 2005 par Jousse Éric

 Assombrissement et effet de serre : effets contraires mon cher Watson (*).

Depuis bien longtemps, scientifiques et écologistes nous ont prévenus des problèmes climatiques qui nous pendaient au nez et qui désormais nous sautent aux visages réellement, concrètement, directement aussi bien que par les médias interposés. Canicules et pluies diluviennes, tempêtes et inondations, etc... tout porte à croire qu’ils ont depuis longtemps raison. La planète bleue s’affiche de plus en plus érubescente sur les images satellite. « La Terre brûle » a même jeté le Président Chirac à la face du monde. Une des rares choses sensées, s’il en est, qu’il ait pu proférer et qu’il doit d’ailleurs à Nicolas Hulot.

 La Terre, entre chaud et froid

Sous les coups de boutoir de nos pollutions massives, le climat semble faire ce qu’il peut pour réguler les températures et pour y parvenir, il emprunte apparemment des voies bien surprenantes.

Lorsque l’on parle de dérèglements climatiques, on pense souvent au trou d’ozone et plus souvent encore à l’effet de serre. Cet effet de miroir qui renvoie les rayons solaires qui ont pénétrés l’atmosphère puis les emprisonnent ici bas, crée bien une accumulation de chaleur qui, à n’en pas douter, a des conséquences sur les températures à l’origine de bien des catastrophes, catastrophes qui nous apparaissent de moins en moins comme du seul fait de la nature.

Mais l’épais matelas de 3 km d’épaisseur résultant de l’accumulation des gaz à effet de serre s’est avéré, dans ces différentes composantes et dans leurs effets sur le climat, un peu plus complexes qu’on ne pouvait le penser.

En effet, cette couche constituée de nombreux types de gaz différents a aussi des facultés réfléchissantes mais cette fois tournée vers l’espace. Par conséquent, nos émissions de gaz ont aussi d’une certaine manière (on verra plus loin comment) pour tendance avérée d’assombrir la planète et donc, de la refroidir.

Parmi les rayons solaires qui nous parviennent certains pénètrent l’atmosphère pour y être ensuite emprisonnés (l’effet de serre qui réchauffe) et d’autres sont réfléchit par un effet de réverbération (assombrissement ou opacification qui refroidit).

Ces deux phénomènes croissants dans le même temps, on a pu observer que l’un pouvait compenser partiellement l’autre. En d’autre terme, l’impact des gaz à effet de serre qui réchauffent s’est avéré tout de même plus puissant que l’impact des gaz responsables de l’assombrissement de la planète qui la refroidit.

Mais l’assombrissement a eu pour conséquence de minimiser la perception que l’on a eu de l’impact des gaz à effet de serre.

 Un étrange équilibre

Voyons de plus près ce que l’on peut dire de cette découverte effectuée dans les années 90, confirmée depuis, et dont on nous parle finalement peu.

La découverte résulte de l’effet de micro-particules rejetées dans l’air notamment par nos moteurs diesels et par les réacteurs d’avions.

Ces particules accompagnées d’un phénomène de fragmentation des gouttelettes d’eau constituant la couche nuageuse augmentent d’autant leur faculté de réverbérations des rayons solaires vers le cosmos.

Ce manque à gagner de soleil a été observé notamment sur le développement des plantes, un manque à gagner de croissance avec des conséquences économiques ignorées ce qui constitue un nouvel exemple qu’il y a bien un primat de l’écologie sur l’économie [1].

De manière plus surprenante, on pense du coup que l’assombrissement est une autant une cause des cas de famines que le réchauffement lui même. Les conséquences thermiques de l’assombrissement, quant à elles, ont été mesurées notamment les 11, 12 et 13 septembre 2001, à New-York et dans toutes les stations météo des États-Unis alors qu’à part quelques rares et notables exceptions, tout trafic aérien avait été interdit.

L’absence de tout trafic et donc de voile blanchâtre avait relevé la température moyenne d’un degré (ce qui est plus important qu’il n’y paraît) dès le 12 septembre, avec une météo identique.

Les riverains d’aéroports que nous sommes à Gonesse, savent que les avions font du bruit mais n’ignorent pas que les tuyères des réacteurs sont aussi d’énormes pots d’échappement.

Yves Cochet, alors député du Val d’Oise, a même dit un jour qu’un seul Boeing 747 consommait au décollage autant que 800 automobiles prises pendant une heure dans un bouchon. De ces moteurs d’avion, s’échappent les fumées résultant de la combustion du kérosène et lorsque l’avion vole à grande vitesse en altitude, elles se mêlent à de la vapeur d’eau résultant de l’évaporation de la condensation due aux frottements de l’air très froid sur les ailes plus chaudes de l’avion.

Ces traînées blanches que chacun peut distinguer par temps clair ont pour conséquence de créer un voile dont la composition complexe a cette faculté de renvoyer les rayons solaires vers le cosmos comme un miroir qui, orienté vers le soleil cette fois, génère un effet de serre inversé.

Ce constat étonnant de l’existence de deux réverbérations opposées mérite bien que l’on y réfléchisse pour en tirer quelques conclusions mêmes partielles. La première idée qui vient est que s’il n’y avait pas ces émanations de gaz responsables de l’assombrissement, la part réchauffante des pollutions serait d’autant plus importante qu’elle ne serait plus contrecarrée par un effet de refroidissement.

On se surprend d’ailleurs à frémir quand on pense ce que cela aurait pu provoquer si la fonte des glaces et l’échauffement donc la dilatation des mers avait été amplifiés par l’absence de cet effet de refroidissement qui, à coup sûr, auraient générés de bien plus graves inondations que celles que l’on connaît déjà un peu partout dans le monde.

Durant ces journées de septembre 2001, l’augmentation de la température moyenne fut franche et rapide à la grande surprise des scientifiques. Les conséquences à long terme ne pouvaient qu’être très graves. Mais les aéroports ont été évidemment réouverts.

 On en a qu’une, ce n’est pas la lune

Les pots catalytiques qui équipent désormais nos automobiles depuis plusieurs années ont eu leurs effets nous disent les scientifiques et l’inventivité des ingénieurs français ne sont pas, dit-on, étrangers à ce succès. Il faut sans doute s’en réjouir et les féliciter d’autant d’efficacité.

Mais cette bonne nouvelle fait place à une frayeur dès lors que l’on comprend que durant de nombreuses années, l’ampleur du réchauffement a été dissimulé du fait qu’il y avait par ailleurs un effet de refroidissement induit aussi par nos pollutions.

En d’autres termes, si nous continuons à être plus efficaces dans la lutte contre les causes de l’assombrissement qui refroidit que dans la réduction des émissions de gaz participant du réchauffement planétaire, nous augmentons d’autant les conséquences de réchauffement dues aux gaz à effet de serre que nous ne cessons par ailleurs de rejeter tant et plus chaque jour.

En conséquence si nous voulons limiter les dégâts, il semble que nous ayons deux solutions.

La première vient d’un raisonnement par l’absurde qui a aussi l’inconvénient de ne pas être durable. Elle consisterait à enlever nos pots catalytiques et à faire voler de plus en plus d’avions pour émettre massivement des gaz dont la teneur engendrera à nouveau de l’assombrissement puis du refroidissement. Cette solution qui permettrait d’augmenter d’autant la production de gaz réchauffants, conviendrait au système économique dominant actuellement, dans la limite de nos réserves de pétroles notamment.

La deuxième, plus écologique et de loin préférable parce que plus durable, nous enjoint à agir résolument pour diminuer de manière importante le rejet de ces gaz responsables du réchauffement.

De la première découlera toute une logique qui relève d’une « économie de la réparation ». Nous sommes entrés depuis au moins un siècle maintenant dans un processus hautement prédateur dont les conséquences nécessitent déjà réparation si l’on veut pérenniser le système.

C’est une des acceptions possibles de ce que l’on appelle le développement durable, de cette durabilité que l’on tiendrait à bout de bras grâce aux découvertes de la science et en achetant des droits de polluer en replantant des forêts entières avec des essences à croissance rapide par exemple, les solutions de court terme étant ici les seules qui vaillent pour communiquer avantageusement.

L’idée est simple, plus on casse plus il y a à réparer ce qui finalement s’aperçoit comme un bon moteur pour l ’économie... marchande s’entend. Et si l’on pousse le raisonnement un peu plus loin, on peut même entrevoir qu’à l’instar d’une voiture usée (qu ’on ne considère plus depuis longtemps comme un bijou... qui ne s’use pas lui) que l’on déciderait de remplacer, le véhicule Terre considéré comme irréparable trouverait bien, pour certains, un successeur chez le concessionnaire cosmos, qui s’appellerait Mars par exemple.

Une idée qui conviendrait bien à l’esprit pionnier d’un propriétaire de 4x4 pickup. Quant à imaginer s’il y aurait de la place pour tout le monde le jour venu du grand déménagement, c’est encore une autre question.
La deuxième (pour ne pas dire la seconde), induira plutôt une « économie de la prévention et de la précaution ».

Dans ce cas, le développement durable tient plutôt au fait que nous avons hérité d’un patrimoine naturel à concevoir en termes quantitatif et qualitatif et qu’il nous faut faire en sorte de le transmettre dans un état comparable sinon identique aux générations qui nous suivent.

Autant dire que ce bilan devrait être maintenu de manière constante car la notion de génération n’a qu’une valeur théorique : la génération qui me suivra est déjà là, et nous respirons déjà le même air. Reste à savoir comment, car il est bien évident maintenant que les dégradations sont déjà telles qu’ils nous faut réparer dans le même temps qu’il nous faut être précautionneux en (ré)apprenant à gérer les ressources sur de plus longs termes.

 Une autre politique énergétique est possible si...

On ne pourra évidemment pas ici décliner par le menu et dans le détail la voie à emprunter mais commençons par rappeler que la vapeur d’eau est le grand responsable de l’effet de serre et par conséquent du réchauffement ! [2]

Elle représente en effet plus de la moitié de la totalité des gaz rejetés (55%), vapeur d’eau que l’on ne confondra pas avec les nuages essentiellement dus à l’évaporation naturelle des fleuves et des mers (seulement 17%), le restant (28%) résultants de la combustion des hydrocarbures (essentiellement du gaz carbonique) qui, parce qu’elle est porteuse pour une part des micro-particules, est à la fois cause du refroidissement et du réchauffement.

En conséquence, la vapeur d’eau est le gaz sur lequel il y a le plus a gagner dans cette course contre la montre et cette lutte contre les causes liées aux dérèglements climatiques.

Qui aurait pu penser que de la simple vapeur d’eau fut aussi néfaste pour notre climat ? Cette vapeur qui m’aide à repasser mes chemises, qui fait mon café, qui cuit mes légumes etc.

Cette information aussi perturbante soit elle est bien plutôt à concevoir comme le début de la solution. Diminuer rapidement et de manière importante toute activité générant de la vapeur d’eau, c’est en effet agir sur le gaz majoritairement responsable du réchauffement. Il y a les ruisseaux mais aussi il y a les grandes rivières de l’émission de vapeurs.

Nos centrales nucléaires, qui prélèvent énormément d’eau pour se refroidir, en émettent déjà beaucoup, trop sans doute et demain, nos futures automobiles à hydrogène [3], aux échappements certes moins directement toxiques pour l’homme, en rejetteront aussi et donc prendront une part importante à l’effet de serre. Et comme dit encore ma grand-mère, il n’y a pas de petites économies mais il y a surtout de grands gaspillages qui sont des conforts fictifs et onéreux.

Le soleil que nous consommons déjà, qui nous chauffe et nous éclaire la plupart du temps est aussi bien souvent à l’origine des vents. Ces deux sources principales d’énergies renouvelables et abondantes que nous consommons déjà énormément sans y prêter vraiment attention, il semble que nous pouvons les utiliser bien plus encore [4].

Ce sont les seules sources d’énergie qui nous permettront de lutter efficacement contre les rejets de micro-particules causes de l’assombrissement et de gaz à effet de serre qui transforme peu à peu la Terre en enfer. Il nous faudra investir dans la recherche pour inventer et innover.

Mais la solution est à trouver d’abord dans les pratiques quotidiennes de chacun.

Il nous faut apprendre à réduire nos consommations, de moitié même puisque ça semble possible, non pas en les rationnant mais en les rationalisant (histoire de ratio et pas encore de ration). Pour le reste, l’autre moitié, il nous faudra recourir progressivement qu’aux seules énergies renouvelables diverses et variées que la nature nous prodigue à mesure que l’on devra, démantèlement des centrales en fin de vie oblige, sortir du nucléaire et renoncer au pétrole qui s’épuise. Et mon avis maintenant, c’est que le plus vite possible sera le mieux.

Eric Jousse

(*) « 11 septembre 2001 : une journée sans nuage... » - documentaire, BBC

[1] « Un autre monde est possible si... », Susan George, Fayard 2004
Chapitre 2 : ... si nous sauvons la planète.
Page 43 et 44 :
« (...) je soutiens que le capitalisme et l’écologiquement « durable » (...) sont logiquement et conceptuellement incompatibles. Deux visions du monde, l’écologique et l’économique, sont en guerre, qu’on ait ou non pris conscience de leur affrontement. L’issue de celui-ci décidera de l’avenir de l’humanité. Ou plutôt, elle dira si l’humanité a ou non un avenir.
(...)
L’ « éco » d’économie et d’écologie renvoie à la même racine grecque, oikos, la maison, la propriété, le domaine. L’éco-nomos, c’est la règle (ou l’ensemble des règles) qui régit la gestion du domaine. L’éco-logos, c’est le principe de base, l’esprit, la raison d’être (...)
Étant donné l’étymologie, on peut s’attendre à ce que le logos paraisse le plus important des deux et l’emporte sur le nomos. En bonne logique, le principe fondamental, l’esprit, devrait avoir la préséance et définir les règles et règlements de telle sorte que L’éco-logos, soit la force directrice qui oriente L’éco-nomos. »

[2] Source : GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat)

[3] Le plein d’hydrogène, par Michel Alberganti
LE MONDE, 02.08.05,
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-677112,0.html


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