Yonne Lautre

Entretien avec Angélique Marchand & Karine Dalla-Pria de l’association Baobab 89

Entretien réalisé par la Rédaction de Yonne Lautre en février 2018

Angélique Marchand, pourriez-vous nous raconter l’origine et l’histoire de votre association, Baobab 89 ?

En 2004, je me suis réveillée un matin avec le besoin viscéral d’aider mon prochain. J’ai rejoint l’association Groupe Baobab de Dôle (Jura), présidée par Mme Vuillet Isabelle.

J’ai réalisé un premier voyage d’un mois avec cette association en été 2004. Ce voyage m’a bouleversée, notamment parce que l’image qu’on a de l’Afrique ne correspond pas à ce que j’ai ressenti là-bas. En Europe les gens ont un regard au mieux compassionnel envers des peuples qu’ils plaignent et qu’ils estiment souvent moins évolués car ils n’ont pas autant de biens matériels qu’eux.
Bien sûr j’ai vu cette misère matérielle, mais j’ai surtout découvert une richesse et des valeurs humaines qui nous font tant défaut dans nos civilisations individualistes.
J’ai découvert une philosophie tout à fait différente de la nôtre, aux côtés des villageois qui vivent le présent, puisque le manque matériel les empêche de penser au futur...

Bref, un tel décalage entre ce que j’ai ressenti et ce que beaucoup de mes concitoyens imaginent que je n’ai pas pu raconter mon séjour. Enfin j’ai raconté ce qu’ils pouvaient entendre : oui, j’ai vu une pouponnière avec des bébés malades, à 4 par lit, avec des mouches collés aux yeux... oui j’ai vu des enfants affamés qui ramassaient les épluchures de fruits qu’on avait jetées pour les cochons... Mais ce qu’il y avait au fond de mon coeur, toute cette générosité, toutes ces couleurs, tous ces sourires édentés, je n’ai pas pu leur livrer car ils l’auraient gâché.
Je suis repartie seule en août 2005, puis à nouveau avec l’association de Dôle en juillet 2007 et en février 2008, toujours dans le même village : Goudrin.
Au retour de ce 4ème voyage, j’ai décidée de créer ma propre association dans l’Yonne pour compléter les projets de celle de Dôle, et aider un autre village puisque celui-ci était déjà bien soutenu.

L’association « Groupe Baobab 89 » a donc vu le jour le 5 juin 2008.
En créant cette association je me suis fixée l’objectif de ne pas tomber dans l’assistanat, qui ne créé que dépendance et n’apporte aucune aide à long terme. C’est pourquoi tous nos projets sont étudiés avec les villageois, en partant de leurs besoins réels (exprimés par eux-mêmes et non pas les besoins qu’on leur imagine d’après notre mode de vie), et nous réfléchissons ensemble à leur participation à l’action (même si ce n’est pas financièrement). Ils restent les acteurs du développement de leur village.

Karine Dalla-Pria, pourriez-vous nous raconter l’origine et l’histoire de votre engagement dans Baobab 89 ?

En effet, je ne savais pas en me levant ce matin du 1er mai 2010 (journée porte bonheur) que ma vie allait prendre un nouveau chemin...
C’est sur le vide-grenier de Gy l’Evêque que j’ai rencontré Angélique Marchand (présidente du Groupe Baobab 89 à l’époque). Elle exposait sur un stand avec l’équipe du Groupe Baobab 89.

Nous avons échangé sur l’association, les projets, le Burkina … Le hasard faisait que je m’envolais pour le « Pays des hommes intègres » tout juste un mois après. Avant de partir, Angélique m’invita à l’AG qui avait lieu en juillet. Je lui ai promis de venir.
C’est comme cela que j’ai intégré le Groupe Baobab 89. De cette rencontre avec Angélique est née une belle amitié, un profond respect, une grande admiration pour elle. Pourquoi ? Parce qu’avant de la rencontrer je vivais ma passion pour le Burkina sans pouvoir la partager, je souhaitais depuis tant d’années faire des actions pour ce peuple admiré sans passer le cap.

Aujourd’hui je la remercie, je remercie l’équipe de m’avoir acceptée, fait confiance.
En 2013, Angélique m’a proposé de la remplacer au poste de présidente de l’association. Poste que j’ai accepté à la seule condition qu’elle soit vice-présidente et que l’on continue de travailler ensemble.

Depuis, l’équipe s’est aggrandie et je remercie chaque membre du CA et tous les bénévoles, les adhérents, pour le travail et le soutien apporté à la réalisation de nos projets.
Pour en venir à mon histoire avec l’Afrique, il faut revenir 37 ans en arrière... (que le temps passe vite !!!)

J’étais en 6ème au collège de Saint-Georges (Jean Bertin à ce jour). Madame Bouat, professeur d’histoire-géographie, nous propose d’établir une correspondance avec de jeunes Burkinabé. Pas d’Internet à l’époque, seuls les courriers manuscrits existaient.

Je me souviens encore des moments où mes courriers partaient, les jours que je comptais en espérant une réponse ; quand cela était trop long, je me souviens d’être passée par des états d’inquiétude, de sentiment d’injustice, d’incompréhension jusqu’à ce que la lettre arrive, et là, de l’attente je passais à un moment d’exitation, d’impatience d’ouvrir ma lettre, de lire ces mots. Cela peut paraître complètement fou. Avec le recul et l’analyse du temps écoulé, je me remets dans le contexte, j’avais 11 ans, période de pré-adolescence où le manque de confiance en soi, les incertitudes de l’avenir, la peur du lendemain, faisaient que le quotidien n’était pas toujours simple. Je me « raccrochais » donc à cette correspondance, à ce lien d’amitié avec ce garçon à qui je pouvais me confier, sans être jugée. 6000 kms nous séparaient et nous étions si proches...

Les années ont passé... 17 ans d’écriture.
Jusqu’au jour où... je me suis envolée pour la 1ère fois... C’était le 9 septembre 1998 (au grand désarroi de mon entourage qui ne comprenait pas, qui avait peur pour moi...)
Moi qui n’avait jamais pris l’avion, qui n’était jamais partie si loin seule... J’arrivais à Ouagadougou pour rencontrer Edgard mon correspondant, mon ami.
Séjour qui m’a bouleversé à vie, qui a changé ma vie...

Comment dire ? Tellement difficile de décrire ce que je ressens même après toutes ces années.
Je me souviens de l’accueil qui m’a été réservé, cette chaleur humaine, ce respect, cette reconnaissance...

Malgré les difficultés du quotidien, chacun avait le sourire, ce sourire qui fait leur force. Ces moments de partage, de discussion, de découverte de la culture (parfois difficilement compréhensible...). Vivre avec eux, apprendre de leur quotidien, de leur histoire. Grandir avec eux, grâce à eux.

Mon arrivée à Zoungou, où les enfants courraient dans tous les sens pour trouver un arbre afin de s’y cacher, ces enfants qui n’avaient jamais vu de Blanche. La NASSARA. Tant de souvenirs, de moments où mes yeux brillent encore aussi fort que le ciel étoilé sous lequel on passait nos nuits à la belle étoile à refaire le monde.
Tout aurait pu m’éloigner !!! Tant de pauvreté, de misère, cette absence de confort... et pourtant, cela nous a rapprochés.

Gaité, humanité, fraternité, solidarité. Voilà ce que je cherchais ; enfin ce que je trouvais.
Les années ont passé entre voyages, retrouvailles, retours et séparations...
La vie a fait que j’ai été plusieurs années sans pouvoir y retourner... sans pour autant nous abandonner. En 2002, Edgard est venu en France. Puis nous avons continué notre correspondance et nos appels téléphoniques. Fidèles à notre amitié.
En 2010, j’avais 30 ans, je pus enfin revenir sur ma terre d’adoption. Je retrouvais Edgard, Oussou son ami d’enfance avec qui nous avons partagé notre histoire, nos périple dès le début, la famille, et la population de Zoungou.

A mon arrivée, le chef du village m’accueillit en me remerciant de ma fidélité, en disant « Nous voyons des Blancs passer, ils font de beaux projets mais jamais nous ne les revoyons... Toi tu es revenue. » A ce moment le chef nous octroie, à Edgard et moi-même, une parcelle de terrain afin de sceller notre amitié.
Nous avions mûri, nous nous étions construits, Edgard au Burkina, moi en France ; le moment était venu de construire ensemble.

Nous mettrons 2 ans à réaliser notre projet personnel : construire nos cases sur notre terrain, notre objectif étant de conserver le patrimoine du village en reproduisant un site pour préserver ce qui est amené à disparaître avec le temps et les tentations du monde extérieur.
En 2012, Angélique et Jeanine (trésorière du Groupe Baobab 89 depuis sa création) sont venues découvrir Zoungou.

C’est suite à ce séjour que le Groupe Baobab 89 décida de soutenir le village et sa population, de cette date sont nés les projets menés à ce jour.
Un grand merci à mes parents, frères et soeur, ma grand-mère, ma tante, Rachid, pour m’avoir soutenue dans la réalisation de mon Rêve, et bien sûr toute l’équipe sans qui rien ne pourrait être fait.

Il faut toujours avoir un rêve, un objectif pour avancer dans la vie ; souvent nous empruntons des chemins tortueux mais c’est en faisant sa route que nous faisons de belles rencontres avec qui nous pouvons partager ce chemin et avancer toujours plus loin. Merci à toutes et à tous.

Pouvez-vous nous préciser la localisation et la situation de ce village que vous soutenez ?
Le village de Zoungou est situé dans la province de Ganzourgou, région du plateau central, à 135 Kms à l’est de la capitale Ouagadougou. Ce village est peuplé d’environ 2500 habitants, majoritairement mossis et peuhls. Les activités principales sont l’agriculture et la culture maraîchère. On y trouve une école primaire, un collège, une maternité (une simple salle d’accouchement), un dispensaire avec seulement trois lits, deux dépôts pharmaceutiques privés. Les villageois y parle mooré, et français pour peu qu’ils aient été à l’école au moins quelques années. (Remarque : une soixante de langues et dialectes est recensée au Burkina Faso ; la langue officielle est le français, auquel sont ajoutées trois langues nationales : le moore, le dioula et le fulfuldé).
Nous avons choisi ce village car Karine Dalla-Pria, maintenant Présidente de l’association, a construit une relation d’amitié depuis 35 ans avec un ressortissant de ce village, Edgard Valmede.

 
Quels ont été les projets que le Groupe Baobab 89 a soutenu ?

  • En mai 2009, financement de l’intervention chirurgicale d’Ati Sawadogo, 23 ans, qui souffrait d’une fracture ouverte à la jambe et était vouée à l’amputation.
  • Été 2009 : Formation de 115 villageois aux gestes de premiers secours avec la participation bénévole du CFS89 (Centre de formation de secourisme de l’Yonne).
  • Mai 2010 : Plantation de 100 moringas à Goudrin, arbre aux multiples propriétés médicinales et nutritives, ainsi qu’une clôture pour protéger les arbres du bétail.
  • Sept 2010 à juil 2012 : Financement de la formation d’un agent de Poste de Santé Primaire, aujourd’hui titulaire de son diplôme.
  • Oct-nov 2014 : Reconstruction d’une salle de classe à Zoungou détruite à la saison des pluies (participation active des habitants)
  • Mai 2015 : Financement de cinquante doubles tables-bancs et du bureau du maître
  • Été 2017 : Construction d’une deuxième salle de classe au village de Zoungou.
  • Septembre 2017 : Financement de cinquante doubles tables-bancs et du bureau du maître pour la 2ème classe.

Comment vous y êtes-vous pris pour trouver de quoi financer vos projets ?
Nos financements viennent essentiellement de nos actions dans le secteur de l’Yonne : loto, vente de livres, vente d’artisanat lors de diverses manifestations Icaunaises (Jour de la Terre, Catalpa, RADD, libre-pensée, Festival Couleurs d’Afrique à La Closerie, …), randonnées pédestres, exposition de photos, emballages de cadeaux dans des magasins d’Auxerre, chorale, recyclage de stylos usagés,...
Les dons et les adhésions (80 adhérents à ce jour) constituent une autre part de notre budget.

Quels sont les projets à venir avec le village de Zoungou ?
Nous projetons de financer du matériel scolaire pour les 700 élèves de l’école primaire de Zoungou (livres, cahiers, stylos,...)
Comment et pourquoi vous êtes vous « démarquée(s) » de ce que vous nommez « assistanat » ?
Nous ne souhaitions pas entrer dans le système de l’assistanat qui n’apporte rien à long terme. Nous voulions que la population prenne conscience de ses propres richesses et soit actrice de son développement. Chaque projet est élaboré sur place avec les villageois et les associations locales ; nous échangeons sur les besoins de la population et décidons ensemble des priorités. Pour responsabiliser la population, et que les villageois soient acteurs de l’avenir de leurs enfants, nous leur demandons de participer activement aux projets. Ainsi, pour la construction des deux salles de classe, ils se sont organisés pour aller chercher l’eau, le sable et les graviers à tour de rôle ; ceci a permis une réduction de 10% sur la facture.
Chaque personne contribue aux projets selon sa spécificité : des artistes nous offrent des oeuvres (scuptures, bijoux, …) que nous pouvons revendre lors de nos manifestations, au bénéfice de nos actions.
Notre référent Burkinabé, Edgard Valmede, se charge des questions administratives sur place et suit au plus près l’avancée des projets, nous rendant compte au fur et à mesure.

Comment nous citoyens pouvons-nous vous soutenir ?
Chaque citoyen peut nous soutenir en adhérant au Groupe Baobab 89. L’adhésion est de 15€ à l’année.
Il y a aussi la possibilité de faire des dons, sachant que notre association est reconnue d’intérêt général et permet une déduction fiscale à hauteur de 66%.
Les dons peuvent être envoyés au siège social, 3 allée du Foulon à Auxerre.
Dans le soucis de protéger l’environnement et de sensibiliser la population, nous intervenons auprès des établissements scolaires et centres de loisirs afin de récupérer les déchets suivants : tous les stylos à bille, feutres, porte-mines, correcteurs, marqueurs effaceurs et surligneurs, de toute marque, en plastique ou métal. Nous ne prenons ni les crayons à papier ni les crayons de couleur en bois. Chaque personne individuellement peut contribuer à cette collecte que nous vendons à un recycleur, permettant ainsi de financer nos projets. Depuis 2015, ce recyclage nous a permis d’envoyer 531 kg de déchets et de récolter environ 600 €.
Vous pouvez mettre des affiches dans vos entreprises, commerces, chez vos médecins, …

Lorsque la collecte est conséquente, vous pouvez nous appeler au 03.86.46.72.76, un bénévole de l’association vous donnera rendez-vous pour la récupérer.
Sur nos plaquettes, vous avez la programmation de nos actions lors desquelles vous pourrez acheter de l’artisanat Burkinabé que nous ramenons de nos séjours.
Enfin, les bénévoles sont toujours les bienvenus lors de nos manifestations. Devenir bénévole, c’est donner de son temps tout en prenant du plaisir. La devise du Groupe Baobab 89 étant : chacun fait ce qu’il peut, quand il peut, l’essentiel est de se sentir utile et surtout prendre du plaisir.

C’est avec plaisir que l’équipe accueillera toute nouvelle personne !

Pour tout contact : groupebaobab89 laposte.net


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