Yonne Lautre

« Le théorème caduc : « Les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain » » par Fabrice Aubert

Economiste
lundi 17 octobre 2005 par Aubert Fabrice

 LES PROFITS D’AUJOURD’HUI FONT LES INVESTISSEMENTS DE DEMAIN ET LES EMPLOIS D’APRES DEMAIN

Pour le citoyen qui s’intéresse un peu à la vie politique depuis une trentaine d’années, cette phrase doit lui rappeler quelque chose.

Cette maxime porta le nom de : « théorème de Schmidt » du nom du chancelier qui présida le gouvernement allemand de 1974 à 1982. C’est au nom de ce théorème, que le profit financier des entreprises fut réhabilité. Il ne restait plus alors à la politique qu’à s’adapter à ce théorème du « profit roi ». Les gouvernements au pouvoir développèrent alors l’idéologie de la « fin de l’Etat Providence », dont le prolongement fut « l’Etat ne peut pas tout »1, et déboucha naturellement aujourd’hui, sur « la crise du modèle social Français ».

Démonstration était ainsi faite que les politiques ne peuvent qu’accompagner les évolutions du marché (c’est ce qui était écrit dans le projet de constitution européen), en mettant les entreprises dans les meilleures situations possibles. Les salariés devaient s’adapter aux évolutions du monde (Mondialisation).

Au vu du titre de la Tribune du 11 aout 2005, « profits record pour les stars de la bourse » si le théorème de Schmidt s’appliquait dans son intégralité, notre Pays devrait connaître la prospérité (investissement des entreprises + créations d’emplois). Pourtant, la presse parle plus de déficits, de chômage et de « contrôle des chômeurs » que de croissance et d’emplois, en France mais aussi en Europe. D’où la question : que font les profits ?

 LE MODELE AMERICAIN

Sans le dire, ce modèle du « profit au centre », est une copie du « modèle américain », gagné aux thèses développées par l’idéologie de l’ultralibéralisme des économistes anglosaxons, dont le chef de file était Milton FRIEDMAN.

Cette politique se traduisit par ce qu’on appelle le consensus de Washington et dont Ronald REAGAN fut le fer de lance politique. Les résultats apparents du nouveau miracle américain (croissance et plein emploi apparent de 1990 à 2000), cachait dans les faits, les soubresauts d’un système capitaliste malade de ses déséquilibres (Crise Asiatique, Crise Russe).

Mais tant que ces crises étaient périphériques au système, les U.S.A semblaient pouvoir continuer à jouer leur rôle d’exemple mondial de réussite économique. Ainsi va le mouvement apparent qui montre que le soleil se lève et se couche, alors que l’analyse réelle montre que c’est la terre qui tourne autour du soleil.

 LA CRISE DU MODELE AMERICAIN

L’été 2000 verra surgir ce que les analystes appelèrent par la suite le e-Krach ou krach internet. Entre l’été 2000 et Septembre 2002 le NASDAQ va chuter de plus de
4.000 points.

Plusieurs centaines de milliards de dollars partirent en fumée (dont une partie importante provenaient des placements réalisées par des entreprises Européennes), comme si cet argent n’avait jamais existé.

Plus, certaines entreprises américaines considérées comme des modèles de gestion furent acculées à la faillite2, par des marchés qui découvrirent, mais un peu tard que celles-ci truquaient leurs comptes3. Un « Révolutionnaire gauchiste » aussi dangereux qu’Alan GRENSPAN Président de la F.E.D (Banque centrale Américaine) déclara : « la falsification et la fraude détruisent le capitalisme et la liberté de marché, et, plus largement, les fondements de notre société. ». Cité par Le Monde du 19/07/02.

 CRISE DU MODELE AMERICAIN OU CRISE DU CAPITALISME ?

Poser la question ainsi peut sembler vouloir adopter la doctrine communiste, mais que penser alors de ce que dit Nicolas BAVEREZ, qui interrogé sur le Krach internet déclara : « Il peut être utile de distinguer les causes immédiates et les causes profondes. Au chapitre des causes immédiates, l’enchaînement des trois coups terribles que furent l’éclatement de la bulle spéculative des TMT, les attentats du 11 septembre 2001 et la cascade de scandales financiers ouverte par la faillite d’Enron.

« Derrière ces causes immédiates pointent des causes plus profondes : les illusions des nouvelles années folles que fut la décennie 1990 avec son cortège d’utopies dangereuses concernant la fin de l’histoire, des cycles ou du travail une dérégulation non contrôlée qui a entraîné non la substitution de normes de marché à des normes réglementaires mais par la disparition de toute norme une perversion du capitalisme financier qui s’est traduite par la loi absurde d’un ROE de 15 %, par la réduction du gouvernement d’entreprise à des procédures formelles, par la diffusion d’une culture
prédatrice tant au sein des dirigeants d’entreprise que de leurs conseils (banquiers d’affaires, avocats, auditeurs, consultants...).

En bref, l’erreur fondamentale consiste à avoir donné un formidable coup d’accélérateur à l’économie mondialisée sans la doter d’institutions aptes à la réguler. Cette première crise majeure de la mondialisation condamne sans appel le mythe de
l’autorégulation des marchés. » Cet entretien à un quotidien économique Français se faisant sous le titre : « Toutes les formes de capitalisme ont été touché par la crise ».

 DANS L’IDEOLOGIE LIBERALE TU PERSISTERAS

On ne peut qu’apprécier la justesse de l’analyse et la condamnation sans appel de la logique qui a conduit à cette situation de « Krach du capitalisme », mais chassez le naturel, il revient au galop... A la question : « S’est-on durablement installé dans cette situation ? » le même BAVEREZ répond : « Trois raisons invitent à demeurer optimiste sur la capacité du capitalisme si par le passé à générer des antidotes aux crises et aux déséquilibres qu’il engendre ; ensuite, le système, contrairement aux années 1930, est parvenu pour l’heure à cantonner l’impact principal des chocs à la sphère financière et à réassurer l’économie réelle : enfin, il y a une leçon économique et morale à la débâcle d’Enron et de ses clones, à savoir qu’il n’existe pas dans un régime capitaliste de développement durable fondé sur le mensonge et la fraude. Il n’est donc pas exclu que 2003 marque une reprise aux Etats-Unis, du fait de la vigueur de la politique contra-cyclique doublée du rétablissement progressif des profits et de l’investissement... ».

Comme en échos, au moment de sa prise de fonction à France Télécom, après le désastre de la gestion de Michel BON, Thierry BRETON déclarait : « On a cherché à prendre des libertés avec le principe de réalité », mais aujourd’hui ministre de l’Economie, c’est bien de « contrôle des chômeurs » et non des spéculateurs que sa politique met en place.

Pourtant, il me semble bien que ceux qui avaient cherché « à prendre des libertés avec le principe de réalité », ce sont bien les spéculateurs...pas les chômeurs.
A QUOI SERVENT LES PROFITS ? C’est sans doute en répondant à cette question que l’on pourra le mieux possible comprendre les mutations du capitalisme et en quoi il génère par son propre comportement les crises cycliques, dont il attribue à d’autres la responsabilité quand celles-ci se déclenchent (Salariés, Fonctionnaires, Retraités, Chômeurs, Terrorisme, Irak, Pétrole etc..).

En théorie, dans le capitalisme de marché, le profit sert d’une part à rémunérer les facteurs de production (Capital et travail) et à investir dans l’entreprise (nouveaux produits, nouveaux équipements), permettant ainsi une nouvelle étape de croissance
économique pour l’entreprise et la société. C’est ce qui justifie le théorème de Schmidt.

Dans la réalité...les profits servent à trois choses essentielles :

1] Distribution des dividendes aux actionnaires : Comme le visualise bien le graphique, la part des dividendes distribués aux actionnaires dans les profits distribués aux actionnaires (en rouge) ne cesse de progresser. Passant d’environ 20 % des profits en 1980 à plus de 80 % en 2003. En clair si au début des années 80, plus de 80 % des profits de l’entreprise, servaient à financer le développement de l’entreprise,
aujourd’hui, il ne reste plus que 20 % de ces mêmes profits pour le développement de l’entreprise.

Au-delà des statistiques visualisées par le graphique, cette caractéristique du système est soulignée : « Voir les marchés financiers ne plus contribuer au financement des entreprises, mais au contraire en tirer tous les profits est une situation un peu inattendue. Contraire aux règles habituelles du capitalisme productif.

D’une certaine façon cette inversion et l’aboutissement d’un processus à l’oeuvre depuis 10 ans. En fixant des normes intangibles de rentabilité (15 % sur les capitaux investis, au moins 20 % de retour sur les nouveaux investissements, 50 % des profits distribués), les investisseurs institutionnels ont contribué au desséchement du système. Au fil des mois de moins en moins d’investissements ont réussi à satisfaire des règles supérieures aux potentiels de l’économie réelle. Malgré des taux d’autofinancement élevés, les entreprises n’investissent plus assez, ni dans la recherche, ni dans l’innovation, ni dans la mondialisation de leurs réseaux ».

Ces propos et analyse d’un journaliste, sont pourtant confirmés par les experts. A la
question : « les marchés participent-ils encore au financement de l’économie ? » la réponse est : « Ils fonctionnement à l’envers. Les entreprises redonnent plus à leurs actionnaires, qu’elles ne lèvent de capitaux »7. En terme comptable : « les groupes ont distribué 120 milliards d’euros de plus, qu’ils n’ont obtenus de capital auprès des marchés financiers ».8 Rappelons que 1/3 de cette somme suffirait pour supprimer le déficit public de l’année 2004 (environ 40 milliards d’euros).

Capitalisme fou ? D’autres experts vont encore plus loin : « Ces reversements massifs aux actionnaires indiquent que le capitalisme est devenu fou. Partout dans le monde, les profits des entreprises explosent, elles accumulent des montagnes de cash qu’elles ne savent plus réinvestir dans de véritables projets de développement. Désormais, les entreprises renoncent aux investissements qui rapportent
moins que le capital, à savoir, 1 6 % aux Etats-Unis et 13 % en Europe. Ces niveaux de rentabilité exigés par le marché sont beaucoup trop élevés et constituent un piège dangereux pour nos économies.
Car à quoi sert la hausse des profits si ce n’est à préparer l’avenir ? Mieux vaudrait augmenter les salaires pour relancer la demande et accélérer la croissance, que d’accumuler des fonds sans emploi. Voilà qui justifierait de nouveaux investissements. Pour sortir le capitalisme de l’impasse, il est impératif que l’on accepte des normes de rentabilité plus faibles, qui n’étouffent pas la croissance ».

2] le rachat d’actions : Autre aspect complémentaire à la logique boursière, la stratégie du rachat d’actions, qui permet d’aider la hausse des cours de bourse, vise à faire plaisir aux actionnaires. « Elles ont dépensé 30 Milliards dans le rachat de leurs actions »10.

En effet en rachetant les actions de leur propre entreprises, les dirigeants soutiennent les cours de bourse, voire, favorisent leur croissance (plus il y a de demande d’achats pour un titre, plus les cours de ce titre montent). D’un côté on distribue 80 % des profits
en dividendes pour les actionnaires et l’on joue à racheter des actions pour soutenir le cours de bourse, mais c’est les « dangereux chômeurs » qu’il faut contrôler, pas les spéculateurs...

3] Les Offres Publiques d’Achat : En terme financier on parle d’O.P.A. Dans les faits, il s’agit d’une opération quasi militaire de parachutage de moyens financiers visant le rachat d’entreprises concurrentes, parfois opéré contre la volonté de l’entreprise rachetée (O.P.A. hostile). « Les Etats-Unis ont connu deux
fusions SPECTACULAIRES en 24 heures. L’opérateur de télécommunication Spring a racheté son concurrent Nextel pour une fusion entre égaux. Le nouvel ensemble sera le numéro trois de la TÉLÉPHONIE MOBILE aux Etats-Unis.

Le conglomérat Johnson & Johnson, très présent dans la pharmacie, a racheté Guidant, spécialisée dans les valves cardiaques pour 25,4 milliards de dollars. Ces
opérations concluent une année dont le premier trimestre avait été marqué par l’OPA de SANOFI sur Aventis. Les spécialistes estiment que les entreprises, DÉSENDETTÉES, sont de nouveau prêtes à des opérations audacieuses. Ils estiment que 2005 devrait confirmer la tendance. »

Un bilan de ces O.P.A peut être réalisé pour l’année 2004, mouvement de reprise12 annoncé dès 2003 : LES ECHOS 29 OCTOBRE 2003

 POURQUOI DES O.P.A ?

Là encore il suffit de lire la presse spécialisée, pour comprendre le mécanisme : « LES ANALYSTES le prédisaient depuis des semaines : les grandes fusions et acquisitions allaient revenir. L’annonce concomitante du rachat de Gillette par Procter & Gambie et d’AT & T par SBC Communications paraît le confirmer. Selon Thomson Financial, les opérations de rachat ont augmenté de 40 % l’an dernier pour atteindre 1.950 milliards de dollars (environ 1.500 milliards d’euros).

Ce mouvement ne peut que s’accélérer, assurent les banquiers d’affaire. Outre le fait que l’industrie de la finance souhaite voir repartir une de ses principales activités après trois ans de crise, la situation peut inciter les groupes à consolider leur position. » (Le Monde). On peut constater que c’est bien pour répondre aux souhaits de « l’industrie de la finance » que le mouvement des O.P.A repart. Mais il y a sans
doute plus grave : « Le marché a enfin effacé les dernières traces de l’éclatement de la bulle financière de 2000.

Les comptes des entreprises ont été nettoyés. Les groupes se sont désendettés. Les cours des titres ont été révisés. Aujourd’hui, les firmes ont à nouveau de l’argent. (Le Monde) » Le mouvement d’O.P.A repart car les dernières traces de l’éclatement de la bulle financière ont disparu. Rappelons que ce sont les Etats qui, par des « réformes indispensables » (Retraites, santé, libéralisation) opérées sur le travail (les salariés), ont permis de sauver les marchés financiers d’un Krach de type 1929. Comme en 1914, une fois le « no mans land nettoyé » des morts et des blessés de l’attaque précédente, les généraux commandent une nouvelle attaque. La guerre actuelle s’appelle « mondialisation » les généraux s’appellent P.D.G ou « fonds de pension » et les « soldats salariés » meurent au nom de la « compétitivité ».

 LES VARIABLES D’AJUSTEMENT

Comprenons que dans la trésorerie de l’entreprise, une fois prélevé ces opérations financières à base spéculative, il ne reste plus grand-chose pour les investissements
industriels et l’emploi, qui deviennent en définitive les variables d’ajustement de la planification du profit (quelque soit la période économique, croissance ou crise).

Rappelons qu’après chaque O.P.A, succèdent des plans de restructurations, qui permettent de nourrir la spéculation. Dans ses fondements l’O.P.A est la
manière la plus rapide pour un groupe industriel mondial de gagner des parts de marché, des nouveaux territoires d’implantations à l’échelle mondiale et une marque (P.U.B), sans passer par la phase aléatoire de développement interne de l’entreprise, qui suppose des investissements de long terme et des créations d’emplois.

Après l’O.P.A, il ne reste plus, pour le nouveau groupe, qui double de taille en quelques jours, qu’à « nettoyer » les emplois et les sites industriels en trop. C’est la raison qui fait que les actions du groupe montent au moment où se déroule ses opérations, car les actionnaires savent que sur un temps court, les bénéfices de l’entreprise vont exploser (plus d’activité et de profit avec moins de salariés),
rationalisation des coûts de recherche développement, de gestion administrative et financière, qui s’accompagnent par ailleurs d’opérations immobilières de ventes d’immeubles ou d’usines en trop (Nestlé Marseille).

Par ailleurs l’opération « nettoyage des emplois » sera pour partie porté par la collectivité (Chômage, préretraites, cotisations sociales etc...). Il ne reste plus à l’Etat qu’à culpabiliser les chômeurs qui de fait coûtent trop chers, et à diminuer leurs droits afin de mieux les contrôler « Comment l’Etat souhaite contrôler les chômeurs ? »13. Observons que cette décision, se fait après le retour des O.P.A.

 LE PROFIT : RECOMPENSE DE LA PRISE DE RISQUE ?

Allons plus loin dans l’analyse faite par les spécialistes et experts sur ces mouvements financiers, qui en théorie doivent permettre de financer le
développement. N’oublions pas que, dans la théorie libérale, le profit est la récompense de la prise de risque. Quelles sont les caractéristiques actuelles des opérations financières ?

« Depuis trois ans, les investisseurs, en particulier les institutionnels, boudent les actions et leur préfèrent les obligations. Dans la zone euro, la proportion des actions dans les portefeuilles des sociétés d’assurance et des fonds de pension est passée de plus de 40 % à 30 % en quelques années. A l’inverse, les obligations représentent désormais plus de 40 %, contre 30 % auparavant.

Au Royaume-Uni, la substitution est encore plus nette ; les actions ne constituent plus que 28 % de la valeur des portefeuilles des institutionnels (plus de 47 % auparavant), tandis que les obligations atteignent 30 % (contre 18 %). »14 On constate ainsi que les placements délaissent les actions (financement des entreprises privés) et leur
préfèrent les obligations (financement public). La question à se poser est pourquoi cette contradiction alors
que l’idéologie libérale déteste le financement public qu’il considère et qu’il présente comme inefficace.

 "CRAINTE DU RISQUE

Ces changements, selon une étude d’lxis CIB, seraient soutenus par plusieurs
facteurs qui risquent de se prolonger. D’abord, l’aversion aux risques continue de dominer les marchés financiers. Le choc de l’éclatement de la bulle financière n’a toujours pas disparu. »

L’aveu est redoutable....

C’est la peur du risque qui fait que le comportement des marchés financiers leur
fait préférer le financement de la dette publique, pourtant dénoncée comme l’archétype d’une mauvaise gestion (critères de Maastricht). Observons que les marchés qui parlent de la nécessité de s’adapter à la société du risque pour les salariés16, sont les premiers, par aversion du risque à se réfugier dans le
financement de la dette publique, dont ils savent que celle-ci sera toujours remboursée.

« L’essentiel de l’épargne est investi depuis des mois dans le financement de la dette publique des Etats et de la dette hypothécaire, qui s’envole en même temps que le marché immobilier, au détriment des entreprises. »

 LES PRIVATISATIONS OU LES BEQUILLES DU CAPITAL

Observons que lorsque les marchés financiers investissent en actions c’est pour acheter des anciennes entreprises publiques (pourtant théoriquement considérées comme inefficaces et non rentables). « A y regarder de plus près.

Ce sont surtout d’importants programmes de privatisations qui ont animé le marché des introductions européennes en 2004. Sur Euronext, Belgacom (3,6 milliards d’euros levés), Snecma (1,157 milliard d’euros), Pages Jaunes (1,252 milliard d’euros) ou Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (1,209 milliard d’euros) ont représenté à eux seuls plus des trois quarts des montants levés. A Francfort, les privatisations de la Postbank, filiale de la poste allemande, et de Deutsche Telekom ont levé près de 6 milliards d’euros. »

N’oublions pas qu’après le Krach internet, les Etats sont venus au secours des marchés et des entreprises défaillantes (France-Télecom). Aujourd’hui il s’agit de redonner du « gibier sain » aux marchés alors on privatise à nouveau :

« C’est encore le résultat du désengagement des Etats des entreprises publiques opérations qualifiées de « défensives » par les opérateurs qui devraient constituer le gros des introductions en Bourse en 2005. A Paris, d’énormes manoeuvres sont attendues, à commencer par les privatisations d’EDF (pour un montant qui pourrait excéder les 10 milliards d’euros), de Gaz de France, du constructeur de centrales nucléaires Areva, d’Aéroports de Paris ou de la Sanef (Société des autoroutes du nord et de l’est de la France).

En Italie, ce sont également des milliards d’euros qui pourraient être levés lors des privatisations d’ENI, de Wind, d’Alitalia ou de la RAI. « Les privatisations ne saturent pas le marché des introductions en Bourse, au contraire : on observe généralement qu’elles le dynamisent », assure Martine Charbonnier, directeur exécutif du listing ide la cotation) chez Euronext. »

On a un deuxième aveu terrible de sens. Les privatisations sont faites pour réalimenter en « entreprises fraiches » un marché qui a perdu confiance dans les « entreprises côtés ». Car dans un système fermé (la bourse est un système fermé C.A.C 40)20, la « chasse » aux bonnes affaires, ne peut durer, si le système
n’est pas réalimenté par des « entreprises saines »21. C’est le rôle et la fonction des privatisations (ex E.D.F).

 LA QUESTION DE LA VALEUR

Car les restructurations successives, effectuées au nom de la compétitivité (donner du cash aux actionnaires), ont fait perdre, au fil du temps, le substrat économique
réel, sur lequel s’appuyait la valeur financière des entreprises côtés. D’où les manipulations comptables dénoncées par Alan GREENSPAN (voir page 1).

« La nouvelle logique financière qui s’est imposée depuis les années 1990 avec la montée en puissance des investisseurs institutionnels constitue une transformation
majeure dès lors qu’en concentrant le pouvoir, les fonds d’investissement sont à même d’exiger une rentabilité élevée. Le paradoxe est que la « financiarisation » censée favoriser l’intérêt des actionnaires peut aboutir au résultat inverse. L’indicateur de rentabilité de référence est souvent le « return on equity »

(ROE) auquel est assigné un objectif de 15 %. Le ROE est le ratio du résultat net d’impôts rapporté à la valeur des fonds propres comptables. Ratio comptable, le ROE n’échappe pas à la suspicion de manipulation. Face à une forte exigence de rentabilité, la tentation de « créativité comptable » existe : réduire comptablement les capitaux propres rend l’objectif plus aisé à atteindre. »

Ceci conduit à la perte de confiances des actionnaires qui connaissent eux réellement, la valeur résiduelle des entreprises après leur dépeçage (Filialisation, Externalisations, sous-traitances, Restructurations, O.P.A etc.). Car à force de vouloir extraire 15 % de rentabilité annuelle dans un environnement économique qui
croit à 3 % l’an, conduit à la dévitalisation de l’entreprise.

« Un taux de rentabilité de 15 % n’est pas soutenable alors que la croissance économique se situe autour de 3 %. Il conduit à éliminer des projets rentables et créateurs de valeur. Par crainte de décevoir le marché, les dirigeants n’osent plus prendre de risques. Il y a panne de projets, l’entreprise distribue des
dividendes et investit moins. »

La dialectique du marché : Observons qu’ici on retrouve le rapport entre pression actionnariale, distribution de dividendes, rachat d’actions et objectifs d’investissements des entreprises.

Mais la dictature financière du dividende à distribuer conduit obligatoirement au déclin de l’entreprise et à la manipulation des comptes : « Pour atteindre l’objectif de rentabilité demandé par le marché, le management peut agir sur le numérateur, le résultat d’exploitation et sur le dénominateur. Contraintes de s’adapter au nouvel
environnement concurrentiel les entreprises ont engagé le mouvement de rationalisation de leurs coûts depuis une quinzaine d’années. Si nécessaire soit-il, le « downsizing24 » ne suffit pas à créer durablement de la valeur. Comportement défensif, il n’insuffle pas la dynamique de prospérité permettant la mobilisation du personnel.
Nouveau terrible aveu de la part d’un Directeur de fonds d’investissement, il montre que ce comportement est du aux logiques de concurrence (obsession de la rentabilité de court terme), et que loin de conduire au développement, ce comportement ne permet pas de créer de la valeur.
Pire, il semble que poussé jusqu’au bout, cette logique conduit à la récession :

« Le risque est même d’entrer dans une spirale récessive : la réduction drastique des dépenses de R&D ou de marketing, si elle améliore vite le résultat, affaiblit aussi l’entreprise sur ses marchés, ce qui entame une baisse des performances puis des restructurations. Le vrai levier de création de valeur reste la croissance de l’activité : Plus aléatoires que les réorganisations et les restructurations, les résultats de
cette stratégie mobilisatrice ne sont pas très compatibles avec l’horizon « court-termiste » du management par la valeur ».

D’où cette conclusion terrible qui indique que le système est irréaliste et peut conduire l’humanité à sa perte (« sacrifier le long terme ») : L’exigence de taux de rentabilité irréalistes et la focalisation sur la création de valeur actionnariale ont contribué à donner un poids excessif aux critères financiers et au « court-termisme » dans le pilotage des entreprises. A trop exiger de richesse pour l’actionnaire, le risque
est d’inciter à la « créativité comptable », à rejeter des projets créateurs de valeur, à fragiliser la structure financière des entreprises, à sacrifier le long terme.

 THEOREME OU IDEOLOGIE ?

C’est en ce sens que l’on peut parler d’un « capitalisme prédateur », qui pompe les ressources dégagées par les entreprises (exploitation du travail), sans offrir la possibilité de financer un développement de long terme.

C’est ce qui explique la faiblesse actuelle de l’investissement et favorise le développement du chômage, de la précarité, des déficits publics et des déséquilibres mondiaux : « Le G7 appelle à une action vigoureuse pour résorber les déséquilibres du monde »28. On constate ainsi dans les faits, que si la première partie du « théorème de Schmidt » (les profits et leur développement), se manifeste bien comme conséquence des politiques économiques développées par les Etats depuis 20 ans, la
conséquence induite du théorème (investissements et emplois) n’apparaît pas.

Dans ces conditions enfin établies, par les acteurs financiers eux-mêmes (je n’ai pas inventé les citations), qui font que la réalité économique est en contradiction avec le théorème économique et politique énoncé ; théorème sur lequel se déclinent toutes les politiques économiques actuelles, il serait peut-être enfin temps, de chercher une autre logique économique. A moins que cette « non recherche » s’explique en définitive, par le fait que les politiques suivent un dogme idéologique, qu’ils savent, depuis très longtemps, pertinemment erroné...

 VERS UN NOUVEAU KRACH ?

A la promesse de « lendemains qui chantent » que prophétisaient les vendeurs de « la mondialisation heureuse », on constate que la « mondialisation capitaliste » de marché, sous contrainte de rentabilité financière est en échec, car il faut lire les communiqués du G7 comme étant la formulation de messages diplomatiques, que seuls les initiés sont en mesure de décoder. « Le G7 appelle à une action vigoureuse pour résorber les déséquilibres du monde ».

A court terme, les risques de « Krach systémique mondial » sont au moins aussi importants que les risques terroristes. Il suffit là aussi de lire la presse économique pour s’en rendre compte. Quatre aspects complémentaires poussent à cette possibilité :
• Les yoyos monétaires
 : Entre le dollar et l’euro, depuis 2002, le monde assiste à un jeu de yoyo monétaire qui déstabilise le système économique mondial : « Une volatilité excessive et des mouvements désordonnés dans les taux de change sont indésirables pour la croissance économique »30.

Ces variations de taux de change, et notamment la baisse du dollar ont été programmées pour aider l’Amérique à résoudre ses déficits, et notamment celui du commerce extérieur (700 Milliards de dollars en 2004). L’Europe payant ce « yoyo monétaire », véritable soutien à l’économie Américaine, par une période de décroissance et de chômage de masse.

C’est d’ailleurs ce que disait Wim DUISEMBERG, Président de la B.C.E avant la réunion du G7 de DUBAI : « Dans les préparatifs pour la réunion du G7 a Dubaï, il n y pas de doute que sera évoquée la question des déséquilibres mondiaux importants » liés « en particulier. » aux déficits courants américains, qui sont considérables ». « L’Europe est confrontée à un problème » car « la plupart des pays de l’Asie
orientale ont accroché leurs monnaies au dollar ». « Le fardeau des ajustements » monétaires « pèse sur l’euro et l’Europe ». « Il faut aboutir à une répartition de ce fardeau ».

Tout ceci crée une instabilité dans le système monétaire mondial, dont les répercussions pèsent sur l’économie mondiale : « Le système monétaire international actuel est très inefficace. On a montré qu’il retarde l’ajustement de la dette extérieure des Etats-Unis et insinue un doute grandissant sur sa soutenabilité. Couplé aux changements dans la division internationale du travail (c’est ce qui provoque les délocalisations), il ne permet d’envisager qu’un ajustement récessif aux Etats-
Unis »31.

La monté du prix du pétrole et de l’or : L’actuelle « crise du pétrole » expliquée comme toujours par des raisons apparentes (demande mondiale excessive par rapport à l’offre, insuffisance des raffineries, terrorisme, météos et autres), cache, comme toujours sur la question du pétrole32, la défiance des marchés financiers sur la solidité réelle et saine de la croissance américaine :

« La forte croissance américaine persiste, les doutes demeurent. Chômage en baisse, pouvoir d’achat et consommation en hausse, productivité accrue, les chiffres de la première économie mondiale peuvent faire envie aux pays de la zone Euro. Mais le taux d’épargne est désormais nul et le Pays vit à crédit. »33 Incertitudes confirmées quelques semaines plus tard : « Les économistes de marché révisent à la baisse leurs prévisions de croissance aux Etats-Unis ».

L’incertitude pesant sur la matrice mondiale du capitalisme libérale, poussent les acteurs financiers à se couvrir contre ces incertitudes. Le pétrole (60 % de l’énergie consommée dans le monde) joue le rôle de valeur refuge centrale. Il en va de même pour l’or qui retrouve sa fonction de valeur refuge : « le prix de l’once d’or au firmament à Londres et New-York. Le métal jaune justifie sa réputation de valeur refuge auprès des investisseurs... ».

La sécurité des placements contre la rentabilité : Le fait que les marchés préfèrent la sécurité au risque, peut déboucher sur une contradiction majeure du système : « Si cette tendance se poursuit, les groupes auront de plus en plus de difficultés à trouver des capitaux pour soutenir leur développement, et par là même la croissance. Dans le même temps, les placements investis en obligations d’Etat risquent de devenir de moins en moins rentables, les rendements offerts par le secteur public étant bien moins élevés que ceux de l’économie productive.

Pour contrebalancer les baisses de rentabilité, les investisseurs ont multiplié ces dernières années la création de fonds privés. Ceux-ci exigent des taux de retour sur capitaux investis très élevés, de l’ordre de 20 % à 25 %, auprès des entreprises dans lesquelles ils ont placé de l’argent. Au risque de les épuiser. A terme, les épargnants pourraient découvrir que ces investissements ne sont pas si sûrs ».

La question posée derrière est celle du Titanic : jusqu’à quand cette contradiction et ce système intenable vont-t-ils tenir ? d’où la conclusion de l’article : « Certains commencent à redouter la formation d’une bulle sur les actifs des entreprises sur ces marchés parallèles »

Les déséquilibres de l’Economie mondiale  : Je renvoie ici à l’aveu du G7 : les « déséquilibres mondiaux vont croissants », or les Krachs sont les conséquences des déséquilibres. Au coeur de ces déséquilibres se trouve le système américain, avec son double déficit (commercial et budgétaire37) qui peut devenir le centre du nouveau Krach à venir (comme en 1929).

Ne considérons pas cette Hypothèse d’un nouveau Krach américain comme absurde. Si non comment expliquer que la Tribune pose la question suivante : « L’Amérique recrée-t-elle une bulle spéculative ? »38.
N’oublions pas que les Etats- Unis ont le niveau d’endettement le plus élevé de la planète (3.500 milliards de dollars)39, que son déclin économique est patent.

Le titre de La Tribune du 26 Septembre 2005 est : LE G7 S’INQUIETE DES DESEQUILIBRES AMERICAINS. LES PROFITS D’AUJOURD’HUI FONT LES O.P.A DE DEMAIN ET LES KRACHS D’APRES DEMAIN : On était parti d’un théorème simple, connu et au nom duquel, « les peuples libres » devaient s’adapter. On constate que si la première partie du théorème est respectée, ses conséquences sont
complètements différentes de celles qui étaient doctement énoncées.

La tribune du 7 Février 2005 titrait : « LA VAGUE D’O.P.A, AMORCE D’UN NOUVEAU CYCLE ».
On a ici confirmation de l’enchaînement : les profits réalisés font les O.P.A, mais si le lecteur a cheminé, il sait aussi que tel était le cas au moment du Krach Internet. Or qu’est ce qu’un cycle ? Selon le dictionnaire : « suite ininterrompue de phénomènes qui se renouvellent de façon immuable »41. Un cycle est donc un mouvement répétitif. Si nous en sommes aujourd’hui à l’amorce d’un nouveau cycle celui-ci se
terminera bien, comme le précédent par un nouveau Krach. Mais, à la différence du précédent, celui-ci sera plus grave, sans doute comparable au séisme de 1929, car après avoir une nouvelle fois « épuisé » les « entreprises saines » mises sur le marché actuellement, lorsque le nouveau Krach interviendra, les Etats n’auront plus aucune entreprise publique à livrer au marché et sans doute peu ou plus de moyens réels (services publics)42 et budgétaires, pour sauver à nouveau le système de sa propre crise. Après avoir privatisé, donc supprimé les outils d’interventions de l’Etat, mis en place depuis 1945, on se retrouvera bien dans une situation de crise comparable à 1929. Un nouveau Keynes nous dira alors qu’il faut
contrebalancer la « myopie des marchés » par un Etat fort. Faudra t-il une nouvelle guerre mondiale pour y arriver ? Karl MARX indiquait : « le capitalisme crée ses propres fossoyeurs » et il voyait dans les ouvriers concentrés dans les usines les fossoyeurs du capitalisme. Aujourd’hui ne peut-on dire au vu de ce
que nous avons lu, que « les marchés financiers créent leur propre krach » ?

 Conclusion

Le pire n’est jamais souhaitable, car sa réalisation effective, entraine souvent l’humanité toute entière dans des « tsunamis meurtriers » (Nazisme). C’est pourquoi il et nécessaire et urgent de repenser l’action publique mondiale, autour de l’idée de « New-Deal Mondial » et non plus de commerce mondial (O.M.C). Cette idée de « New-Deal mondial », nécessite de repenser l’action publique à l’échelle du monde, comme la matrice structurante du « développement durable » conçu autour de la
réponse mondiale aux besoins humains (eau, alimentation, énergie, santé, logements, école, formation et transport).

Seule cette perception du nécessaire dépassement du « fétichisme de la marchandise », et du « commerce libre » peut permettre à l’humanité de se construire un avenir de progrès et de paix.
Aujourd’hui il est encore temps, demain il sera trop tard, car à force de jouer avec des théorèmes caduques, on se brule les doigts.

Martigues, le mercredi 28 septembre 2005
Fabrice AUBERT / Economiste.


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