Yonne Lautre

Lettre ouverte du collectif Marche pour le climat 89 à Monsieur le Préfet de l’Yonne : L’eau est un bien commun, elle est notre affaire à tous.

par le Collectif citoyen de l’Yonne Marche pour le climat

Lettre ouverte du collectif Marche pour le climat 89 à Monsieur le Préfet de l’Yonne

Depuis novembre, des marches pour le climat ont lieu chaque mois dans l’Yonne. La lutte contre le changement climatique s’inscrit dans une prise de conscience générale des urgences écologiques : disparition progressive des milieux naturels, chute catastrophique de la biodiversité, qualité de l’eau, de l’air et des sols dégradée, augmentation des GES, des températures, de l’évaporation … avec en perspective une augmentation des pressions sur une ressource en eau devenue rare.

En ce début de printemps, le collectif Marche pour le climat 89 s’est mobilisé sur l’eau, source de toute vie et bien commun à protéger.

Le constat :

La liste des polluants industriels et agricoles s’allonge d’année en année. Sur les points de captage, plus de 80 paramètres sont régulièrement analysés. En 25 ans, notre département a perdu 116 captages et s’est doté d’une bonne vingtaine d’unités de traitement des nitrates et/ou des pesticides et de centaines de kms d’interconnexions. Épurée, filtrée oxydée, aérée, chlorée, oxygénée, ozonée, dénitratée, interconnectée, l’eau est de plus en plus traitée pour pouvoir la distribuer au robinet et son coût augmente en conséquence. Précisons que l’eau des nappes souterraines et celle des rivières n’étant ni traitée ni épurée, la faune sauvage et le bétail subissent cette pollution chronique. De fait, tant que dureront les épandages de pesticides, notre air, nos sols comme nos captages resteront pollués. Économiquement parlant, la situation n’est pas davantage acceptable : nous vivons depuis plus de 20 ans un scénario catastrophe où la baisse de qualité de l’eau concourt à son renchérissement sans que des décisions de bon sens soient prises.

Alors que des collectivités, comme la communauté d’agglomération de l’Auxerrois, s’engagent dans des politiques préventives favorisant la transition agricole vers des cultures sans intrants, les services de l’État réclament en même temps des solutions curatives financièrement lourdes. Politique du très court terme, puisque nul n’ignore aujourd’hui les limites du curatif et son surcoût. Dans un rapport réalisé pour l’Agence de l’eau Seine-Normandie, le cabinet Ecodécision le dit sans détours : ’quand la pollution est trop élevée, il n’est plus possible de la traiter’, ajoutant que le curatif ’pose la question des déchets produits’ lors du traitement. L’agence de l’eau en déduit fort logiquement que la seule solution soutenable passe par des politiques locales préventives, autrement dit par des alternatives à l’agriculture conventionnelle, c’est-à-dire sans pesticides de synthèse.

L’État nous rend victimes de ses contradictions : d’une main, il autorise la mise sur le marché des pesticides de synthèse qui polluent nos ressources en eau, et de l’autre, il exige des collectivités qu’elles délivrent une eau conforme au robinet ! Au niveau européen, la façon dont sont accordées les AMM, (autorisations de mise sur le marché) des pesticides, est si contestable qu’elle devrait bientôt être revue. Les médias ont parlé des failles du système d’homologation à propos du glyphosate, on peut aussi l’illustrer avec 2 herbicides du colza : le métazachlore et le dimétachlore. Lors de son homologation, on ignorait que le premier produirait une quinzaine de métabolites (ou résidus de dégradation), dont certains ont causé de nombreuses alertes et restrictions d’usage de l’eau, quant au CGA dimétachlore 369873, métabolite du second, présent lui aussi dans de nombreux captages de l’Yonne, on le connait grâce à la mobilisation qui a suivi la contamination du captage de Lucy-sur-Yonne. Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’ANSES, s’est déclarée incapable de fournir un seuil de toxicité pour ce métabolite. Le principe de précaution est donc bafoué puisqu’on autorise la vente d’herbicides sans connaissance de leurs impacts sanitaires !

Résultat : les collectivités locales qui ont la responsabilité de la distribution de l’eau sont dans une situation intenable. Tout en étant en première ligne, elles sont en bout de la chaîne de décision, sans prérogatives réelles, comme le droit d’organiser avec les agriculteurs des compensations financières pour favoriser les changements de pratiques agricoles. Ce que font, avec succès, les collectivités en Bavière, ou « Eau de Paris » pour protéger le plus possible les sources d’approvisionnement de la capitale.

Ce constat est loin d’être exhaustif. Il nous faut évoquer aussi la vingtaine de captages icaunais qui ne bénéficie encore d’aucune protection réglementaire : pas de DUP (déclaration d’utilité publique) ni de périmètres de protection, et ces interminables études de bassin d’alimentation de captages, qui n’ont toujours pas abouti à des prises d’arrêtés préfectoraux. S’interroger sur ces communes où l’affichage réglementaire des analyses d’eau reste aléatoire, et s’étonner enfin que la population soit si mal informée sur la qualité de l’eau qu’elle consomme, et si peu associée aux décisions à prendre collectivement pour l’améliorer.

Nos revendications :

  • Une transition rapide vers une agriculture n’altérant pas les ressources en eau, c’est-à-dire sans pesticides de synthèse. L’État doit soutenir les conversions vers l’agriculture biologique, faciliter les installations d’agriculteurs en transition et les reprises d’exploitations, notamment en élevage, en préservant le foncier agricole, accompagner la structuration de filières pour les cultures de diversification, en aidant la relocalisation de la consommation, en rapprochant les producteurs des consommateurs...
  • Une intervention de l’État pour faciliter le droit de préemption du foncier par les collectivités qu’elle que soit leur taille pour permettre la mise en place des baux environnementaux.
  • Une suspension immédiate de l’utilisation du métazachlore et du dimétachlore, a minima sur tous les bassins d’alimentation de captages du département.
  • La fin des captages sans DUP et l’accélération des procédures BAC.
  • L’instauration et le maintien de suivis renforcés sur les captages problématiques.
  • La réduction de l’inégalité de traitement des communes de faible population, qui ne bénéficient pas des mêmes fréquences d’analyses (1 fois tous les 2 ans pour certaines) que les communes plus peuplées.
  • L’intégration des riverains et associations aux comités de pilotage des études BAC et/ou des syndicats-délégataires.

L’eau est un bien commun, elle est notre affaire à tous.
Il n’y a pas d’avenir désirable ni
de développement soutenable sans de profonds changements dans la manière de préserver l’eau, l’économiser et la consommer.

Auxerre,
mars 2019

Le Collectif citoyen de l’Yonne Marche pour le climat est composé de 22 organisations :
ADENY. Alternatiba Yonne. ARPENT. ASAO. ATD Quart Monde Yonne. ATTAC 89. BioBourgogne. C3V maison citoyenne. CCFD-Terre solidaire de l’Yonne. Collectif 89 « A-C OGM Pesticides ». Confédération Paysanne de l’Yonne. FSU 89. Intersyndicale de l’ONF de l’Yonne. Jour de la Terre à Auxerre. LDH Auxerre. LDH Yonne-Nord. LPO 89. Lucytoyens.RADD. Réseau Soutien Migrants 89. Solidaires 89. Yonne Nature Environnement.


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