Yonne Lautre

« Construire une Ecorégion, ou comment restaurer la souveraineté alimentaire des régions françaises et européennes » par Christophe Bellec

mercredi 18 janvier 2006 par Bellec Christophe

Construire une Ecorégion, ou comment restaurer la souveraineté alimentaire des régions françaises et européennes

Le constat ne fait plus guère de doute : tous les clignotants environnementaux, sociaux et sanitaires de nos sociétés de consommation libre-échangistes ont viré au rouge.

L’agriculture et plus globalement l’alimentation font partie des sujets les plus sensibles puisque les plus « vitaux » au sens strict. Transformer les produits alimentaires en marchandises comme les autres circulant aux quatre coins du monde est plus qu’une absurdité : c’est une lourde menace pour la survie à terme de milliards d’individus.

Et le Sud n’est plus le seul concerné : les pays du Nord se retrouvent aussi en état de dépendance alimentaire d’autant plus inquiétant qu’il est politiquement organisé.

Mais un modèle alternatif global est en train de voir le jour : l’Ecorégion. Son objectif est simple : restaurer la souveraineté alimentaire des territoires à l’échelle de la région en privilégiant une logique de relocalisation et de soutenabilité environnementale.

Cette démarche en est encore à ses balbutiements, et la « boite à outils » à l’usage des décideurs en cours de constitution. La région Limousin sera le théâtre de la première réflexion d’ampleur sur la mise en œuvre d’une démarche écorégionale : les Assises du Limousin des 9 et 10 février 2006 Limoges (1) pourraient faire date dans ce mouvement qui ne demande qu’à s’étendre dans les autres régions françaises et européennes. Une chose est sûre : le local a de l’avenir.

Nota : ce texte est la version résumée d’un article plus développé téléchargeable à la fin de cet article, en pièce jointe.

 Une dépendance alimentaire organisée, au Sud... comme au Nord !

Parler de souveraineté alimentaire est d’ordinaire perçu comme un problème des pays du Sud, et pourtant le Nord en est lui aussi frappé dès qu’on regarde à l’échelle des régions. En effet la souveraineté n’est pas une question de volume de produits agricoles et alimentaires, mais d’adéquation entre ces produits et les besoins réels de la population du territoire, et ce « de la fourche à la fourchette ».

L’exemple du Limousin est frappant (2) : produisant largement plus en tonnage global que sa consommation, son niveau final de souveraineté alimentaire ne dépasse pas 10%.

Restons sur le Limousin pour comprendre cette incroyable réalité, et commençons par la production agricole : on se rend compte qu’elle est hyperspécialisée sur trois familles de produits seulement, le bovin, la pomme et le mouton. Pour le reste c’est un peu « sauve qui peut » : le blé tendre et le lait s’en sortent encore, mais le taux d’indépendance alimentaire (TIA) des œufs (24%), des pommes de terre (23%, divisé par 7 en 30 ans !) ou des fruits hors pommes (18%) sont à des niveaux faibles. Quant aux légumes frais (8% !) ou secs (1%), la volaille (10%) ou le blé dur pour les pâtes (0%), c’est la Bérézina...

En chiffres bruts, la production agricole assurerait 52% des besoins, mais on verra plus loin comment transformation et distribution alimentaires ramène ce niveau à 10%.

Ce constat est évidemment valable pour la plupart des autres régions de France et d’Europe, chacune se focalisant sur quelques produits destinés à l’export, et important le reste des autres régions, parfois à l’autre bout de l’Europe. En cause : la politique de libéralisation des marchés agricoles impulsée par l’OMC, et relayée par la PAC. Soyons justes : à la base existe un problème d’équilibre entre Nord et Sud, les pays occidentaux mettant des barrières douanières et donnant des subventions à leurs paysans pour protéger son agriculture... mais aussi faire du dumping au Sud pour écouler ses excédents.

Mais la dérégulation annoncée des prochaines années est une mauvaise réponse donnée au problème puisqu’elle va poursuivre la course à la productivité et à l’agrandissement initiée par la PAC, c’est à dire la disparition des paysans et la mise en dépendance alimentaire globale de l’Europe.

L’autonomie alimentaire à l’échelle d’une région ne dépend pas seulement de la production agricole, mais aussi de leur transformation par les industries agroalimentaires, puis de leur distribution et de leur consommation.

Pour en revenir au Limousin, l’insuffisance du tissu agro-industriel provoque le départ des produits bruts hors de la région. C’est le cas du bovin : la grande majorité des veaux partent en Italie pour leur engraissement, leur abattage et leur transformation (à moindre coût), et la viande est revendue dans le reste de l’Europe... y compris le Limousin.

Mais le pire reste encore la distribution : des aliments produits et transformés en Limousin ne se retrouvent pas forcément dans les rayons des magasins locaux.

Au contraire : la grande distribution, qui contrôle près de 90% du commerce de détail en France, est indifférente, voire hostile, à la dimension locale des produits. Les centrales d’achat n’ont aucun état d’âme à constituer leurs catalogues fournisseurs à une échelle de plus en plus mondiale avec la seule obsession des prix cassés. Les fournisseurs subissent alors une pression énorme qui les obligent à grossir et à délocaliser pour ne pas disparaître. La grande distribution c’est tout simplement les méfaits de la mondialisation à domicile.

Au final, transformation et grande distribution réduisent fortement la souveraineté alimentaire d’une région (en la ramenant, dans l’exemple du Limousin, autour de 10%). En fait, il s’agit bien d’un problème à l’échelle mondiale, une forme de « désorganisation » très bien organisée. La mise en dépendance alimentaire des territoires, orchestrée par les politiques agricoles de l’OMC ou de l’UE, sont savamment relayés par les politiques d’interdépendance économique et de libre-échange concurrentiel impulsés par ces mêmes structures.

 Des conséquences lourdes de menaces de cette dépendance organisée

Cette situation de dépendance organisée provoque une grande fragilité des territoires face aux aléas et aux crises. Ses conséquences se révèlent lourdes de menaces dans plusieurs domaines, avec des situations confinant à l’absurde.

C’est le cas dans le domaine de l’énergie : ce modèle de libre-échange généralisé induit des transports incessants aux quatre coins de la planète et un gaspillage énergétique effrayant.

La déplétion pétrolière est désormais une évidence, et qu’elle n’apparaisse que dans 5, 10 ou 15 ans importe peu : un tel système n’est de toute façon pas soutenable et va s’arrêter de lui-même, d’abord par explosion des coûts énergétiques puis raréfaction des ressources.

Le modèle d’agriculture intensive est lui aussi fortement dépendant des énergies fossiles. La course aux rendements et à l’agrandissement a engendré une mécanisation à marche forcée et l’usage croissant d’intrants chimiques (engrais et pesticides) dont la fabrication réclame énormément de produits pétroliers (sans oublier les déchets plastiques des innombrables produits préparés par l’industrie agroalimentaire).

C’est alors une évidence qui nous saute aux yeux (et bientôt à la figure) : nous sommes à la veille d’un bouleversement complet de nos modèles agroalimentaires. La fin du pétrole va provoquer la relocalisation de l’ensemble des productions (et la reprise en main de leur autonomie alimentaire par les territoires), mais aussi l’abandon d’un système agricole productiviste au profit d’un modèle agrobiologique réellement soutenable pour l’écosystème planétaire.

Car à la menace énergétique se rajoute la menace environnementale, plus immédiate encore, en particulier sur le réchauffement climatique, qui réclame un changement complet de société sans même attendre la fin du pétrole.

Les scientifiques mondiaux (au travers du GIEC) sont désormais formels : le phénomène est enclenché et il est lourd de menaces. Les émissions annuelles actuelles de gaz à effet de serre sont 4 fois supérieures aux capacités d’absorption annuelles des écosystèmes terrestres et marins, et s’accumulent peu à peu dans l’atmosphère.

Les conséquences à l’échelle du siècle sont difficiles à prévoir dans le détail mais elles seront dramatiques : la vitesse inouïe du dérèglement climatique vient bousculer des phénomènes naturels dont l’inertie est très grande, et vont provoquer des effets de rupture ou d’emballement que nous ne pourrons connaître qu’au dernier moment, c’est à dire bien trop tard.

Les activités agricoles sont responsables de 20 à 25% des émissions de gaz à effet de serre (GES), et si on considère toute la filière alimentaire, le chiffre atteint 30% ! C’est dû à la gourmandise en énergies fossiles déjà évoqué, mais aussi à l’impact énorme des modes alimentaires riches en viande.

Produire 1 kg de viande de veau émet autant de GES que 110 kg de farine de blé... ou plusieurs dizaines de tonnes de pommes de terre ou de légumes, à cause du mauvais rendement global (4 à 10 calories végétales pour produire une calorie animale) et des quantités gigantesques de méthane émis par l’élevage bovin et ovin (3).

Dernier point à charge du modèle productiviste agricole : sa responsabilité dans l’épuisement des sols et des ressources hydriques, ainsi que de leur pollution (génératrice de graves problèmes de santé publique).

Les conséquences sociales sont également dramatiques : le modèle agricole productiviste est une machine à broyer l’humain, partout dans le monde, puisque l’indicateur de compétitivité est le nombre d’hectares géré par paysan. En France, tous les dix ans, on arrive à 30% de production agricole en plus avec 30% de paysans en moins.

Au Sud, l’accaparement des terres vivrières au profit de productions d’exportation éjecte des millions de paysans de leurs terres, bras et bouches inutiles forcés à l’exode rural pour venir grossir les bidonvilles des mégapoles. Les autorités chinoises annoncent que 500 millions de paysans seront mis au rebut d’ici 2015 pour assurer la productivité de l’agriculture du pays...

Ouvrir en grand tous les marchés pour laisser libre cours à cette compétition mondiale des uns contre les autres est une menace à court terme pour la survie socioéconomique de l’agriculture française et européenne. En reprenant l’exemple du Limousin, on découvre que la pomme chinoise commence à arriver en concurrence frontale sur les marchés européens à qualité égale mais près de 2 fois moins cher. Et sur le bœuf, la menace vient d’Amérique du Sud : la viande bovine arrive à des prix imbattables, mais reste encore contingentée.

Une ouverture plus large des barrières douanières pourrait non seulement favoriser l’arrivée massive de viande, mais aussi de bovins vivants, qui prendront la direction des ateliers d’engraissement italiens et remplaceront au pied levé les veaux limousins désormais sans débouchés. En Chine comme en Argentine, de tels écarts de prix s’expliquent simplement par le coût bien plus faible de la main d’œuvre.

On peut dire après tout que c’est la règle du jeu du commerce mondial : que le meilleur gagne ! Le problème est qu’à un tel jeu on accepte ceux qui utilisent les « cartes truquées » du dumping social, ce qui oblige les autres à se lancer dans une spirale ravageuse en terme d’emplois. Les transnationales sont les premières à avoir poussé à la roue un tel mouvement de dumping social dont les dégâts sociaux sont pour elles d’excellentes opportunités financières de réduire encore leurs coûts.

On mesure ici la passivité complice des décideurs politiques occidentaux : ce sont eux qui ont lâché peu à peu les leviers de commande et de régulation de l’économie marchande, et qui déplorent aujourd’hui de ne pouvoir rien faire contre cette mondialisation qu’ils ont sciemment laissé s’installer.

Mais il ne faut pas s’arrêter à ce sombre constat : ce qui a été défait politiquement peut être refait politiquement. Remettre l’action politique et citoyenne au cœur du système économique est la seule solution, c’est ici une affaire de volontarisme politique. Dans le cadre de l’alimentation, l’objectif à atteindre s’exprime de manière simple : restaurer la souveraineté alimentaire. C’est ici qu’entre en jeu une démarche alternative, un nouveau paradigme : l’Ecorégion.

 Fondements d’une démarche alternative : l’Ecorégion (4)

Le fondement de base et le moteur d’une démarche écorégionale, c’est la restauration de la souveraineté alimentaire, un droit citoyen fondamental, à l’échelle d’un périmètre régional.

C’est à la fois un paradigme, un modèle global cohérent et sa mise en œuvre concrète en tant qu’instrument politique de maîtrise des ressources alimentaires de la fourche à la fourchette.

Face aux nombreuses menaces actuelles ou futures, la relocalisation écorégionale des moyens de production, de transformation, de distribution et de consommation est à la fois une nécessité et une évidence.

A l’image d’un organisme vivant, une Ecorégion cherche à renforcer son « immunité alimentaire » pour mieux résister aux crises et « virus » susceptibles de la fragiliser.

Mais cette démarche n’est pas un repli xénophobe ou autarcique, simplement un besoin d’autonomie et de maîtrise des flux entrants et sortants sur ces ressources vitales. D’ailleurs la démarche écorégionale s’appuie sur un maillage à plusieurs niveaux de territoire, ce qui crée des liens entre Ecorégions proches (comme des pièces de puzzle imbriquées), chaque région n’ayant pas un terroir pour être autosuffisant sur tous les produits. C’est en particulier le cas des grandes villes comme l’agglomération parisienne, qui a besoin des régions alentour pour assurer son alimentation.

Une démarche écorégionale doit se déployer dans une logique pérenne intergénérationnelle, et donc soutenable pour les écosystèmes, en assurant la gestion des ressources naturelles, l’autonomie et la sobriété énergétique, une empreinte écologique modérée prenant en compte la capacité de charges des territoires. Son modèle agricole est donc logiquement basé sur le passage à l’agrobiologie. De la fourche à la fourchette, ce sont les circuits courts qui sont privilégiés pour minimiser transports et gaspillages.

Sur le principe, la démarche écorégionale semble fondée avant tout sur du bon sens. Sa mise en œuvre concrète est bien sûr plus complexe et c’est ici que réapparaît le nécessaire volontarisme politique pour y parvenir.

L’Ecorégion arrivant sur un périmètre déjà fortement structuré, le moyen le plus sûr de la déployer est de construire à côté des structures existantes des « bulles écorégionales », de les faire grandir pour devenir peu à peu le mode de fonctionnement standard. Nous allons voir quelques exemples qui vont permettre de constituer une « boite à outils écorégionale » dans laquelle des décideurs régionaux pourront piocher.

Dans le domaine de la production agricole, une démarche incontournable est de créer le périmètre écorégional de souveraineté alimentaire, dans lequel est assurée la production en adéquation avec les besoins alimentaires identifiés de la région, et ce suivant un modèle agrobiologique. Ce périmètre n’englobe pas la totalité de la surface agricole utile (dans le cas du Limousin 40% seulement), il reste donc des terres disponibles pour d’autres productions (surplus pour des Ecorégions voisines, biocarburants,...), qui doivent aussi être gérées de manière durable.

Créer ce périmètre écorégional implique une reprise en main collective de la gestion du foncier sur l’ensemble du territoire régional. C’est une nécessité politique forte pour gérer de manière volontariste et équitable la répartition du foncier entre différents acteurs aux intérêts divergents.

Une conséquence très favorable de la mise en place de ce périmètre agrobiologique est la création de nombreux emplois agricoles, rendus nécessaires par la relocalisation de la production et la diminution des consommations de ressources fossiles, remplacées par des bras supplémentaires. L’impact au niveau national est colossal, et pourrait créer environ 2,5 millions d’emplois agricoles (et ainsi revenir à la situation de 1970).

Appliquée au secteur de la transformation, la démarche écorégionale va induire un développement des industries agroalimentaires sur une base plus locale et sur une taille plus réduite. Quant aux filières de distribution et de vente, les régions disposent de peu de moyens directs pour changer la donne avec la grande distribution. Une Ecorégion peut déjà fortement sensibiliser les consommateurs sur l’intérêt des circuits courts et des produits locaux.

Mais l’action la plus intéressante consiste à prioriser l’approvisionnement en produits locaux pour toutes les structures de restauration dépendant de collectivités publiques et locales (écoles et universités, maisons de retraite, administrations et entreprises publiques ou territoriales,...), offrant un débouché d’envergure immédiat et assuré aux producteurs locaux.

 L’Ecorégion, « boite à outils » et prototype d’un renouveau démocratique

Ce sont quelques exemples de solutions écorégionales possibles, mais l’intérêt de la démarche est de pouvoir constituer une véritable « boite à outils écorégionale » dans laquelle des décideurs régionaux peuvent venir piocher.

Plusieurs cadres structurants, de création récente, sont aussi sous la responsabilité des Régions pour développer et créer ces outils :
Le schéma régional de développement économique (SRDE), un plan stratégique de coordination économique d’acteurs institutionnels et économiques d’une région, avec un volet agricole et agroalimentaire.

L’Agenda 21, qui définit la stratégie régionale de développement durable (le développement de l’agrobiologie peut parfaitement s’y intégrer)
Les pôles d’excellence ruraux (qui démarreront en 2006), calqués sur le modèle des pôles de compétitivité mais à l’usage du développement rural.

L’empilement des cadres juridiques existants rend néanmoins la tâche difficile, et les marges de manœuvre laissées aux décideurs peuvent parfois être restreintes. Cela signifie que le déploiement d’une démarche écorégionale demande un volontarisme politique fort pour aboutir. Le caractère de plus en plus technocratique des institutions et des élus de notre système de démocratie participative renforce encore la crainte de faire face à une « mission impossible ».

En fait, la démarche écorégionale peut être une opportunité d’injecter de la démocratie participative dans ce système : ce volontarisme politique doit permettre aux décideurs de se réapproprier de nouveaux espaces décisionnels et d’en profiter pour y installer de nouvelles pratiques plus participatives. Elle a plusieurs atouts à faire valoir.

D’abord c’est une démarche nouvelle et donc plus ouverte à de nouveaux modes d’organisation. C’est aussi le cas des cadres structurants (SRDE, Agenda 21 et poles d’excellence) pouvant intégrer des outils écorégionaux. De plus, les sujets traités par une Ecorégion sont véritablement « multipartenariats » avec un très grand nombre d’acteurs concernés différents (en particulier les citoyens, très impliqués sur le thème de l’alimentation).

 L’atout participatif de l’économie solidaire

Une autre opportunité pour des formes démocratiques plus participatives est de pouvoir s’appuyer sur l’économie sociale et solidaire (ESS) pour déployer certains outils écorégionaux.

Les structures de ce secteur économique partagent en effet avec l’Ecorégion des valeurs plus humaines, participatives, locales, et un développement en « bulles » à côté des structures et secteurs existants (ici le secteur privé marchand et la sphère publique, d’où son appellation de « tiers secteur »).

Les structures de l’ESS (associations, coopératives,...) sont basées sur un fonctionnement réellement plus participatif, mieux adapté par exemple pour la gestion de l’intérêt collectif et des biens publics .

C’est le cas de la SCIC (société coopérative d’intérêt collectif), une structure dont le conseil d’administration est composé d’au moins 3 collèges (usagers, salariés, collectivité locale, et suivant les cas, fournisseurs, agences d’Etat, prestataires privés,...) dont aucun n’est majoritaire. Il s’agit donc d’impliquer réellement un maximum d’intérêts différents pour prendre des décisions (certes plus difficiles à prendre, mais plus riches, mieux construites et mieux appliquées ensuite).

Une SCIC est une structure bien adaptée à la gestion de l’eau, des déchets, ou d’un service de transports. Dans le cadre de l’Ecorégion, elle conviendrait aussi par exemple dans la gestion du foncier à l’échelle régionale, ou dans celle des filières d’approvisionnement local destinées aux collectivités. Mais on peut aussi s’appuyer sur d’autres formes coopératives et associatives de l’ESS.

 Conclusion : la démarche écorégionale, une nécessité et aussi une chance

Face à l’ampleur des crises qui nous attendent, les idées ici proposées (il y en a bien d’autres) peuvent paraître modestes et longues à mettre en place. Mais le plus important est de se mettre en chemin, et d’accepter de voir en face le mur vers lequel nous fonçons : c’est un gigantesque effort collectif pour réagir.

Il faudra ensuite d’autres efforts pour agir, surmonter les inerties de tout type. C’est à dire trouver un équilibre entre une nécessaire révolution des mentalités et un réformisme des pratiques plus modeste mais (hélas) incontournable.

La démarche écorégionale vient, parmi d’autres, apporter sa pierre à l’édifice. C’est l’une des plus urgentes (maîtriser son alimentation est un impératif à très court terme pour un territoire) mais aussi des plus valorisantes (création d’emplois, revitalisation des territoires ruraux, protection des écosystèmes) et fédératrices entre les citoyens et leurs représentants.

Les Assises du Limousin en seront une étape, mais il y en aura beaucoup d’autres. Le temps nous est compté, et il n’est plus à l’hésitation, mais au volontarisme.

Christophe Bellec*

Notes :

* Membre de diverses associations et structures liées aux questions environnementales et sociales.

Pour tout renseignement sur les Assises, écrire à cette adresse :

christophe.bellec

ou consulter le site www.intelligenceverte.org

(1) Les Assises du Limousin sur l’agriculture écorégionale et la souveraineté alimentaire ont pour objectif de créer un événement autour d’une vingtaine de personnalités nationales (Edgar Morin, Albert Jacquard, Yves Cochet, Corinne Lepage,...). Destinées en premier lieu (mais pas seulement) à un public de décideurs régionaux (politiques, économiques, techniques), entre autres du Limousin, elles doivent les inciter à intégrer une démarche écorégionale dans leurs stratégies de développement socio-économique.

(2) Les éléments chiffrés sur le Limousin sont tirés de l’étude d’Emmanuel Bailly, « Le concept de l’Ecorégion » (téléchargeable à cette adresse : http://www.notre-planete.info/ecologie/devdurable/).

(3) Chiffres cités par Jean-Marc Jancovici sur son site : www.manicore.com

(4) Les éléments relatifs au concept Ecorégion sont tirés de l’étude d’E. Bailly déjà citée


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