Yonne Lautre

Gérard Robert : L’ESCLAVAGE, L’EMANCIPATION, LA SERVITUDE VOLONTAIRE.

samedi 6 mars 2021 par Robert Gérard

Les Chroniques de Yonne Lautre

C’EST ENTRE NOUS...

L’ESCLAVAGE, L’EMANCIPATION, LA SERVITUDE VOLONTAIRE.

L’esclavagisme sauvage, pur et dur, pratiqué par la France, c’est la « traite des noirs » ou le « commerce triangulaire. » Il a duré durant les périodes 1450-1794, puis sur décision de Napoléon 1er, il a repris en 1802, jusqu’à son abolition définitive en 1848 par décision de la jeune Seconde République.

Pour faire simple, pendant quatre siècles (1450-1848) nous avons capturé, ou fait capturer par leurs frères, qui recevaient des « pacotilles » en échange de leur sale besogne, des hommes, des femmes et des enfants pour les faire travailler afin de produire des richesses pour les riches armateurs, les colons et la France. C’est la longue période dite esclavagiste !

Puis vint une période où sous une autre forme, l’esclave fut l’indigène local durant près d’un siècle, 1848-1936 :la condition ouvrière. Pendant cette longue période où règne la misère profonde, les salariés du privé se battent en pratiquant la grève hors la loi, souvent dans l’engagement physique, pour obtenir un mieux-être social, cela débouche sur le printemps de 1936. Congés payés, augmentation sensible des salaires, reconnaissance des syndicats, etc, etc..C’est l’émancipation ouvrière !

Depuis les années 1990, nous assistons à une résurgence de cette sale histoire, pourtant ancienne, sous une autre forme. Ce n’est pas une duplication fidèle de cette histoire, celle qui s’appelle la période de l’esclavagisme, nous en sommes heureusement fort éloignés. Mais, s’ il n’y a pas de maltraitance physique apparente, celle-ci est psychologique, enfouie au plus profond du cortex humain. C’est un phénomène nouveau qui apparaît... l’acceptation du « on ne peut pas faire autrement ».

Ce nouvel état de la pensée humaine est apparu à la toute fin du 20ème siècle, début du 21ème.
D’abord, le grand patronat ultralibéral, aidé en cela par les financiers à l’idéologie du même tonneau, délocalise massivement les productions industrielles. Conséquence mécanique : naissance du chômage de masse. Une majorité de salariés a peur de sombrer dans ce qui s’apparente à un déclassement et met ses légitimes revendications sociales dans sa poche et son mouchoir par dessus. C’est un axiome qui provoque l’apathie. Le salarié très inquiet sur son avenir courbe l’échine.

Dans la même période explose la révolution numérique qui représente aussi un immense danger :

1) Pour ceux qui n’assimilent pas très bien ce nouveau système qui déshumanise les tâches. (Déclassement de l’individu en tant que tel :30% des Français. Dépression nerveuse, suicides de salariés.)
2) La numérisation détruit immédiatement des emplois et jette de nombreux travailleurs dans la case chômage. La peur règne en maîtresse absolue : elle détruit le réflexe de défense chez le salarié, elle provoque un effet « individualiste », chacun pour soi. Il faut rester au- dessus de la mêlée. Ce système est mortifère pour la cohésion sociale du pays.
Prenez les nouvelles entités qui fabriquent de futurs pauvres que sont les Deliveroo, Uber VTC et Eats, Airbnb etc, etc.. que nos gouvernements successifs, depuis les années 2000, ont laissé proliférer aux dépens de notre mode de vie, celui qui a fait hier notre nation et qui fera demain son malheur sociétal.
Les coursiers Deliveroo sont très mal rémunérés (5 euros de l’heure travaillée, + 0,50 cts par livraison et 0,50 cts à 1 euro suivant la zone de livraison). Lorsque l’on se projette au moment où ces salariés rémunérés pauvrement solliciteront leur droit à la retraite, nous pouvons nous imaginer le montant auquel elle s’élèvera. Taux global des cotisations sociales minimales : 22% d’un CA de 6 200 euros annuels, ce qui est souvent le cas.

Le système Airbnb (location de biens immobiliers) fait monter les prix de location et/ou d’achat de ces biens, et repousse à la périphérie des villes les salariés lambda qui ne disposent pas des moyens financiers pour rester dans ces immeubles près de leur lieu de travail. Ce système les éloigne, générant des frais de transport, des temps longs de déplacement, de la fatigue et des émissions de CO2. La même cause provoquant le même effet, les coûts grimpent dans la nouvelle commune d’installation et engendrent une transhumance humaine sans fin.

Quant au concept Uber, depuis mars 2020, par décision de la Cour de Cassation, les chauffeurs Uber VTC ont un statut assimilé à celui des salariés. Leur salaire moyen se situe dans une fourchette comprise entre 1350 et 1620 euros par mois pour 45 heures de travail par semaine, parfois des journées de 12 heures. Le véhicule appartient au chauffeur (location ou achat) : il est donc entièrement à sa charge, à déduire de son pouvoir d’achat utile.

Les menaces de chômage de masse, les délocalisations des productions, la révolution numérique (ou la déshumanisation), qui engendre l’individualisme. La perte de représentativité des syndicats de salariés par l’atomisation des emplois, le comportement consumériste CFDT/patronat/gouvernement (système de la retraite par points rejeté par les salariés). Les trop « faciles » prêts bancaires qu’il faut bien rembourser (une paire de menottes financières). La présence néfaste des compagnies low cost dans notre paysage social. Les lois liberticides, atteinte au droit de manifester. Le non-respect des choix des citoyens par les politiques (traité de Lisbonne). La concentration du commerce, plus le e-commerce. Les nouvelles sociétés commerciales déloyales et asociales citées ci-dessus : tout cela force un trop grand nombre d’hommes et de femmes tétanisés par la peur d’être déclassés socialement, de perdre leur emploi et de facto leur cadre de vie, à accepter l’inacceptable. A cela est venue s’ajouter la pandémie du coronavirus. Le système cognitif de ces gens malmenés se trouve totalement embrouillé et ils perdent pied. Ils refusent le combat social, ils acceptent le recul des acquis sociaux, ils se rendent psychiquement !

Voilà comment aujourd’hui se développe ce nouvel esclavagisme invisible, je le nomme... la « servitude volontaire »*.

Gérard ROBERT
06 mars 2021.

* Même si le principe ne relève pas tout-à-fait de la même « servitude volontaire » décrite par le Périgourdin écrivain Étienne de La Boétie (1530-1563), elle l’est !

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Remarque : Yonne Lautre publie cette chronique qui n’engage que son auteur.


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