Yonne Lautre

« Déchets. Valorisation thermique du capitalisme ! » par Julien Estrada

jeudi 8 mars 2007 par Yonne Lautre

Valorisation thermique du capitalisme !

Julien ESTRADA

Actuellement en stage dans le secteur des déchets, l’objectif de cet article est de faire part de mon opinion en réaction à l’article de Geneviève AZAM paru dans Politis le 22 février 2007 intitulé : « Le capitalisme est-il recyclable ? »

Cet article traite de la pertinence du discours favorable au recyclage des déchets en posant la problématique du coût énergétique des filières et du déni face au productivisme.

Sans utiliser le mot (tabou) de décroissance, G.A. fait référence à Nicolas Gorgescu-Roegen et son approche bio-éconmique en référence à l’entropie, afin d’expliciter l’illusion d’une renouvelabilité infini des produits par le recyclage et de la pénurie inéluctable des matières premières. Cette argumentation est à compléter selon moi.

Il est vrai que le discours enthousiaste des industriels du recyclage sur la forte croissance de ce marché relate une fois de plus un abus de communication en faveur du développement durable. Mais la crise de l’environnement qui se retrouve à travers les méthodes actuelles de traitement des déchets (en France nos ordures sont traitées environ 40 % par incinération et 40 % par enfouissement, 14 % seulement de nos emballages sont triés) mérite un appel insistant à la mobilisation citoyenne en faveur du tri et du recyclage. Le ton de cet article dénonce sans ouvrir la voix à des alternatives.

Bien évidemment, il s’agit avant tout de poser « la nécessité d’une diminution de la pression physique et matérielle sur les ressources ».

Un discours manifestement décroissant qui appelle à une baisse notoire de la consommation. Mais il faut comprendre que les firmes concernées par les filières d’élimination commeVéolia ou Sita et de recyclage comme Arcelor ou Valorplast, tirent la majeur partie de leur revenus de NOS déchets. Non seulement le consommateur, qui dispose dans sa poubelle d’une somme de richesses de plus en plus convoité, paie une taxe ou une redevance (de plus en plus élevée en raison de la hausse de la production des déchets), mais chacun de ses achats contiennent le montant d’une écoparticipation reversées à des éco-organismes (éco-emballage, écosystème) qui financent, par l’intermédiaire des collectivités, l’activité de collecte, d’élimination et de recyclage principalement réalisées par les firmes citées ci-dessus.

Le traitement des déchets et en particulier le recyclage dissimule une escroquerie bien bouclée envers le consommateur, savamment orchestrée par un partenariat entre les entreprises et l’état. Les collectivités se déchargent de leur responsabilité sur ces filiales qui se rémunèrent avec la sous-traitance et les reventes des repreneurs dans un marché de plus en plus prospère.

Les communes se plaignent de voir augmenter leur coût d’élimination des déchets chaque année alors que les recycleurs (FEDEREC) se frottent les mains devant le court du marché qui profitera de plus en plus de la raréfaction des matières premières et de la hausse des prix. Pour qu’il y ait diminution de cette « pression sur les ressources », il faudrait d’abord permettre aux citoyens de se réapproprier le devenir de leur déchets avant de s’inquiéter de leur provenance.

Ce n’est pas seulement le contribuable qui est lésé, mais l’environnement se retrouve meurtri.

Il n’y a rien de plus nocif que de laisser la responsabilité au système néo-libéral de traiter nos déchets. On connaît les risques sanitaires liés à l’incinération et les dégradations qu’engendrent les décharges.

Exploitant la précarité par l’intermédiaire des entreprises d’insertions, les centres de tri mécanisés récoltent le strict nécessaire pour alimenter les filières de recyclage sans aucune préoccupation autour de la sauvegarde de l’environnement, laissant la part belle à l’incinération ou l’enfouissement.

Et pourtant le développement durable s’explique de partout, dans les termes de réduction à la source par éco-conception, on parlera aussi de valorisation matière et valorisation thermique et surtout de management environnemental (norme ISO 14000).

Quelle fumisterie ! La stratégie idéologique des filières déchets cherche à tirer profit de la société de consommation, sans entraver le gaspillage qui entraîne une raréfaction des matières premières et qui permet une hausse des profits. Une démarche écologique impliquerait une décroissance de leur activité telle qu’elle s’exerce actuellement.

« L’amoncellement des déchets illustre une forme de décomposition des sociétés », affirme tristement G.A. Bien sûr la surconsommation génère un gaspillage mais il y aura toujours des déchets

reprendre la philosophie de D Dietmann, je répondrais que le déchet signifie la décomposition sociale uniquement par rapport à l’usage qu’on en fait. Il faut considérer le déchet comme un gisement de matière secondaire et comme une ressource renouvelable.

Paradoxalement, inciter le citoyen à recycler ses déchets nécessite de ne plus adhérer aux méthodes de traitement actuelles.

Il existe en effet des alternatives à cette barbarie productivistes.

La méthode Zéro Déchet prouve que la part résiduelle de nos déchets peut se retrouver dérisoire et non toxique.

Quasiment tout peut être recyclé.

L’écologie industrielle conçoit des modèles d’unité de production énergétiquement complémentaires grâce à l’usage de leurs déchets respectifs. Des méthodes de tri à la source par redevances incitatives permettent d’attendre des scores remarquables en matière de tri (+ de 80 % de recyclage).

La méthanisation (hormis le traitement mécano-biologique) permet une valorisation énergétique remarquable de la partie fermentescible de nos déchets, couplée avec le compostage, qui entraîne l’usage de l’agriculture bio.

Les structures de réemploi et de réutilisation des encombrants, par l’intermédiaire des ressourceries/recycleries permettent de générer des nouvelles attitudes face à la consommation, tout comme les AMAP qui préservent du suremballage et du gaspillage des denrées. Une autre manière de gérer nos déchets est possible, en organisant des filières relocalisées et respectueuses de l’emploi et de l’environnement.

Les méthodes actuelles de traitement des déchets, coûteuse mais dont certains tirent parti, sont la plupart du temps nocives pour l’environnement.

Elles reflètent une société malade d’elle-même car irresponsable et dangereusement efficace pour rationaliser aveuglément son autodestruction.

Personnellement, je considère que notre manière de traiter nos déchets est la preuve certaine d’un manque de civilisation.


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