Yonne Lautre

« Le réchauffement de la Planète est déjà à l’oeuvre » par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction de Jacques Hallard

Directrice de l’Institut ISIS
lundi 12 mars 2007 par Hallard Jacques, Ho Mae-Wan Dr

Climat
Le réchauffement de la Planète est déjà à l’oeuvre

Le scepticisme rencontré à propos du changement climatique est uniquement de nature politique : de multiples preuves s’accumulent autour de nous. Une approche scientifique correcte se doit de dissiper les préjugés courants et non pas d’accepter les opinions les plus communément répandues, nous indique le Dr. Mae-Wan Ho .

Communiqué de presse de l’Institut ISIS en date du 18/07/2006

La version originale en anglais intitulée Global Warming Is Happening , avec toutes les références, peut-être consultée sur ce site :

http://www.i-sis.org.uk/GlobalWarming2.php

Version complète avec liens, graphiques, bibliographie, définitions et compléments en français

“The Institute of Science in Society” = ISIS, est une organisation non gouvernementale basée à Londres, Grande Bretagne. Le site web est http://www.i-sis.org.uk

 La controverse sur le changement climatique est de nature strictement politique

Il n’y a plus aucun doute que le réchauffement planétaire est déjà à l’oeuvre, ni qu’il se manifeste rapidement (voir l’article « Abrupt climate change happening » , dans la revue Science in Society N° 20) [1]. Mais l’opinion publique a pu être égarée par l’attention disproportionnée que la presse et les médias dominants ont accordés aux personnes ‘sceptiques‘ vis-à-vis du changement climatique .

L’effort le plus récent dans ce sens s’est manifesté en avril 2006, lorsqu’une lettre ouverte, rédigée et signée par “plus de 60 experts internationaux parmi les plus en vue à propos du changement climatique“ [2] a été adressée au Premier Ministre conservateur du Canada, afin de le féliciter pour son engagement à reconsidérer le Protocole de Kyoto sur la réduction des émissions [de gaz à effet de serre].

Les sceptiques du changement climatique ont même eu droit aux Etats-Unis à une journée spéciale, pendant laquelle un puissant groupe de pression anti-scientifique a effectivement pris le relais, à propos de la politique de la recherche scientifique, sur une large palette de questions, notamment sur le changement climatique.

Les membres du Congrès des Etats-Unis ont demandé, à l’Académie Nationale des Sciences, la « National Academy of Sciences » ou NAS , un rapport sur la controverse apparue autour d’articles publiés à la fin des années 1990 par des chercheurs en climatologie, Michael Mann et ses collègues [3] qui avaient conclu que le réchauffement observé au cours des dernières décades du XXème siècle dans l’hémisphère Nord, était sans précédent depuis les derniers millénaires.

En juin 2006, le NAS a diffusé un rapport sur une nouvelle étude [4], qui arriva à la conclusion que “le récent réchauffement est sans précédent depuis au moins 400 ans et probablement depuis plusieurs millénaires”, et “soutient la conclusion que les activités humaines sont pour beaucoup responsables de ce récent réchauffement.”

Je pense qu’ils n’auraient pas pu conclure autrement.

 La plus récente preuve en est le réchauffement des pôles

Nous n’avons pas à accepter l’autorité de la NAS en la matière. Nous avons juste à regarder les plus récentes preuves qui ont fait les grands titres des médias populaires au cours des derniers mois. Non seulement la surface de la terre se réchauffe, mais les mers se réchauffent et tout particulièrement aux pôles, ce qui explique pourquoi les calottes glaciaires fondent si rapidement.

Des chercheurs de la Surveillance Britannique de l’Antarctique, la British Antarctic Survey ( BAS ), rapportent qu’au cours des 50 dernières années, plus de 13.000 kilomètres carrés de la mer de glace de la Péninsule Antarctique ont disparu. La fonte de la Péninsule Antarctique déplace la glace marine et fait reculer le mouvement des glaciers. Le résultat est que des glaciers flottent à la surface des océans à une vitesse 6 fois plus grande qu’auparavant. La partie Ouest de l’Antarctique est également affectée du fait que l’eau de mer, qui est plus chaude, érode la banquise depuis sa base.

En 2001, un Groupe International du Changement Climatique ou GIEC , ou Intergovernmental Panel on Climate Change ou IPCC , prédit que la moyenne du niveau global des mers pourrait s’élever de 11 à 77 cm autour de l’an 2100, mais il prévoit que la contribution de l’Antarctique sera limitée. Cependant, des études conduites au cours des cinq dernières années, ont révélé que la fonte de la calotte glaciaire de l’Antarctique contribue pour au moins 15% à l’élévation actuelle du niveau des mers, qui est de 2 mm par an.

Plusieurs secteurs importants de l’Antarctique se sont détachés au cours de la dernière décade. Une barrière glaciaire du Larsen A, d’une superficie de 1.600 kilomètres carrés, s’est détachée en 1995. Le glacier Wilkins, couvrant 1.100 kilomètres carrés, s’est détaché en 1998 et le Larsen B de 13.500 kilomètres carrés s’est effondré en 2002.

Les principales contributions à l’élévation du niveau des mers proviennent de la fonte de la calotte glacière de l’Arctique, où les preuves sont encore plus sinistres et menaçantes.

Deux études de modélisations informatiques, combinées avec des enregistrements paléoclimatiques , montrent qu’autour de l’an 2100, l’augmentation de la température de l’Arctique pourrait se situer vers 3°-5°C et que l’Arctique pourrait connaître des températures aussi élevées qu’il y a 130.000 ans, lorsque le niveau des mers était 6 mètres plus élevés qu’actuellement [6].

Bette Otto-Bliesnes du Centre National pour les Recherches Atmosphériques des Etats-unis, le « National Center for Atmospheric Research » ou NCAR et Jonathan Overpeck de l’Université de l’Arizona, ont rapporté leurs résultats dans le numéro du 24 mars 2006 de la revue Science .

Les études sont basées sur des données de récifs coralliens , de carottes de glace et d’autres enregistrements climatiques, ainsi que sur les sorties d’un modèle informatique d’études du climat dans le passé, de nos jours et avec des projections dans le futur, le Community Climate System Model, qui est basé au « National Center for Atmospheric Research » ou NCAR, aux Etats-Unis.

 Quelles sont les causes du réchauffement climatique ?

C’est l’effet de serre, un phénomène bien connu en termes physiques et chimiques, qui est responsable du réchauffement de la planète [7]. L’effet de serre est effectivement très important pour le maintien d’une température qui permet exactement les conditions de vie sur la Terre, à l’opposé de ce qui se passe sur Vénus qui est trop chaude (450°C) ou sur Mars qui est trop froide (-530°C). La distance par rapport au soleil n’explique pas cela.

C’est bien l’atmosphère de la Terre qui se comporte en fait comme une couette douillette, qui retient suffisamment d’énergie solaire pour maintenir la terre chaude et agréable. La couette est en réalité un mélange de gaz présents dans l’atmosphère, que l’on appelle gaz à effet de serre , car c’est le rôle que joue la partie vitrée d’une serre en verre. Les principaux gaz à effet de serre sont la vapeur d’eau, le gaz carbonique , le méthane et le protoxyde d’azote .

La lumière solaire est composée de rayonnements électromagnétiques qui s’étendent de 20 microns dans l’infrarouge lointain, à 200 nanomètres dans l’ultraviolet lointain. Différents gaz absorbent la lumière dans les régions de l’ultraviolet et de l’infrarouge, mais ces régions sont transparentes à la lumière visible entre 400 et 700 nanomètres.

Une partie de la lumière est réfléchie à partir des nuages et de la surface de la Terre et le reste est absorbé par les sols, les eaux et la végétation, pour être transformé en chaleur puis réémis sous la forme de rayonnements infrarouges invisibles. Les gaz à effet de serre absorbent les rayonnements infrarouges de la surface de la terre et renvoient la chaleur dans toutes les directions, y compris en retour vers la terre, comme le fait le vitrage d’une serre. Mais si l’effet de serre est trop important, la terre se réchauffe trop.

 Le gaz carbonique de l’atmosphère et le réchauffement climatique

Parmi les gaz à effet de serre , le gaz carbonique est le plus abondant et il existe une relation certaine entre la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère et la température de la Terre [8, 9].

Comme cela a été observé à partir des carottes glaciaires de Vostok dans l’Antarctique, la température à proximité du pôle Sud a varié jusqu’à plus de 9,4°C au cours des 350.000 dernières années. Les pics les plus chauds se présentent environ tous les 100.000 ans. Les températures et les concentrations en gaz carbonique vont de pair.

La même corrélation étroite existe entre les températures et les concentrations en méthane . Il faut noter que les températures, en un lieu donné, et particulièrement au niveau des pôles, varient avec des fluctuations vers le bas et vers le haut, de façon plus importante que la moyenne de la température terrestre.

Depuis les années 1990, les températures moyennes au niveau mondial et les concentrations en gaz carbonique ont augmenté de façon drastique et les deux courbes coïncident étroitement. L’élévation rapide et simultanée de la température de surface et du gaz carbonique constitue l’une des indications que les êtres humains sont responsables, au moins en partie, de ce réchauffement inhabituel : l’usage excessif des carburants et des combustibles fossiles, les déforestations, l’agriculture intensive, l’industrialisation et l’extinction massive de nombreuses espèces.

Le réchauffement global ne se résout pas uniquement à un accroissement de la température ; c’est tout un ensemble de modifications physiques, écologiques et sociales, qui résultent de l’utilisation insoutenable pendant des décennies, des ressources de la planète.

Ceci est alimenté par le modèle économique dominant du néolibéralisme , dont le résultat est, à la fois, une surexploitation des ressources environnementales et des populations, qui se traduit par l’appauvrissement de milliards de personnes dans des pays qui étaient historiquement les plus riches en ressources dans le Tiers Monde. (On peut consulter les articles suivants : Sustainable world - a global initiative ; Agriculture without farmers ; Sustainable food system for sustainable development [ ¤ ] ; Global food trade & the new slave labour ) [10-13].

[ ¤ ] La version française, intitulée « Agriculture - Un système de production alimentaire soutenable pour un développement durable », est accessible sur le site suivant : www.indsp.org/SFSSSDfr.php

Il existe une demande croissante de responsabilité sociétale des entreprises et d’investissement socialement responsable [nous avons choisi ces formules empruntées à Novéthic pour traduire les expressions en anglais qui se réfèrent à corporate responsibility and accountability ]. Mais ceux qui veulent vraiment mettre fin à la pauvreté, doivent se retourner vers la véritable cause : le modèle dominant qui est responsable à la fois du changement climatique et de la pauvreté.

Afin de vérifier si les effets sur le changement de climat, dus aux activités humaines, peuvent être distingués de ceux qui s’étaient manifestés avant que les êtres humains n’eurent un impact substantiel, l’un des meilleurs modèles informatiques a été mis en œuvre en y introduisant des données sur des causes naturelles telles que le changement de luminosité du soleil, les éruptions volcaniques qui envoient une grande quantité de poussières et de gaz carbonique dans l’atmosphère et les légères modifications de l’ orbite terrestre .

Le modèle qui combine les activités humaines et les causes naturelles trace une tendance au réchauffement qui se présente d’une façon plutôt étroite [9] (Figure 1).

Cependant, lorsque les activités humaines sont séparées, le modèle ne manifeste plus la tendance des données actuelles, montrant une augmentation des températures, tout spécialement à partir des années 1950. Cela démontre clairement que les activités humaines ont contribué de manière significative au réchauffement planétaire. Cela suggère également, du même coup, que notre espèce peut faire la différence si nous modifions nos activités.

Figure 1. Le modèle climatique est vérifié seulement lorsque les activités humaines sont inclues. Dans le graphique supérieur, les activités humaines sont inclues ; dans le graphique inférieur, les émissions provenant des activités humaines sont exclues.

[Les températures figurant en ordonnées sont indiquées en °F].

 Caractéristiques d’une preuve scientifique

Une preuve scientifique ne prévaut pas sur une autre preuve. C’est uniquement le jugement critique et le bon sens commun qui permettent de trouver la cohérence entre les observations. C’est comme lors de la résolution d’une affaire criminelle : nous pouvons reconstituer les différents éléments de ce qui s’est réellement passé. Une approche scientifique convenable et de bonne qualité, comme indiqué dans mon ouvrage, repose sur une connaissance fiable des faits ; cela nous permet de vivre d’une façon tenable et en accord avec elle ; cela n’est pas contraire au bon sens commun.

A l’opposé, l’approche scientifique dominante qui glorifie la compétition , a échoué dans le respect des critères d’une science correcte et du principe de réalité de notre monde, comme je l’ai argumenté et prouvé dans mes ouvrages : Genetic Engineering Dream or Nightmare [14] and Living with the Fluid Genome [15].

 La science dissipe un préjudice collectif mais pas le bon sens commun

Le Professeur Lewis Wolpert, de l’ University College à London, a fait un grand tort en affirmant que la science s’oppose au sens commun. Mais la science n’est pas contre le bon sens commun ; elle est contre le préjudice collectif. La science repose sur une investigation systématique et une analyse qui permettent aux gens de dissiper un préjudice collectif et de restaurer le bon sens commun.

Une bonne part du scepticisme qui s’exprime par rapport au changement climatique , est liée, comme d’habitude, aux intérêts économiques qui prévalent et s’investissent dans le monde des affaires ; ainsi, nous devrions être immédiatement sceptiques en ce qui concerne ce que les ’sceptiques’ du changement climatique nous disent.

Cependant, si on approfondit, on constate que c’est une croyance erronée dans la compétition au sens du darwinisme , d’une ‘meilleure adaptation’ pour un développement toujours plus grand, aux dépens de tous les autres.

Richard Dawkins de l’Université d’Oxford et d’autres apologistes du néo-darwinism e qui font florès à la London School of Economics , partagent les idées des économistes du courant dominant qui se rapporte au néolibéralisme : ils croient également en une croissance insoutenable par le jeu d’une compétitivité sans entraves, dans la soi-disant libéralisation du marché. Cela constitue un préjudice collectif pour tous.

Le monde réel et naturel, comprenant notamment les sociétés humaines, n’opère pas sur la base de la survie du plus adapté, mais plutôt sur le mutualisme et la réciprocité ; et si nous mettions tout cela en pratique, nous serions tout juste être capables de mettre en échec le changement climatique. (voir l’article Dream Farm II, How to beat climate change and post fossil-fuel economy , dans la revue Science in society, N°29 ) [16] [ ¤¤ ].

¤¤ [La version française, intitulée « La ferme visionnaire - Une proposition - Comment faire face au changement climatique et imaginer l’économie après la fin des combustibles et carburants fossiles » est accessible sur les sites suivants : www.indsp.org/pdf/DreamFarm-2-FR et www.apreis.org/actu_vf.html

Version complète avec liens, graphiques, bibliographie, définitions et compléments en français rédigés par Jacques Hallard


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