Yonne Lautre

« La Ferme Visionnaire ou »Dream Farm 2" par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction de Jacques Hallard

lundi 26 mars 2007 par Hallard Jacques, Ho Mae-Wan Dr

Développement Durable
Mise à jour concernant la version 2 de la Ferme Visionnaire ou « Dream Farm 2 »

Une version condensée de la Ferme Visionnaire version 2, ou « Dream Farm 2 » , les fondements qui étayent ce concept et une mise à jour du sujet avec un projet sur un site potentiel, sont exposés par le Dr. Mae-Wan Ho .

Communiqué de presse de l’Institut ISIS en date du 24/07/2006

Une version complète en anglais, entièrement référencée, de cet article, intitulé Dream Farm 2 - Story So Far , est accessible par les membres de ISIS sur le site web :

www.i-sis.org.uk/DreamFarm2.php

“The Institute of Science in Society” = ISIS, est une organisation basée à Londres, Grande Bretagne. Le site web est http://www.i-sis.org.uk.

En quoi consiste la version 2 de la Ferme Visionnaire ?

Beaucoup de personnes me demandent ce que représente exactement « la Ferme Visionnaire version 2 ». Il y a plusieurs réponses. Tout d’abord, la « Ferme Visionnaire version 2 » est un modèle d’une exploitation intégrée, avec ’zéro- émission ’ [de gaz à effets de serre ] et de ’zéro- déchet ’, qui maximise l’utilisation des énergies renouvelables et transforme les ’déchets’ en nourriture et en ressources énergétiques, qui permet aussi, de ce fait, d’obvier complètement aux besoins en carburants et en combustibles fossiles.

 La « Ferme Visionnaire » est notre réponse à la crise de l’énergie et au changement climatique. Et, plus encore, elle est le microcosme d’une manière différente d’être et de se comporter dans le monde ; à certains égards, la « Ferme Visionnaire » est aussi une sorte de révolution sociale.

D’une manière ou d’une autre, j’ai consacré les 20 dernières années à développer l’idée, et à tenter d’y rester fidèle.

Les détails techniques figurent dans mon livre [1], « The Rainbow and the Worm - The Physics of Organisms, 2nd Edition » , édité en 1998 et réimprimé plusieurs fois depuis. Ce livre présentait une théorie sur les organismes vivants, qui ont capté mon attention sur l’essence même de la « Ferme Visionnaire II », ainsi que sur le genre de révolution sociale et spirituelle qu’elle nécessite.

J’avais également, et assez étrangement, proposé que nous pourrions examiner les systèmes soutenables , vus sous l’angle des organismes vivants.

J’avais effectivement découvert le travail de Gunther Pauli sur la notion de ’zéro-émission’, au moins dans ses grandes lignes, et je l’avais cité dans un paragraphe à la fin du dernier chapitre d’un autre livre, qui avait également été édité d’abord en 1998, « Genetic Engineering Dream or Nightmare » [2] ; j’y avais argué du fait que nous avons besoin d’un changement profond et soutenu de direction, dans toutes les sphères de la vie avant que le rêve de résoudre les problèmes du monde par le génie génétique ne se transforme en cauchemar. Mais la pleine signification du travail de Pauli ne m’est apparue que beaucoup plus tard.

Un beau jour, pendant la coupure des fêtes de Noël en 2004, une lettre du théoricien de l’écologie Robert Ulanowicz, de l’Université du Maryland aux Etats-Unis, avait refait surface sur mon bureau, alors qu’elle m’avait été adressée six mois plus tôt. Je l’avais mise de côté et classée comme ’très importante’ et puis je l’avais oubliée. Je lui fis sur le champ un courrier électronique, en lui exprimant mes plus plates excuses. Par chance, nous avons fini par rédiger une publication ensemble, qui a introduisait, en écologie, l’idée de considérer les systèmes soutenables comme des organismes vivants « Sustainable Systems as Organisms » [3]. Notre publication a été éditée en mai 2005.

Ainsi, lorsque j’ai découvert le travail de George Chan : « Integrated Food and Waste Management System » , ou IFWMS , le « Système de gestion intégrée de l’alimentation et des déchets », sa relation avec mon propre travail m’est apparue ; et peu après, je fus en mesure de prolonger mon approche théorique des systèmes soutenables, considérés comme des organismes vivants, afin d’y inclure explicitement la croissance et le développement , ce qui, jusque-là, n’avait pas été fait.

Au mois de juillet 2005, j’ai rencontré Kenneth Spelman, un ingénieur du traitement des déchets et de la planification urbaine, qui put venir à la première Conférence Internationale pour un Monde Soutenable [4], qui avait été organisé par l’ ISIS . Je découvris qui Kenneth avait une longue suite de titres après son nom, lorsqu’il me tendit sa carte lors du dîner de cette conférence. (voir l’article « Sustainable Systems as Organisms », paru dans la revue Science in Society N° 27).

En août 2005, je pris contact avec George Chan, pour lui demander s’il pourrait nous aider et lui dire que nous avions besoin, en Grande-Bretagne, de quelque chose comme son « Integrated Food and Waste Management System » ou IFWMS . Il m’a recommandé « de trouver un bon ingénieur ». J’ai alors pris le téléphone et j’ai obtenu Kenneth, qui me répondit « quelle bonne idée ! » et cela fut le début de ce qui est devenu ultérieurement la « Ferme Visionnaire version 2 ».

Mais laissez-moi revenir un instant en arrière afin d’expliquer juste un peu cette idée de considérer les systèmes soutenables comme des organismes vivants.

 Les systèmes soutenables considérés comme des organismes vivants

Le modèle ’zéro- déchet ’ ou ’zéro- entropie ’ des organismes vivants et des systèmes soutenables, prédit essentiellement une croissance et un développement bien équilibrés à chacun des stades, par opposition au modèle dominant d’une croissance infinie et insoutenable.

Ceci a immédiatement conduit au mythe suivant lequel l’alternative à ce modèle dominant était la négation de toute croissance et une absence de développement : c’est ainsi que la plupart des critiques du modèle dominant le perçoivent, y compris l’organisation « New Economics Foundation », une Fondation pour les nouvelles sciences économiques, par exemple, qui se considère elle-même comme étant très radicale. [5].

Le modèle dominant de la croissance concurrentielle infinie peut être représenté comme poissons les plus grands avalant les plus petits et ceci se manifestant ad infinitum (1) ; il décrit également comment une personne devrait se comporter et comment une société devrait se développer pour assurer son succès.

Schéma 1. Les gros poissons avalent les moyens, qui avalent à leur tour les plus petits.

Une personne se développe aux dépens des autres ; une société se développe en absorbant d’autres sociétés, laissant et abandonnant en même temps des ressources terrestres sur le terrain. Il n’y a aucun cycle fermé pour retenir les ressources à l’intérieur, pour établir des structures sociales ou écologiques stables. Ce n’est pas étonnant que cela soit complètement non soutenable : c’est pourquoi nous sommes confrontés au réchauffement climatique et à la crise de l’énergie.

En revanche, l’archétype d’un système soutenable est un cycle vital bien bouclé et fermé, semblable à celui d’un organisme vivant, qui est préparé pour croître et se développer, pour construire des structures d’une manière équilibrée et pour les perpétuer, et c’est bien de cela qu’il s’agit avec la soutenabilité. La fermeture d’un cycle crée une structure stable et autonome qui se maintient et se renouvelle par elle-même, qui est finalement autosuffisante.

Afin de réaliser cela, il faut au moins satisfaire autant que faire se peut, à la situation idéale de ’zéro- déchet ’ ou ’zéro- entropie ’ (2). Nous tendons vers cet idéal et c’est pourquoi nous ne nous désintégrons pas en mille morceaux et que nous ne vieillissons que très lentement. Réalisez cela : si nous étions parfaits, nous ne vieillirions jamais. Le secret est décrit en mon livre, le « Rainbow Worm », que je vous invite à lire.

Schéma 2. L’idéal de « zéro-entropie » dans un système soutenable

Ce diagramme indique qu’aucun déchet ni aucune désorganisation ( entropie ) ne s’accumule dans le système. Même les déchets (entropie) exportés vers l’extérieur sont réduits au minimum et tendent vers zéro dans un système sain et bien équilibré. Plus nous approchons de cet idéal, plus le système peut croître et se développer, en restant plein de vitalité et de promesses.

Lorsque ce système cyclique contient d’autres cycles qui peuvent s’interconnecter, des interactions positives peuvent se manifester et permettre à ces autres nouveaux cycles de prospérer à leur tout dans le système. Au minimum, la ferme intégrée comprend le [ou les] exploitant(s), du bétail et les plantes cultivées. Ils opèrent ensemble en terme de réciprocité et d’une autonomie qui leur échoit.

Le fermier prépare la terre pour semer les graines qui vont donner des récoltes, lesquelles vont alimenter le bétail et le fermier ; le bétail fournit les éléments fertilisants qui vont nourrir les plantes cultivées. Peu de choses sont gaspillées ou exportées comme déchets vers l’environnement extérieur.

En fait, une proportion importante des ressources sont réutilisées et maintenues à l’intérieur du système. Le système stocke l’énergie aussi bien que les ressources matérielles comme le carbone. Le carbone excédentaire est séquestré dans la biomasse des plantes cultivées et des animaux, ainsi que dans le sol qui est, de ce fait, enrichi et amélioré.

La ferme peut se perpétuer comme cela de façon tout à fait profitable et de manière soutenable , ou bien elle peut alors se développer. La croissance organique s’exerce toujours selon un bon équilibre en mettant en œuvre de nouveaux cycles supplémentaires : les unités, dont l’autonomie est assurée, contribuent à l’amélioration des nouvelles activités.

Selon l’ancien paradigme, les organismes vivants sont principalement envisagés pour entrer en compétition pour les ressources et l’espace disponibles. Mais nous évoluons dans un univers à trois dimensions dans l’espace et la dimension temporelle compte également.

Nous disposons d’un espace-temps que nous pouvons occuper plus abondamment avec des cycles vitaux de différentes tailles qui occupent des espaces-temps différents.

C’est exactement ce qui se passe avec les organismes vivants, dans un écosystème naturel et avec une grande biodiversité , afin de maximiser les relations réciproques et symbiotiques qui bénéficient à toutes les espèces.

Ainsi, des poissons, des algues , des volailles , des vers de terre , des champignons comestibles , etc, peuvent être rajoutés au système : ce qui constitue un déchet pour un cycle donné, devient alors une ressource pour un autre cycle !

Plus de cycles vitaux sont intégrés dans le système et plus d’énergie et de biomasse peuvent y être stockées : en conséquence, la ferme est globalement plus productive. Elle pourra également supporter un nombre plus élevé d’exploitants agricoles ou plus de personnes employées sur le site.

La productivité et la biodiversité marchent toujours de concert dans un système soutenable , comme des générations d’agriculteurs l’ont vécu depuis longtemps et comme des chercheurs et universitaires l’ont redécouvert récemment. C’est également un système qui est le plus efficace du point de vue du rendement énergétique optimum.

Pourquoi ? Parce que les différents cycles vitaux tirent essentiellement l’énergie dont ils ont besoin, de l’intérieur du système global dans son ensemble, par réciprocité, conservant autant que possible les ressources en interne et en les réutilisant dans le système lui-même.

La monoculture industrielle, en revanche, est la voie la moins efficace en terme énergétique, en terme de rendement optimum des unités à la sortie, par rapport aux unités d’intrants appliqués au départ ; elle est souvent moins productive en terme absolu, en dépit des intrants importants et d’origine externe, parce que le système ne ferme pas le cycle : elle ne dispose pas d’une biodiversité suffisante et requise pour retenir l’énergie à l’intérieur et elle finit par générer beaucoup de déchets et d’entropie en épuisant les sols cultivés.

En fait, les cycles vitaux ne sont pas séparés d’une manière aussi ordonnée : ils sont liés par beaucoup d’entrées, ou intrants, et de sorties.

Lorsqu’un cycle s’achève vers le bas, d’autres s’initient vers le haut, et vice-versa par la suite. Ce genre de réciprocité est à l’œuvre à toute heure dans notre corps comme dans n’importe quel système soutenable ; c’est pourquoi l’énergie et les matières s’y trouvent ainsi stockées pendant beaucoup plus longtemps.

J’ai la conviction que les organisations et les sociétés qui encouragent l’autonomie, la réciprocité et la synergie, seraient beaucoup plus efficaces et créatrices que celles qui jouent sur la compétitivité et la répression. Elles seront bien plus heureuses aussi. C’est vers cet idéal que toute personne, y compris moi-même, que nous devons tendre en permanence et cela en vaut la peine.

 Suite de l’article, graphiques, bibliographie, définitions, compléments par Jacques Hallard


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