Yonne Lautre

« Yves Simon : Les grands artistes sont ceux qui imposent à l’humanité leur illusion particulière. » par Barbara Moreau

mercredi 5 mars 2008 par Moreau Barbara

Yves Simon :Les grands artistes sont ceux qui imposent à l’humanité leur illusion particulière.

Puisqu’Yves Simon aime les citations, en voilà une de Guy de Maupassant qui lui convient tout à fait.

Certes, l’artiste qui s’est produit au théâtre municipal d’Auxerre hier soir, le mardi 4 mars 08 est un artiste aux grandes qualités humaines : gentillesse, magnanimité (le mot lui est cher puisqu’il le cite dans une phrase de Marcel Proust : « Il n’y a que deux classes d’êtres : les magnanimes et les autres ; et je suis arrivé à un âge où il faut prendre parti, décider une fois pour toutes qui on veut aimer et qui on veut dédaigner, se tenir à ceux qu’on aime et, pour réparer le temps qu’on a gâché avec les autres, ne plus les quitter jusqu’à sa mort. »)

Généreux avec son public, il raconte des anecdotes, plaisante, le fait fredonner et magnanime aussi avec ses musiciens dont il résume la carrière : l’un a accompagné Coluche ; l’autre a composé la musique d’Ushuaïa.

Mais ce qui m’a frappé chez Yves Simon, c’est son étrangeté. Comme s’il venait d’une autre planète, d’un au-delà d’où il aurait appris à parler comme un météore.

Celui qui donne la parole à la petite Anne de Diabolo menthe dans une lumière verte et bleutée, celui qui a des mots qu’Anne ne dit jamais , celui qui fait parler Irène, « toujours à la traîne », qui rend les paumé(s) anonymes magnifiques de mots enfouis, ces paumé(e) auxquels on a « tellement appris à accepter » qu’ils « ne savent pas comment refuser ». celui-là revient d’un monde onirique et leur commande encore de se raconter, d’envoyer « des messages aux lucioles de passage », de prendre du papier, un magnéto, n’importe, mais de prendre « le parti du risque et de l’erreur » puisque « le silence est souvent complice ou trompeur. »

Et si ce n’est pas possible, Yves Simon parlera pour eux avec des mots, des images d’un autre univers ou d’un temps ancien ou futuriste : on ne sait plus bien :

« Nous étions arrivés balancés par des filins d’acier

Manhattan Bridge

Du haut de nos chevaux nous regardions les fumées » (J’ai rêvé New-York)

Comme un peintre, , par petites touches, il colore un étrange Paris perdu.

« On fumait des Gauloises bleues

Qu’on coupait souvent en deux

Les beaux jours

Les petites femmes de Paris montaient sur nos balcons

Voir si les fleurs du mal poussaient encore en cette saison

Au café du « Bas de laine »

Parfois je voyais Verlaine

Les beaux jours

Et Rimbaud qui voyageait au-dessus des printemps

Nous disait du haut de ses nuages d’où venait le vent » (Les Gauloises bleues)

Comme s’il revenait .d’ailleurs, Yves Simon, se tient comme un oracle. Debout avec sa guitare, les projecteurs fumant autour de lui, sa poésie nous enveloppant tout entier, il impose l’illusion de son monde personnel : un monde dans lequel les nouvelles venues, que ce soit Irène ou sa compagne métisse ou encore son amour de jeunesse résonnent sous la peau d’une intensité étrange et pénétrante.


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