Yonne Lautre

« Economie... PIB... Richesses » par Roger Luce

samedi 9 août 2008 par Luce Roger

Un tract, citant le Conseil d’Orientation des Retraites, affirmait qu’ « une
augmentation de 0,375% par an de la part du PIB (richesses produites)
réservées aux pensions assurerait le financement du retour aux 37,5 années
de cotisation pour tous ».

Ainsi le PIB [Produit Intérieur Brut = total des « valeurs ajoutées +TVA...]
représenterait les « richesses » produites...dans l’hexagone.
[La « valeur ajoutée » est la valeur d’une production-au prix du marché-
diminuée de la valeur des biens et services marchands que cette production a
nécessités (consommations intermédiaires).]

D’abord Denis CLERC -fondateur d’ « Alternatives économiques »-
remarque que « Dans notre système capitaliste, la production [évaluée par le
P.I.B.] ne désigne pas ce qui est utile à l’homme, elle désigne ce qui résulte
d’un travail rémunéré. » Ainsi pour ce système économique « seule compte la
valeur marchande »...ou d’échange.« Déchiffrer l’économie » Syros 1997 p21.

— -> Autrement dit, les « richesses » produites ne sont pas forcément
utiles...et tout travail n’est pas utile non plus...même bien payé !

Mais il faut aller plus loin, constatant l’URGENCE ECOLOGIQUE

et l’URGENCE SOCIALE MONDIALE, indissociables.

Revenir à la réalité. Ou essayer...Guérir de notre schizophrénie...Hors
de toute doctrine...

Ces fameuses « richesses » proviennent -il faut le dire- pour une bonne
part 1) de la destruction de la planète 2) de l’échange inégal...

 1) DESTRUCTION DE LA PLANÈTE...

— -> Faut-il rappeler que l’homme ne crée ni matière ni énergie. Il utilise,
transforme la matière, avec actuellement énormément d’énergie. Il transforme
aussi à petite échelle de la matière en énergie (nucléaire). En utilisant matière
et énergie, il fabrique, produit des « utilités » trop souvant inutiles et
spoliatrices des « générations futures »...Pas seulement.

— -> Faut-il rappeler que la nature n’a aucune valeur économique. [Et je
ne réclame pas qu’elle en ait une !] C’est gratuit.
[Mais l’économique veut tout évaluer selon ses critères.]
On ne paie pas l’oxygène que respirent -beaucoup plus que nous- nos voitures,
avions, usines à combustion...,on ne paie pas la photosynthèse, ni la pluie qui
arrose nos cultures...

On ne paie pas non plus le pétrole : ce qu’on paie là, c’est
la mise à disposition : repérage, exploration géologique, forage, extraction,
transport, raffinage, distribution, profits au sens large, profits des actionnaires
et/ou de l’Etat, mécanisme du marché (raréfaction temporaire-ou définitive !-,
conditions géostratégiques, spéculation...) On ne paie pas le pétrole !

— -> L’origine de la valeur, c’est le travail, disent les économistes. Ils oublient
facilement que le travail, c’est toujours le travail sur la nature avec la
nature...transformée (« travail mort »), que ce soit avec la pierre taillée ou avec
une usine automatisée...Le travail seul n’existe pas. C’est nature+travail.

C’est vrai aussi pour la simple cueillette...

*** Le capital provient de l’accumulation du surplus produit par
le travail des humains sur la nature, avec la nature.
Normalement il
appartient donc à tous ceux qui l’ont produit et ils en ont la responsabilité.

Il n’y a pas de génération spontanée du capital. Le capital ne se reproduit pas
lui-même. Il ne « donne » pas de travail ; au contraire il a tendance à en
supprimer... Il accapare les gains de productivité -au nom de la concurrence,
de la compétitivité et du profit - qui ainsi ne sont pas utilisés pour réduire le
labeur humain, pour laisser le temps au plaisir de vivre, le temps de la
formation normale du citoyen pour qu’il puisse assurer correctement ses
responsabilités sociales, démocratiques...C’est la cause principale du
chômage...

— -> Dans le système « valeur ajoutée » (—>PIB) , la nature n’existe pas

Ce qui intéresse l’économique, c’est juste ce qui alimente le système productif :
les matières premières (nos « approvisionnements », pour la garantie desquels
’on’ est prêt à faire la guerre...Afghanistan. Installation récente de l’armée
française sur le Golfe Persique) et même d’abord leur prix. A l’autre bout de la
chaîne production—>consommation, il y a les déchets -de toutes sortes- que
l’économique ignore (voir les manuels d’initiation, même de grands
économistes comme Paul Samuelson).

L’économie prétend maintenant les
« valoriser » (encore de la richesse !) en les brûlant et en produisant de
nouvelles substances toxiques -et imprévues- ( richesses ?) pour l’homme et la
nature ultime réceptacle -qui ne font qu’un, même si l’Humanité n’est pas une
espèce comme les autres-. (La « culture » est un prolongement de la
« nature » ou la nature est la condition de la culture...,elles ne peuvent être
opposées, juste distinguées.)

Le système « valeur ajoutée » dévalue le peu qu’il prenne en compte
de la nature, rejette la nature...

La part des matières premières diminue dans le prix des produits finis au fur et
à mesure que la valeur ajoutée augmente. La hausse actuelle de ces matières
premières ne change rien au phénomène fondamental.
Et puis le développement du béton, du bitume, etc...lié à la valeur ajoutée
rejette bien concrétement la nature, la détruit, dont des terres fertiles...

Le système « valeur ajoutée » permet de transformer la destruction
de la planète en salaires, impôts et bien sûr profits, alors que la
nature constitue la « richesse » (s’il faut employer ce mot) de base,
fondamentale, VITALE.

>>> Travaillons -plus !- à la détruire...pour « créer des richesses » !!

Pour François QUESNAY-(1694/1774), seule la terre est productive. Il avait
tort : l’artisanat aussi était (est) producteur de « richesse » ou plutôt d’
« utilités ».

Mais il avait raison...car sans agriculture pour nourrir les artisans et toute la
population, pas d’artisanat et toutes ses « utilités » possibles.
C’est toujours vrai aujourd’hui : l’agriculteur ( ou l’industriel agricole) nourrit
l’informaticien...et tous les producteurs d’autre « valeur ajoutée ».

Sans agriculture, pas d’artisanat, pas d’industrie, pas de services...

Pourtant la part de l’agriculture dans le PIB est faible : son
importance fondamentale, VITALE, ne peut pas être reconnue par le
système « valeur ajoutée-PIB »...qui est pourtant notre référence
majeure.

— > C’est au XVIIIème siècle, que « l’économique » est née et a fixé
son cadre conceptuel-(et ses « lois naturelles »), avant même la
révolution thermo-industrielle...

— > La « science » économique, élaborée —depuis Quesnay (son
« Tableau économique » 1758-et la circulation des richesses- inspiré par la
circulation du sang : il était médecin et chirurgien et est passé du corps humain
au « corps social ») et Adam Smith-(« la gravitation des prix »..., la mécanique céleste de Newton)— sur un paradigme mécanique circulaire
(cf.Circuits économiques), est incapable de rendre compte de la
réalité fondamentale -matérielle et non monétaire- de l’activité
économique : transformation d’énergie et de matière d’une forme
utilisable en une forme inutilisable (déchets), usées, dégradées,
dissipées, inutiles. Cela ne fait pas partie de ses représentations.

Elle ignore les conditions biologiques et physiques de la
production/consommation.

Il faut toujours refaire le plein de sa bagnole, et extraire toujours du pétrole,
même à consommation globale constante. On connait un peu le second
principe de la thermodynamique=principe de Carnot(1824)-Clausius(1865), dit
de la dégradation de l’énergie (en fait plutôt de la chaleur).

En ouvrant les
yeux, en observant les faits, on constate que la matière subit en gros
le même sort, celui de la dégradation, de la dissipation en fines particules,
de l’usure, en particulier par les frottements, conséquences du mouvement
(même les sols s’usent -si l’on n’y prend garde- cela s’appelle
l’érosion), mais aussi par oxydation, par rayonnements....

Ces phénomènes

  • plus lents que la dégradation de l’énergie- ne nous obligent pas moins à puiser
  • à consommation globale constante- dans le sol de nouvelles ressources non-
    renouvelables.

Des économistes —même « antilibéraux » tel Michel HUSSON [« Six milliards
sur la planète. Sommes nous trop ? » p.27 : « Le gourou de l’entropie » ;pour lui
une secte quoi !]— nient cette réalité et ses implications parce qu’elles ne
correspondent pas à leurs croyances économiques.

Si Karl MARX (1848-1867) a été sensible aux idées de DARWIN (1859)

  • duquel il a souhaité la caution-, il est passé complétement à côté du débat
    scientifique énergétique —(chaleur---> mouvement)— pourtant contemporain
    pour une part : Sadi CARNOT (1824), CLAPEYRON (1834), James JOULE (1847),
    William THOMSON=Lord KELVIN (1851), Rudolf CLAUSIUS (1850, et 1865 avec
    le concept d’ENTROPIE) . (les dates sont celles des publications).

Et on peut penser que plus nous disposons d’énergie, plus nous usons de
matière...par plus de mouvements (déplacements, machines...)
transformations, etc. Et il nous faudra plus d’énergie -alors que nous en
aurons moins- pour chercher plus profond des ressources non-renouvelables
moins accessibles...

Les données ci-dessus -fondamentales- ne doivent rien à une secte : tout le
monde peut constater les faits de base ! Il y aura des problèmes de pénurie de
ressources -qui se manifestent déjà- et de graves « problèmes » sociaux.

— > Cette conception de l’économie « hors nature » ( cf.:l’agriculture
« hors sol ») et hors des limites naturelles -que beaucoup nient !- permet ainsi depuis quelques dizaines d’années à la monnaie

  • essentiellement moyen d’échange- de ’s’autonomiser’ de plus en plus
    par rapport à la production/consommation -[création de monnaie : abus du
    crédit par anticipation du revenu-(crédit à la consommation)-, par anticipation
    de la production-(crédit aux entreprises)]- et si on a connu la « planche à
    billets », à présent ce sont les déficits généralisés et systématiques...).

Déjà, à
la fin des années 50, les banques pouvaient prêter 11 fois les dépots des
clients. Il faut « doper » la « machine » économique.

A présent, totalement « émancipée », -prolifique, la monnaie se reproduit
elle-même rapidement (taux d’intétêts élevés, profits-des actionnaires-très
élevés, produits dérivés et spéculation financière...) L’économie dite financière,
spéculative, « virtuelle », c’est 35 fois -ou plus- l’économie dite « réelle », celle
qui produit des « biens et des services »... mesurés par le PIB...

Dans ces conditions, en aucun cas, elle ne constitue une quelconque
« richesse »-comme certains voudraient nous le faire croire- même si elle
permet une augmentation de la consommation -démesurée, néfaste,
ostentatoire- et du pouvoir -illégitimes- de ses détenteurs.

cf :« COMMENT LES RICHES DETRUISENT LA PLANETE » Hervé KEMPF.
Seuil.

La monnaie ’s’autonomise’...comme l’économie -fonction sociale importante
...parmi d’autres et mêlée à d’autres- hypertrophiée- ’s’autonomise’ par
rapport à la société -et son environnement bio-physique- qu’elle domine
de plus en plus et détruit progressivement , un peu comme un cancer.

[J’ai souligné « permet » (cadre conceptuel, structures mentales...), car
c’est aussi l’effet de rapports de force, de certains rapports sociaux.]

Depuis le début, la science économique serait-elle la science de la
domination par la course à l’enrichissement ? Dominer la nature, dominer
d’autres humains, c’est toujours du registre de la domination...
Et la mathématisation, la modèlisation de l’économie ne changent rien
aux présupposés de base, d’origine, aux dogmes. L’irrationnel -que l’on
reproche justement aux religions...- affecte le discours scientifique en général

  • la science miracle- et affecte le discours économique -pas forcément le
    discours direct des économistes, mais en conséquence du leur- .
    [Ainsi « la croissance » est une bonne fée vénérée : on attend avec impatience
    « qu’elle traverse l’Atlantique » ; ou « elle est tirée » par... un attelage simple
    (la consommation des ménages ), double (+ l’investissement des entreprises),
    souvent triple (+les exportations) ; des salauds la séquestrent : « il faut la
    libérer » d’autant plus que là elle est française !
    Lire plutôt « LE DIVIN MARCHÉ » Dany-Robert DUFOUR ; Denoël sept.2007.

Il faut analyser la réalité des « gains de productivité », de la fameuse
concurrence, etc... et leurs conséquences écologiques et sociales....

L’économie de la nature maximise les stocks (biomasse), par la
photosynthèse, à partir de flux (rayonnement solaire) et le vivant recycle
pratiquement tout année après année : seuls arbres et plantes à racines
profondes prélèvent éventuellement des minéraux de la roche-mère.

ET C’EST L’ENSEMBLE DU VIVANT QUI TRANSFORME DE L’ENERGIE SOLAIRE EN...CONSCIENCE...réfléchie, ou repliée, ou conscience
d’être conscient, ou conscience d’ETRE. Cela mérite le respect...

L’économie humaine actuelle développe les flux jusqu’à la
consommation et aux déchets en épuisant les stocks (ressources tirées
du sous-sol -non-renouvelables- énergétiques et minérales -fossiles-) Elle ne
peut être durable...

L’énergie dite « renouvelable », ne l’est en aucun cas. Quand elle est
dissipée, c’est irréversible : elle est perdue pour l’utilisation humaine,
définitivement. Elle ne sert qu’une fois ! On devrait dire « source durable
d’énergie ». La géothermie provient 1) de la chaleur originelle de la Terre,

  • durable...combien de temps ? 2)de la chaleur produite par les réactions
    nucléaires qui ont lieu dans les profondeurs terrestres- durable aussi longtemps
    que ces réactions dureront.


Toutes les autres énergies dites « renouvelables » sont d’origine solaire
( plus la
pesanteur pour certaines et l’attraction universelle pour les marées) et
devraient permettre à l’espèce humaine-l’Humanité en quête d’
« humanitude »- de vivre quelque 3 milliards d’années...[On peut en douter
pour des raisons économiques et politiques.. ]

C’est plutôt au niveau de la matière que cela ’coincera’ , alors qu’on est
’préoccupé’ actuellement par l’énergie.

L’économie humaine commence à recycler. Surtout au niveau
« macro »-quelque 40%. Pour le « micro », voir le contenu de nos poubelles...
[ chaque fois qu’on jette quelquechose machinalement, posons-nous la double
question : est-ce recyclable ? Sera-ce recyclé ?] et sans doute ce qui est jeté
partout, sur les trottoirs comme dans la nature.

Mais nous ne pouvons pas tout
recycler :
la gomme de la bande de roulement des pneus usée sur le bitume, les
débris de verre cassé dans les conteneurs pour ...recyclage, la limaille mêlée à
l’huile de vidange...Les couvercles -aluminium et papier- de pots de
yaourt...sont-ils recyclables ? Et toutes les piles-batteries ? Et tous les déchets
de l’informatique ?

Et l’acier et le béton des centrales nucléaires quand elles
seront démantelées, si possible ? Et les « nanoparticules » ?
Notre recyclage prolonge -en consommant de l’énergie- la durée de vie utile
de la matière...qui deviendra en définitive -avec le temps, après plusieurs
utilisations- inutilisable, usée, dissipée en fines particules, dégradée.

Combien de temps durent nos « richesses » ? Que sont devenues nos
richesses d’il y a 30 ou 50 ans ? Elles n’existent plus, pour la plupart !
(Restent barrages des années 50-mal entretenus- ; seules les centrales
nucléaires des années 70-80 dureront longtemps -mêmes inactives ; restent
aussi la plupart des bâtiments ; presque toutes les usines ont disparu, de même
que tous les objets d’utilisation courante dont frigos, machines à laver, télé,
meubles, sans parler des vêtements...)

Pas même la monnaie, pièces et
billets qui les représentaient à l’époque usés, inutilisables également. Il doit
juste rester dans des archives des jeux d’écritures, des statistiques...


Dans la comptabilité nationale, PIB moins amortissement=PIN-Produit
Intérieur Net.

Nettement moins utilisé ! Apparemment, cet amortissement ne
prend en compte que l’usure...,l’obsolescence des seuls « biens de
production » : machines, usines, mines...Le reste n’est pas déduit de notre
richesse-PIB. Cet indicateur n’a qu’un intérêt comptable, sur une année :
« production=revenus »,en gros. (Les revenus qui ne viennent pas directe-
ment de la production -spéculatifs et financiers-, illégitimes, en seraient donc
exclus...?).

Il ne devrait pas être utilisé comme mesure d’un quelconque
progrès, car la production ainsi mesurée n’est pas forcément utile (cf. Denis
CLERC), et son coût social et son coût environnemental-non économique- ne
sont pas pris en compte.

Un PIB « vert » ne vaut pas mieux : c’est toujours le PIB...

Précisions : Dans le PIB, on distingue le PIB « marchand » (somme des
V.A.+TVA...) qui représenterait la « richesse produite » et le PIB « non
marchand » (Administration, Justice, Education Nationale...) qui est apprécié
comme un coût, comme une charge (salaires, bâtiments...). Ainsi selon ces
conventions , produire des trucs inutiles, polluants, qui consomment
beaucoup d’énergie, non recyclables...serait une « création de richesse » , et
l’Instruction, l’Education, la Formation des Jeunes ...ne le seraient pas !

L’ « Indicateur de Progrès Qualitatif » proposé par Jean-Marie
HARRIBEY
( L’ ECONOMIE ECONOME p270 L’Harmattan 1997-Résumé de
sa thèse de doctorat sciences éco. soutenue en sept.1996 ; directeur choisi
Serge LATOUCHE ) est indépendant du PIB mais il est exclusivement
« anthropocentrique »...Là non plus, « la nature » n’existe pas.

— ->>> Un indicateur fondamental mais ...incomplet est l’EMPREINTE
ECOLOGIQUE
, plus un indicateur de biodiversité...en baisse...! Ils doivent
servir de base pour fixer le revenu maximum, avant l’utilité sociale.

Ensuite
éventuellement les « gains de productivité », le niveau des connaissances...

Pas besoin de produire de plus en plus pour PARTAGER et PERMETTRE
A TOUTE L’HUMANITE DE POURSUIVRE SA ROUTE BIOLOGIQUE ET
CULTURELLE.


L’« enrichissement perpétuel » n’est pas plus possible que le
« mouvement perpétuel ».

Pour résoudre la question écologique, la plupart des économistes
proposent d’ « internaliser les externalités », c’est à dire d’évaluer en
termes monétaires les coûts des dégâts, ou les coûts de « réparation », et de
les intégrer dans le modèle économique global... (Combien vaut une espèce
qui disparaît ?)

Mais les dégâts sont planètaires. Ces économistes prétendent
ainsi réduire toute la « biosphère », toute la planète, à des concepts issus de la
« sphère économique » qui est et ne peut-être qu’un sous-produit de la
« biosphère ». (L’activité économique -même envahissante- n’est qu’une partie
de l’activité humaine, l’espèce humaine n’est qu’un élément de la biosphère.)
La sphère économique veut, peut ainsi « phagocyter » toute la
bioshère. On constate là la prétention dominatrice de ces économistes...

Concernant les ressources minérales non-renouvelables, une approche
« rassurante » est proposée : capital naturel + capital « artificiel » = capital
total.

L’activité économique diminue le premier, mais augmente le second : le
total serait identique. Il n’en est rien : de l’énergie d’origine fossile a été et est
consommée et de la matière « perdue », usée, dissipée, inutilisable...

On épuise « le capital »...naturel et artificiel.

  2) L’ECHANGE INEGAL...autre aspect de la valeur ajoutée.

Certes l’échange inégal est généralement présenté comme l’échange [7]
d’une production ayant nécessité beaucoup d’heures de travail à bas prix
contre une autre production ayant nécessité peu d’heures de travail à prix
élevé.

— >Mais il a une autre traduction : Lorsque l’échange se fait entre
secteur économique, région ou pays à faible valeur ajoutée (matières
premières agricoles ou minérales, produits peu ou pas tranformés...)
et secteur, région ou pays à forte valeur ajoutée (produits industriels
de plus en plus sophistiqués), il se fait au détriment des premiers.

C’est une raison pour laquelle la recherche-développement -R.D.- innove en
mettant sur le marché des produits à toujours plus de valeur ajoutée
(salaires plus élevés , profits très élevés, accumulation forte).

**L’exploitation n’est pas seulement dans l’opposition profits contre
salaires, capital contre travail.

Un exemple ancien et classique : l’Angleterre importait le coton indien, le
transformait et produisait des vêtements -grace à des filatures et métiers à
tisser actionnés par des chutes ou courant d’eau -« écologique ! » le début
du capitalisme industriel avant même la machine à vapeur- et les vendaient
aux Indiens : ainsi commença l’appauvrissement de l’Inde et son « sous-
développement », alors qu’elle était un pays prospère, presque autant
que l’Angleterre.

C’est la raison pour laquelle -plus tard- GHANDHI filait, filait : symbole
et condition d’autonomie et d’indépendance.

Cette exploitation, comme l’exploitation des paysans anglais chassés
de leurs terres -« l’expropriation originelle »- et l’exploitation des
colonies américaines, favorisa le fameux « décollage », et
l’ACCUMULATION « féroce » qui lui est liée, et occultée la plupart du
temps.

Certes il y eut aussi des innovations agricoles importantes-du XVII au
XIXème siècles-qui ont permis à ce secteur-malgré une augmentation notoire
de la population-de dégager des surplus consacrés à l’industrie textile puis
sidérurgique, entrainant la révolution industrielle, puis thermo-industrielle
avec le feu de la machine à vapeur.

Ensuite l’agriculture européenne a stagné
et ce sont les productions des empires coloniaux qui ont fourni le surplus et
qui ont permis au processus industriel de s’accélérer et de s’affirmer.

S’il n’y a
plus de tels empires coloniaux, les rapports de domination persistent-
sous d’autres formes : « concurrence libre et non faussée »- le « dur
commerce »- et s’aggravent dans la mondialisation, pour que
continue l’ACCUMULATION DU CAPITAL technico-industriel (y compris
militaire) et financier et la croissance/concentration DU POUVOIR qui
lui est lié.

Un exemple concret, plus récent, moins complet, pourrait être la vente -forcée
avec PUB. mensongère- de lait en poudre aux mères africaines[Le lait maternel
est gratuit...et le meilleur pour Bébé]:appauvrissement des familles et du pays
importateur...sans parler des problèmes sanitaires et nutritionnels posés...

— > Que l’accumulation soit privée ou publique, elle provient de
l’EXPLOITATION et de la nature et du travail.

Voir les dégâts du « socialis-
me réel »-beurk !- ou plutôt « le communisme à la soviétique », « le
soviétisme ».... Certes, après plusieurs générations sacrifiées, les populations
russes -qui n’étaient pas en Sibérie...- bénéficiaient d’un revenu sans doute
modeste mais sécurisé et de « services publics » -éducation, santé...-.

Les rapports économiques avec les « démocraties populaires » étaient basés
sur l’échange inégal, sur l’exploitation.

La Russie fixait les prix. Vers la fin des
années 50, KHROUCHTCHEV voulait montrer la supériorité du « socialisme » sur
le capitalisme et le battre sur son propre terrain !!?? En exploitant le peuple et
en détruisant la nature !

Ce soi-disant « socialisme »—irréel— n’a pas
empêché la « nomenklatura » -pouvoir et privilèges-... qui s’est vite reconvertie
« capitaliste ». L’échec et le désastre écologique trouvent leurs origines dans
certains aspects de la théorie de MARX -pas dans ses analyses de base de
l’époque- .

La mise en oeuvre de la théorie par certains -ex.Staline-, la
fascination du pouvoir totalitaire...pour le bien du peuple, etc...ont fait le reste.

Des auteurs ont opposé dans le passé le CENTRE (pays industrialisés) et la
PERIPHERIE ( « le Tiers-Monde »), le CENTRE s’enrichissant au détriment
de la PERIPHERIE.

Les pays industrialisés le sont restés -même s’il y a certaines délocalisations- et
sont toujours plus riches...soi-disant. ( Il y a eu un « recul » économique en
Russie et dans les anciennes colonies soviétiques : la consommation globale
d’énergie, de matières premières, les émissions de CO2 ont baissé...).

Centre et périphérie existent toujours dans la mondialisation, mais des
nouveaux « centres » -des ilôts, des pôles d’accumulation- sont apparus
dans des pays dits « émergents » (de quoi ? : des limbes du « sous-
développement » !).

Ce qui satisfait les Etats et les économistes : les indicateurs
« macro » se portent bien :
production industrielle, PIB et son taux de
croissance, exportations....Même le PIB par habitant augmente. Une classe
moyenne se constitue et consomme selon notre modèle...Des multinationales.

Tout cela camoufle la paupérisation d’une partie de la population : la misère
remplace la pauvreté...camoufle aussi la stérilisation importante de sols qui
sont perdus pour les cultures vivrières alors que la population augmente...

De
très nombreux paysans sont chassés de leurs terres : le « développement »
confondu avec l’industrialisation systématique...l’accumulation...
Il est plus que vraisemblable que cette paupérisation gagnera plus tard les
couches aujourd’hui un peu plus riches de la population, etc...

Accumulation, concurrence, course aux armements obligent.
La mondialisation -le marché mondialisé qui ne peut que condamner les
« générations futures »- ne peut être « humanisée » ; c’est une aberration
écologique et démocratique, un gaspillage organisé de ressources non-
renouvelables au moins énergétiques -et on parle de « développement
durable »- ; c’est aussi « l’accumulation compétitive », la guerre
économique généralisée et l’exploitation-domination organisées au niveau
planétaire.

 Les « multinationales » ne sont pas l’expression de la démocratie...

Revenons à l’Inde. A l’époque coloniale l’exploitation se réalisait au profit
d’une accumulation externe (« décollage » de l’Angleterre). Mais l’occupation
anglaise n’a pas empêché certaines familles de s’enrichir, comme TATA depuis
1870 : actuellement dans les principaux secteurs de l’industrie et des
services (acier, énergie, moteurs, chimie, automobiles, communications et
autres services)

A présent, l’accumulation est interne (et externe par ses
multinationales). Mais il faudrait tenir compte aussi des investissements
étrangers en Inde et des bénéfices « rapatriés », du service de la dette....

— -> Plusieurs milliers de suicides de paysans par an, des millions de paysans
sans terre, quelque 350 millions d’Indiens pauvres souffrant de mal-nutrition chronique, quelque 40% d’analphabètes...qui votent..., l’explosion
des inégalités..., dégradation des sols...L’INDE est toujours un pays « sous-
développé » et le restera sans doute...Malgré -ou à cause de- son taux de
croissance élevé. La « croissance » [du PIB] enrichit d’abord les riches
(demande solvable) et entraine la croissance des inégalités.

Pour qu’elle
entraine une petite amélioration de la condition des pauvres, il faudrait

  • théoriquement- une croissance « forte et durable » ...

Ce qui entraine jusqu’à
présent une croissance forte de la consommation d’énergie et de matière et de
la production de déchets et pollutions durables....Insoutenable
écologiquement...et —en conséquence— socialement....En fait, le processus
appauvrit une partie de la population...

Les 53 milliardaires indiens possèdent 30% du PIB de leur pays : un record !

Et beaucoup de riches vivent dans des zones protégées par des barbelés,etc...

La « croissance », c’est d’abord la croissance du capital et de son
pouvoir.

>>> « On a beaucoup glosé sur l’exploitation de l’homme par l’homme.
Mais il y a une autre catégorie d’humains qui est apparue : c’est l’homme
inexploitable
, car personne n’a intérêt à l’embaucher ». Cette phrase citée de
mémoire, lue aux environs de 1970, m’a fait frémir. [En fait, ces humains
exclus du système sont exploités tout de même, car ils n’ont plus de terres,
ni d’autres possibilités de travailler, à part sur les montagnes
d’ordures].

Cela concernait le « Tiers-Monde », où les premiers bidonvilles et favellas
étaient apparus quelque 15 ou 20 ans auparavant. C’étaient déjà les effets du
développement économique, à l’initiative, au bénéfice, sur le modèle
du Centre, les pays industrialisés.

Depuis ce phénomène d’exclusion a gagné le Centre même :
chômage de masse, appauvrissement d’une partie importante et
croissante de la population, voitures ou tentes comme maisons -été
comme hiver- en ville et alentour (bois, bosquets...)...

Et il progressera si...

 3) EN GUISE DE CONCLUSION :

« On » préfère fabriquer des trucs très sophistiqués à forte valeur
ajoutée (« enrichissement », « développement »), mais on n’enraye
pas -on sait faire- les processus de désertification et de détérioration
des sols plus ou moins répartis sur tous les continents : valeur ajoutée faible
ou nulle.

Alors les sols cultivables et cultivés diminuent.

Et cela conduit et
conduira encore plus d’humains à la malnutrition, à la disette et à la
famine.

Cela n’affectera pas la « croissance » -au moins pendant un
premier temps- : l’humanité survivante se sera « enrichie »...!


Les « agro-carburants »
ont et auront le même résultat : réduire les
surfaces nourricières, expulsion des paysans pour ces cultures
industrielles(ex.:palmier à huile) pour que les « riches » puissent rouler en
voiture, prendre l’avion...le plus longtemps possible.

Ce qu’on a appelé « Le
Progrès ».

Sans oublier le transport routier...

« Rouler ou manger » Mais ce ne sont pas les mêmes qui sont
concernés par l’un ou l’autre terme de l’alternative ! Certains emploient
« nécro-carburants » avec justesse.

Une population qui s’enrichit a tendance à consommer de la viande ou plus
de viande, ce qui réclame 5 à 10 fois plus de surfaces cultivables ou de
prairies fourragères...au détriment de forêts ou... de l’alimentation
d’autres humains.

Les surfaces agricoles diminuent....

En France, « Gagner son pain » est devenu « Défendre son beefsteack » !

A propos du Progrès, quelqu’un a pu écrire il y a quelque 35 ans qu’on
ne pouvait appeler « Progrès » que ce qui était généralisable à l’ensemble
de l’humanité présente et future : définitivement acquis pour elle. Ce
qui se fait au bénéfice d’une minorité sur la planète, souvent au détriment de
la majorité et des générations futures, ne peut être Le Progrès.

IL N’Y A DE PROGRÈS QUE DE TOUTE L’HUMANITE.

L’accumulation spolie, dépouille les populations et du surplus
qu’elles produisent et du pouvoir de décider de l’importance de ce
>>surplus et de son utilisation, ce qui détermine la production
>>ultérieure.

LA DEMOCRATIE véritable, achevée...pourrait être la fin de cette
exploitation-dépossession.

Un système économique fondé sur l’égoïsme supposé de chacun d’une
part et d’autre part sur l’asservissement par le travail, la pub., la
propagande...etc, s’oppose au processus de civilisation, au progrès
humain. Il est encore temps d’en imaginer un autre !

Cette accumulation « perpétuelle » repose sur un gaspillage énorme, en
particulier l’obsolescence organisée le plus souvent pour la course à la
productivité et la concurrence, au pouvoir. C’est bien là une
destruction du travail humain ancien, du « travail mort », et un
gaspillage énergétique et matériel grave.

Cf : la fameuse « destruction créatrice » reprise par SCHUMPETER et son
« ouragan perpétuel »...qui en fait ne pourra pas être perpétuel.
Dans cette seconde expression, la notion de création a disparu :
Que « crée » un ouragan ? sinon des dégâts (de « dégaster »=
dévaster).

ILLUSOIRE D’ENVISAGER L’AVENIR -et les retraites- A PARTIR DU PIB.

Il est primordial d’avoir une conscience aussi vaste et juste que
possible des choses....D’abord comprendre, hors de toute doctrine.
Approche plurielle nécessaire. Se libérer des croyances...

D’ailleurs « marxisme » et « libéralisme » ont des points communs.
On ne peut pas être « anti-capitaliste », si on tient une partie du
discours dominant, si on n’a pas « NETTOYE SON IMAGINAIRE » de
l’idéologie dominante, et si on n’a pas de piste pour des alternatives.

Contrer réellement le discours dominant présenté comme
« scientifique », et trop souvent repris par la « gauche »...extrème.

Lutter contre tel ou tel symptôme ne guérit pas de la maladie.
Le problème est que le mot d’ordre est : « Ne pensez pas. Dépensez. »
Et travaillez plus !

Toutes discussions, précisions...sont les bienvenues. Ce texte est assez abrupt !
Même confus ici et là. Il peut y avoir quelques erreurs . Merci de les signaler.

LUCE Roger 10/04/2008

Au delà de la « marchandisation » du monde : sa « déchettisation »...!


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