Yonne Lautre

« Le séchage thermique des boues de la future station d’épuration de l’Auxerrois à Appoigny (Yonne). Chronique d’une dépense énergétique et monétaire annoncée. » par Abelardo Zamorano

Président d’AVITEC (Association Villes et Territoires de l’Yonne), membre du CA de Yonne Nature Environnement et du Comité de bassin Seine-Normandie, ingénieur agronome
vendredi 21 novembre 2008 par AVITEC, Yonne Nature Environnement, Zamorano Abelardo


Au début des années 90, une nouvelle station d’épuration s’est révélée indispensable pour les communes d’Auxerre, Monéteau, Perrigny, Appoigny et Gurgy. La station actuelle, mise en service en 1981 (située à la jonction du Ru de Baulche et de l’Yonne à Monéteau), elle n’avait pas encore 10 années de service quand elle était déjà considérée comme obsolète (quand bien même ayant un amortissement inchangé, de 30 ans : 2011)

La mise en service de la nouvelle station d’épuration de l’Auxerrois est prévue fin 2008 sur le site de fontaine Thévenot à Appoigny (voir carte (en pièce jointe à cet article, NDLR))

Des éléments chiffrés (datant de 2007) (*) nous amènent à faire :

une rétrospective du traitement des eaux usées de l’Auxerrois (pour ces 5 communes),

des remarques et critiques sur le choix du séchage thermique des boues adopté par le Syndicat,

le constat fait par des associations sur la concertation, liée à la création de ce nouvel équipement collectif, à la Commission Consultative du Service Public local du SITEUA (Syndicat Intercommunal de Traitement et d’Epuration des Eaux Usées de l’Auxerrois).

 Rétrospective de la nouvelle STEP à Appoigny

La nouvelle station aura une capacité d’épuration de 1 800 m3/heure, volume correspondant à un traitement de la pollution de 83 000 équivalents-habitants par an, elle servira aux 51 000 habitants des 5 communes du syndicat, géographiquement centrales de l’agglomération auxerroise, toutes membres de la Communauté de l’Auxerrois (19 communes et 62 000 habitants).

Sa construction bénéficiera d’aménagements paysagers destinés à limiter l’impact visuel (notamment vis-à-vis de Gurgy) et d’une relative intégration dans son site (zone humide boisée - terres de culture). Le traitement des odeurs a été particulièrement étudié (exigences fortes des riverains et usagers).

Cet équipement répond aux normes actuelles d’épuration (plus importantes que celle de la station précédente) notamment pour le traitement de l’azote, du phosphore, des rejets finaux dans la rivière.

Cette filière d’épuration, utilisant le procédé des cultures libres, se fera de la manière suivante :

Filière eau

Prétraitements : dégrillage grossier dans une fosse à bâtards (accueillant toutes les eaux), relevage, dégrillage fin, dessablage/dégraissage

Deux bassins d’aération avec élimination physico-chimique de l’azote et du phosphore

Deux clarificateurs

Filière boues

Epaississement par flottation

Déshydratation par centrifugation (boues à 80% d’humidité)

Traitement final des boues par séchage thermique (boues à 10 % d’humidité) puis conditionnement sous forme de granulés ensachés (grands sacs de 2 m3)

Sous Produits

Odeurs : désodorisation par voie chimique de tous les ouvrages susceptibles de générer des odeurs (fermés, ventilés et désodorisés)

Traitement biologique des graisses

Lavage des sables

Refus de dégrillage compactés et ensachés

(*) Une demande officielle des chiffres consolidés : construction de la STEP, travaux connexes, financements ainsi que les coûts prévisionnels prévus pour son fonctionnement, a été formulée par les associations au syndicat lors de la dernière réunion de sa Commission Consultative du Service Public du SITEUA le 16 septembre 2008

Voir en annexe : Doc 1 Station d’épuration de l’Auxerrois. Filière de traitement


Coût des travaux

Financement des travaux

Les coûts de fonctionnement prévus

(tableaux en annexe : Doc 2 Tableaux : coûts des travaux, financement des travaux, coûts de fonctionnement prévus)

Nous pouvons donc supposer qu’un tiers environ des coûts d’investissements seront financés par la collectivité.

Sur le total des charges d’exploitation à l’année la part des frais de personnel sera d’environ 20 % et la part de l’énergie utilisée sera de 40 à 45 %

On peut aussi constater que les charges de fonctionnement pour le séchage thermique des boues représenteront annuellement environ 16 à 17 % des charges proportionnelles et 9 à 10 % de la totalité des charges d’exploitation (aux prix actuels)

Voir en annexe : Doc 3 MCEA Ce qu’est une station d’épuration

 Pour comprendre le problème du séchage des boues

Dans le processus d’épuration, les eaux usées arrivent après dégrillage dans les bassins.

Les boues d’épuration apparaissent par sédimentation dans des décanteurs (bassins) où les cultures libres (ferments) agissent sur la matière organique. Ensuite, elles subissent un épaississement par flottation et sont collectées dans une bâche de mélange.

Après concentration dans un flottateur suivie de l’adjonction d’un polymère, elles sont déshydratées mécaniquement par un passage en centrifugeuse (voir schéma). En fin de première partie on obtient des boues pâteuses d’une siccité de 20 % (soit 80 % d’humidité).

Une chronologie technique :

En 1999 : La production de boues de la station de Monéteau oscillait entre 2 000 à 3 000 m3 par an (à 37 % de siccité) avec des pics de 3 900 m3, soit une production entre 800 à 1 100 T en matière sèche (MS).

A partir de 2001 : la production se stabilise autour de 2 300 à 2 400 m3 par an (soit autour de 1 000 T de matière sèche)
En 2007 : La production de cette station est ramenée à environ 1 800 m3, soit 600 T MS.

Cette réduction est due pour l’essentiel à l’importante réduction de volumes réceptionnés grâce à la mise en service des stations de Yoplait et d’Amora-Maille, ainsi qu’à la réduction de la consommation d’eau (et donc des eaux usées) par les usagers particuliers.

La nouvelle station utilise la technique des boues activées à faible charge, en cultures libres. Comme ses capacités épuratives sont renforcées, le volume des boues produites augmente. D’autres techniques spécifiques qui peuvent réduire le volume total des boues produites existent, mais ce type de procédé n’a pas été étudié, le bureau d’études argumentant qu’étant donné son élimination par épandage agricole (non payant par rapport à la mise en décharge ou à une incinération) ce n’était pas rentable.

Mais étant donné le coût du séchage thermique adopté il aurait pu être opportun de connaître son coût à la tonne afin de pouvoir faire une comparaison !

La production de boues de la nouvelle station est évaluée entre 800 et 1 600 T de matières sèches (MS) par an en sortie de centrifugeuses.

A ce stade, plusieurs solutions techniques existent pour les sécher et les hygiéniser avant épandage.

Le procédé classique : le chaulage donne de bons résultats (exemple le procédé actuellement utilisé à la station de Monéteau).

Il ramène les boues à environ 38 % de siccité, mais avec les inconvénients suivants :

apport de calcaire sur des sols agricoles qui en sont déjà naturellement bien pourvus

excès d’humidité induisant une re-fermentation si le chaulage est mal réalisé,

volumes importants de stockage, surtout pour 10 mois de production (épandage en hiver et sécurité en cas de problème) donc des coûts importants pour un local fermé-ventilé, le transport et l’épandage.

Estimation comparative des principaux procédés pour les boues issues de la centrifugation

voir en annexe : le Doc 4 Estimation comparative des principaux procédés pour les boues issues de la centrifugation

En 2004 : une présentation est faite en réunion syndicale pour seulement 3 procédés :
Séchage thermique
Séchage en serre (solaire),
Chaulage

Le syndicat a choisi de limiter l’étude à ces trois procédés. Nous n’avons pas pu trouver très précisément dans ses délibérations, les textes expliquant cette décision, ni sur quels critères elle a été prise...

Fin 2004  : Visite d’installations de séchages thermique et solaire en Alsace organisée par le Syndicat et la Lyonnaise des eaux.

Janvier 2005 : Présentation de ces procédés à la Commission consultative qui conclut que le séchage solaire n’est pas au point pour une bonne hygiénisation et qu’il nécessite des surfaces trop importantes de serres ventilées.
Son coût est cependant bien moins élevé que celui du procédé thermique.

Le chaulage est aussi abandonné car en plus des inconvénients déjà cités (volume de stockage, odeurs, transports et épandage), il véhicule l’image négative des nuisances rencontrées dans la station actuelle (sites à l’air libre sans aucun dispositif, pollution du ru de Baulche, stockage en bout de parcelles - odeurs, épandages irréguliers, etc.).

Février 2005 : La décision est prise par le Syndicat pour le séchage thermique des boues (1).

On constate ainsi que le bureau d’études n’a pas étudié les autres options, notamment celle du compostage et le choix fait n’a été ni discuté ni comparé aux autres options.

Offrant les mêmes avantages techniques, bénéficiant de nombreuses références et d’un large choix de procédés -du plus simple au plus sophistiqué- le compostage fait partie des procédés connus, éprouvés et proposés par tous les industriels de la filière (Véolia, La Lyonnaise, SAUR...).

Certes, les boues riches en matières azotées nécessitent un apport d’environ 1/3 en carbone, fourni par exemple, par des déchets verts broyés, écorces, lesquels auraient pu être fournis par la Communauté de l’Auxerrois (dont les 5 communes du syndicat font partie...), qui sont particulièrement abondants et dont seule une partie est collecté (voir Rapports annuels du service public d’élimination des déchets de la CA : 3 000 T environ déchets verts en déchetteries) !

Le compostage était moins de la moitié moins cher que le procédé thermique retenu. Son volume nécessite des installations de stockage plus importantes mais il peut l’être aussi à l’extérieur sous bâche (si mouillé il ne re-fermente pas, contrairement aux boues séchées). Il nécessite par contre un épandeur de type universel que les céréaliers n’ont pas forcément mais cela n’aurait pas été insurmontable. Il était le procédé le plus performant : hygiénisé à 70°, confiné, retourné, désodorisé et ventilé, si normalisé (label) AFNOR 44-095 de 2004 (ADEME), il passe de sa classification de déchet à celle d’un amendement agronomique (ces qualités techniques sont meilleures que les boues classiques) et donc susceptible d’être utilisé partout (agriculture, espaces verts, etc.) mais il n’a pas été présenté....

Ce qui a prévalu dans le choix :

L’épandage agricole est la forme traditionnelle d’élimination finale des boues. Les lots non-conformes aux analyses doivent obligatoirement être envoyés en décharge ou en incinération.

Cet épandage agricole dépend du bon vouloir des exploitants. Cet apport de matières fertilisantes est gratuit, mais il induit une contrepartie, exigée au niveau national par la profession agricole : un fond d’assurance pour faire face à une éventuelle crise sanitaire.

Ce qui a pesé dans la décision en 2004-2005, c’est la préférence des agriculteurs, spécialisés en grande culture (1), pour un système qui fournirait des granulés, faciles à stocker en hangar, comme on stocke les engrais conditionnés et faciles à épandre avec du matériel existant (type épandeuse à engrais), et la préférence des élus pour des systèmes (apparemment) simples leur déchargeant des responsabilités.

Autre argument, l’épandage classique (boues chaulées) réalisé actuellement pour la station de Monéteau par un prestataire de services, nécessite une épandeuse adapté (du type universel ; boues, chaux, compost, fumier), qui n’est plus parmi les matériaux des exploitations intensives céréalières classiques.

Précisons que le coût actuel ne pose pas de problème, puisque l’épandage réalisé par entreprise agricole, à la parcelle, disposant de ce matériel coûte en moyenne 3 € la tonne (prix pratiqués dans le secteur, été 2008). C’est une prestation couramment utilisée.

Mais on nous dit en 2008, que la législation impose des autorisations spécifiques pour le stockage chez des particuliers - en l’occurrence les agriculteurs - et ce ne sera pas sans odeurs ! Le problème est résolu, on stockera toute la production à la station d’épuration (comme initialement prévu)et de trouver un prestataire qui puisse faire l’ensemble du service pour le transport à partir de la station vers les parcelles et aussi l’épandage.

Les dernières informations émanant de la Lyonnaise indiquent que, depuis 2 à 3 ans, le prestataire pour les épandages des boues chaulées a changé. Le prestataire actuel dispose de tous les différents types de matériel, et il réalise les opérations tout à fait correctement...

L’argument (avancé lors du choix du séchage) de l’autonomie d’épandage des agriculteurs et leur difficulté de se procurer d’autres matériels pour épandre les boues sous une autre forme que les granulés, s’avère donc inexacte et induisant un choix pré établi.

Conclusions sur ce choix :

Il aurait donc été nécessaire de comparer tous les coûts directs, les différents procédés, les coûts induits par les différents types de traitement de boues à épandre et les investissements relatifs à chaque procédé, pour choisir entre le séchage thermique et la fabrication du compost. Cette démarche comparative n’a pas été faite.

La norme AFNOR 44-095 est très exigeante et considère le produit agronomique obtenu comme un engrais et non plus comme un déchet. Il peut être utilisé soit en agriculture soit par les collectivités pour les espaces verts ou la voirie. La communauté de communes auxerroise a de larges surfaces publiques à entretenir.

Les vendeurs de matériel (Lyonnaise : Degrémont-Taiji) ont donc réussi à placer le produit le plus onéreux de leur gamme, avec l’aide implicite des bureaux d’études qui n’ont pas orienté la collectivité vers les solutions les plus économiques... Seule exception : le cabinet d’assistance juridique Jean Raphael Bert Consultants, qui a fourni un excellent travail permettant de clarifier les choix de mode de gestion qui ont été opérés. A ceci, viennent s’ajouter les préférences de bon nombre d’élus pour des systèmes techniques qui fonctionnent automatiquement sans grande implication de leur part. Une faible conscience des problèmes environnementaux de ces mêmes élus peut aussi s’ajouter et compléter ainsi le tableau. . .

(1)le même type de choix de séchage thermique (au gaz) et écoulement des boues séchées sous forme de granulés a été fait pour une station de mêmes type et capacité (gérée par Véolia) démarrée en 2007, à Chalons en Champagne, avec épandage agricole dans une région caractérisée par une agriculture céréalière intensive (la Marne)

LE TRAITEMENT DES BOUES

voir en annexe le Doc 5 Traitements des boues (avec photos)

Les boues extraites des différentes étapes du traitement (1) sont envoyées vers 2 centrifugeuses (2) qui assurent une première Déshydratation.

Elles sont ensuite dirigées vers un sécheur thermique qui va terminer la déshydratation. Les boues sont transformées en granulés (4)
(3) et conditionnées dans des sacs de stockage (5).

L’ensemble des boues produites par la station de dépollution des eaux usées de Cité en Champagne font l’objet d’une valorisation agricole par épandage.

 Analyse du problème énergétique

Estimations de 2005 du cabinet Merlin : elles sont évidemment soumises à variation et doivent être confrontées ultérieurement aux chiffres de la dépense réelle finale (après la passation des marchés 2006/2007 par le maître d’œuvre). Vraisemblablement, les proportions resteront les mêmes.

Quel sera le coût des installations pour le séchage thermique ?*

Quelle sera la dépense énergétique pour sécher les boues ?

Quelle sera la part de la consommation en énergie sur la consommation totale de la STEP ?*

Quels sont les coûts prévisionnels pour le fonctionnement ?*

Estimation globale des coûts prévisionnels d’exploitation du séchage thermique des boues et affins * :

[voir en annexe Doc 6 Tableaux : Quelles estimations des coûts, des dépenses énergétiques

* Délibérations du comité syndical du 24 juin 2005 : Avant-projet / Mémoire / Process du Cabinet Merlin du 11 mai 2005

Nota : ces chiffres ont été revus en 2007, voir les tableaux en début de cet ’article : Bilan prévisionnel d’exploitation, La dépense en fonctionnement pour l’énergie thermique est estimée à 121 164 € (sans les ensachages, évacuation, etc)

Tous ces calculs de la consommation de l’énergie utilisée sont de type classique, d’autres calculs, des bilan globaux, qui commencent à se développer, tiennent compte de toutes les consommations induites, par exemple celles en amont du lieu de consommation. Exemple : le bois en plaquettes qui sera consommé nécessite la coupe, le déchiquetage du bois en plaquettes, le transport à la station.

On peut finalement noter que les dépenses pour le séchage des boues seront de 7,66 millions de kWh/an et qu’en moyenne sa part de la consommation totale en énergie sera de 17 à 18 %

 Les variations dans la décision de sécher thermiquement les boues

Février 2005 : après la décision du syndicat (dans laquelle ont pesé favorablement les avis des petites communes), des discussions se sont engagées en interne sur le choix de l’énergie à utiliser. La position des délégués d’Auxerre a été de rechercher une énergie alternative au gaz/fioul, parmi lesquelles le bois, ressource locale-régionale un peu moins chère que le gaz (mais avec des prix alignés), et bénéficiant d’une « bonne image écologique ».

Le Syndicat a finalement opté pour un séchage à énergie bois sous forme de plaquettes et un séchage au gaz en cas de panne ou d’entretien. Nous pouvons noter que cela a été fait sans avoir évoqué l’utilisation du biogaz que produit la station, comme cela se fait avec le digesteur de boues de l’actuelle station de Monéteau, chauffé avec la production des 700 000 m3 de gaz interne, les 55 % excédentaires étant brûlés en torchère... (Rapport exercice 1996).

Ce choix implique deux chaudières de 1 200 kWh et un silo de stockage pour le bois d’environ 500 m3.

La combustion de bois ou gaz est évidemment émettrice de CO2

Les chiffres précédemment exposés dans les tableaux de 2005 ne tiennent pas compte de ces dernières décisions, celui de 2007 les intègre.

 Analyse de la Commission consultative du SITEUA, à laquelle participent les associations Avitec et Yonne Nature Environnement

Les points positifs :

1.Le choix du site a été largement abordé, discuté et décidé de façon consensuelle,

2.Le choix du type de gestion du nouvel équipement (consultation obligatoire par la loi Sapin) a pu être abordé sereinement, avec une information large et bien documentée : soit en gestion directe (5 types) soit en délégation du service public (affermage). C’est la gestion directe, en régie de direction qui a été choisie.

Les points négatifs :

1.Les choix des possibilités pour le traitement des boues n’ont pas été convenables (voir points précédents). Les dépenses en énergie pour sécher les boues auraient pu être évitées : elles grèvent les usagers financièrement et durablement.

2.On n’a pas tenu compte du réchauffement climatique ni de l’émission supplémentaire de gaz à effet de serre.

3.Refus de l’affinage des rejets. Les associations de défense de l’environnement et les pêcheurs ont proposé la réalisation d’un affinage des effluents traités avant le rejet dans l’Yonne par un lagunage et des jardins filtrants, comme cela se fait déjà par ex. en Normandie et à la station parisienne d’Achères. [Le site de fontaine Thévenot est enclavé dans une zone de ripisylve et prairies inondés, à quelques dizaines de mètres de la frayère de l’île Paule, cette zone, en voie de dégradation, était encore classée en ZNIEFF II en 1992, abandonné depuis]

Bien que les rejets de la nouvelle station soient aux normes actuelles, les instances de l’eau savent que le problème subsiste avec les micropolluants et que la désinfection du rejet par les UV de la lumière naturelle, avant la rivière, soulage énormément sa capacité épuratrice et ses milieux naturels.

Aucun document technique n’a été fourni pour étayer ce refus. Seule une réponse orale indique une estimation d’environ 1 M€. Surcoût fantaisiste puisque non étudié et qui, s’il s’avérait juste, aurait pu être facilement amorti si le choix du séchage thermique n’avait pas été retenu.

 Conclusion :

On l’aura compris, les stations d’épuration sont de très grosses consommatrices d’énergie. Dans notre cas 49,9 millions de kWh/an, principalement électrique, elle est destinée à assurer notamment le fonctionnement de leurs équipements électromécaniques.

Le séchage thermique des boues consommera annuellement 7,6 millions de kWh, soit 15 % du total de la dépense énergétique. Ce surcoût aurait dû être évité... !

La part de la consommation d’énergie électrique et thermique sur le total des charges d’exploitation annuelles sera de 40 %. Pour les charges proportionnelles annuelles elle sera de 58 %.

Le choix des économies d’énergie n’a pas été recherché.

Nous serons aux normes et aux exigences de l’application de la DERU (Directive Eaux Résiduaires Européenne) exigible en 2005 (cas identique pour les STEP de Sens et Avallon), pour laquelle la France a été condamnée à des très lourdes pénalités (dernier délai accordé à la France 31 décembre 2008)

Mais, confrontés à un renchérissement durable de l’énergie et aux problèmes générés par le changement climatique, nous sommes loin d’avoir fait un choix économique et environnemental correcte, ni un choix de bon sens, sur le moyen et long terme.

Références :

Rapports annuels services publics de l’Eau potable - Assainissement - Epuration. Ville d’Auxerre, Communauté de l’Auxerrois, SITEUA. 1995 à 2007

Audit environnemental et économique des filières d’élimination des boues d’épuration urbaines. Agences de l’eau, Arthur Andersen-Environnement, 1999

 Rétrospective

1981 : mise en service de la station à Monéteau (Degrémont-Lyonnaise), à l’embouchure du ru de Baulche.

Coût : 16 MF TTC, soit 2,5 M € (lot principal), amortissements sur 30 ans (2011) (Récapitulatif des dépenses Ville d’Auxerre 14 septembre 1982). Elle remplaçait celle de 1960, située aux Pieds de Rats à Auxerre.

Conçue pour 80 000 EqH (équivalents/habitants) : 60 000 domestiques et 20 000 industriels. Dès le début les élus envisageaient de l’agrandir à 120 000 EqH, pour pouvoir traiter les eaux des nouveaux habitants (comètes urbanistiques...) et les importants effluents de l’industrie agro-alimentaire locale (Vivre à Auxerre, bulletin municipal n°3, novembre 1981).

Plusieurs raisons sont avancées : la conformité avec des nouvelles normes d’épuration, plus exigeantes, notamment pour l’azote et le phosphore et obtenir une capacité à traiter une charge hydraulique nettement plus importante.

En effet, trois entreprises industrielles de l’agro-alimentaire, grandes utilisatrices d’eau : Yoplait, Amora-Maille et Laguillaumie ont obtenu les autorisations de raccordement, la station est alors en surcharge.

1995 : 8,6 millions de m3 à traiter - dépassant largement les 100 000/150 000 EqH - avec des pics de 200 000 EqH !-(Rapport annuel sur le prix et la qualité des services publics de l’eau potable et l’assainissement. Ville d’Auxerre. Exercice 1995).

Cependant le volume des eaux d’origine domestiques (5 millions de m3) n’a guère évolué depuis. Le « by pass » (déversement des surplus sans traitement à la rivière) a donc été très largement utilisée, la surcharge dans la station provoquait des disfonctionnements internes récurrents, notamment dans le traitement des boues (mauvaises odeurs insupportables pour les riverains).

1997 : la ville d’Auxerre vote de nouveaux travaux (l’Avenant n°6) sous la pression de la commune de Monéteau, financés et réalisés par la Lyonnaise, pour améliorer la filière des boues, supprimer ainsi les odeurs et les nuisances aux riverains. Procès au Tribunal Administratif de Dijon et Lyon, entamé séparément par l’association AVITEC ainsi que par un élu.

Les griefs principaux : l’affermage légal se transformait en une concession de facto, 7 MF d’investissements en travaux (dont 3 MF financés par l’Agence de l’eau Seine Normandie) et un prolongement de 6 ans du contrat initial de 20 ans de 1998 à 2004.

Résultat : 11,50 MF (euros) à encaisser sur les usagers (et encaissés par La Lyonnaise) pour 4 MF d’investissement, en vertu de la surtaxe votée par la collectivité pour ce contrat.

1998 : Projet de création de la nouvelle station d’épuration. Création d’un SIVU (syndicat à vocation unique) pour mener les études, définir les travaux, établir les dossiers et réaliser les travaux de la nouvelle station d’épuration de l’Auxerrois. Ce syndicat, le SITEUA, a eu pour mission de se substituer à la ville d’Auxerre pour la station de Monéteau après 2004 et ce jusqu’à 2008. Ensuite il prendra la responsabilité de la nouvelle station d’Appoigny.

2000 : Seulement 430 000 m3 des 730 000 m3 d’eau provenant d’usagers industriels à traiter sont facturées...

(Rapport annuel Exercice 2000 et Détermination des flux polluants, Pré-Rapport SOGREAH septembre 2001).

2001 : Pour le projet de création de la nouvelle station d’épuration, le bureau SOGREAH est choisi pour l’assistance technique et Jean Raphael Bert Consultants pour l’assistance juridique.

2001-2005 : Réalisation des études et enquêtes publiques. Le cabinet Merlin est retenu pour assister la collectivité dans la maîtrise d’ouvrage de la construction de la nouvelle station et dans le choix des équipements.

2002 : Les odeurs persistent. Nouveaux travaux engagés à Monéteau et financés par le syndicat : installation de deux aéro-éjecteurs dans le bassin tampon.

2004 : Reconduction de l’affermage de la Lyonnaise jusqu’à la mise en service de la nouvelle station.

2004/05 : La société Yoplait met en service sa propre station (capacité de 700 000 à 1 000 000 m3/an) (40 000 éq-hab)
2006 : La société Amora-Maille (Groupe Unilever) met en service sa propre station (20 000 éq-hab)

La station de Monéteau traite alors 5,3 millions de m3 (exercice 2006).

On constate aussi une baisse des volumes domestiques du fait de la moindre consommation en eau des ménages depuis plusieurs années (Rapport annuel sur le prix et la qualité du service public de l’épuration des eaux usées. SITEUA. Exercice 2006).

De 120 000 EqH (les études débutent sans que les principaux industriels n’aient encore pris leur décision d’épurer eux-mêmes). La station sera finalement dimensionnée à la baisse, après négociations et ajustements de prétraitement pour Laguillaumie, pour ne traiter que 83 000 EqH. (Dont les flux de cette industrie évalués à 15 000 EqH avant prétraitement).

Aucun équipement de l’ancienne station ne sera récupéré. Une grosse centrifugeuse, financée par les travaux de 1998 ne sera pas reprise dans les nouvelles installations - au grand dam de l’Agence de l’eau qui les avait cofinancés...

Que penser alors de ces propos : - « Ces travaux ont été réalisés sur le site actuel (Monéteau) qui sera également celui de la future station. L’ensemble des bâtiments et des équipements, qui font l’objet du modificatif (l’Avenant n°6 de 1998 au contrat d’affermage), seront intégrés à la future station et conçus en fonction de cet impératif » (Rapport annuel sur le prix et la qualité des services publics de l’eau potable et de l’assainissement. Ville d’Auxerre. Exercice 1999)

2007-2008 : Construction de la nouvelle station d’épuration sur le site de la Fontaine Thévenot à Appoigny.

Finalement, de 1981 à 2008, beaucoup de discussions, beaucoup d’argent public (des usagers) dépensé, tout cela pour revenir pratiquement à la même capacité de traitement que celle de la station mise en service en 1981 !

Documents annexes à demander à redaction yonnelautre.fr :

1/ Doc 1 Station d’épuration de l’Auxerrois. Filière de traitement (pdf 330 ko)

2/ Doc 2 Tableaux : coûts des travaux, financement des travaux, coûts de fonctionnement prévus (120 ko)

3/ Doc 3 MCEA Ce qu’est une station d’épuration (JPG de 320 ko)

4/ Doc 5 Traitements des boues (avec photos) (PDF de 230 ko)

5/ Document intégral texte+tableaux MAIS sans les photos (PDF 330 ko)


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