Yonne Lautre

« Créer des emplois en Icaunie » par Denis Martin

Adjoint Vert au Maire d’Auxerre
samedi 14 février 2009 par Martin Denis

Créer des emplois en Icaunie
Déclaration de Denis Martin au Conseil municipal d’Auxerre du 12 février faite au nom des élus Verts

 Plan :

1 - Les travailleurs de Fulmen sont présents dans la salle du Conseil

2 - Nous vivons un temps de mutation

3 - Le « bras armé de l’Etat »contre la « main invisible du marché »

4 - Une révolution écologique douce

5 - Isoler les bâtiments

6 - Développer les modes de transports alternatifs

7 - Des services publics de qualité

8 - C’est ici que cela se passe

9 - Sauver Amora-Maille

10 - Relancer Paul-Renard

11 - Une plate-forme de tri pour nos déchets

12 - C’est un choix de société

 1 - Les travailleurs de Fulmen sont présents dans la salle du Conseil

Nous ouvrons notre conseil municipal de ce soir sur le problème de Fulmen. Nous avons déjà reçu ici les travailleurs d’Amora-Maille. C’est dire que la crise malmène terriblement nos concitoyens.

Chômage, précarité, peur du lendemain, crédits à rembourser, famille à nourrir, sont autant cas douloureux qui nous font mal au cœur. Mais Fulmen est un cas un peu spécial. Il y a certes la crise et la baisse des commandes mais on assiste aussi à un effet d’aubaine. Exide, le patron américain de l’usine, en profite pour délocaliser. Le groupe Exide n’a pas investi dans le développement, la recherche et l’innovation.

C’est l’exemple type d’une usine achetée par un fonds de pension, sans projet de développement durable, qui, face à la crise, fait de son personnel la seule variable d’ajustement pour continuer à faire des bénéfices.

Les employés de cette usine ont besoin de toute notre solidarité.

La solidarité est la condition du maintien de notre cohésion sociale. Sans solidarité nous allons assister à une véritable déchirure du tissu social. Nous devons jouer pleinement notre rôle d’élus de la population et intervenir sans relâche auprès de l’Etat, auprès de la Région, auprès du Département pour trouver une solution de reclassement rapide pour tous les employés de Fulmen. La solution peut être trouvée sur le site en créant plusieurs entreprises.

Mais nous devons avoir une exigence face à ce grand groupe international : nous devons exiger la dépollution du site. L’ancien site d’Exide de Nanterre n’est toujours pas dépollué depuis 2005. Les syndicats ont cette exigence. Ils veulent que l’entreprise assume ses responsabilités. Les ouvriers que nous avons rencontrés le disent : « L’entreprise doit payer la dépollution ». Les écologistes que nous sommes sont évidemment d’accord avec cette demande. Fulmen manipulait des tonnages très important de plomb et d’acides. Il est hors de question qu’un tel site, situé sur la nappe phréatique et au bord de la rivière soit abandonné tel quel.

 2 - Nous vivons un temps de mutation

Oui, la crise économique secoue le monde. Ses répercussions n’épargnent pas notre région. Déjà des centaines d’emplois sont menacées ou ont disparu : Fulmen, Amora-Maille, Paul-Renard, Fruehauf...

Ce n’est, hélas, qu’un début. La crise risque d’être longue et destructrice. La crise de 1929 a duré 10 ans. Combien de temps durera celle-ci ?

Ce qui est sûr c’est que le monde qui en sortira ne ressemblera plus à celui d’aujourd’hui. Les crises sont toujours des temps de mutation.

La crise économique se double d’une profonde crise écologique. Les gaz à effet de serre, notamment, réchauffent le climat et provoquent des catastrophes. Le phénomène est même plus rapide que prévu par les scientifiques. L’été dernier, la banquise a tellement fondu que les passages du Nord-Ouest et du Nord-Est entre l’Atlantique et le Pacifique ont été libres simultanément, ce qui ne s’était encore jamais vu. En janvier dernier une très forte tempête a balayé le sud de la France. C’est la deuxième tempête majeure en moins de dix ans. Onze morts, un milliard deux cents millions de dégâts, 300 000 hectares de forêts détruites. On ne peut plus nier, aujourd’hui, que ces tempêtes sont liées au réchauffement climatique. L’impact des changements climatiques va coûter de plus en plus cher si nous ne faisons rien. Nicholas Stern, ancien président de la Banque mondiale, affirme qu’agir aujourd’hui coûterait 1% du PIB mondial mais que la facture monterait jusqu’à 20% si on attend trop.

Nous avons donc un double défi à relever : celui de la crise économique et celui de la crise écologique (crise écologique qui ne se limite pas au changement climatique puisque l’eau, les sols et l’air sont terriblement pollués ; chaque année des espèces animales et végétales disparaissent ; la pêche industrielle est en train de ruiner la mer).

 3 - Le « bras armé de l’Etat »contre la « main invisible du marché »

A crise mondiale, réponse mondiale. Malheureusement on voit bien que chaque pays est tenté de se replier sur lui-même, de faire le dos rond devant la tempête et d’essayer de tirer son épingle du jeu. C’est illusoire et dangereux. L’Europe, notamment, doit trouver des réponses concertées pour agir solidairement.

La crise n’est pas un accident. Elle est révélatrice de l’échec d’un système sans foi ni loi. C’est un système qui fait exploser les inégalités, superprofits pour quelques-uns uns, baisse du pouvoir d’achat, recul de la protection sociale, précarité, pour le plus grand nombre.

Les ajustements au coup par coup, comme ceux que lance le gouvernement de Nicolas Sarkozy sont inadaptés et aggravent les difficultés. Pire, l’argent public donné aux banques pour les sauver part directement dans les poches des actionnaires. En refusant d’entrer dans le capital des banques comme l’ont fait les gouvernements anglais ou américains, le gouvernement français se prive de tout moyen d’action. Du coup les particuliers et les entreprises qui veulent emprunter se voient refuser les crédits demandés.

Ce système capitaliste mondialisé est mauvais et doit être changé. Il faut réguler, contrôler, moraliser. Entre l’économie dirigée « à la soviétique » et le capitalisme sauvage il faut trouver le juste milieu. Il faut que l’Etat joue son rôle de garde fou et de protecteur. Les mouvements de capitaux, la Bourse, les échanges internationaux, le commerce doivent être encadrés par des lois et des règlements. Les échanges, notamment entre le Nord et le Sud, doivent être équitables. Certains préfèrent Adam Smith et la « Main invisible du marché ». Nous, nous préférons John Maynard Keynes et le bras armé de l’Etat.

 4 - Une révolution écologique douce

Ces dénonciations et ces analyses doivent être faites afin d’éclairer le débat et de situer les responsabilités. Mais une fois que l’on a fait cela on n’a pas créé un seul emploi. Or ce que veulent nos concitoyens c’est du concret : des emplois, du pouvoir d’achat, des services de santé de qualité, de bonnes études pour leurs enfants.

Il est nécessaire, il est urgent, d’enclencher « une révolution écologique douce » selon les termes de Bruno Sido le rapporteur au Sénat du projet de loi de programme relatif à la mise en œuvre du Grenelle de l’Environnement.

Aussi le groupe des élus Verts de la Ville d’Auxerre soumet au débat une série de propositions qui articule à la fois le local et le national, l’économique et l’écologique.

 5 - Isoler les bâtiments

Proposition 1 :

rénover le bâti ancien pour l’isoler et le mettre aux normes du Grenelle de l’Environnement. Je rappelle que 25 % des gaz à effet de serre sont produits par le chauffage des bâtiments mal isolés. En France plusieurs millions de logements, de bureaux et de bâtiments industriels sont concernés.

Cette rénovation créerait des centaines de milliers d’emplois pour au moins une vingtaine d’années. Remarquons que ces emplois ne sont pas délocalisables.

Dans l’Yonne nous manquons d’entreprises sachant construire des bâtiments utilisant les énergies renouvelables. Pour cela il faut aider la création d’entreprises innovantes et créer de nouvelles filières pour les étudiants.

Nous proposons la création d’un quatrième département à l’IUT consacré à l’ingénierie de la construction HQE et des énergies renouvelables. Nous proposons de mettre en place un pôle de formation aux métiers de l’environnement et de l’énergie en liaison avec la création de la Maison du développement durable (ex-Maison de l’eau). Une étude de thermographie aérienne permettrait à chaque propriétaire, qu’il soit individuel, bailleur social ou industriel de savoir où en est son bâti par rapport aux déperditions d’énergie.

 6 - Développer les modes de transports alternatifs

Proposition 2 : mener une politique volontariste pour les transports en commun. Le trafic des voitures et des camions est responsable de 50% des émissions d’oxydes d’azote et de monoxyde de carbone en France. Ces gaz contribuent au changement climatique de manière très accélérée. Ils sont aussi nocifs pour la santé.

Il faut revitaliser les lignes de chemin de fer locales, électrifier les lignes qui ne le sont pas encore comme la ligne Auxerre-Migennes, développer le fret par rail et par voie d’eau, créer des plates-formes d’échange pour le ferroutage (c’est à dire pour monter les camions ou les remorques de camions sur les wagons), développer des lignes de bus dans les villes et dans un rayon de 20 km autour des villes comme Auxerre pour transporter les pendulaires (les personnes qui font les trajets domicile-travail tous les jours), créer de nouvelles navettes entre des parkings relais et les centres villes... toutes ces réalisations créeraient à la fois des milliers d’emplois dans l’industrie pour fabriquer les matériels roulants et des milliers d’emplois non-délocalisables pour les faire rouler.

 7 - Des services publics de qualité

Proposition 3 : développer les services publics au service de la population. Plutôt que de fermer des bureaux de poste, de supprimer des emplois de professeurs et de fermer des lits dans les hôpitaux, développons les services publics de proximité. La population a besoin de services publics proches, d’une école de qualité et d’un service de santé performant.

Arrêtons de considérer ces services comme des coûts et voyons ce qu’ils sont réellement : des investissements. Chaque emploi dans ces secteurs c’est, certes, un salaire mais c’est aussi un chômeur en moins et un consommateur en plus ; ce sont des cotisations qui rentrent dans les caisses de la Sécurité sociale.

 8 - C’est ici que cela se passe


Proposition 4 :
relocaliser l’économie. Je prendrai l’exemple de deux entreprises emblématiques de notre région : Amora-Maille et Paul-Renard. Voilà deux entreprises qui vont disparaître si on ne fait rien.

Pourtant le potentiel pour une poursuite d’exploitation existe : personnel qualifié et outil industriel intact. Nous proposons que ces deux entreprises soient relancées.

 9 - Sauver Amora-Maille

L’une, Amora-Maille, spécialisée dans la mise en bocaux de cornichons, pourrait élargir sa palette à d’autres produits alimentaires comme les haricots verts, les haricots en grain, les petits pois, les carottes, le maïs, etc. Mais si on ne veut pas retomber dans la problématique de la concurrence internationale sur les produits basiques il faut faire le choix de la qualité, notamment celui des produits biologiques. Il serait intéressant que la plus grande partie des produits mis en bocaux proviennent de l’agriculture de l’Yonne.

Il faut créer des synergies fortes entre les producteurs locaux, les transformateurs locaux et les consommateurs locaux. Il faut aussi créer un label « Yonne » ou « Bourgogne » pour identifier la production aux yeux des consommateurs. Il faut en appeler aux consommateurs en leur expliquant que leur geste d’achat est un geste vertueux : non seulement ils soutiennent l’emploi de leur région mais ils consomment des produits qui ont fait peu de route et ont dépensé peu de gaz à effet de serre.

Il faut créer dans le grand public l’effet créé par les AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne), c’est à dire un bel esprit de solidarité. La production de produits bio étant insuffisante en France (on importe la moitié de ce qui est consommé) la revitalisation de l’usine d’Appoigny, tourné vers la qualité et le bio donnerait un coup de fouet au développement de l’agriculture biologique dans l’Yonne. Je rappelle que les produits bio sont exempts de produits chimiques et sont bons pour la santé. Nous proposons que des aides publiques soient attribuées pour la reconversion de terres en agriculture biologique. Il y a peu de temps on cultivait les cornichons à Fleury la Vallée, à Guerchy, à Branches, à Appoigny, à Charbuy, à Bleury, à Aillant...

Nous proposons que ces communes mettent à disposition des terrains pour relancer cette culture ainsi que celle d’autres légumes conditionnables en bocaux. Certaines de ces terres pourraient être confiées à des associations d’insertion.

Les Jardins de la Croisière à Sens, Graines de Solidarité à Cheny, Les Jardins du cœur à Auxerre, montrent que c’est possible et efficace. Je rappelle que nous avons proposé que des produits bio locaux soient introduits dans les cantines scolaires. Nous avons besoin dans l’Yonne d’un véritable pôle de développement de l’agriculture biologique. Les consommateurs se trouvent dans les villes. Il faut donc favoriser et valoriser une agriculture périurbaine bio : du maraîchage et des systèmes de circuits courts (pour la restauration scolaire notamment).

Pour relancer l’usine d’Appoigny il faut des capitaux. Ces capitaux peuvent venir de l’initiative privée. On peut aussi envisager une société d’économie mixte (capitaux privés et capitaux publics), les capitaux publics venant de l’Etat au titre de la relance, mais aussi de la Région et du Département. Une autre solution serait le montage d’une SCOP (Société coopérative ouvrière de production) aidée, à ses débuts, par les pouvoirs publics. Dans ce cas se sont les employés qui sont propriétaires de leur entreprise et maîtres de leur destin : ils produisent, ils vendent, ils se paient.

 10 - Relancer Paul-Renard

L’autre exemple est celui de la fromagerie Paul-Renard à Flogny-la-Chapelle. Là aussi nous proposons que le savoir-faire des employés et les installations ne soient pas bradés. La démonstration qu’une fromagerie locale est viable doit être faite.

En s’appuyant sur les producteurs de lait locaux, en encourageant la production de lait biologique, en produisant des fromages et du lait en bouteille de qualité, en créant un label « Fromages de l’Yonne », en mobilisant les consommateurs locaux, les syndicats agricoles, les élus, en investissant des capitaux publics et privés, en montant une Société anonyme ou une SCOP, on doit sauver les emplois et arriver à produire et consommer local.

 11 - Une plate-forme de tri pour nos déchets

Dans la nécessité des emplois à créer d’urgence je n’aurais garde d’oublier qu’il nous faut une plate forme de tri pour nos déchets ménagers. Une plate-forme de tri, c’est au minimum 30 emplois. Le site de Fulmen dépollué pourrait recevoir la création d’un pôle industriel de traitement des déchets en liaison avec le schéma global de gestion adopté par la CA : centre de tri, méthanisation des déchets fermentescibles, recyclerie, centre de recyclage pour déchets électroniques. Cette option a reçu hier soir le soutien de plusieurs élus de la CA.

 12 - C’est un choix de société


Conclusion :
les deux exemples que je viens de développer, celui d’Amora-Maille et celui de Paul Renard, sont l’illustration d’une méthode et d’un choix de société. Nous croyons fermement que la crise actuelle, tant économique qu’écologique, est l’occasion historique de changer profondément nos fonctionnements et nos habitudes.

En investissant dans des productions vertueuses, l’isolation des bâtiments, le développement des transports en commun, la production d’énergies propres, le développement de services publics de qualité, le recyclage des déchets, en relocalisant l’économie, en mobilisant les citoyens et les consommateurs (que nous préférons appeler « consommacteurs »), nous pouvons sortir de cette double crise par le haut.

Nos propositions sont sérieuses : le journal Alternatives Economiques rend compte d’une étude chiffrant à 268 000 emplois créés le chantier de l’efficacité énergétique des bâtiments, à 297 000 emplois le développement des transports en commun, à 316 000 emplois le développement des énergies renouvelables. Au total ces trois secteurs peuvent créer 881 000 emplois. Nous sommes donc, envers et contre tout, optimistes.

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