Yonne Lautre

« Pour une pédagogie du boycott » par André Larivière

jeudi 15 octobre 2009 par Larivière André

Le boycott constitue une arme tellement puissante qu’elle a rarement été sérieusement essayée (excepté jusqu’à un certain point - et avec succès - face à l’Afrique du Sud pour cause d’Apartheid).

Une arme tellement puissante qu’elle effraye même les militants.

Le principe en est tout simple : Ce qui ne me convient pas (car en contradiction avec mes valeurs et ma vision du monde), je m’en passe ; et je le fais savoir.
En nos démocraties de « consommation », l’un des derniers pouvoirs qu’il nous reste,

C’est bien celui qui réside dans le creux de sa poche (ou de son porte-monnaie).

On peut supposer qu’un boycott nominal lancé au même moment par tous les altermondialistes sur terre contre l’une des grandes marques du Big Brother qui nivelle la planète ferait facilement vaciller ces géants du néant.

Mais cela présuppose que l’on commence par soi-même ; et pour cela, que l’on sache déjà décoincer son propre affectif. Briser le lien de l’habitude plaisante (même si malsaine) qui nous relie à l’objet litigieux. En fait, un litige face à notre propre conscience.

Commencer par les premiers petits pas. Ce sont les premiers boycotts qui sont les plus difficiles. Ensuite, on les enfile comme des perles sur un collier.

Boycotter, c’est un peu comme d’arriver à la décision d’arrêter de fumer.
Bien voir et comprendre la chaîne des conditionnements et asservissements proposés par une société pétrie de mauvaises habitudes qui s’érigent en système ; et auxquels nous avons adhéré sans trop s’en rendre compte.

Se convaincre clairement que les avantages du boycott valent amplement l’effort de rupture
où on devra consoler un affectif momentanément frustré. Affectif qui finalement se libère aussi en devenant plus malléable et adaptable ; et qui donc, moins facilement, s’érige dans notre vie en petit dictateur qui lance des ultimatums et nous encarcane.

Si cela ne me convient pas que la divine boisson brune envahisse les moindres recoins de la planète, m’en passer absolument et le faire savoir à haute voix.

Si je souffre trop des médias au-delà d’un certain niveau de connerie (comme le Mondial ou la mort de telle star), savoir se sevrer soi-même en s’abstenant de tout média pour un temps. Lors des derniers râles d’agonie de Jean-Paul II, devinant trop bien la suite, je fis cette décision. Une semaine et demi plus tard, je rencontre des copains qui me disent : « On n’en peut plus de Jean-Paul ! » « Mais moi, leur réponds-je, je n’ai aucun problème avec Jean-Paul. Et imaginez qu’on serait des millions à boycotter publiquement ensemble tous les médias du pays, ceux-ci s’inquièteraient sérieusement et changeraient vite leur programmation ».

Mais les gens, souvent victimes complices de leurs bourreaux, préfèrent subir et se plaindre ; plutôt que de s’abstenir et faire d’autres choix, faisant preuve par là de notre sens critique efficace et de notre volonté effective d’autonomie.

Si je n’aime pas les vibrations et la vision du monde qu’imposent les supermarchés, étudier en détails comment cesser d’y entrer ; et agir en conséquence. Il y a la Bio-Coop, l’AMAP , le marché des producteurs encore en partie locaux, la petite épicerie qui subsiste malgré tout, la droguerie du coin. Bien sûr, c’est un choix de vie car cela prend un peu plus de temps et de sous. Ce n’est que le prix d’une certaine qualité de vie.

Personnellement, j’entre encore au maximum quelques fois par année dans un super-marché ; mais jamais en décembre. Car, pour tout vous dire, les bouchons de caddies pleins à craquer et la fièvre exacerbée de consommation d’avant « fêtes » me donnent envie de vomir.

Je vais plutôt à l’épicerie du village. Et je suis tout seul dans ce magasin à la mi-décembre ! Et si j’en ai envie, je peux causer dix minutes avec la caissière.
Cette épicerie que bientôt tous les hypocrites qui vont sans arrêt au supermarché vont enterrer avec des larmes de crocodiles : « Si c’est pas triste ! nos villages sont en train de mourir avec tous ces commerces qui ferment ».

Ne nous laissons pas dicter notre conduite par les nombreux prédateurs enragés d’argent et de pouvoir qui se foutent complètement des gens et de la planète.

Le non-boycott, à la fois individuel et collectif, est une sorte de lâcheté universelle, une sorte d’adaptation et résignation excessive et grégaire à un méga-système inacceptable ; où nos crispations et dépendances affectives nous obligent à soutenir ce que, par ailleurs, notre logique et notre sens éthique (et même esthétique) refusent.

Cumulons donc sans retenue les boycotts (qui auront le premier mérite de nous changer nous-mêmes tout en affaiblissant l’adversaire) ; faisons-le savoir (sans harceler) ; et surtout, remplaçons par ce qui fait sens, lien positif et éthique.

« Avance et tu seras libre ! « Haddad, quatrième siècle.

André Larivière,

Haute-Loire


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