Yonne Lautre

« Joigny : une autre ville est possible... » par Patrick Picard

vendredi 25 septembre 2009 par Picard Patrick

Quand j’étais petit (je vous parle de ça dans les années Mitterrand…), je travaillais à Joigny. Et M. Auberger régnait sans partage. Invisible, mais omnipotent. De ceux qui pouvaient refuser que leurs quartiers les plus pauvres soient classés ZEP par l’Education Nationale, des fois que ça fasse pauvre. Joigny, ville de la Géographie Militaire, des monuments classés, un grand restaurant et des chuchotements.
Les candidats de gauche, à chaque élection locale, étaient comme des victimes sacrificielles envoyées là pour témoigner. Quelques militants historiques, assis sur une réputation de résistants, assuraient le minimum, et peinaient à convaincre les plus jeunes qu’une alternative était possible.
A l’époque, on avait une explication simple : ville de vieux, ville de bourgeois, classes populaires résignées ou absentes. C’était simple et on pouvait se rendormir tranquille.

Et c’est à l’heure où la gauche se déchire, où elle est inaudible, sans dessein ni stratégie, que le coup de tonnerre éclate, sous les sourires incrédules de ceux qui, pour la seconde fois, ont mouillé le maillot et défié les évidences. Des enseignants, des artisans, des associatifs, des jeunes, des historiques, des employés, des médiatiques, des travailleurs, des charismatiques, des pourquoi-pas…

Ils ont mené une campagne sur leurs valeurs, fait connaître leur programme sans répondre aux calomnies de ceux de leurs adversaires qui n’avaient que leur hargne contre les « socialo-communistes ». Ils n’ont pas passé des nuits à monter d’improbables stratégies avec les Modemistes, ils se sont gardés de donner trop de leçons type gauche radicale. Ils ont parlé avec les gens, affiché une posture modeste et résolue, s’appuyant sur une petite année de mandat où ils avaient commencé à tracer leur route, malgré la crise, les coups de Trafalgar de la délocalisation industrielle ou militaire.

Avec deux tiers des votants, et un taux de participation plus que significatif pour une élection partielle, le scrutin est limpide. Les Joviniens ont validé la liste qui leur a semblé crédible. Même s’ils votent plus souvent Sarkozy ou De Raincourt. Preuve que l’électeur n’est pas un âne, quoiqu’en disent les désabusés.

« Ca y est , Joigny est à nous » s’écriaient dimanche soir deux copines dans leur vieille Clio bringuebalante. A nous ? Il faudra sans doute garder la tête froide et le triomphe modeste dans les semaines à venir. L’avenir n’est pas un tapis de rose dans la petite ville, confrontée elle aussi à la précarité ou au chômage. En tout cas, les nouveaux (ré)élus nous montrent la force et l’audace de ce message simple : vous aussi, vous avez votre grain de sel à mettre dans l’Agora, parce que c’est le lien social qui permet de faire réseau et de construire un avenir. Pas juste la lutte des places et des nombrils.

Alors que chaque jour nous fait craindre que, comme dit Marcel Gauchet, la démocratie joue contre elle-même et que les citoyens se soient définitivement transformés en consommateurs auto-centrés, ce dimanche soir jovinien est une éclaircie formidable. Et sans doute un modèle à imiter à tous les échelons. Dire ce qu’on veut, et le faire, autant qu’on peut.
Résister, c’est créer, mais c’est avant tout penser ensemble. Surtout quand on n’est pas tous semblables, ce qui est assez fréquent, finalement.


Patrick Picard


Dans une autre style, mais c’est sur les grandes ondes... France Inter, mardi, la chronique de Legrand

mardi 22 septembre 2009

Nouvelle gouvernance à Joigny

Dans votre édito ce matin : l’élection municipale de dimanche dernier à Joigny, dans l’Yonne !?

Oui, à priori c’est un événement politique local mais, en réalité ce qui s’est passé à Joigny est assez symptomatique. Bernard Moraine, directeur d’une radio associative, bon vivant et populaire, qui n’est encarté dans aucun parti et qui n’avait jamais vraiment fait de politique vient de remporter les élections au premier tour à la tête d’une liste divers gauche. Petit retour en arrière. Joigny est une ville conservatrice. A la dernière élection présidentielle Nicolas Sarkozy avait fait prés de 60%. Depuis des décennies le RPR, puis l’UMP régnait sur cette ville de 11.000 habitants en pleine Bourgogne plutôt cossue. Et puis, lors des élections municipales de l’année dernière, au second tour, les trois listes encore en lice ont réalisé un score de funambule, comme une pièce qui tomberait sur la tranche…31, 31, 31. Mais les deux listes UMP et divers droite étaient quand même distancée de 2 voix et 22 voix par la liste de Bernard Moraine. Donc grâce à 2 voix la gauche remportait l’élection et s’installait à la Mairie. Ce fut une surprise totale. Le nouveau maire avait accepté de conduire une liste parce qu’il fallait bien que le créneau de la gauche soit occupé. Et puis en juillet dernier, aux vues du très faible écart le Conseil d’Etat a invalidé l’élection. Donc la nouvelle élection a eu lieu dimanche et cette fois ci la pièce est retombée bien à plat…de 31% l’année dernière Bernard Moraine est passé cette fois au premier tour avec 65% !

Ce Bernard Moraine est très fort !!!!!!!

Sans doute, ne lui enlevons pas ça mais il y a dans ces deux victoires des enseignements à tirer sur l’évolution d’une certaine gouvernance réclamée par la population. Deux victoires en 16 mois contre deux formes classiques et assez conventionnelles de la politique professionnelle. La première fois contre un notable installé et sortant, Philippe Auberger, polytechnicien, énarque, gaulliste et cumulard. Un homme avec les relais les plus puissants à Paris, membre du conseil de politique monétaire à la banque de France, ancien député et vice président du conseil général. Le parfait costard gris à Rosette intimidant et respectable. Un monument local. Deuxième victoire dimanche contre une jeune conseillère régionale UMP qui a fait une campagne avec un luxe de com’, de T-shirt, de slogans peaufinés. Une campagne de pro ! Le notable, puis la candidate new look, deux conceptions, classiques ou sensément modernes…contre…ben contre pas de conception du tout. Contre un groupe de citoyens élus d’abord presque par hasard. Pendant 16 mois Bernard Moraine était simplement maire à plein temps avec son indemnité d’un peu plus de 2000 euros par mois pour 60 heures par semaine. Tous les autres adjoints, sauf un retraité ont gardé leur emploi et travaillent pour la mairie 105 jours par trimestre. Les 105 jours libérés exigés par la loi à l’employeur d’un adjoint. Ils touchent une indemnité de 890 euros comme des dizaines de milliers d’élus locaux à travers la France. Mais à Joigny aucun adjoint n’est, en même temps conseiller régional ou conseiller général. Chaque élu est disponible et a le temps de rencontrer la population de cette ville touchée par la crise et qui va perdre une installation militaire. Le résultat est là. Une ville qui vote à 60% pour un camp au niveau national vote à 65% pour l’autre camp au niveau local. La gouvernance modeste, la proximité, le non cumul…sont des valeurs qui reviennent en force. Joigny et Bernard Moraine sont l’illustration, au niveau local de ce que nous décrivions hier… « Le retour de l’aspiration à remettre l’homme au cœur de la politique » proclamé par tous les grands leaders de tous les grands partis. Ils devraient tous aller faire un tour à Joigny voire Bernard Moraine. Ça leur coutera moins cher que de commander des études d’opinion et de consulter des communicants branchés.

Le reportage de l’Yonne Républicaine

Joigne : reportage de l’Yonne Républicaine
envoyé par ppicard3. - L’actualité du moment en vidéo.


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