Yonne Lautre

« L’ADN génétiquement modifié passe effectivement entre les espèces vivantes. La résistance aux antibiotiques n’est pas le seul risque » par le Dr. Mae-Wan Ho

Traduction, définitions & compléments de Jacques Hallard
mardi 22 juin 2010 par Hallard Jacques, Ho Mae-Wan Dr

ISIS OGM Santé
GM DNA Does Jump Species - Antibiotic Resistance not the Only Risk
Le Dr. Mae-Wan Ho corrige certaines idées fausses sur les risques de transfert horizontal de gènes à partir d’OGM et elle appelle à une révision urgente.

Ce rapport a été transmis à l’EFSA, l’organisme d’évaluation des risques pour l’alimentation et la sécurité des aliments de l’Union européenne. S’il vous plaît diffuser le largement, en gardant les liens intacts

  Est-il « improbable » que les gènes de résistance aux antibiotiques des plantes génétiquement modifiées, puissent être transférés à des bactéries ?

L’absorption et l’intégration de l’ADN dans le génome des cellules, par le mécanisme de transfert horizontal de gènes - ont été examinées par l’ European Food Safety Authority (EFSA), l’organisme d’évaluation des risques pour l’alimentation et la sécurité des aliments de l’Union européenne, en ce qui concerne la sécurité des gènes marqueurs de résistance aux antibiotiques qui sont présents dans les organismes génétiquement modifiés (OGM) cultivés commercialement ou qui vont être mis sur le marché . L’EFSA n’est pas parvenue à un avis unanime. La Déclaration publiée [1] a reconnu les incertitudes scientifiques, mais affirme qu’il est « improbable » que les gènes de résistance aux antibiotiques dans les planres OGM présentent un risque pour la santé et pour l’environnement.

Toutefois, deux scientifiques de haut niveau du comité de l’EFSA travaillant sur le danger biologique, qui ont effectué l’évaluation en collaboration avec le groupe OGM/GMO, n’étaient pas d’accord avec la conclusion et ils ont émis un avis minoritaire qui est inclus dans une annexe à la communication. La question clé est la probabilité que les gènes de résistance aux antibiotiques pourraient être transférés des plantes vers les bactéries. Les deux scientifiques ont déclaré que les effets négatifs ne peuvent pas être évalués, et que la probabilité de transfert de gènes des plantes aux bactéries varie grandement « de peu probable à une très forte probabilité ».

L’EFSA avait déjà donné un avis positif à la société allemande de produits chimiques BASF, pour une pomme de terre génétiquement modifiée qui a un gène marqueur de résistance aux antibiotiques, mais il avait été demandé, par la Commission européenne, de réexaminer les risques de résistance aux antibiotiques, après avoir constaté une lacune persistante concernant des problèmes juridiques et des questions de santé publique [2].

Une législation européenne de 2001 exige que des gènes de résistance aux antibiotiques, qui peuvent avoir des effets néfastes sur la santé humaine et sur l’environnement, soient éliminés d’ici la fin de 2004, tandis que la World Health Organisation, l’Organisation Mondiale de la Santé estime que les antibiotiques, risquant d’être inactivés par le gène de résistance dans la pomme de terre génétiquement modifiée, sont indispensables au traitement de infections graves comme la tuberculose.

Malgré les incertitudes scientifiques, la Commission européenne a délivré l’autorisation de la pomme de terre OGM ‘Amflora’ en Mars 2010, juste à temps pour la saison de plantation des pommes de terre [3] ; cette autorisation vient d’être accordée 13 ans après la première demande d’autorisation formulée par la société BASF pour une mise en culture commerciale dans l’Union Européenne.

  L’importance de la kanamycine / néomycine

Le gène nptII contenu dans la pomme de terre génétiquement modifiée de BASF, code pour la résistance aux antibiotiques kanamycine et néomycine. L’OMS considère la kanamycine et la néomycine comme des médicaments vitaux dans le traitement des maladies graves causées par des agents pathogènes présentant une résistance à de nombreux médicaments comme la tuberculose, alors que ces pathiogènes ne sont pas encore résistants à ces antibiotiques. Si le gène nptII était largement répandu, la ‘deuxième llgne de défense’, que constituent la kanamycine et la néomycine contre les infections mortelles, serait annihilée.

Une des justifications principales pour l’utilisation continue de certains gènes marqueurs de résistance aux antibiotiques dans les OGM est que les gènes sont déjà monnaie courante dans l’environnement. Par exemple, le gène bla codant pour l’enzyme bêta-lactamase, qui est présent dans un grand nombre d’OGM cultivés commercialement, semble être largement diffusé : il survient à des degrés divers dans les champs, qu’ils aient ou non été mis en culture avec des plantes OGM, même dans les prairies qui n’ont pas été perturbées par les pratiques agricoles [1].
Toutefois, ceci n’est pas vrai pour le gène nptII. Bien que ce gène soit assez abondant et fonctionnel dans le fumier, dans des eaux usées et dans des échantillons d’eau, et à la fois dans les hôpitaux et hors de ceux-ci, il s’est montré rare dans les sols, où le potentiel de transfert horizontal de gènes, à partir de plantes OGM, est le plus grand.

En outre, les animaux et les êtres humains qui consomment du matériel végétal génétiquement modifié contenant le gène nptII, pourraient aussi acquérir le gène à partir de micro-organismes résidant dans le tractus gastro-intestinal, qui est connu pour être un lieu névralgique pour le transfert horizontal de gènes. Ce serait compromettre gravement leurs chances de survivre à une infection par un agent pathogène multirésistant.

  L’ADN peut-il être transféré de la plante vers des bactéries ?

Alors, existe-t-il des preuves que des gènes peuvent être transférés à partir des plantes vers des bactéries ?
Oui : beaucoup de preuves ont été obtenues en laboratoire, pour tous les types de transgènes, comme cela est indiqué par l’EFSA [1], ainsi que la preuve que l’ADN génétiquement modifié peut persister dans les débris et les résidus au niveau des sols, bien longtemps après que les cultures génétiquement modifiées ont été cultivées.

Mais l’EFSA insiste pour dire que le transfert horizontal de gènes ne peut être démontré dans des « conditions optimisées » dans le laboratoire, et qu’il n’y a aucune preuve qu’il puisse se produire dans les champs. Cela n’est strictement pas vrai.

La preuve circonstancielle du transfert horizontal d’ADN génétiquement modifié, à partir de plantes et vers des bactéries, provient de la toute première étude de suivi sur le terrain qui avait été effectuée sur des betteraves à sucre OGM [4] (Horizontal Gene Transfer Happens, ISIS News 5) [5].
Il est notoirement difficile de détecter le transfert horizontal d’ADN végétal vers les bactéries résidant dans le sol, car plus de 90 pour cent de ces espèces de bactéries ne peuvent pas être cultivées [in vitro], et le sol est un milieu très complexe, spatialement structuré.

Nous avons examiné le transfert horizontal de gènes à partir d’OGM à de nombreuses reprises comme éléments de preuve et, depuis lors, les preuves ont continué à s’accumuler, en dépit d’un manque de recherches qui auraient dues être consacrées à ce sujet.

Dans l’examen le plus récent (Horizontal Gene Transfer from GMOs Does Happen, SiS 38), [Version en français intitulée « Le transfert génétique horizontal se produit bel et bien à partir des OGM » par le Dr Mae-Wan Ho et le Professeur Joe Cummins, traduction de Jacques Hallard
nous avons attiré l’attention sur l’unique essai de toxicologie alimentaire chez des volontaires humains [6] impliquant un seul repas avec du soja OGM contenant environ 3 x 1012 exemplaires du génome de ce soja. Les chercheurs ont constaté que le transgène complet EPSPS de 2.266 paires de bases, pour la tolérance au glyphosate, a été retrouvé dans le sac de colostomie chez six des sept sujets ayant subi une iléostomie, quoique à des niveaux très variables, allant de 1011 exemplaires (soit 3,7 pour cent) chez un sujet à 105 copies chez un autre.

Ceci est une indication forte que l’ADN n’est pas rapidement dégradé dans le tractus gastro-intestinal, et confirme les résultats antérieurs du même groupe de recherche. Significativement, chez trois des sept sujets, environ 1 à 3, par million de bactéries cultivées à partir du contenu de la poche de colostomie, ont été positifs pour le transgène de soja OGM, ce qui indique que le transfert horizontal d’ADN transgénique avait eu lieu à partir de plantes vers des bactéries dans l’intestin. Cela a pu se produire, soit avant l’expérience, comme l’ont prétendu les chercheurs, ou bien comme le résultat d’une unique prise alimentaire de farine de soja OGM, une possibilité qui ne peut pas être exclue.

Fait également significatif, aucune bactérie ayant absorbé l’ADN de soja non transgénique n’a été trouvée, ce qui suggère que l’ADN transgénique peut être transféré avec plus de succès comme je l’ai souligné à maintes reprises.
La raison en est que l’ADN transgénique est conçu pour sauter, pour se déplacer sur les génomes, une caractéristique qui le rend aussi plus susceptible de sauter de nouveau par la suite et de s’insérer dans un autre endroit dans le même génome en entraînant un réarrangement, ou bien encore de produire un transfert horizontal dans le génome ou dans une autre cellule. C’est une cause majeure de l’instabilité génétique des OGM (voir [7] Transgenic Lines Unstable hence Illegal and Ineligible for Protection, SiS 38) (Version en français intitulée « OGM Les lignées transgéniques étant instables, elles sont donc illégales et non recevables pour leur protection » par le Dr.Mae-Wan Ho, traduction de Jacques Hallard

 Le tractus gastro-intestinal est un endroit stratégique, un ‘point chaud’, pour le transfert horizontal de gènes

Le transfert de l’ADN transgénique qui a été démontré dans un seul essai sur des êtres humains, n’est que la pointe de l’iceberg ; il montre avec quelle facilité l’ADN transgénique, y compris les gènes de résistance aux antibiotiques, permet des transferts à des bactéries, en particulier dans le tractus gastro-intestinal. Ce dernier est ‘un point chaud’ pour le transfert horizontal de gènes comme des mises au point successives l’ont bien précisé [8] [9]

Le transfert de gènes à partir d’un probiotique génétiquement modifié dans le tractus gastro-intestinal aviaire est beaucoup plus fréquent que les taux observés par des cultures sur une boîte de Petr [10], essentiellement parce que ce transfert dépend de la bactérie qui est capable de croître dans la culture en même temps.

En outre, les bactéries anaérobies représentent 99 pour cent de la flore intestinale humaine, et elles ne seraient pas en état de croître dans une culture ordinaire. Les organismes présents dans le tractus gastro-intestinal sont considérés comme des réservoirs de la résistance aux antibiotiques et des gènes de virulence. Des études utilisant une simulation de l’iléon de l’intestin de porc ont fourni des preuves claires selon lesquelles la résistance aux antibiotiques peut être transmise entre les résidents et les membres de la famille des Enterobacteriaceae pathogènes, en passant par le tube digestif [11], et par voie de conséquence, les transferts pourraient également avoir lieu à partir de l’agent pathogène pour les organismes résidents.

Le transfert de gènes dans le côlon a été trouvé dans des espèces de bactéroïdes. Souvent, l’environnement de l’intestin est exposé à de faibles concentrations d’antibiotiques utilisés comme agents thérapeutiques, facteurs de croissance, ou sous forme de contaminants dans les denrées alimentaires. Il a éré démontré que les antibiotiques peuvent stimuler le transfert d’éléments génétiques mobiles [voir à la rubrique ‘Transposons’ dans les ‘Définitions & Compléments’ annexés in fine] tels que les transposons conjugatifs (des gènes sauteurs impliqués dans la conjugaison, un processus par lequel les bactéries échangent des gènes par contact cellulaire) et vers des génomes de virus bactériens.

Le tractus gastro-intestinal de souris a permis à un phage (virus des bactéries), codant pour une toxine Shiga 1 (Stx1), la transmission entre deux souches de E. coli et la production de virions infectieux capables d’infecter encore d’autres souches de E. coli dans l’intestin.

Le rumen est le premier ‘estomac’ des bovins, des ovins et des caprins, chez lesquels les matières végétales riches en fibres sont digérées par un ensemble de micro-organismes, aussi bien des procaryotes et que des eucaryotes : le rumen fournit une excellente opportunité pour le transfert horizontal de gènes [9].

Le transfert de la résistance aux antibiotiques dans le rumen a été explicité chez les moutons dans les années 1970 et, depuis lors, la preuve indirecte s’est confortée en faveur des événements de transfert au niveau du rumen, par l’intermédiaire des protozoaires qui vivent dans la panse et qui y jouent un rôle important en facilitant le transfert de gènes entre les bactéries vivant dans le rumen [12] .

Nous avons signalé antérieurement un fait important dans une publication de l’ISIS [13].
The Case for A GM-Free Sustainable World [11] (Independent Science Panel Report, ISIS publication) : la façon dont l’ADN survit pendant une période de temps considérable dans la salive et comment il a été en mesure de se trouver transféré à la bactérie Streptococcus gordonii, un hôte habituel de la bouche ; ainsi le transfert horizontal de gènes est susceptible de se manifester dès l’entrée dans la bouche [14].

D’autant plus qu’il a été rappporté que des aliments tels que du lait traité par une chaleur élevée, de la boisson au cacao et du jus de tomate, sont capables de supporter le transfert horizontal de gènes lorsque de l’ADN extérieur a été ajouté à des souches bactériennes [9]. Les fréquences les plus élevées de transformation de E. coli se sont produites dans le lait, dans la boisson de soya, dans le jus de tomate et d’orange, et l’ADN a été libéré et réintégré par E. coli dans les conditions de transformation industrielle des aliments.

Par ailleurs, les biofilms sont des matrices biologiquement actives, constituées de cellules de microorganismes et de substrats extracellulaires ; ils sont devenus un enjeu important en matière d’hygiène alimentaire. Les biofilms sont formés sur toute surface immergée dans un milieu où les bactéries sont présentes et peuvent se former sur les produits alimentaires ou sur les surfaces en contact avec des produits alimentaires, tels que les tuyaux et les joints en caoutchouc.

Il a également été démontré que de nombreux agents pathogènes peuvent persister dans les biofilms. Les bactéries qui y sont présentes offrent une résistance accrue aux agents antimicrobiens et une diminution de la sensibilité à une gamme d’antibiotiques. Les biofilms sont également des ‘points chauds’, des sites sstratégiques pour le transfert horizontal de gènes.

  Une dissimulation inappropriée de l’ampleur réelle du transfert horizontal de gènes

L’incapacité à démontrer le transfert horizontal de gènes dans de nombreuses expériences, citées par l’EFSA et d’autres organismes de réglementation, est due à des méthodes inadéquates qui soit sous-estiment les fréquences, ou soit ne sont pas suffisamment sensibles, voire carrément erronnées.

Des chercheurs de l’Université de Cardiff au Royaume-Uni ont été en mesure de détecter le transfert horizontal d’ADN végétal vers des bactéries, à la fois dans des sols stériles et dans des sols non stériles, jusqu’à une fréquence de 5,5 par 100 milliards de cellules receveuses (5,5 x 10-11) [15].
La rhizosphère (zone entourant les racines dans le sol) est aussi un ‘point chaud’, un hotspot, reconnu pour le transfert horizontal de gènes

C’est par l’utilisation de méthodes de visualisation directe qui restaure la fonction d’un transgène codant pour la biosynthèse d’une protéine fluorescente verte - et sans avoir besoin de cultiver et de sélectionner les transformants avec des antibiotiques -, que les chercheurs de l’Université de Cardiff et leurs collègues, ainsi que d’autres institutions, ont confirmé que les enquêtes basées sur des méthodes de culture [in vitro] sous-estiment les fréquences de transformation [16]

Les chercheurs ont été capables de détecter le transfert d’ADN végétal vers des bactéries sur les surfaces de feuilles intactes ainsi que sur des feuilles endommagées par de la pourriture [17].
Des feuilles attaquées et en voie de décomposation émettent des éléments nutritifs qui favorisent la croissance bactérienne et qui peuvent absorber de l’ADN étranger à son état le plus réceptif (compétent) pour un transfert de gène horizontal, au cours de la croissance bactérienne en phase exponentielle. En particulier, les chercheurs ont identifié des ‘hotspots’ ou ‘points chauds’ « opportunistes » pour le transfert d’ADN végétal vers les bactéries, dans le matériel végétal infecté par des agents pathogènes.

  Une expérience trompeuse citée par l’EFSA et par d’autres organismes de réglementation

Une récente expérience carrément trompeuse qui a échoué pour détecter tout transfert horizontal de gènes dans le tractus gastro-intestinal, a été réalisée par des chercheurs de l’Institut national de l’alimentation à l’Université technique du Danemark [18].

Il s’agit d’infecter des rats « germ-free », dits aussi axéniques, c’est-à-dire élevés sans germes, avec une souche unique de bactéries afin de créer des « rats mono-associés », lesquels sont, d’après les déclarations des chercheurs, le pire scénario possible [pour le transgert horizontal de gènes].

En fait, le modèle expérimental avec des rats « germ-free mono-associés » est si anormal au plan physiologique qu’il ne peut en rien nous renseigner sur le transfert horizontal de gènes dans le tractus gastro-intestinal typique. Les rongeurs « germ-free » élevés sans germes sont en effet anormaux à bien des égards, en particulier au niveau de leur tractus intestinal [19].

Il y a entre 500 et 1.000 espèces de bactéries qui vivent dans l’intestin humain, et plus de 90 pour cent de celles-ci ne peuvent pas être cultivées, en plus d’un certain nombre d’archées, anciennement dénommées archéoobactéries, et de champignons [20], qui interagissent entre eux et avec l’hôte dans un réseau complexe de relations synergiques et antagonistes. Mais il y a aussi d’autres problèmes relatifs à cette étude.

Les chercheurs ont étudié trois bactéries qui vivent normalement dans l’intestin - E. coli, Bacillus subtilis, et Streptococcus gordonii – qui toutes ont été définies comme étant transformées, sur la boîte de Pétri, pour la résistance aux antibiotiques, avec un plasmide portant la résistance au chloramphénicol [16]. Mais aucune transformation n’a pu être détectée pour E. coli lorsque les selles ou le contenu intestinal des rats axéniques ont été ajoutés. Il y avait évidemment un inhibiteur de la transformation présent dans les selles, si ce n’est dans le contenu intestinal, mais cela n’a pas été examiné plus avant.

Pour l’expérience in vivo avec E. coli, ils ont choisi une souche portant un plasmide avec un gène incomplet de résistance à la kanamycine et quatre rats axéniques ont reçu une alimentation quotidienne forcée pendant 17 jours. Entre les 5ème et 7ème jours, trois des rats ont reçu en outre un plasmide portant le gène complet de résistance à la kanamycine, sans promoteur, et également un gène de résistance au chloramphénicol.
À la fin de l’expérience, ils ont vérifié si la souche bactérienne résidente avait intégré le plasmide et donc acquis la résistance au chloramphicol, et également pour vérifier s’il y avait eu une recombinaison avec le plasmide pour rétablir la résistance à la kanamycine. Les résultats ont été négatifs.
Ils n’ont pu trouver aucun transfert horizontal du plasmide ni aucune recombinaison dans les selles, ou dans des prélèvements d’échantillons intestinaux.
Cependant, les densités de bactéries dans les échantillons de cellules étaient très faibles, tout simplement trop faibles pour détecter en tout cas un évènement de transfert horizontal de gènes, étant donné que la limite de détection de leur méthode est de 2,3 par milliard de cellules du receveur.

La transformation in vitro du Bacillus subtilis n’a pas été affectée par l’ajout de 10 pour cent du contenu intestinal. Cependant, les résultats in vivo ont toujours été négatifs, parce que la colonisation des rats axéniques par cette bactérie s’est montrée encore moins couronnée de succès que chez la bactérie E. coli.

De précédentes études publiées ont montré que S. gordonii est capable d’absorber de l’ADN plasmidique et de l’ADN végétal génomique dans des conditions in vitro. Les bactéries n’ont rencontré aucune difficulté pour s’installer chez les rats axéniques, mais elles avaient besoin d’antibiotiques pour maintenir leur plasmide.
Du 7ème au 10ème jour, huit animaux ont reçu 1 mg d’ADN extrait de pomme de terre génétiquement modifiée, correspondant à environ 109 gènes nptII. Sans surprise, aucun transfert horizontal de gènes n’a été détecté dans les selles. A nouveau, la possibilité de la présence d’un inhibiteur de la transformation dans les fèces n’a pas été examinée.

Une caractéristique qui peut apparaître à l’encontre d’un transfert horizontal de gènes à des bactéries est que l’intégration de l’ADN dans les génomes bactériens dépend en grande partie de la similarité des séquences de base (homologie) entre l’ADN étranger et l’ADN du génome hôte.

C’est pourquoi, comme le rapport de l’EFSA le souligne à juste titre, il y a peu de preuves de transfert à partir de la plante vers les bactéries dans l’histoire passée de l’évolution, comme cela a été révélé en comparant les génomes des nombreuses bactéries et plantes qui ont été séquencés à ce jour.

Cependant, comme je l’ai fait remarquer depuis longtemps dans l’ouvrage Living with the Fluid Genome [21] et ailleurs, l’ADN génétiquement modifié contient généralement une mosaïque de séquences, de nombreuses sont homologues à des bactéries et ou à des virus répandus dans l’environnement, ce qui pourrait faciliter le transfert horizontal de gènes vers de nombreuses espèces d’agents pathogènes potentiels.

En outre, contrairement à l’impression donnée, le ‘succès’ du transfert horizontal de gènes de résistance aux antibiotiques n’est pas le seul danger du transfert horizontal d’ADN transgénique, comme nous l’avons souligné à plusieurs reprises [4, 5]. Un autre risque réside dans la création de nouveaux agents pathogènes par le transfert de gènes de virulence, ou tout simplement par la recombinaison des gènes qui causent des maladies (voir [22] Gene Technology and Gene Ecology of Infectious Diseases, publication scientifique de l’ISIS. Mais là ne s’arrêtent pas les connaissances disponibles sur ces sujets.

  Un transfert horizontal de gènes réussi n’est pas le seul risque, ni le risque principal

De nombreux commentateurs, y compris les scientifiques de l’EFSA [1] donnent l’impression que le seul risque de transfert horizontal d’ADN génétiquement modifiée est le transfert et l’établissement de gènes marqueurs de résistance aux antibiotiques.

Ce n’est pas le cas. La raison pour laquelle le transfert horizontal de gènes détectable est si faible, résulte du fait que le processus est très dommageable pour la cellule receveuse. Ainsi, la fréquence de transfert effectif est d’au moins deux à trois ordres de grandeur plus élevée. Ceci peut être mesuré par des expériences de transformation typiques réalisées lors de la fabrication des OGM, où même les succès apparents ne parviennent que tardivement à être établis.

Du point de vue de la prévention des risques biotechnologiques, les événements de transfert de gène horizontal qui ont échoués sont bien plus importants, en particulier pour les êtres humains et les animaux. C’est parce que les génomes d’organismes supérieurs (eucaryotes) intègrent l’ADN beaucoup plus facilement que les génomes des bactéries (procaryotes), et ne dépendent pas de l’homologie (ressemblance) des séquences d’ADN [5].

La plupart des événements d’intégration se traduisent par la mort cellulaire, car l’ADN génétiquement modifié est connu pour perturber les gènes et bousculer les génomes pendant et après le processus de transformation. Certains événements peuvent également conduire à l’activation de virus dormants, dont un grand nombre d’entre eux ont déjà été transférés de façon horizontale [sans sexualité] dans le génome des êtres humains au cours de notre passé évolutif.
Certains de ces évènements ont le potentiel de déclencher un cancer : la « cancérogenèse d’insertion » est un phénomène bien connu. Nous avons déjà examiné cette question en détail et alerté nos organismes chargés de la réglementation et des contrôles il y a déjà une dizaine d’années (voir [23] Naked and Free Nucleic Acids - Unregulated Hazards, ISIS Report).

En outre, nous avons également attiré l’attention sur les risques à partir de composants spécifiques de l’ADN génétiquement modifié, comme dans le cas du promoteur 35S du virus de la mosaïque du chou-fleur (CaMV), qui est largement utilisé dans les plantes transgéniques, et où il figure souvent en plusieurs exemplaires et sous des formes synthétiques renforcées. Ce promoteur fonctionne de façon indistincte, pêle-mêle, dans les espèces, à travers les genres divers des organismes vivants, et y compris chez les êtres humains ; il a d’ailleurs été récemment démontré que ce promoteur 35S-CAMV est capable de promouvoir la réplication de séquences virales qui causent des maladies, y compris le VIH [SIDA] [24]. ]

(New Evidence Links CaMV 35S Promoter to HIV Transcription, SiS 43 and ISIS scientific publication) « De nouvelles preuves relient le Promoteur CaMV 35S [OGM] à la Transcription du VIH [SIDA] » par Dr. Mae-Wan Ho & le professeur Joe Cummins, traduction en français, définitions et compléments de Jacques Hallard.

 Conclusions

La déclaration de l’EFSA selon laquelle il est « improbable » que les gènes de résistance aux antibiotiques présents dans les plantes génétiquement modifiées [OGM] présentent des risques de santé et pour l’environnement, est fondée sur la non-détection des événements de transfert horizontal de gènes dans les champs ; elle n’est pas justifiée, compte tenu des résultats d’études qui sont en désaccord avec les éléments sur lesquels l’EFSA a fondé sa conclusion, et en particulier sur les points suivants :

  • 1. Le transfert de l’ADN génétiquement modifié d’un végétal vers des bactéries a été trouvé à la fois sur le terrain de culture et dans le tractus gastro-intestinal, en dépit de la rareté des travaux de recherche qui ont été dédiés à ce sujet.
  • 2. Le transfert de gènes marqueurs de résistance aux antibiotiques dans le tractus gastro-intestinal est particulièrement pertinent pour la santé humaine et animale.
  • 3. Des recherches récentes basées sur la visualisation directe, non-sélective, des événements de transfert de gènes horizontal, suggèrent que les méthodes précédentes sous-estiment l’ampleur réelle du phénomène de transfert horizontal des gènes.
  • 4. Le gène marqueur nptII de résistance aux antibiotiques n’est pas courant dans l’environnement et sa dissémination par des cultures de plantes OGM peut compromettre gravement l’emploi d’antibiotiques qui sont vitaux pour le traitement d’infections mortelles, lesquelles sont déjà adaptées à plusieurs médicaments maintenant sans effet.
  • 5. L’EFSA a omis de tenir compte des dommages causés par des transferts horizontaux de gènes qui se sont révélés infructueux : ces cas sont au moins cent à mille fois plus élévés que le transfert de gène horizontal couronné de succès, en particulier pour les cellules humaines et animales.
  • 6. L’EFSA a omis de tenir compte des preuves qui indiquent que le transfert de l’ADN génétiquement modifié est plus probable que le transfert horizontal de l’ADN naturel.

L’EFSA doit tenir compte de la totalité des risques du transfert horizontal de gènes, comme une question d’urgence, avant que cette agence ne considère de futures autorisations de dissémination d’OGM, Organismes Génétiquement Modifiés, dans l’environnement

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 Définitions et compléments en français et en anglais

voir PDF à demander à Yonne.lautre@laposte.net (bien spécifier le titre de l’article)

 Traduction en français, définitions et compléments :


Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles
Honoraire - Adresse : 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr
Fichier : ISIS OGM Santé GM DNA Does Jump Species - Antibiotic Resistance not the Only Risk French version.2

[1Statement of EFSA. EFSA-Q-2009-00589 and EFSA-Q-2009-00593. Consolidated presentation of the joint Scientific Opinions of the GMO and BIOHAZ panels on “Use of Antibiotic Resistance Genes as Marker Genes in Genetically Modified Plants” and the Scientific Opinion of the GMO Panel on “Consequences of the Opinion on the Use of Antibiotic Resistance Genes as Marker Genes in Genetically Modified Plants on Previous EFSA Assessments of Individual GM Plants” Prepared by GMO and BIOHAZ Units. The EFSA Journal 2009, 1108, 1-8.

[2“Disagreement in EFSA opinion puts future of B ASF GM potato in doubt”, Greenpeace European Unit Press Release, 11 June 2009, http://www.greenpeace.org/eu-unit/p...

[3“European Commission approves Amflora starch potato”. BASF Corporate Website, accessed 10 May 2010, http://www.basf.com/group/pressrele...

[4Ho MW. Horizontal gene transfer happens. A practical exercise in applying the precautionary principle. i-sis news5, July 2000, http://www.i-sis.org.uk/isisnews/i-...

[5Ho MW. Horizontal gene transfer from GMOs does happen. Science in Society 39, 22-24, 2008.

[6Netherwood T, Martin-Orue SM, O-Donnell AG, Gockling S, Graham J, Mathers JC and Gilbert JH. Assessing the survival of transgenic plant DNA in the human gastrointestinal tract. Nature biotechnology 2004 ; 22 : 204-209

[7Ho MW. Transgenic lines unstable hence illegal and ineligible for protection. Science in Society 39, 28-29, 2008.

[8Netherwood, T., Bowden, R., Harrison, P., O’Donnell, A.G., Parker, D.S., Gilbert, H.J., 1999. Gene transfer in the gastrointestinal tract. Applied and Environmental
Microbiology 65, 5139–5141.

[9Kelly BG, Vespermann A, Bolton DJ Gene transfer events and their occurrence in selected environments. Food Chem Toxicol 2009, 47, 978–83.

[10Netherwood, T., Bowden, R., Harrison, P., O’Donnell, A.G., Parker, D.S., Gilbert, H.J., 1999. Gene transfer in the gastrointestinal tract. Applied and Environmental
Microbiology 65, 5139–5141.

[11Kelly BG, Vespermann A, Bolton DJ Gene transfer events and their occurrence in selected environments. Food Chem Toxicol 2009, 47, 978–83

[12McCuddin, Z., Carlson, S.A., Rasmussen, M.A., Franklin, S.K., 2006. Klebsiella to Salmonella gene transfer within rumen protozoa : implications for antibiotic resistance and rumen defaunation. Veterinary Microbiology 2005, 114, 275–84.

[13Ho MW, Lim LC et al. The Case for a GM-Free Sustainable World, Independent Science Panel Report, ISIS, London, 15 June 2003

[14Mercer DK, Scott KP, Bruce-Johnson WA, Glover LA and Flint HJ. Fate of free DNA and transformation of the oral bacterium Streptococcus gordonii DL by plasmid DNA in human saliva. Applied and Environmental Microbiology 1999, 65, 6-10

[15Simpson DJ, Fry JC, Rogers HJ and Day MJ. Thematic issue on horizontal gene transfer. Transformation of Acinetobacter baylyi in non-sterile soil using recombinant plant nuclear DNA. Environ Biosafety Res 2007, 6, 101-12.

[16Rizzi A, Pontiroli A, Brusetti L, Borin S, Solini C, Abruzzese A, Sacchi GA, Vogel TM, Simonet P, Bazzicalupo M, Nielsen KM, Monier J-M and Daffoncho D. Strategy for in situ detection of natural transformation-based horizontal gene transfer events. Applied and Environmental Microbiology 2008, 74, 1250-4..

[17Pontiroli A, Rizzi A, Simonet P, Daffonchio D, Vogel TM and Monier JM. Visual evidence of horizontal gene transfer between plants and bacteria in the phytosphere of transplastomic tobacco. Appl Environ Microbio 2009, 75, 3314-22.

[18Wicks A and Jacobsen B Bl. Lack of detectable DNA uptake by transformation of selected recipients in monoassociated rats. Wicks and Jacobsen BMC Research Notes 2010, 3, 49.

[19Schaedler RW, Dubos R and Costello R. Association of germfree mice with bacteria isolated from normal mice. 1965, Jem.rupress.org.

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