Yonne Lautre

« La prévention des déchets, c’est aussi l’affaire de tous ... », par Christophe Boudet

mardi 20 juillet 2010 par Boudet Christophe

Selon l ’ADEME, en moyenne chaque Français produit 390 kg de déchets par an ( 380Kg /an/hab en Bourgogne) qui sont majoritairement à incinérer ou mis en décharge (le ratio moyen est supérieur dans l’Yonne à la moyenne régionale, avec 422 kg).

Pourtant environ un tiers de ces déchets sont des fermentescibles, (déchets contenant 90% d’eau). Par ailleurs les quantités livrées en déchetterie (gazon, feuilles, branchages) sont en forte croissance et représentent aussi des coûts et des impacts environnementaux importants.
(L’ensemble de ces déchets s’appellent aussi « biodéchets »)

Pourquoi, alors, incinérer ou enfouir ce type de déchets qui pourraient très bien être valorisés par le compostage ?

Incinérer des déchets plein d’eau perturbe la combustion des incinérateurs et génère de fortes pollutions comme les émanations de dioxine.

Enfouir ces déchets libère des gaz comme le méthane et provoque des lixiviats chargés en matière organique qui finissent dans les nappes phréatiques.

 Le traitement des biodéchets en Bourgogne

Certains plan départementaux d’élimination des déchets prévoient la collecte séparée de ces déchets fermentescibles.
En réalité, et dans les faits, seuls 18% des Bourguignons bénéficient de cette collecte, en y apportant 40 kg par hab/an …

La valorisation des fermentescibles en Bourgogne en collecte sélective, concernerait donc 18% des Bourguignons qui ne génèreraient que 40Kg par an, alors que le potentiel théorique est de 120 kg par an et par habitant pour l’ensemble de la population …

Si l’on ajoute à ces collectes, les volumes de déchets verts apportés dans les déchetteries, et valorisés en plate-forme de compostage, cela ne permet d’afficher qu’un taux moyen de compostage en Bourgogne de 13%.

Il est donc permis au vu de ces données de s’interroger sur la portée des moyens de traitement mis en oeuvre …

Ces prises en charge par les collectivités ont évidement un coût financier : pour les déchets verts livrés à la déchetterie, environ 60 € la tonne, pour les biodéchets collectés, environ 100€/ tonne, les déchets incinérés près de 200 € la tonne, sans oublier les coûts environnementaux liés aux transports, à la pollution de l’eau aux émanations de gaz …

 Reste alors la prévention qui permet de réduire les déchets à la source

Les collectivités sont généralement très actives dans leur communication sur les déchets auprès de leurs habitants.
Cette communication reste cependant très centrée sur le tri des déchets et n’aborde que rarement la prévention des déchets.

Cependant quelques collectivités ont mis en place des opérations de compostage domestique et ont distribué plus de 25 000 composteurs aux particuliers volontaires.

Cela représente 12 % des maisons individuelles potentiellement concernées dans ces communes mais seulement 6% de l’ensemble des maisons individuelles de Bourgogne.

(Selon l ’ADEME, le taux moyen de participation est de l’ordre de 10 % à 15% en France, mais de 20 à 30% en Belgique et en Suisse.)

Parallèlement pas ou très peu d’ actions de prévention sur les établissements collectifs (maisons de retraite, crèches, établissements scolaires…) n’ont été identifiées.
Là encore, nous restons dans la communication sans approche technique pour mettre en œuvre sur l’établissement une politique de prévention de ses déchets.

 Le constat

Que se soit dans le traitement ou dans la prévention, en matière de biodéchets et de déchets verts, les politiques publiques ne sont pas à la hauteur des enjeux .

Sur le plan financier

Le coût des Ordures ménagères résiduelles ((OMR) : (Part des ordures ménagères restant après collectes sélectives.) est estimé par l’ADEME à 150€ /To .
Cette collecte des OMR était de 450 000 To en Bourgogne en 2007, soit plus de 67 millions d’euros à la charge des collectivités.

Sur le plan environnemental

La collecte et le transport des déchets ménagers bourguignons jusqu’à l’unité de traitement représentent représente l’équivalent de 4 % du trafic intérieur régional des marchandises .
Selon l’ADEME, le coût logistique moyen d’une tonne de déchets représente jusqu’à 50 % de son coût d’élimination global.

Le transport des déchets ménagers des Bourguignons s’effectue avec un trajet moyen de 50 km. Et consomme ainsi chaque année l’équivalent de
5 000 tonnes de pétrole et émet 16 000 tonnes de CO 2.
Ces transports engendrent également des nuisances liées au trafic routier (bruit, dégradation des voiries, encombrement etc … ).

Enfin, toute réduction d’apport de biodéchets tant dans l’incinération que dans l’enfouissement, ne peut être qu’un plus environnemental, dans ces modes de traitement de nos déchets.

 Évalution

La première collecte sélective de biodéchets mise en place en Bourgogne date de 1992 à Gueugnon.
Fin 2007 elles desservent 408 communes et moins de 300 000 habitants, ce qui représente seulement 18% de la population bourguignonne.

Le constat est donc une évolution lente, des politiques publiques de gestion des déchets et principalement des biodéchets.
Le plus gros reste à faire, imaginons seulement que 10% des biodéchets aujourd’hui collectés, soient détournés à la source, et traités par les producteurs eux mêmes, que ce soit de façon collective ou individuelle ;
et c’est plus de deux millions d’euros d’économie dans le traitement des déchets au niveau de la région Bourgogne.

N’y a-t-il pas là, de grandes marges de manoeuvre pour mettre en place un grand plan régional de prévention et de formation pour le traitement des biodéchets à la source par le compostage domestique ?

 Propositions

Tout comme nous le faisons avec le verre depuis trente ans, nous devons aussi trier à la source nos biodéchets.

Pour réduire les déchets ménagers résiduels, il faut valoriser les déchets organiques. Ils forment un tiers de la poubelle. Toute action est donc très productive et s’inscrit dans le développement durable si le tri se fait à la source, au domicile des usagers du service des déchets ménagers (ainsi, les déchets fermentescibles ne risquent pas d’être pollués ou souillés par les autres types de déchets, surtout chimiques, ce qui garantit le meilleur compost possible).

Ensuite, ces déchets triés doivent être valorisés en proximité pour réduire les transports et opérer ainsi un traitement avec le meilleur bilan environnemental.

En adoptant cette pratique, c’est aussi notre relation avec notre consommation, nos déchets que nous avions l’habitude de confier avec leurs coûts de traitement à la collectivité, que nous changeons.

 Alors, comment fait on ?

Le compostage semble être un processus destiné au milieu rural où on trouve espace et moyen pour la transformation, et débouché pour le produit fini.
Mais c’est une erreur d’avoir ce préjugé. Les solutions existent aussi bien en habitat vertical qu’en habitat horizontal, à la ville comme à la campagne. Et ces solutions se multiplient pour une implantation en tout lieu.

En voici une présentation non exhaustive.

 Le lombricompostage

Leader de la proximité, le lombricompostage s’effectue dans votre lieu de vie, une véranda ou un balcon. Il s’adapte donc à tous les habitats. Il ne concerne que les déchets de cuisine qui sont transformés par de petits vers rouges. Il a des vertus pédagogiques pour les grands et petits car le processus se déroule sous vos yeux. Il permet de produire un jus pour enrichir le substrat de vos plantes vertes et un compost pour réaliser des jardinières.

Des expériences de compostage collectif en habitat vertical sont aussi menées grâce à ce procédé.

 Le compostage individuel

Le compostage individuel est certainement le plus ancien procédé car il a toujours été pratiqué dans les siècles antérieurs. Il conserve sa forme ancestrale dans le tas qui sert de réceptacle à tous les déchets de cuisine et les déchets végétaux. La qualité de la fermentation varie selon la diversité des apports, le brassage et l’humidité. Ce moyen a été amélioré par l’utilisation du composteur, en bois ou en plastique recyclé, qui permet de mieux contrôler la température et l’humidité tout en limitant l’espace et en procurant une meilleure intégration paysagère..

Cette pratique nécessite un minimum de terrain pour son implantation et convient parfaitement à tous ceux qui possèdent un coin de jardin.
Cependant, réussir son compost ne s’improvise pas, un minimum de formation est souhaitable.

 Le compostage collectif de proximité

Toutes les familles, principalement dans l’habitat vertical, ne disposent pas de l’espace nécessaire ou ne souhaitent pas s’investir dans le compostage individuel.

Le compostage collectif est complémentaire et permet ainsi à tous de détourner les déchets fermentescibles de la poubelle. L’opération préalable de tri demeure mais l’apport est centralisé pour un groupe de taille variable d’usagers. La contrainte réside dans la limitation du temps de dépôt car celui-ci doit être contrôlé, l’avantage est dans l’absence de gestion de la fermentation et de la maturation. L’usager revient en fin de cycle s’il veut se fournir en compost.

Les outils peuvent être identiques à ceux du compostage individuel. Le compostage en tas devient le compostage en andain, dans un espace fermé. Il peut accueillir jusqu’à plusieurs centaines d’usagers et est géré par un maître composteur. Les composteurs de grande capacité, en bois ou en plastique recyclé, trouvent leur place en pied d’immeuble dans l’habitat vertical comme dans les lotissements pavillonnaires.

La nouveauté en matière de compostage collectif de proximité est certainement le pavillon de compostage. Il présente un grand gain d’espace avec un habit de chalet en bois qui le rend attractif.

Ce panorama des solutions de compostage peut certainement être amélioré par des innovations, toujours dans l’objectif de valorisation maximale de la matière organique pour son réemploi dans la fertilisation de la terre. Le large évantail montre déjà les possibilités offertes aux particuliers comme aux élus soucieux de réduire les déchets ménagers.

 C’est aussi l’affaire de tous.

La gestion de nos déchets, c’est aussi notre affaire.
La mobilisation doit être générale et l’implication citoyenne.

Inspirons nous d’exemples qui marchent, nos amis Belges, depuis 30 ans investissent dans la formation de bénévoles du compostage, un peu comme nos salariés « ambassadeurs du tri », mais spécialisés sur le compostage et les pratiques du jardin au naturel, ces bénévoles s’appellent d’ailleurs, des « guides composteurs »

Ce sont des personnes relais, qui une fois formées sur la thématique du compostage, s’engagent à l’échelle de leur quartier ou de leur voisinage, à sensibiliser et transmettre la pratique du compostage domestique aux citoyens de leur collectivité.

En 2010, plus de 6000 « guides composteurs » Belges, sont référencés comme étant en activité sur leur territoire (formations individuelles, tenue de stand d’information, ateliers pratiques, suivi de compostage collectif dans les quartiers ou les établissements scolaires etc …)

Avec un langage simple, une relation d’échanges et de proximité, les « guides composteurs » font au quotidien ce qu’une collectivité n’arrive pas à faire passer dans sa communication, et encore moins dans ses pratiques.

Résultat, plus de 30% de la population Belge pratique le compostage domestique
(rappel, moins de 10% pour la Bourgogne et de 10 à 15% pour la moyenne Française).

Bien entendu, tout cela est organisé et encadré sous forme associative, subventionnée sur fonds publics, mais le retour sur investissement n’est pas loin, car on estime que les coûts de formation de ces bénévoles, ne sont guère plus élevés que les économies réalisées par la baisse des volumes de la collecte des ordures ménagères.

Lorsque la prévention devient aussi l’affaire de tous, les coûts sont tout a fait acceptables pour la collectivité, et les résultats beaucoup plus durables que quelques campagnes de communication.

Enfin, deux statistiques intéressantes qui nous confirment que cet exemple Belge est tout à fait transposable chez nous.

28% de la population Française reconnaît avoir une activité bénévole,
et 35% des Français considèrent le jardinage comme l’un de leurs loisirs et passe temps favori.

Christophe Boudet
Entrepreneur, « Maître composteur » et lauréat du trophée du développement durable de l’artisanat 2010 dans la Nièvre.

Sources :


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