Yonne Lautre

« L’écologisme autogestionnaire, l’aternative au capitalisme ? » par Thierry Brugvin

dimanche 26 décembre 2010 par Brugvin Thierry

Article précédemment publié dans le journal « Le Sarkophage » du 2 sept 2010

L’autogestion est une ancienne idée, qui a été abandonné par certains, mais qui continue à être pratiquée par des centaines d’entreprises en France et dans le monde. De plus, elle reste probablement l’alternative la plus crédible à l’impasse des dégâts de la propriété capitaliste actuelle.

L’écosocialisme autogestionnaire s’inspire et synthétise les idées libertaires autogestionnaires, celles de Marx et du socialisme autogestionnaire. Pour Marx, le fondement principal du capitalisme est la propriété privée des moyens de production, car les propriétaires sont en situation de domination vis-à-vis de leur salarié et ils en retirent une plus-value dont la finalité est d’accroître sans cesse leur capital. Par conséquent, la première des actions à entreprendre, pour dépasser le capitalisme, consiste dans l’appropriation collective (la socialisation) des moyens de production.

Les partisans de l’écosocialisme autogestionnaire entendent construire cette forme d’autogestion sur 4 piliers. La socialisation démocratique des moyens de production, politique de redistribution des richesses, une démocratie fédéraliste (au sens des libertaires) et une décroissance des plus riches, pour que les plus défavorisés puissent vivre. Ce dernier pilier relève de l’anti-productiviste, notamment parce que l’humanité est limitée par les ressources non renouvelables, tel le pétrole.

Historiquement, en 1974 le « socialisme autogestionnaire », s’appuyait en particulier sur « les 14 thèses pour l’autogestion » du C.L.A.S. dont était membre le PSU. Le socialisme autogestionnaire a tenté une synthèse de ces deux courants que sont le socialisme d’Etat (Marx) et le fédéralisme autogestionnaire de Proudhon.

Dans le cadre du socialisme libertaire de Proudhon, la propriété privée des moyens de production est conservée pour les familles de paysans et ceux-ci s’organisent en mutuelle ou coopératives privées et en fédération agricole. Les petites entreprises sont collectivisées (et non nationalisées), elles deviennent des coopératives privées. C’est-à-dire que la propriété et les décisions appartiennent cette fois à tous les travailleurs de l’entreprise et non à l’Etat.

Par contre, les grandes entreprises n’appartiennent plus à des individus particuliers, mais à la fédération publique et restent autogérées. Après avoir proféré que la « propriété c’est le vol » en 1840, Proudhon transforme un peu sa position en affirmant que « la propriété c’est la liberté » « la propriété est la seule force capable de servir de contre poids au pouvoir de l’Etat » [1].
A la différence de Proudhon et du socialisme libertaire, les collectivistes libertaires et les communistes libertaires veulent socialiser l’ensemble des moyens de production. C’est-à-dire que les entreprises n’appartiendraient qu’à la société dans son ensemble, mais plus aux travailleurs, par contre elles seraient autogérées par eux-mêmes.

Quel est le mode de gestion interne démocratique des entreprises socialisées ?
Dans les projets libertaires, l’accent est mis sur le pouvoir des travailleurs et du politique, en particulier avec le fédéralisme professionnel et politique de Proudhon (1863). Par contre, en Yougoslavie, durant la période autogestionnaire des années 1970, les parties prenantes extérieures des entreprises sont aussi associées au sein de « communautés d’intérêts autogestionnaires ».
Dans le projet écosocialiste autogestionnaire, les décisions des entreprises socialisées intégreraient aussi, ces communautés d’intérêts que sont notamment les associations civiques. Les décisions seraient par exemple assurées par une direction participative fondée sur la subsidiarité des décisions dans l’entreprise et par un conseil d’administration composé par : les syndicats de salariés, les associations parties prenantes (usagers, consommateurs, associations écologistes…) et par un directeur élu par ces différents acteurs. L’ensemble des grandes décisions (horaires, organisation du travail, mode de direction plus ou moins hiérarchisée…) concernant le fonctionnement de l’entreprise seraient autogérées, c’est-à-dire décidées par l’assemblée générale.

« L’économie participaliste » (ou parecon) est un exemple de planification démocratique de l’économie.
Elle a été conçue par Michael Albert et s’oppose « au marché capitaliste et à la planification bureaucratique », c’est pourquoi elle accorde sa confiance à « l’auto-organisation des travailleurs et l’anti-autoritarisme ». Dans le modèle de planification participative d’Albert, « les travailleurs et les consommateurs déterminent en commun la production, en évaluant de façon approfondie toutes les conséquences. Les instances d’assistance décisionnelle annoncent ensuite les indices des prix pour tous les produits, les facteurs de production, dont la main d’œuvre et le capital fixe » [2] . L’intérêt du modèle d’Albert réside dans son analyse précise de la complexité des processus de décisions.
L’écosocialisme autogestionnaire s’appuierait sur ce modèle, mais sa planification serait autogestionnaire et tripartite, ce serait donc, une planification fédéraliste autogestionnaire. C’est-à-dire qu’en plus des représentants des consommateurs et des travailleurs, elle prendrait en compte en même temps, les représentants de l’Etat fédéral, dans les prises de décisions.

La libre initiative des coopératives et des travailleurs indépendants sera encadrée par une planification fédéraliste dans le cadre de la l’écosocialisme autogestionnaire.
Proudhon proposait de conserver une certaine concurrence, en créant « la société économique fédérative des travailleurs ». Ce projet consistait dans « un ensemble de propriétés collectives d’entreprises concurrentes entre elles, mais associées en une fédération industrielle » [3]..
Proudhon affirme par ailleurs, « qu’assurément l’initiative individuelle ne doit, ni ne peut être oubliée » [4].
On le voit, Proudhon insiste sur la nécessité de maintenir la propriété, la concurrence et surtout l’initiative individuelle, même dans un système socialisé et coopératif. Dans l’écosocialisme autogestionnaire, cette régulation incitative de l’économie de marché, par les quotas (ou plutôt les quantums) et par les subventions, qui est en cours dans l’agriculture européenne actuelle, serait démocratisée. Ainsi, elle deviendra un « marché libre » de coopératives publiques autogérées, qui serait régulé par la planification autogestionnaire.
Cette dernière serait fondée sur la subsidiarité, au sein des fédérations professionnelles et des fédérations politiques travaillant ensemble, dans le cadre d’une fédération nationale.

La redistribution des richesses individuelle et entre coopérative, reste nécessaire dans une économie écosocialiste autogestionnaire.
En effet, dans cette dernière, la planification autogestionnaire, ne concerne pas l’ensemble du secteur de la production. Une large part des choix de production, est laissée à la libre initiative des producteurs à la base, concernant l’offre et la demande. Même dans un système ne fonctionnant que par une production planifiée de 100% de la production, il peut y avoir des coopératives produisant plus que les objectifs de production assignés par les planificateurs fédéraux.
Par conséquent, dans ce cas, une redistribution des biens produits et des bénéfices est utile, pour préserver les objectifs d’égalité et d’équité.
Le système idéal, recherché par les différents courants alternatifs, sera donc probablement fondé sur des innovations sociétales, mais surtout sur une synthèse originale des anciens systèmes.

[1PROUDHON Pierre Joseph, La théorie de la propriété, 1866.

[2ALBERT Michael, Après Le Capitalisme - Eléments D’économie Participaliste, Agone, 2003, 190 p.

[3BANCAL Jean, Proudhon œuvres choisies, Idées NRF, Gallimard, 1967, p.17

[4PROUDHON Pierre Joseph, La réforme à opérer dans les chemins de fer, 1855, in Bancal Jean, 1967, p. 117.


forum

Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 107 / 3950785

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site S’engager pour les alternatives partout et maintenant, (...)  Suivre la vie du site Economie sociale et solidaire  Suivre la vie du site Réflexions, débats   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.6 + AHUNTSIC

Creative Commons License