Yonne Lautre

« L’économie circulaire, en circuit fermé, ‘Cradle to Cradle’, et la nouvelle ‘Naturophilie’ » par le Dr. Mae-Wan Ho

Traduction et compléments de Jacques Hallard
jeudi 17 février 2011 par Hallard Jacques, Ho Mae-Wan Dr

ISIS Economie Durabilité Recyclage
L’économie circulaire, en circuit fermé,
‘Cradle to Cradle’, et la nouvelle ‘Naturophilie’
Closed Loop, Cradle to Cradle, Circular Economy & the New Naturephilia
Une nouvelle considération, plus soucieuse et plus respectueuse de la nature, est maintenant partagée par les dirigeants partisans du développement durable : leurs idées commencent à trouver grâce dans les couloirs du pouvoir.
Dr. Mae-Wan Ho

Rapport ISIS 10/01/2011
L’article original en anglais, avec toutes les références, s’intitule Closed Loop, Cradle to Cradle, Circular Economy & the New Naturephilia : il est accessible sur le site www.i-sis.org.uk/closedLoopCircularEconomy.php
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  L’Europe adopte une conception durable, en boucle, en circuit fermé, avec réutilisation et recyclage

Quand la Belgique a pris la présidence de l’Union européenne (UE) en juillet 2010, la Ministre flamande de l’Environnement Joke Schauvliege est devenue présidente du Conseil de l’Environnement de l’Union Européenne et elle ne perdit pas de temps pour placer la gestion durable des ressources en « circuit fermé » en tête de son ordre du jour. Elle déclara : [1] « Nous devons nous occuper de nos matières, ainsi que de notre énergie, de manière plus efficace. Nous devons être en mesure de réutiliser les matériaux arrivés en fin de vie ; nous devons les considérer comme de nouvelles matières premières. C’est ce qu’on appelle compléter le cycle en boucle fermée ».

Joke Schauvliege voulait convaincre l’Europe à propos de cette approche dite “cradle to cradle”, traduit litéralement par « du berceau au berceau », en matière d’utilisation des ressources. Le gouvernement néerlandais a déjà adopté ce concept, [2], mais il n’est pas en mesure de légiférer à ce sujet. Le gouvernement chinois a proposé une initiative dite d’ « économie circulaire » en 2004, qui est devenue la directive ou Loi d’Economie Circulaire en 2008 [3] (voir see Sustainable Agriculture Essential for Green Circular Economy, ISIS Lecture)*.
* On peut se reporter à l’article intitulé « L’écologisation de la Chine : L’agriculture durable, les énergies vertes et l’économie circulaire » par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction, définitions et compléments de Jacques Hallard ; accessible sur le site http://yonne.lautre.net/spip.php?article4296&lang=fr

Les slogans sont propices à la diffusion des idées et à la création de mouvements sociaux, mais ils sont aussi des excuses pour maintenir une pensée ramollie et engendrer des sujets qui suscitent des débats stériles. Des expressions comme « économie circulaire », « boucle ou circuit fermé » et « du berceau au berceau", sont subitement devenues à la mode dans les couloirs du pouvoir, parfois des décennies après qu’elles ont été inventées, voire réinventées. Mais font-elles référence à la même approche ? Et sont-elles importantes ?

Heureusement, j’ai eu l’occasion d’aller voir ce qui se cache derrière ces slogans pour obtenir un aperçu de ce qui est vraiment en cause.

La Fondation Ellen Macarthur et l’Université de Bradford ont organisé conjointement une conférence dénommée ‘Ten + One’ (29 Novembre - 1 Décembre 2010) [4], présentée comme « un atelier de maître pour des chefs d’entreprise et des personnels de l’éducation ». Elle a réuni un panel international de dix orateurs qui ont travaille de façon indépendante sur les différents aspects liés à l’approche en boucle fermée, convergeant probablement sur la perspective première de Michael Braungart, un professeur de chimie à l’Université Erasmus, au Pays-Bas, qui est co-auteur, avec l’architecte William McDonough, du best-seller international « Cradle to Cradle », publié en 2002 [5].

  Une nouvelle considération ‘amoureuse’ de la nature

Je dois avouer ne pas avoir lu le livre avant la conférence et j’étais complètement dans l’ignorance de ce que beaucoup d’autres orateurs avaient fait auparavant, et je n’étais d’ailleurs pas la seule dans cette situation. Mais dès la fin de la conférence (écourtée en raison de conditions météorologiques défavorables), j’ai été vraiment inspirée. Un lien commun qui les unit tous (y compris la plupart des 150 participants qui se trouvant sur place et les autres participants en ligne) : c’est un nouvel amour de la nature, un désir d’imiter les moyens que la nature met en œuvre pour recycler les matériaux, ainsi qu’une passion pour travailler efficacement avec et dans la nature. 

Chacun de nous a exprimé des récits personnels avec des mots différents et en se concentrant sur des aspects spécifiques ou plus généraux, en fonction de ses expériences personnelles, mais le résultat a fini par aboutir à un grand confluent des rêves, de visions et de connaissances qui pourraient nous permettre de construire un monde meilleur pour tous.

  La Foundation Ellen Macarthur et l’économie circulaire

Madame Ellen MacArthur est bien connue comme la femme qui a fait le tour de la planète toute seule en 2005, en battant le record du monde. Elle a expliqué dans un discours d’ouverture que pendant son tour du monde, elle a dû être très prudente pour bien gérer ses stocks, et l’idée lui est venue peu de temps après que la même chose est vraie pour notre utilisation des ressources limitées et en diminution sur notre planète. A partir de ce moment là, elle fut déterminée à consacrer son temps pour rendre le monde durable. La « course » pour sauver le monde est un défi beaucoup plus grand. 

La Fondation Ellen Macarthur a été lancée en Septembre 2010, comme un organisme de bienfaisance et d’éducation « pour inciter les gens à repenser, à re-concevoir et à construire un avenir durable avec peu de carbone » ; ce lancement a également coïncidé avec la publication de l’autobiographie d’Ellen Macarthur [6]. 

Il y a une superbe vidéo de Madame Ellen Macarthur qui parle de l’« économie circulaire » sur le site de la Fondation [7], ainsi que des textes informatifs de supports pédagogiques [8]. La conférence ‘Ten+One’ fut la première manifestation officielle et publique de la Fondation.
‘Cradle to Cradle’ : une nouvelle conception de l’industrie pour la rendre ‘bonne’, disons acceptable

Walter Stahel, un architecte, économiste, et l’un des pères fondateurs de la viabilité industrielle est crédité d’avoir inventé l’expression ‘Cradle to Cradle’, « du berceau au berceau », dès la fin des années 1970 [8], même si Braungart et McDonough ont prétendu l’avoir inventée de leur côté [9]. 
Stahel visait à inverser le système industriel linéaire, brut et gaspilleur, que le monde a hérité de la révolution industrielle et qui épuise les ressources limitées, qui génère des produits toxiques qui se retrouvent en grande partie dans les décharges et qui empoisonnent l’atmosphère. Stahel a développé une approche en « boucle fermée » de la production et il a fondé le Product Life Institute, l’Institut de la Vie d’un Produit’ à Genève en Suisse, avec les objectifs principaux qui visent l’extension de la durée de vie des produits, des biens de longue durée, des activités de remise en état et de prévention des déchets produits après usage. Des sociétés comme Kodak, DuPont, la BBC et Bosch sont parmi ses clients.

Le concept « Cradle to Cradle », comme il a été proposé par Braungart et McDonough, invite à faire un pas de plus : ils veulent non seulement que les industries ferment la boucle du recyclage, mais ils proposent également de repenser complètement les procédés industriels. Au lieu de se concentrer sur la manière de rendre le système actuel plus efficace (moins mauvais), ils pensent que nous pouvons restructurer le système pour qu’il soit tout à fait bon [acceptable]. Le recyclage et la réutilisation ne constituent pas une solution, si le produit ou le matériel est toxique dès le départ : la toxicité va inévitablement se retrouver dans l’environnement pour nous empoisonner plus lentement, mais plus sûrement encore.

Donc, nous devons éliminer totalement les matières et les processus toxiques, afin de fabriquer des produits qui peuvent être recyclés et réutilisés en toute sécurité ou encore compostés pour soutenir la croissance et le développement des plantes. Il existe déjà des succès impressionnants (mais aussi des échecs notables que les critiques accusent McDonough d’ignorer, ou encore d’affirmer que ce sont des succès [9]).
Si, comme moi, vous vous attendiez à trouver une théorie cohérente derrière l’approche en question, alors vous seriez déçus et frustrés autant que moi, jusqu’à ce que j’ai eu connaissance des réalisations réellement réussies (voir encadré), qui peuvent servir à nous démontrer que de bonnes intentions peuvent souvent fonctionner. 

D’un autre côté, une théorie cohérente peut améliorer le taux de réussite et au moins fournir des critères pour évaluer et juger du succès.

« Cradle to Cradle » est un ensemble de principes de conception (en évolution) [10] qui reposent en grande partie sur de bonnes intentions :

  • Le cycle technique de l’industrie manufacturière devrait imiter le cycle biologique du métabolisme et de l’écologie, mais en restant un peu séparé d’elle
  • Les nutriments techniques tels que les métaux, les plastiques et autres matières non-compostables, devraient circuler en retour de l’utilisateur (consommateur) au fabricant, avec une consommation d’énergie renouvelable autant que possible
  • Recycler et réutiliser toutes les ressources finies [non renouvelables]
  • La diversité est une force (exerçant un tampon contre les chocs externes)
  • Les prix doivent dire la vérité sur les coûts externalisés |non intégrés dans les calculs des coûts]
  • La pensée systémique est la clé de la démarche
  • Le concept « Cradle to Cradle » devrait servir l’équité, l’économie et l’écologie [11].

Les entreprises déjà abonnées ou qui aspirent à cette approche comprennent notamment Aveda et B & Q.
Aveda est une société de cosmétiques fondée il y a 30 ans par un coiffeur qui voulait faire son métier de façon plus respectueuse de l’environnement et de la santé, en se concentrant sur des produits végétaux provenant de l’agriculture biologique. Il a gagné le prix « Cradle to Cradle » en 2009, mais Chuck Bennett, qui a parlé de la société lors de la conférence, a admis volontiers qu’elle n’est pas totalement conforme au concept de « Cradle to Cradle » [12]. La société a comme partenaires de nombreux peuples autochtones et elle a contribué pour un montant de plus de 650.000 £ à des programmes de soutien à des communautés autochtones, pour la préservation de leurs cultures et de leur environnement. Elle a aidé le peuple Yanomami du Venezuela pour récupérer des droits à la terre sur 174.800 ha.

B & Q est une société de bricolage basée au Royaume-Uni qui vend 35.000 produits. L’adoption d’une approche « Cradle to Cradle » semble tout simplement un rêve impossible lorsque que vous avez à traiter avec 1.200 fournisseurs différents, qui ont, à leur tour, leurs propres fournisseurs, mais aussi, comme Matt Saxton, directeur de la responsabilité sociale, le souligne [13], « c’est fondamentalement en contradiction avec le modèle des affaires » qui consiste à vendre autant de produits que possible et dans les plus brefs délais. Néanmoins, la société a pris un bon départ : avec des produits dérivés du bois dans un système responsable, des objectifs écologiques et d’autres liés à la rémunération et à des primes, ainsi que la promotion d’une éco-gamme de produits qui a atteint 10 pour cent du chiffre d’affaires en trois ans. Une autre initiative est d’éliminer les déchets. Saxton est particulièrement fier de son système d’emballage extérieur qui est réutilisable et recyclable et qui a remplacé la version antérieure jetable en carton, entraînant une réduction massive des pertes et une facilité accrue du conditionnement. Un de leurs fournisseurs actuels est une petite entreprise qui donne une nouvelle vie à de vieilles peintures, un exemple de recyclage. Il y a là de nombreuses innovations, comme l’a dit Sexton, par exemple du polystyrène, qui peut être comprimé en planches, et des bio-panneaux qui sont fabriqués à partir de déchets agricoles, comme les pailles de blé et la balle de riz, mais, précise-t-il, « nous avons besoin de beaucoup de collaborations ».
« Cradle to Cradle » fonctionne bien comme un slogan dans lequel les gens peuvent se reconnaître et autour duquel ils peuvent se rassembler. Ironiquement, McDonough et Braungart font valoir leurs droits de propriété sur le slogan, donc d’autres qu’eux ne peuvent pas l’utiliser.

Par ailleurs, ils refusent d’ouvrir au public la base de données sur les produits chimiques toxiques comme ils l’avaient promis depuis des d’années, tout comme ils refusent encore de rendre transparente la certification C2C (pour abréviation de « Cradle to Cradle »,’du berceau au berceau’. Comme un partisan affirmé mais désenchanté a déclaré à propos de McDonough [14] : « Ses gains impressionnants sont marqués par son désir personnel de richesse - Cradle to Cradle a un potentiel incroyable jusqu’à ce qu’il se heurte aux exigences relatives ... aux droits et frais de licence. En tentant de contrôler et de s’approprier tout ce qu’ils ont créé, les partenaires potentiels ont été aliénés et la croissance des idées de McDonough a stagné ».

Heureusement, le mouvement écologiste s’est consolidé et il a gagné du terrain indépendamment de McDonough et de Braungart, et de la marque « Cradle to Cradle », qu’ils revendiquent comme leur appartenant.
Je suis revenue très enthousiaste par ce que j’ai entendu et lu sur ce sujet « Cradle to Cradle depuis la conférence, en particulier par la façon dont ce concept converge et concorde avec ma propre théorie des organismes vivants et des systèmes durables ; fondés presque exclusivement sur des considérations thermodynamiques [3] et qui ont été développées indépendamment du concept »Cradle to Cradle". Les grandes idées sont généralement découvertes et redécouvertes maintes et maintes fois, et je ne vois aucune nécessité d’en revendiquer l’originalité ou la propriété.

  Quelsques succès d’applications de ‘Cradle to Cradle’

Des toits verts pour Ford Motor Company  

L’approche « Cradle to Cradle » se propose d’imiter la nature et elle implique également d’obtenir son aide, le cas échéant quand elle s’y prête, comme dans la refonte des 16 millions de pieds carrés d’espace au sol, à l’usine complexe de la Rivière Rouge, sur le site de la société Ford Motor Company dans le Michigan aux Etats-Unis [15]. 

McDonough a signé, par l’intermédiaire de sa société d’architecture, un contrat avec le constructeur automobile et il a rapidement recommandé un toit ‘vert’, écologique, sur toute l’usine. Cela ne s’est pas très bien passé au début. Mais lorsque la US Environmental Protection Agency, l’Agence de protection de l’environnement a édicté de nouvelles réglementations pour les eaux pluviales, Ford avait alors estimé que les nouvelles règles en vigueur pourraient lui coûter près de 50 millions de dollars US pour s’y conformer. La gestion des eaux pluviales naturelles apportées par le toit écologique ne coûte que 15 millions de dollars avec un paysage agréable en prime : la société a été vite convaincue.
« Cinq jours après la fin des travaux, les oiseaux ont colonisé le toit ‘vert’ », a déclaré Braungart.

Des textiles biodégradables qui sont même mangeables  

L’entreprise suisse Rohner produit le tissu biodégradable ‘Climatex Lifecycle’ qui est largement utilisé dans l’entreprise pour la fabrication de mobilier de bureau [16]. Le tissu est conçu pour être « assez sûr et inoffensif pour être mangé » et il peut être composté à la fin de son cycle de vie utilitaire.

Les responsables de l’entreprise ont commencé par demander aux différents fournisseurs la composition de leurs ingrédients (surtout les teintures) afin d’évaluer leur toxicité. Au début, les fournisseurs ont été réticents à divulguer des secrets commerciaux, mais Ciba-Geigy a finalement accepté de jouer le jeu. Sur les 8.000 ingrédients analysés, seulement 16 ont réussi le test avec succès, mais c’était suffisant pour créer la ligne de nouveaux tissus, après avoir surmonté des obstacles supplémentaires.

‘Climatex’ est entré en production et les autorités d’inspection de l’usine ont reconnu avoir été « surpris » que l’eau qui sort de l’usine était « aussi propre sinon plus propre que l’eau venant de sources d’eau potable et qui servent à l’approvisionnement en eau ».

Dès 2002, ‘Climatex Lifecycle’ représentaient environ 8 millions de $ de recettes, soit un tiers du total de la société Rohner. Les coûts d’élimination des déchets ont été considérablement réduits du fait que Rohner n’a plus à payer pour envoyer les déchets se faire détruire dans un incinérateur aux normes suisses ou pour les évacuer vers l’Espagne. 
Au lieu de cela, les restes ont été transformés en un matériau de type feutre et vendus à des agriculteurs locaux et à des jardiniers qui les utilisent comme paillis ou couvre-sol. Les coûts globaux ont été réduits, après avoir éliminé la nécessité d’un filtrage des colorants et des produits chimiques dans le processus de production. Des bonus supplémentaires proviennent de l’élimination de la paperasserie réglementaire et de la libération d’espaces qui ont été utilisés pour le stockage de produits chimiques dangereux.

Étonnamment, l’entreprise a décidé de partager son atout le plus précieux en permettant à l’ensemble de l’industrie textile d’utiliser le processus de production du ‘Climatex Lifecycle’ ! Bonnie Sonnenschein, directeur du marketing d’entreprise pour DesignTex (qui avait investi dans le projet) a expliqué : « il y avait sept ans que nous avions mis au point ‘Climatex Lifecycle’ et à ce moment-là, à notre connaissance, personne d’autre n’avait mis au point un tissu 100% biodégradable en toute sécurité, bien qu’il y ait un grand intérêt pour cela. Ce n’est pas vraiment la pensée écologique qui nous aurait amené à retenir ce secret de l’information. C’est un bon produit que tout le monde devrait utiliser ».

Dalles de revêtement de sol réutilisables  

Stef Kranendijk, PDG de Desso, l’un des principaux fabricants de revêtements de sol en Europe, a décidé que son entreprise allait fermer complètement la boucle de recyclage en circuit fermé d’ici à 2020 [17]. L’approche « Cradle to Cradle ». dit-il, est « bonne pour les gens et pour la planète » et « elle aussi très bonne pour les affaires ».
Quelques 600.000 tonnes de matériaux de revêtement de sol sont jetés chaque année au Royaume-Uni, et seulement 1 pour cent de cette quantité est recyclée.

Déjà convertie à la durabilité en 2007, l’entreprise consommait déjà 30 pour cent de moins d’énergie que 10 ans auparavant ; 95 pour cent de ses déchets industriels sont recyclés et elle est très attentive et active en vue de la réduction de la consommation d’eau. Puis Kranendijk prit conscience du concept « Cradle to Cradle ». ‘du berceau au berceau’, et il se rendit compte qu’il pouvait aller beaucoup plus loin. Il a alors pris contact avec Braungart et il a fait effectuer une analyse MDBC (McDonough Braungart Chemistry).

« Nous y sommes passés plus vite que prévu et nous sommes déjà en mesure d’offrir près de 100% de dalles de sol ‘Cradle to Cradle’, fabriqués à partir de matériaux sûrs qui sont recyclables, ‘up-cyclable’, en toute sécurité », a déclaré Kranendijk.

Le concept est une approche clé dans le système « Cradle to Cradle ». par opposition à des produits dénommés ‘down-cycling’, de qualité inférieure et qui terminent inévitablement dans des décharges ; ‘up-cyclable’ a besoin d’une conception du produit qui contient en premier lieu des matières et matériaux non toxiques et tout à fait biodégradables, et un procédé de production qui permette cet état ‘up-cyclable’.

Le tissage de ces dalles de revêtement sera dépolymérisé en caprolactame (un liquide normalement fabriqué à partir d’huile vierge, dont les plastiques de grande valeur peuvent être faites, y compris de nouveaux fils). Le matériau support est à base de bitume. Le bitume n’est pas aussi mauvais que le PVC (qui ne peut pas être qualifié de ‘up-cyclable’), mais il n’est toujours pas bon pour l’environnement. Donc, Desso a développé une polyoléfine (un polymère d’oléfine ayant une formule chimique générale Cn H2n qui satisfait aux critères « Cradle to Cradle », ‘du berceau à berceau’ ; il est un peu plus cher, mais d’ici 6, 8 ou 10 ans, nous allons être en mesure de le récupérer et de le réutiliser en toute sécurité », a dit Kranendijk.

Au cours des 2 dernières années, Desso a développé un équipement unique qui traite les vieilles dalles, en séparant les fils, qui vont chez un fournisseur qui a décidé de suivre le mouvement et qui a investi dans une installation de polymérisation pour faire de nouveaux fils avec l’ancien matériau. Pour les dalles et carreaux qui contiennent encore du bitume, le matériau est séparé et il est utilisé dans les travaux routiers, les pistes cyclables et les matières premières pour l’industrie du ciment.
À l’avenir, lorsque Desso ramènera les dalles de polyoléfine, le support de ces dalles deviendra un nouveau support de nouvelles dalles. 

À l’heure actuelle, en Allemagne, les vieux matériaux de couverture de planchers sont incinérés ou deviennent des combustibles pour les centrales, mais au Royaume-Uni et en France, ces déchets de matériaux vont simplement dans des décharges ou sont enfouis. Ainsi, le programme de Desso, de reprise des matériaux, devrait avoir un impact considérable là-bas. « L’idée est de devenir une industrie de services, en s’appuyant sur un système de crédit-bail », a expliqué Kranendijk, « alors vous n’avez pas à acheter le produit, vous ne payez que pour son utilisation, ce qui signifie que les matériaux restent sous notre responsabilité et, bien sûr, ce n’est pas dans notre intérêt de les voir se perdre. A la fin, tout le monde y gagne ».

  La chimie verte au Royaume-Uni

Le Professeur James Clark dirige le Green Chemistry Centre of Excellence, le Centre d’excellence de la chimie verte à l’Université York, et il est un administrateur fondateur de la société britannique Green Chemistry Network. Fidèle à l’approche en boucle fermée, Clark propose d’utiliser les déchets comme matière première pour les « bioraffineries » [18, 19] Green Chemistry from Wastes (SiS 49) [La version en français est intitulée ‘Chimie verte à partir de déchets’ ; elle sera postée sur le site ‘yonne lautre’]

Cette démarche inverse ainsi la tendance dans les industries chimiques qui génèrent d’énormes quantités de déchets souvent toxiques pour les terres, les eaux et l’air, qui dépassent largement les quantités de produits fabriqués. Dans l’industrie pharmaceutique par exemple, les déchets représentent 99 pour cent des matières utilisées.

L’industrie alimentaire et notre mode de consommation ne sont pas meilleurs. Environ 90 pour cent de la production agricole primaire est gaspillée. La pensée systémique introduit les deux ensembles dans des bioraffineries. Par exemple, de nombreuses plantes sont bonnes pour l’absorption des métaux lourds qui finissent dans les décharges, ainsi les métaux peuvent être récupérés et les terres nettoyées de ces toxiques. Une liste croissante de métaux utilisés dans l’électronique, dans les panneaux solaires et d’autres industries, tels que l’indium, le gallium, l’antimoine, le rhodium, le germanium, l’étain, l’or et l’argent sont en voie d’épuisement : la nécessité de leur récupération et de leur réutilisation est évidente. Les plantes produisent également une foule de précieux composants chimiques complexes qui peuvent être extraits afin d’être utilisés pour remplacer les produits pétrochimiques toxiques. Une colle à dalles, tapis et moquettes à base de polysaccharides est plus sûre, bio-dégradable et elle agit avec un effet ignifuge. Les balles de riz, les pailles de blé, etc…, peuvent être transformées en dalles ou autres matériaux de construction. Actuellement, ces matériaux sont brûlés, ou passés en pyrolyse, ce qui va à l’encontre de ce qu’il faudrait faire : ces techniques rompent et dégradent des composés précieux en de simples substances élémentaires. « Les processus biochimiques naturels sont très habiles pour les biosynthèses et pour la construction de molécules complexes », rappelle Clark et nous devrions réutiliser le plus grand nombre des matières et matériaux qu’il est possible, au lieu de les perdre ou de les briser, de les dégrader à nouveau.

  Le développement positif dans l’environnement bâti

Janis Birkeland, artiste, architecte, urbaniste, designer urbain, avocat, auteur de Développement positif [20] et professeur d’architecture à Queensland University of Technology, en Australie, est convaincu que les systèmes conçus par les humains et leurs développements sont la cause majeure de beaucoup de désastres que nous imputons à la la nature [21]. Inondations, incendies, glissements de terrain, îlots de chaleur urbains, sécheresses, malnutrition, paludisme, mauvaise qualité de l’air intérieur, etc…, sont exacerbés par nos systèmes ‘industriels’ de production (fonctionnant avec des combustibles et des carburants fossiles) comme les fabrications industrielles, les constructions, l’agriculture et les transports.

Le système actuel constitue une courroie de transmission et d’entraînement pour la consommation. Les villes, en particulier, sont responsables de 75 pour cent des émissions de gaz à effet de serre et les bâtiments utilisent 40 pour cent de l’énergie consommée. Nos villes sont conçues pour inciter et pour enfermer les gens dans le mode de consommation non durable.

La solution, souligne Birkeland, n’est pas de construire de nouveaux « bâtiments verts », mais d’aller vers l’éco-rénovation des villes ou de rénover les bâtiments et les infrastructures avec des systèmes naturels et des technologies qui fournissent des services à l’écosystème urbain : qualité de l’air, chauffage, eaux, sols et aliments. Nous pouvons les utiliser pour remplacer les matières et matériaux nuisibles et toxiques à base de combustibles fossiles, pour fournir un refroidissement solaire passif, l’éclairage, le chauffage et la ventilation.

Le développement positif consiste tout simplement à intégrer des services de quasi-gratuité de la nature, avec un développement qui permet d’accroître la base écologique, et il peut être fait en utilisant de nombreuses technologies existantes ‘vertes’, écologiques, telles que l’aquaponique, la permaculture, les ensembles paysagers verticaux, les toits vivants, les murs, les balcons et les atriums. Les entrepôts vides ou désaffectés, par exemple, pourraient être transformés en écosystèmes verticaux produisant des aliments.

  Biomimicry, biomimétisme ou biocamouflage

Le biomimétisme est une science qui concerne l’imitation des conceptions et des réalisations de la nature et l’écoute de ce qu’elle nous enseigne : elle est peut-être l’approche la plus explicite de la naturophilie. Le journaliste scientifique et auteur Janine M. Benyus lui a donné un nom dans un livre à grand succès intitulé Biomimicry, Innvations Inspired by Nature, publié en 1997 [22].

Chris Allen, un maître de conférences de l’Institut de biomimétisme, a donné de nombreux exemples concrets de dessins et de motifs inspirés par la nature [23]. Un système de ventilation pour le gratte-ciel Eastgate Centre à Harare, au Zimbabwe, calqué sur le système de ventilation d’un nid de termites, qui fait économiser 10 pour cent de l’énergie pour la climatisation. Les nageoires de la baleine à bosse qui sont décorées avec des tubercules (bosses), responsables de l’agilité de l’animal dans l’eau ; des aubes de turbine, avec des protubérances sur les bords, constituent une promesse d’efficacité pour les éoliennes, pour les turbines hydroélectriques, pour les pompes d’irrigation et de ventilation, par une réduction de la traînée et par une augmentation de la montée en puissance. La surface des feuilles de lotus sont couvertes de petites bosses qui amènent l’eau à provoquer la formation de perles et en roulant de ramasser la poussière et d’autres contaminants. Cela a été source d’inspiration pour les surfaces auto-nettoyantes et les revêtements. La forme du bec du martin-pêcheur, qui lui permet de viser dans l’eau sans créer de turbulence et sans effrayer les poissons, a inspiré le créateur du train à grande vitesse.

Le biomimétisme implique un èthos [mœurs et attitudes] de l’émulation et de la reconnexion à des principes du monde vivant et une structure de valeur correspondante. Il y a un « vaste champ pour des innovations bien adaptées », a dit Allen.

  L’éducation verte et la formation à l’écologie

Peter Hopkinson, Directeur de l’éducation pour le développement durable à l’Université de Bradford, et Ken Webster, chef de l’apprentissage à l’Ellen Macarthur Foundation considèrent comme le plus important de passer de la perspective mécaniste, qui pousse les gens hors de la nature, vers celle qui est requise par la durabilité, qui place les personnes fermement dans le monde de la nature [24]. C’est la vieille opposition entre le mécanisme et l’organisme, entre les réductionnistes qui voient le monde du bas vers le haut et les holistes qui le voient du haut vers le bas, l’approche analytique qui consiste à casser, à réduire les choses en menus morceaux par rapport à l’approche intuitive synthèmique de la relation et de la mise en connexion, en liens.

Venue d’une tradition culturelle que Joseph Needham, biochimiste de renom qui devint historien des sciences chinoises, a assez bien décrite comme le « matérialisme biologique » [25], j’en ai tiré des avantages incalculables et plus précieux que de la tradition grecque plus rationnelle, positiviste et logique, sous la forme de la géométrie euclidienne, que j’ai pourtant adoré plus que tout autre sujet à l’école. Cela m’a permis d’exploiter toutes mes facultés en même temps. Pour moi, c’est vraiment ce qui manque à notre système d’éducation qui sépare l’art de la science, la pensée de l’action, la raison de l’intuition.

Une aventure passionnante suivie à l’Université de Bradford, qui a déjà remporté un prix pour son programme d’éducation en matière de durabilité, est son plan pour une unité « Ecoversity » qui sera logée dans un bâtiment illustrant l’utilisation en boucle fermée des ressources locales.

  La Théorie des organismes vivants et des systèmes durables

Pour ma part, j’ai souligné que l’agriculture durable en boucle fermée est essentielle à l’économie circulaire [3], et j’ai également présenté mon modèle ‘zéro-entropie’ qui est la base théorique de l’économie circulaire, de la nature et de tous les systèmes durables fonctionnant en boucle fermée, modèle qui est fondé sur une thermodynamique de non équilibre) (voir [26] The Rainbow and the Worm, The Physics of Organisms, ISIS publication), ainsi que sur la science de la transformation des matières et des matériaux et ainsi que de la transformation de l’énergie dans la nature. 

À ce titre, la théorie s’applique à la physique, à la chimie et à la biologie et, par conséquent, dans le même temps aux cycles technologiques de l’industrie manufacturière (dans l’approche « Cradle to Cradle ». ‘du berceau au berceau’) et aux cycles naturels du monde vivant. 

Mais surtout, la transformation des matières et de l’énergie est étroitement alignée sur l’économie. Contrairement ce que pensent la plupart des économistes, l’économie n’est pas fondée sur les flux d’argent : il s’agit de transformer les matières et l’énergie pour gagner sa vie, ce qui n’est rien d’autre que de la thermodynamique. L’argent est le moyen pour échanger des biens et des services réels, et il doit refléter la valeur réelle des biens et des services en jeu. Et les problèmes - tels que la crise financière actuelle - se posent lorsque l’argent est découplé de la valeur réelle des biens et des services, et surtout, quand les gens confondent les moyens et la finalité.

L’économie circulaire de la nature est optimisée pour produire moins de déchets, pour stocker le maximum de matières, et pour mobiliser les matériaux et l’énergie de manière plus efficace, d’où l’état idéal de ‘zéro-entropie’. Elle repose sur une structure circulaire répétitive de type fractale (des cercles dans les cercles, contenus dans d’autres cercles…), qui est peut-être la distribution des ressources la plus équitable et la plus diversifiée : de nombreux cycles de petite échelle fonctionnant selon une loi de puissance inverse d‘une situation avec un petit nombre de cercles de grande taille. Cette distribution fractale d’éléments de toutes tailles interagissant ensemble est typique des structures biologiques et organiques telles que la ramification des arbres, ainsi que des procédés tels que la variabilité du rythme cardiaque d’un être vivant en bon état de santé [27] ] (The Heartbeat of Health, SiS 35). 

En outre, les cycles sont couplés dans un ensemble d’échanges symétriques et coopératifs qui permettent de mettre à disposition les ressources pour les rendre plus efficaces, en les dirigeant vers les niveaux d’échelle où elles seront les plus nécessaires.

Le modèle explique pourquoi les idéaux de l’homme tels que l’équité, l’échange juste (être juste et honnête) et la coopération sont importants pour l’économie circulaire ‘verte’, et pourquoi la biodiversité est essentielle pour maximiser les relations symbiotiques et de réciprocité, et encore pourquoi les systèmes reposant sur une grande biodiversité sont plus productifs, pourquoi le développement durable - impliquant l’ajout équilibré d’autres sous-systèmes circulaires - est possible et surtout pourquoi la capacité de charge écologique n’est pas une constante, car elle dépend de la façon dont la terre et l’espace sont organisés pour mettre en oeuvre les productions.

Enfin, j’ai proposé que l’Université de Bradford serait un lieu idéal pour l’implantation d’une réalisation de productions intégrées simultanées, à la fois alimentaires et énergétiques, dans une structure de type Dream Farm 2 ou version 2 de la ‘Ferme visionnaire’ * (voir le chapitre final de notre rapport complet sur l’agriculture durable [28] Food Futures Now : * Organic * Sustainable * Fossil Fuel Free , ISIS / TWN publication ). 

Cette réalisation d’une ‘Ferme visionnaire’ permettrait aux architectes, aux ingénieurs, aux scientifiques, aux concepteurs et aux artistes de travailler ensemble sur le modèle en boucle fermée et de fournir des occasions pratiques d’enseignement et de recherche pour tous les niveaux d’éducation. La suggestion n’est pas tout à fait tombée dans l’oreille d’un sourd.
* Concernant les concepts de Dream Farm 2 ou version 2 de la ‘Ferme visionnaire’, on peut se reporter aux articles suivants en français :

  • ‘Comment être bien pourvus en carburants et en combustibles, ainsi qu’en nourritures, malgré le changement climatique’, Dr. Mae-Wan Ho de l’ISIS, traduction, définitions et compléments d’information de Jacques Hallard sur le site http://www.i-sis.org.uk/pdf/HTBFAFRUCCFR.pdf
  • ‘Dream Farm - La ferme visionnaire – Une proposition’, Dr. Mae-Wan Ho de l’ISIS, traduction, définitions et compléments d’information de Jacques Hallard sur le site http://www.apreis.org/img/OGM/dreamfarm2.pdf
  • ‘Mise à jour concernant la version 2 de la Ferme Visionnaire ou Dream Farm 2’. Dr. Mae-Wan Ho de l’ISIS, traduction, définitions et compléments d’information de Jacques Hallard sur le site http://www.i-sis.org.uk/pdf/DreamFarm2FR.pdf
  • « Petite histoire d’une proposition : Dream Farm, Ferme Visionnaire… » par Jacques Hallard ; accessible sur le site http://yonne.lautre.net/spip.php?article4192

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 Définitions et compléments en français

http://isias.transition89.lautre.net/spip.php?article23

  Traduction, définitions et compléments :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles
honoraire.
Adresse : 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921 orange.fr
Fichier : ISIS Enonomie Durabilité Closed Loop, Cradle to Cradle, Circular Economy & the New Naturephilia French version.1


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