Yonne Lautre

« Le désastre de Fukushima est toujours en cours et ses conséquences ont été très fortement sous-estimées » par Georges Menahem

jeudi 23 juin 2011 par Menahem Georges

Georges Menahem
CNRS - MSH Paris Nord

 Le désastre de Fukushima est toujours en cours et que ses conséquences ont été très fortement sous-estimées


Texte du 22 juin 2011

Je viens de lire l’article d’Al-Jazeera. Il s’agit d’interviews d’un ingénieur très expérimenté en matière nucléaire aux USA (il a sa page wikipédia (en Arnold Gundersen et de deux autres ingénieurs japonais. Nous pouvons supposer qu’ils savent de quoi ils parlent.
C’est effrayant pour le présent des japonais, et pour l’avenir surtout.
Pour l’essentiel, Arnold Gundersen dit que le désastre de Fukushima est toujours en cours et que ses conséquences ont été très fortement sous-estimées par TEPCO et les japonais.

Car ce n’est pas fini et cela ne va pas être maitrisé avant dix - quinze ans tant il est impossible d’agir du fait de la très haute radioactivité qui règne au fond des réacteurs, là où se sont entassées les barres d’uranium fortement enrichi au plutonium et en fusion, lesquelles entretiennent encore des réactions nucléaires qu’il n’est possible que de ralentir, mais impossible pour le moment de stopper.
En 3-4 heures tout homme qui passerait dans de telles zones serait mort. Il faudrait donc y envoyer des robots qui pour le moment n’existent pas.
En l’absence de robots, il n’y a plus qu’à tenter de refroidir pour ralentir les réactions de fission. Ce qui est fait mais ne suffit pas. Loin de là.
Il est donc impossible de poser tout sarcophage car c’est trop dangereux pour le moment.

Arnold Gundersen insiste enfin sur la sous-estimation. La radioactivité relâchée dans la première semaine serait de 2,3 fois le montant de la radioactivité officiellement admise pour les 80 premiers jours (soit près de 25 fois inférieure à ce qui a été dit !).
Plus de 20 zones dangereuses (des « hot spots ») sont disséminées au Japon selon des sources indépendantes, ce qui entraine un potentiel de rejets radioactifs 20 fois plus important que le potentiel relâché par Tchernobyl.
Plus toutes les menaces invisibles : les poussières de Cesium, Strontium ou de Plutonium (« hot particles ») qui se baladent partout au Japon et qui se collent dans les poumons sans que l’on puisse les déceler au compteur Geiger ; la pollution des nappes phréatiques résultant des centaines et bientôt des millions de tonnes d’eau radioactive déversées dans le sol et la mer, ce qui pour lui implique que l’eau va être encore très longtemps radioactive ; il y a des particules dangereuses partout dans le Japon, à Tokyo et dans d’autres villes, d’où le besoin de filtres à air partout.

C’est la joyeuse vie à laquelle se préparent les japonais avec les cortèges d’augmentation des taux de cancer à prévoir. Mais les états-uniens s’inquiètent aussi de la présence de telles « hot particles » dans les filtres à air des villes des USA et de la croissance inexpliquée des maladies des nouveaux-nés.

Joyeux projets de vacances tout de même

Georges

 Dernier état de la situation à Fukushima : vie impossible sur le site sans doute pour 20 ans !


texte du 26 mai 2011

L’analyse des derniers documents transmis par TEPCO sur son site permet de produire le bilan suivant des dommages causés aux réacteurs 1, 2, 3 de Fukushima :

(En me basant 1° sur des matériaux issus de l’article de Sylvestre Huet « Fukushima : polémique sur la fusion des réacteurs » sur le site de Libération,
et 2° sur le tableau publié par TEPCO en anglais et donnant l’état des 6 réacteurs du site)

1. Les cœurs des réacteurs (les barres de combustible nucléaire avec leurs gaines) sont partiellement fondus

Si l’on se réfère au site web présentant les informations techniques données par Tepco, les cœurs des réacteurs sont déclarés « endommagés » depuis le 18 mars.
Selon ces chiffres réactualisés le 23 mai, le réacteur 1 est totalement fondu, alors qu’il ne l’est qu’à 35% pour le 2, et à 30% pour le 3.
Cf. tableau donnant l’état des 6 réacteurs.

2. Les émissions nucléaires associées ont été de l’ordre de 10% du total disséminé à Tchernobyl

Le total cumulé de radioactivité émis à Fukushima atteind le niveau 7, soit 10% de ce qui a été émis à Tchernobyl."

Selon Kolin Kobayashi (du groupe Écho-échange-Japon) ,

« Ce qui est dit »10% de ce qui a été émis à Tchernobyl« n’est que le résultat d’une simulation effectuée à partir des premières données. Maintenant, après les trois »melt Down" (ou fusion) que l’on connait officiellement depuis le 23 mai, y compris le réacteur 3 chargé de Mox, on ne sait pas très bien en réalité où l’on en est.
Dire « moins important que Tchernobyl » n’a pas tellement de sens, puisque l’on ne sait même pas correctement ce qui s’est réellement passé à Tchernobyl en dehors de la carte de contamination faite par les organisation tiers. On ne sait pas combien de gens sont morts, malades...bref, on n’a pas de chiffre précis. Et ça continue !
25 ans après Tchernobyl, on n’a même pas installé de sarcophage correct pour confiner la radioactivité.

"En tout cas, si on suppose que cette simulation reflète bien la réalité, étant donné que Tchernobyl est équivalent à 500 fois plus que Hiroshima, 10% serait équivalent à 50 fois plus que Hiroshima. C’est déjà beaucoup.
Quant à Tchernobyl, d’après un certain nombre de scientifiques russes et biélorusses, y compris Shashkov Alexey, physicien nucléaire (un des liquidateur de Tchernobyl qui a été interviewé au Havre le 22 mai), la réalité de l’accident de Tchernobyl est encore loin d’être connue...« _ »Je suppose que Tepco et le gouverment savait que les trois réacteurs ont été fondu dès le départ. Ils ont essayé de magouiller. "

3. Les émissions nucléaires associées rendent la vie très dangereuse aux environs de Fukushima

Des isotopes radioactifs (Iode, Césium, Plutonium, Américanium et Strontium) ont été détectés dans le sol du site de Fukushima, dans l’eau souterraine et dans l’eau de la mer à 15-20 km de la centrale à 15-20m de profondeur (à un niveau de radiation de 100 à 1000 fois celui de la normale).

Selon Kolin Kobayashi (du groupe Écho-échange-Japon)

« Sur le site de Fukushima Daiichi, s’il y a des Césiums137, on ne peut pas toucher au moins 30 ans, s’il y a des Plutoniums, surtout Pu239, il faut attendre 24100 ans ! »

●Dangers pour la vie

Des déchets radioactifs sont présents dans le lait, les produits de l’agriculture et de la pêche. D’où l’ordre de limiter l’expédition et la consommation de ces produits.

De l’iode radioactif a été détecté dans l’eau du robinet à un niveau supérieur au taux admissible. D’où des restrictions de consommation d’eau.

Du césium radioactif a été détecté dans des boues à 50 km de la centrale.

Selon Fabrice Flipo,

"Ajoutons, pour celles et ceux qui ne connaissent pas bien, que les radionucléides (éléments radioactifs) sont généralement des métaux lourds, qui s’accumulent dans la chaine alimentaires, et qui, quand ils sont ingérés, se fixent sur telle ou telle partie du corps. On ne meurt pas toujours mais on est malade et on meurt plus tôt, statistiquement.
C’est l’énorme différence entre une exposition chronique (effet faible mais continu, 24/24) et une exposition aigue (effet puissant mais court, de type bombe atomique). L’exposition chronique et les « faibles doses » est depuis des décennies le cheval de bataille de la « médecine environnementale » portée par les écolos ; son importance politique a toujours été niée par les pollueurs (bien sûr), d’où aussi les controverses sur le nombre de mort liés à Tchernobyl, qui vont de 4000 morts (officiel) à 1 million.

Un aspect de la controverse :
Rappelons que depuis 1958 l’OMS a été déchargée de la responsabilité en matière d’impacts sanitaires du nucléaire, au profit de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, chargée de la promotion de cette énergie... comme souvent dans le nucléaire les juges sont les mêmes que les parties"

4. De plus, les cuves des réacteurs fuient de partout et l’eau radioactive inonde les terres japonaises

Les cuves des trois réacteurs sont percées - soit par des trous créés par le coeur en fusion avant qu’il ne refroidisse, soit par des fissures dans les soudures et joints. D’où des fuites massives dans le sol de l’eau qui est injectée en permanence dans les cuves afin de refroidir les métaux radioactifs qui continuent à chauffer du fait des fissions qui se poursuivent.

Or cette eau radioactive ressort dans le sous-sol par ces trous ou fissures dont l’ampleur demeure inconnue.

5. Mais cela ne semblerait plus évoluer de manière dangereuse

Car paradoxe : La chute du corium (les barres et leurs gaines fondues) au fond des cuves a aussi paradoxalement contribué à son refroidissement : l’eau ne montait pas assez haut dans les cuves pour rejoindre la place normale du combustible, mais la chute du corium l’a plongé dans l’eau du fond... et il s’y est refroidi grâce à son renouvellement permanent par les injections d’eau de mer, puis d’eau douce.

Mais il y a toujours de grosses fuites dans les cuves, d’où le besoin d’arroser en permanence à grands jets, ce qui accentuent le lessivage du corium radioactif et donc la transmission de tonnes d’eau radioactive dans le sous-sol japonais !

Ces circonstances expliquent pourquoi si l’accident a provoqué l’émission massive de gaz et de particules radioactives (tellures, iode et césium) à la mi-mars, il n’y a pas eu de sortie significative des matières nucléaires principales (uranium, plutonium, actinides mineurs [isotopes radioactifs produits dans les réactions de fission]) malgré le lessivage permanent des coriums par l’eau injectée.

6. Conclusion : La centrale Fukushima va rester un vaste chantier pour au moins 20 ans

La centrale est un « chantier » depuis que le site a été dévasté par le séisme et le tsunami du 11 mars dernier, puis par un accident nucléaire maximal - fusion de trois cœurs de réacteurs, explosions d’hydrogène détruisant des structures en métal et béton - provoquant une émission massive de radioactivité entre le 14 et le 17 mars.

C’est toujours un vaste chantier car depuis l’accident la lutte continue pour empêcher de nouvelles émissions massives de matières radioactive , notamment par la pulvérisation de résine au sol afin de fixer les particules radioactives.

Il s’agit d’installer des dispositifs permettant de refroidir dans le long terme les coeurs par une circulation d’eau en boucle fermée.

Mais le plan initial, fondé sur la possibilité de remplir les cuves et les enceintes, est mis en échec par les fuites. Le nouveau plan consiste à pomper l’eau qui sort des réacteurs, la faire passer par un dispositif de décontamination fourni par Areva, puis à la réinjecter dans les réacteurs.

Or, les limites de doses autorisées par le gouvernement - jusqu’à 250 millisieverts - sont limitées, car réservées à une situation d’urgence. Il est probable que cette autorisation ne sera pas prolongée, alors que l’on compte déjà 30 travailleurs ayant subi une dose de plus de 100 millisieverts. Pour diminuer les doses subies par les équipes, il faudrait décontaminer le site, récupérer les débris les plus irradiés et les stocker dans un espace confiné.

L’horizon de ce chantier, c’est « 20 ans » minimum, pour le démantèlement complet des réacteurs, le découpage des cuves et la récupération du corium.

De plus, il n’est pas impossible que le Japon décide de mettre fin à l’usage du nucléaire pour ses besoins électriques comme vient de le proposer le parti d’opposition, le parti social-démocrate.

Enfin, le gouvernement japonais vient de nommer une commission d’enquête indépendante, afin de tirer au clair toutes les circonstances de l’accident, dirigée par Yotaro Hatamura, Professeur émérite à l’Université de Tokyo. Elle doit rendre son rapport à la fin de l’année.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, j’ai joint le document détaillé comprenant une synthèse de l’article de Libé de Sylvestre Huet et des informations en anglais du site de Tepco.

Georges Menahem
CNRS - MSH Paris Nord


titre documents joints

Dommages causés aux réacteurs 1, 2, 3 de Fukushima et risques pour le public

25 mai 2011
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