Yonne Lautre

« Chroniques canines » par Barbara Moreau

A suivre sur yonne.lautre tous les mercredis et samedis
samedi 4 mai 2013 par Moreau Barbara

RUE DE PARIS ce matin : mon chien me fait honte. Il gueule sur tout ce qui bouge. « Elle ne peut pas tenir son chien celle-là ? » grogne un type qui promène un molosse au pied, lui ! Ben non, elle ne peut pas ! Zut et zut ! C’est décidé, j’appelle un rééducateur canin : Des aventures gadinesques en perspective ! A suivre sur yonne.lautre tous les mercredis et samedis.

RUE DE PARIS l’autre matin : mon chien ne sort jamais sans son toutounet. Nous faisons très attention aux portes cochères, à tout ce que nous pouvons, mais que voulez-vous... il faut bien qu’il lève la patte ! Aujourd’hui il a choisi un bout de mur du n° xx et le type du n° xx nous est tombé dessus. Il nous guettait derrière sa fenêtre. Mon coeur a fait un de ces bonds ! Mon chien est un chien locataire. Il n’a ni maison, ni jardin. Ah ! Pisser quelque part ... Est-ce que les chiens naissent égaux en droits....

L’autre jour, rebelotte : au moment où mon chien a levé la patte, on s’est encore fait « engueuler ». « Faut pas se gêner ! » a crié une dame très chic. Elle rentrait chez elle et mon chien se soulageait de 3 gouttes sur son bout de mur ! Zut ! Pincés ! Sans doute en avait-elle vu défiler des clébards sur son trottoir et de toutes les tailles, et de toutes les races et que c’était le moment de payer pour tous les chiens des Baskervilles qui sortaient sans toutounet. Pourquoi s’en prendre aux plus forts, aux plus méchants, aux plus coupables, quand mon petit clebs pouvait faire l’affaire ? Et moi aussi, avec mon bonnet cloche, mon vieux blouson, je faisais très bien l’affaire sans doute. Ces deux-là, on va les assaisonner ! Ca va me détendre ! La journée a été rude ! Ah ! Pisser quelque part ... Est-ce que les chiens naissent égaux en droits....

(3)Il faut bien le reconnaître : même si mon chien n’ose plus pisser, même si nous redoublons d’efforts pour respecter la propriété privée et ne pas passer pour communistes, mon chien a un problème. Il aboie à tort et à travers, même sur une feuille qui tombe, s’étrangle de fureur lorsque nous croisons le petit caniche d’à-côté, m’oblige à nous cacher derrière une voiture lorsque s’approche le pépère du coin avec son vieux compagnon. Que dire de ma gêne quand je dois éviter l’autre grand type à casquette qui tient son molosse serré et qui passe tout fier devant mon clebs en folie ? Comment fait-il pour pisser son chien d’ailleurs ? Je me le demande... Il n’a aucune liberté de mouvement ! Pourquoi serait-ce moi la nulle face à un militaire ? C’est ainsi : le chien qui marche au pas est infiniment plus respectable que mon espèce de roquet sans foi ni loi, fût-il de race, fût-il Cavalier King Charles !

Bref, au cours d’une de ces promenades de la honte, je repère une annonce sur un pare-brise :
« Education canine. Cours particuliers et collectifs. » C’est pour moi ça ! J’appelle...

(4) Au téléphone, je commence par brosser un rapide portrait de mon chien : un Cavalier King Charles de 8 ans de plus en plus insupportable, mais la voix demande d’autres précisions. C’est comme chez le psy : il faut verbaliser ! Je m’applique. Il gueule après tout ce qui bouge et au moment de la promenade, il caquette comme une poule. Je n’en peux plus ! L’animal me fait honte ! Puis emportée par mon désir d’être absolument sincère, peut-être aussi gênée de charger cette pauvre bête, j’ajoute que j’ai conscience de ma responsabilité et que ce sont les maîtres qui doivent apprendre. Honte, responsabilité, conscience... Je me crois chez le docteur Freud ou quoi ? « C’est la première fois qu’on me dit ça ! », déclare l’éducatrice canine, déjà satisfaite de sa future élève. Je me rengorge, toute fière d’assumer cette évidence : si mon chien va de travers, 0c’est que j’ai failli quelque part. Que faut-il changer chez moi ? Nous prenons rendez-vous pour la semaine suivante. A suivre...

(5) Je me méfiais quand même ... Un jour, j’avais poussé la grille d’une pension canine qui proposait des vacances au chenil assorties d’activités rééducatrices. J’avais été reçue par un homme robuste et imposant, une sorte d’Hercule qui n’avait visiblement pas de problème avec les chiens. D’ailleurs, dès que mon clébard aperçut son futur prof, il se cacha derrière moi et ne broncha plus. Après quelques questions, le dresseur se lança dans un exposé sur l’organisation du monde et le nécessaire respect d’une hiérarchie toute élémentaire. En effet, l’animal étant inférieur à l’homme, il devait rester à sa place. A l’origine, le chien vivait dehors et montait la garde. C’était sa fonction, une fonction rassurante car simple, à la portée de n’importe quel corniaud venu. L’expert poursuivait : « Maintenant qu’il dort à la maison, le chien a des problèmes d’identité. Il ne sait plus qui il est ! Qu’on ne s’étonne pas des conséquences sur son équilibre ! C’est pareil avec les hommes. Chacun sa place. Le maître est le maître, le patron est le patron. Si l’ouvrier veut remplacer le patron, où allons-nous ? Votre chien a oublié où est sa place. Sa place, c’est dans son panier, il ne doit en sortir qu’avec votre autorisation. Un chien est un chien. Le vôtre sait-il encore qu’il en est un ? Il ne supporte pas que ses congénères vous approchent ? Vous savez pourquoi ? ». Je commençais à expliquer que peut-être ma bestiole avait été sevrée trop tôt, que je l’avais sans doute abusivement maternée. Je voulais bien reconnaître mes erreurs, avouer une problématique oedipienne avec mon clebs et... que je n’aie pas le sens de la hiérarchie par dessus le marché, c’était tout à fait possible ! Mais non, j’avais tout faux. Ce n’était pas cela : « Votre chien vous prend pour sa femelle ! », conclut le type triomphant. Devant mon air catastrophé, il me proposa la solution : J’allais lui laisser mon chien dégénéré pour le week-end et dès le lundi, promis, on me rendrait une carpette. « Vous verrez : vous ne le reconnaîtrez plus. Il rampera devant vous . » Je dis que je réfléchirais, que je téléphonerais et je pris congé. Dans la voiture, je me mis à imaginer mon petit chien entre les mains de ce colosse, aplati comme un tapis. Mon cœur se serra. Hors de question que je l’abandonne dans cet enfer ! Sa femelle ? C’est la meilleure ! Au cas où tout de même, j’allais mettre un peu de distance entre lui et moi. A suivre...

(6) « Ton chien est amoureux de toi ! », c’est ce que me dit ma mère un jour, attendrie par les yeux globuleux de mon clebs, rivés sur moi en permanence, son désespoir quand je m’absente, la fête qui s’éternise à mon retour. Nous avions ri, mais après la sortie de mon dresseur, la plaisanterie me laissa perplexe. C’était peut-être vrai au fond... Mon petit chien n’avait-il pas eu comme un coup de foudre lorsque nous nous sommes rencontrés ? En effet, j’étais allée le chercher dans un élevage. Il ne restait que deux cavaliers en liberté dans la cour. J’en choisis un bien pataud, un qui ressemblait tout à fait au king charles standard, robuste et court sur pattes. Au moment de partir et d’embarquer ledit canin, il avait disparu. A la place, assis sur son train arrière et prêt au départ, l’autre prétendant. Selon moi, il tenait un peu trop du chien de chasse, mais je me souvins de ce lieu commun qui prétend que c’est au chien de choisir son maître. Qu’en penserait mon amateur de carpette à poils ? Bref, sur le moment, je crus à l’évidence de l’amour et j’adoptai un clébard qui ne me plaisait qu’à demi ! Je ne l’ai jamais regretté, mais faut-il être poire quand même : des yeux doux, le sentiment qu’il a su m’inspirer d’être élue, le gros malin, une espèce de maxime dont on ne sait même pas si elle est vraie, et me voilà partie pour une vie avec un chien qui va m’en faire baver ! Et maintenant il gueule toute la journée !!! Et personne ne doit m’approcher !!! Il est vraiment temps de le remettre à sa place, ce prétentieux roquet ! Non mais !

CHRONIQUES CANINES (7)

A l’origine il y a l’amour. On ne croit pas si bien dire... Ce petit chien qui m’avait choisie était le cadeau d’anniversaire de « Mignon ». Ainsi était surnommée ma cousine, montée de sa Provence d’adoption pour me voir souffler mes bougies. Elle réglait la facture pendant que je faisais connaissance avec mon nouveau compagnon. Deux jours plus tard, comme Mignon allait aussi attraper 40 ans, je retournai seule à la même source et j’embarquai un York à peine sevré que je posai sur ses genoux. Nos enfants avaient un lapin, nous, un chien. Quoi de plus naturel ? Et à partir de ce moment-là, Mignon descendait à la gare de Laroche Migennes avec ses fils et toute sa ménagerie. Moi, sur le quai, j’excitais mon clebs en lui disant qu’il allait bientôt revoir son copain. Les lapins, un mâle et une femelle, n’avaient pas besoin de stimulations, en revanche... Parfois je reprenais le train avec toute la smala et l’arche gonflait sa voile ! Les voyageurs n’en revenaient pas de ce spectacle que le dresseur n’avait sûrement pas prévu dans sa pyramide : 2 quadra qui se prennent pour Noë, embarquant avec gamins, chiens et lapins, de quoi dénaturer le monde et l’anéantir... Ou le sauver...

Fin de la première partie. La suite plus tard et merci de votre lecture !


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