Yonne Lautre

« La chimie ronge notre sang » par le WWF

Transmis par Danielle Arrieu-Almarcha Attac 32
dimanche 25 avril 2004 par Yonne Lautre

Le WWF a fait passer des analyses à 39 élus européens
pour dénoncer le refus des industriels de contrôler la toxicité de leurs produits.

Santé.

Le WWF a fait passer des analyses à 39 élus européens
pour dénoncer le refus des industriels de contrôler la toxicité de leurs produits.

La chimie ronge le sang des députés

« Moi, je suis plutôt bien, sauf pour les phtalates : j’en ai le double de la norme », s’inquiète le premier.

« Et moi, je suis pleine de PCB », s’alarme la seconde.

Il ne s’agit pas d’un dialogue virtuel entre employés de l’industrie chimique qui se découvriraient soudain contaminés par les produits toxiques mais du constat dressé par deux parlementaires européens, hier, à Strasbourg. En l’occurrence les Français Harlem Désir (PS) et Danielle Auroi (Verts). Tous deux ont participé à une étude de grande envergure sur la contamination du corps humain par les substances chimiques, menée par le Fonds mondial pour la nature (WWF) dans le cadre de sa campagne « DetoX ».

Les résultats de cette enquête, rendus publics hier, sont édifiants.

WWF a prélevé un peu de sang à 47 volontaires de 17 pays européens (39 membres du Parlement européen, un ancien député, 4 observateurs des pays qui rejoindront l’Union le 1er mai et 3 membres de l’organisation écologiste).

Les scientifiques ont ensuite analysé les échantillons pour y quantifier la présence de 101 produits chimiques répartis en cinq familles : les pesticides organo-chlorés, les polychlorobiphényles, les retardateurs de flammes au bromure, les phtalates et les composés perfluorés. Au final, pas moins de 76 des 101 substances recherchées ont été identifiées dans le sang des cobayes européens.

41 substances.

Tous sont contaminés par au moins un produit de chaque grande famille. En moyenne, 41 substances ont été détectées par individu, avec un « record » qui s’établit à 54.

Treize d’entre elles ont été systématiquement identifiées dans les prélèvements sanguins, dont un pesticide (le HCB) et un métabolite du DDT. « Le Deca-BDE, suspecté d’être un produit neurotoxine, est le retardateur de flammes dont la concentration est le plus élevée parmi tous ceux testés (18,4 picogrammes/g de sérum). C’est à notre connaissance la plus forte concentration jamais détectée », indique le WWF.

« Le plus alarmant est que ce niveau est environ dix fois plus élevé que les plus fortes concentrations relevées chez des personnes exposées au Deca-BDE de par leur travail. » Idem pour le TBBP-A, un autre ignifugeur bromé, tandis qu’un troisième produit de cette famille, le HBCD, aurait été détecté pour la première fois dans du sang humain.

Cancers.

Si l’étude montre que le degré de contamination varie selon les pays, le WWF se garde d’en tirer des conclusions.

« Nous avons une bonne idée de la contamination des parlementaires européens, mais nous ne pouvons pas dire d’où viennent ces produits ni quels sont leurs effets sur la santé », explique Michaël Warhurst, un scientifique de l’organisation.

« On manque d’informations sur ces substances », poursuit Nik Van Larebeke, cancérologue à l’université de Gand et expert indépendant : « On sait seulement que certains retardateurs de flamme perturbent le système nerveux, le système endocrinien, notamment la thyroïde, et que les produits perfluorés sont suspectés d’induire les cancers de la vessie et de la prostate. »

Son collègue britannique Malcolm Hooper, professeur de chimie à l’université de Sunderland, pointe quant à lui la hausse des allergies et des cas de cancer du sein constatés ces dernières années, ainsi que la baisse de la fertilité masculine : « Ces produits doivent absolument être examinés de plus près, pour comprendre le lien qu’ils entretiennent avec ces maladies. »

Le Parlement européen est l’objet de violents affrontements sur le projet de législation Reach, qui vise à imposer aux industriels une évaluation sur la santé et l’environnement des molécules qu’ils mettent sur le marché.

Encore étonnée par la concentration de PCB trouvée dans son sang, Danielle Auroi cherche des explications dans ses habitudes alimentaires : « C’est sans doute parce que je suis une grosse consommatrice de produits laitiers et de poissons », dans lesquels les PCB s’accumulent. Puis le propos se fait plus politique : « Nous savons que certains représentants de l’Etat, au plus haut niveau puisqu’il s’agit du président Chirac, sont montés au créneau pour empêcher le Parlement européen d’interdire certains de ces produits.

Aujourd’hui, il va falloir que la société civile s’empare de ce problème pour faire réagir les exécutifs. »

OUI, il va falloir...


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