Yonne Lautre

« Les AMAP : Épiphénomène ou premier pas pour désarmer les marchés de l’agroalimentaire ? » par Philippe Lalik

mardi 9 novembre 2004 par Lalik Philippe

Les AMAP : Épiphénomène ou premier pas pour désarmer les marchés de l’agroalimentaire ?

Suite au Forum Social Agricole organisé par ATTAC-45 et les Amis du Monde Diplomatique du Gâtinais (et soutenu par ATTAC-89, CCC-OMC 77 et l’APEIS de Montargis) le 3 avril dernier à Chalette sur Loing (ville hors AGCS), une AMAP(1) a été fondée.

Comment maintenant aller plus loin dans ce sens et s’attaquer aux marchés de l’agroalimentaire ?

La création des structures de type AMAP intervenue ces dernières années à travers plusieurs pays est encourageante à plus d’un titre. Ces associations ont notamment le mérite de prendre en compte les dimensions écologiques, sociales, économiques et politiques.

La dimension écologique est primordiale puisque la production doit être locale donc beaucoup moins énergivore et par conséquent moins polluante (réduction des transports et des emballages) et qu’elle est souvent biologique.

Le développement du lien social y est également prépondérant. De plus, le consommateur règle ses achats à l’avance et partage les risques avec le producteur en cas de mauvaise récolte.

Ce commerce équitable de proximité offre une transparence que les achats venus de contrées lointaines ne permettent généralement pas. Dans une telle relation, l’emploi de « nouveaux esclaves »(2) n’est pas possible.

En outre, ce partenariat producteurs-consommateurs d’un nouveau genre est bénéfique pour l’économie locale puisqu’il permet de maintenir un nombre élevé de paysans dans les campagnes.

En effet, aux États-Unis, les seules petites exploitations agricoles qui ont survécu sont intégrées dans des réseaux du style AMAP(3).

Enfin, la dimension politique est essentielle car les citoyens prennent leurs responsabilités et s’organisent par eux-même.

Aux U.S.A, 500 000 personnes sont membres de ces réseaux.

Malgré cela, le visage de l’agriculture de ce pays ne change pas.

Effectivement, un demi-million de personnes ne représente pas grand chose par rapport aux 300 millions d’habitants que compte le pays. Les AMAP, aussi satisfaisantes qu’elles soient pour ceux qui s’y engagent, ne constituent pas une fin en soi. Si elles l’étaient, elles ne permettraient qu’à une petite partie de la population (en générale relativement aisée) d’en tirer un avantage (pas financier mais surtout moral) et ne remettraient pas en cause l’agriculture industrielle qui demeurerait dominante.

Elles représentent à mon sens un premier pas non seulement vers la reconquête de l’économie par les citoyens mais aussi vers la souveraineté alimentaire. Face aux grandes firmes qui dominent le marché de l’agroalimentaire, mettent à genoux les paysans et rendent dépendant les consommateurs, les AMAP constituent un début de réponse. Il est d’ailleurs étonnant qu’elles n’aient pas prospérées plus tôt. Mais sans doute la situation n’était-elle jusque là pas suffisamment dégradée pour que les initiatives citoyennes surviennent.

La seconde marche de la reconquête passe par le domaine de la restauration collective. En France 4,7 milliards de repas y sont servis, ce qui représente 2/3 des repas pris dans notre pays(4).

Les maires ruraux, soucieux de soutenir la paysannerie locale, les enseignants, les salariés présents dans les comités d’entreprise, les parents d’élèves ont un poids suffisant pour faire reculer l’industrie de l’agroalimentaire. A condition qu’ils en perçoivent les enjeux et s’en donnent les moyens.

ATTAC(5) qui présente l’avantage d’entretenir des relations étroites tant avec des syndicats de paysans, de salariés et d’enseignants qu’avec des élus locaux (à travers les villes d’attac en particulier) peut jouer un rôle déterminant dans cette dynamique.

Seule, la restauration collective de par l’importance qu’elle représente est en mesure de changer les pratiques agricoles de manière significative.

Ce ne sont pas seulement les marchés financiers qu’il nous faut maintenant tenter de désarmer mais également les marchés de l’économie réelle, tel celui de l’alimentaire, où des firmes privées détiennent des oligopoles inacceptables qui engendrent des drames tant sociaux qu’écologiques.

C’est tout naturellement que notre vocation d’association d’éducation populaire tournée vers l’action doit nous amener sur ce terrain fertile pour contrer le néo-libéralisme.

Philippe Lalik

1. AMAP Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne
2. Voir à ce propos les documentaires diffusés sur Arte le 22 juin dernier : « Les nouveaux esclaves de l’Europe »

3. Voir le remarquable livre de François Plassard : La vie rurale, enjeu écologique et de société - Propositions altermondialistes (Editions Yves Michel, 2003)
4. Marianne n°342 10-16 novembre 2003 : Dossier « Enquête sur les cantines : la malbouffe à la française »

5. Attac-45 qui est à l’origine de la création de la première AMAP dans le Loiret vient d’ouvrir un espace de réflexion sur l’approvisionnement local en restauration collective.

Voici l’adresse internet où l’on peut trouver
les AMAP référencées.

A mettre en lien.

http://alliancepec.free.fr/Webamap/trouveramap.php

Amitiés.

Philippe Lalik,


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