Yonne Lautre

« Méfions-nous de la prise de contrôle sur les semences sous de multiples formes » par le Dr Eva Sirinathsinghji

Traduction et complément de Jacques Hallard
vendredi 21 novembre 2014 par Hallard Jacques, Sirinathinghji Dr. Eva

ISIS Semences

Des législations et des traités en vigueur, ainsi que de nouvelles mesures, apportent de plus en plus de restrictions aux droits alimentaires des populations, avec une érosion de la biodiversité agricole, au profit et en faveur d’une poignée de grandes entreprises de semences qui sont déjà en train de monopoliser les semences du monde entier. Par Dr Eva Sirinathsinghji

Rapport de l’ISIS en date du 22/10/2014

L’article original s’intiule Beware the Corporate Takeover of Seed under Many Guise  ; il est accessible sur le site suivant : http://www.i-sis.org.uk/Beware_the_Corporate_Takeover_of_Seed.php

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Le Royaume-Uni a accueilli un festival à travers le pays pour célébrer et honorer les humbles semences. A Londres, ‘Lambeth Garden Museum’, le Musée Jardin Lambeth a accueilli des agriculteurs, des producteurs, des militants de la souveraineté alimentaire, des artistes et des chefs de cuisine pour 2 jours d’ateliers, de conférences, de séances de contes, avec des artistes, des jeux et des projections de films. Le festival a reconnu l’importance des semences et notre responsabilité pour protéger toute leur biodiversité contre le vol des entreprises, si nous voulons protéger la santé de nos enfants et de la planète.

L’événement a été reconnu à juste titre par la communauté croissante des petits agriculteurs et des jardiniers : ces derniers constituent une tranche de la population qui a assuré la sauvegarde, pendant des milliers d’années, des connaissances dans la production alimentaire et la sauvegarde des semences, des activités qui sont toujours vitales pour l’alimentation mondiale aujourd’hui.

Comme cela a été indiqué dans le récent rapport de la Commission du commerce et du développement des Nations Unies, les petites exploitations agricoles constituent ce qui est nécessaire pour nourrir la population mondiale croissante, ce qui n’est pas le cas des grandes firmes des systèmes industriels [1].

Octobre est le mois de la souveraineté alimentaire, et le 16 octobre est consacré à une Journée mondiale de l’alimentation ; ces deux manifestations viennent à point, pour faire reconnaître l’importance des graines de semences dont l’état est plus critique que jamais.

 Le monopole des semences est dans les mains d’une poignée d’entreprises

Au Royaume-Uni et dans la plupart des autres pays d’Europe, le système de production industrialisé signifie que les agriculteurs ne sont plus en mesure de conserver les semences comme ils l’avaient fait pendant des millénaires, ni de maintenir des variétés locales et de cultiver la biodiversité régionale.

Les variétés hybrides à haut rendement dominent maintenant le marché des semences, conçu pour les grandes exploitations industrielles avec de nombreux intrants. Une étude de 2005 avait révélé que sur le marché européen des semences, 74% des variétés de choux-fleurs étaient des hybrides, de même que 80% des carottes, 85% des choux brocoli, 87% des épinards et 89% des tomates [2].

Les semences hybrides ne sont pas en état d’assurer un bon rendement après la première année de semis, en raison de la perte de la « vigueur hybride », une augmentation du rendement des semences hybrides résultant du croisement de deux ‘lignées pures’ [voire trois ou quatre lignées dans certains cas].

Ces hybrides ont remplacé les variétés à pollinisation libre ou croisée entre les plantes.. Seminis, une entreprise européenne de semence rachetée par Monsanto en 2004, avait déjà supprimé 2.000 variétés à pollinisation libre de leurs stocks, mais ces variétés restent toujours disponibles pour leurs programmes de sélection de Monsanto..

La monopolisation des semences n’est pas seulement un problème européen, mais un problème mondial, avec les géants des agro-technologies internationales qui rachètent des sociétés indépendantes et qui ne laissent pas aux agriculteurs d’ autres choix que d’acheter des semences hybrides ou génétiquement modifiés [OGM] dans des pays comme les Etats-Unis. Monsanto a acheté 200 entreprises américaines indépendantes de semences en 10 ans, ce qui fait que la société estime maintenant posséder 23% du marché des semences en exclusivité (voir [3] GM Crops Destroyed by Drought in US while non-GM varieties Flourish, SiS 56) *.

* Version en français : « Des cultures de plantes génétiquement modifiées (OGM) ont été détruites par la sécheresse aux États-Unis, alors que les cultures de variétés non-OGM étaient florissantes » par le Dr Eva Sirinathsinghji. Traduction et compléments de Jacques Hallard, samedi 17 novembre 2012 - ISIS OGM – « Les variétés non génétiquement modifiées se sont montrées plus résistantes à la sécheresse aux Etats-Unis, mais les entreprises géantes des agri-technologies font en sorte que les agriculteurs ne soient pas en mesure d’avoir accès à ces variétés non OGM ». Article complet sur le site : http://www.isias.lautre.net/spip.php?article262

Une situation semblable pour le monopole des semences se déroule sur le continent africain, avec SeedCo, l’une des plus grandes entreprises de semences de plantes potagères d’Afrique à être rachetée par la société transnationale Limagrain, le plus grand groupe de semences et de sélection végétale dans l’Union Européenne.

Limagrain a investi 60 millions de dollars US pour une participation de 28% dans SeedCo [4]. SeedCo a vendu 49% de ses actions dans sa seule société de semences de coton en Afrique, Quton, à la société indienne Mahyco, une filiale de Monsanto.

En 2013, Syngenta a pris le contrôle des semences MRI en Zambie, qui est supposée avoir la collection la plus riche en biodiversité des variétés de semences de maïs en Afrique. La plus grande société de semences Pannar d’Afrique du Sud a été récemment reprise par Pioneer Hy-Bred, filiale de DuPont.

Ces acquisitions de sociétés de semences par une poignée de géants d’entreprises fait peser de grandes menaces, non seulement sur la biodiversité des semences, mais aussi sur la souveraineté alimentaire et sur l’accès des populations à des aliments frais, en donnant la possibilité aux entreprises axées sur les OGM de diffuser leurs semences brevetées à travers le monde.

Monsanto, Syngenta et DuPont détiennent déjà 53% du marché mondial des semences commerciales et les propositions législatives et les traités suivants sont appelés à augmenter leur monopole [5].

 Les modifications proposées pour les lois relatives aux semences dans l’Union Européenne favorisent les sociétés transnationales de semences

Les modifications proposées aux lois sur les semences végétales de l’UE (Union européenne), ‘Plant and reproductive material law‘, vont restreindre encore davantage les variétés de légumes qui peuvent être enregistrées et vendues, menaçant les petites entreprises de semences indépendantes, ainsi que les agriculteurs qui commercialisent leurs produits à une petite ou moyenne échelle.

Les changements proposés ont été considérés comme un cadeau à l’industrie, permettant la libre commercialisation des semences brevetées, favorisant les grandes entreprises avec un processus coûteux pour l’enregistrement des semences. Un projet de propositions a été rejeté au début de cette année, et il est encore incertain que de nouveaux projets puissent être mis sur la table.

Patrick Mulvany, un conseiller politique impliqué dans les négociations du traité a déclaré à la réunion du 15 octobre 2014 qui s’est tenu à la ‘Houses of Parliament’ du Royaume-Uni : « ce n’est pas que nous ne voulons pas de lois, mais nous ne voulons que de bonnes lois » pour protéger la biodiversité.

Les versions précédentes des propositions établissaient clairement que la législation était conçue pour la grande industrie qui est appelée « le consommateur », pas les petites et moyennes entreprises de semences commerciales et les agriculteurs qui voudraient sortir de ce système professionnel si le prix de l’enregistrement de chaque variété de semence était fixé à 2.000 £.

De nouvelles propositions sont également favorables à des variétés distinctes, uniformes et stables, telles que les semences hybrides qui en raison de leur uniformité, sont aussi les plus vulnérables aux changements climatiques et aux attaques des ravageurs imprévisibles. Comme Patrick Mulvany l’a plus tard souligné : « nous avons besoin de ré-imaginer de nouvelles règles qui rétablissent les droits des agriculteurs et réglementent l’industrie ».

La biodiversité est également menacée par les systèmes de compensation qui sont censés pénaliser les entreprises pour la biodiversité qu’ils détruisent. Ce type de programme encourage non seulement la destruction des terres et de la biodiversité, mais donne du crédit à une identification verte contestable aux stratégies et aux entreprises qui veulent faire du commerce avec la nature et envoient le message selon lequel la nature est remplaçable.

Comme indiqué dans une lettre ouverte à l’Union Européenne, le Commissaire à l’Environnement Janez Potočnik proteste contre les dernières propositions de l’UE pour la biodiversité dans la zone géographique, signée par 67 organisations et plus de 9.000 personnes ; il fournit une « licence à la corbeille » et le gouvernement britannique a été très favorable pour qu’il permette d’accélérer les autorisations de planification [6]. Le gouvernement britannique a déjà réalisé de petits projets pilotes qui ont lamentablement échoué : pas une seule entreprise n’a été impliquée pour faire une seule compensation dans les six comtés qui avaient participé.

 L’Acte de l’UPOV de 1991 a des incidences sur la souveraineté alimentaire et sur la biodiversité

Une autre menace pèse sur la souveraineté alimentaire : les pays subissent des pressions pour mettre en œuvre des régimes de protection des variétés végétales plus strictes et pour adhérer aux textes de la International Convention for the Protection of New Varieties of Plants Act of the International Union for the Protection of New Varieties’, une Convention internationale de 1991 pour la protection des obtentions végétales de l’Union internationale, connu sous son acronyme français UPOV.

Cet acte est officiellement conçu pour donner aux sélectionneurs la reconnaissance de nouvelles variétés de plantes, accordant la propriété intellectuelle (PI) pour les sélectionneurs et les agriculteurs. L’UPOV est une organisation intergouvernementale basée à Genève. L’acte a été créé en 1968 et il a été révisé depuis lors, la plupart des pays étant maintenant partie prenante de la loi de 1978 ou de la Loi de 1991 de l’UPOV. La dernière version diffère sensiblement des précédentes, couvrant toutes les variétés au lieu des seules variétés de plantes ; la protection IP dure 20 ans au lieu de 15, et les gouvernements ont le droit de décider si les agriculteurs sont autorisés à récolter du matériel à partir d’une variété protégée pour tout usage, alors qu’auparavant ils étaient autorisés à les utiliser pour d’autres fins.

Fondamentalement, sous l’Acte de 1991 de l’UPOV, les agriculteurs ne seraient pas autorisés à échanger ou à vendre un tel matériel. Cette version de 1991 de la Loi peut fonctionner dans une certaine mesure lorsqu’elle est appliquée à des systèmes agricoles qui font déjà l’objet d’une commercialisation, mais lorsqu’elle est appliquée aux petits agriculteurs à travers le monde qui comptent sur les échanges informels de semences et de récupération de semences pour la production alimentaire, cette nouvelle loi aura un impact sur les droits des êtres humains à l’accès à la nourriture et pourra éroder davantage la biodiversité dont dépendent les agriculteurs pour gérer leurs besoins tels que les attaques de ravageurs et les aléas du changement climatique.

Le Ghana est un pays qui est actuellement l’objet de pressions dans la mise en œuvre de l’UPOV 1991. Les sociétés transnationales de l’agro-alimentaire ne dissémineront pas des aliments génétiquement modifiés au Ghana jusqu’à ce que ce projet d’acte sur les obtentions végétales UPOV-91 soit mis en place, mais ensuite il faudra protéger les droits de propriété intellectuelle sur les graines de semences de ces sociétés.

Comme cela indiqué sur le site ‘Food Sovereignty Ghana’, pour la souveraineté alimentaire du Ghana [7] : si le projet de loi était adopté, « il supprimerait le contrôle de son agriculture, et le contrôle de son propre approvisionnement en nourritures pour rien d’autres que de vaines promesses.

Le projet de loi sur les obtenions végétales fait cadeau des terres cultivables du Ghana et de son agriculture aux firmes transnationales * de l’agro-industrie. Avec cette loi, les sociétés transnationales peuvent inonder le Ghana avec des semences OGM et exiger que le pays paye le prix qu’elles fixent ».

[* Selon ‘Le Dico du Commerce International’ « Une FMN (ou firme transnationale) est une entreprise qui agit à l’échelle de la planète. Elle réalise des investissements directs à l’étranger (IDE) et possède des implantations dans différents pays. Ces firmes ignorent les frontières et traversent les nations. L’adjectif ’multinational’ marque le caractère mondial de leur stratégie. Elles sont en mesure de planifier leur développement à l’échelle mondiale. Ce qualificatif explique mieux la mobilité du capital au niveau mondial. Leur poids s’est beaucoup développé avec les fusions-acquisitions des années 1990. Aujourd’hui on compte environ 82.000 multinationales dans le monde (37.000 au début des années 1990) ». Source : http://www.glossaire-international.com/pages/tous-les-termes/firme-multinationale-fmn.html

Une récente évaluation de l’impact sur les droits de l’homme de l’acte UPOV de 1991 a présenté des études de cas au Pérou, au Kenya et aux Philippines, déclarant que [8] « Des préoccupations ont ... été soulevées à propos des lois du type ‘Protection des obtentions végétales’ de l’acte UPOV 91 : elles pourraient restreindre indûment les traditions de la gestion des semences et du partage entre les agriculteurs, réduisant ainsi l’efficacité et l’intégrité du système semencier informel ».

Une lettre ouverte émanant de 214 ONG du monde entier a également demandé au Dr Shakeel Bhatti, Secrétaire de l’International Treaty on Plant Genetic Resources for Food and Agriculture on Farmers’ Rights, le ‘Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture en faveur des droits des agriculteurs’, de reconsidérer son approche pour la mise en œuvre de l’UPOV 1991 dans le traité des droits des agriculteurs [9].

Au lieu de cela, la lettre invite l’UPOV et l’OMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle) à accepter la mise en place d’une commission indépendante qui enquête sur sa mise en œuvre en ce qui concerne la reconnaissance de l’énorme contribution que les communautés locales et les agriculteurs autochtones à travers le monde ont faite pour la conservation et le développement des ressources phytogénétiques qui « constituent la base de la production alimentaire et agricole dans le monde ».

Cette lettre invite aussi à la protection des connaissances traditionnelles qui présentent un intérêt pour les ressources phytogénétiques qui sont à la base de l’alimentation et de l’agriculture ; pour les droits des agriculteurs, notamment le droit des agriculteurs à participer à la prise de décisions au niveau national.

 La menace en Afrique de la ‘Nouvelle alliance pour l’alimentation et la nutrition’

Encore un autre menace qui pèse sr l’agriculture africaine et sur la souveraineté alimentaire est la ‘New Alliance for Food and Nutrition’, la ‘Nouvelle Alliance pour l’alimentation et la nutrition’, une initiative du G8 déguisée en une initiative de développement mais qui, en réalité, facilite les investissements du secteur privé [10].

Dix pays africains sont impliqués jusqu’à présent, la majorité d’entre eux ne sont pas les plus vulnérables vis-à-vis des problèmes alimentaires du continent. Les entreprises qui ont investi dans cette initiative sont Monsanto, Coca-Cola, Syngenta, Cargill et Unilever. Le gouvernement britannique a investi 600.000.000 de £ d’aide pour cette initiative, et comme l’a expliqué Polly Jones du ‘World Development Movement’ lors de la réunion du Parlement britannique, cette initiative sera utilisée pour développer les marchés d’exportation, les politiques de changement et pour rendre plus facile pour les entreprises l’accès aux terres cultivables, aux marchés des semences et aux chaînes d’approvisionnement.

Investir de l’argent pour aider à changer les politiques des nations souveraines peut même contrevenir à la politique d’aide du gouvernement britannique qui stipule que « Nous ne rendrons pas notre aide conditionnelle à des décisions politiques spécifiques prises par les gouvernements partenaires, ou pour tenter d’imposer des choix politiques à ces pays ».

Cependant, les dix nations qui ont jusqu’à présent signé : Bénin, Burkina Faso, Ghana, Malawi, Ethiopie, Côte-d’Ivoire, Mozambique, Nigeria, Sénégal et Tanzanie, ont pris plus de 200 engagements politiques qui rendront plus facile pour les multinationales de faire des affaires dans leur pays. Certains de ces engagements politiques comprennent la mise en œuvre du projet d’acte de l’UPOV-91. Le gouvernement britannique ne devrait pas exercer des pressions sur d’autres pays pour faire ces changements.

Le ‘World Development Movement’ a mis en place une pétition pour écrire aux députés locaux afin de leur dire que les gens ne veulent pas que nos gouvernements puissent interférer dans des nations souveraines pour les prestations des sociétés et firmes transnationales. Les changements de politique auront de vastes implications pour la souveraineté des populations, pas seulement pour le droit à l’alimentation, mais aussi pour les questions territoriales, les droits à l’eau, les droits du travail, et à leurs moyens d’existence. Il est à craindre que ces nouvelles politiques ne poussent à utiliser et à consommer davantage d’intrants chimiques dans les systèmes agricoles.

Mais les gens se rebiffent !

 Des coopératives de semences se mettent en place

Des coopératives de semences surgissent, y compris celles qui viennent juste d’être créées avec les représentants de la ‘Biodynamics Association’, l’Association de biodynamie, ‘Garden Organic’, le ‘jardin biologique’ et l’ ‘Organic Research Centre’, le Centre de recherche biologique basé à ‘Willow Farm Hall’, dans le nord de l’Essex en Grande Bretagne.

Cela fait suite à ‘Stormy Hall Seeds’ une organisation basée dans le Nord du Yorkshire, qui finira par devenir une partie de la coopérative qui va produire, traiter et stocker les semences pour la vente au détail et pour l’expédition. Ces initiatives offrent une possibilité de mettre la main de façon pratique en vue de la résistance pour la prise de contrôle des semences, quelque chose qui a été largement discuté lors de l’événement, comme l’une des méthodes dont nous avons besoin pour soutenir, pour développer, ainsi que pour reconnaître cela comme une pratique qui s’exerce déjà de plus en plus au Royaume-Uni en particulier et en Europe en général.

Les défis résident dans l’extension de ces initiatives, en fournissant des semences et des ressources pour les agriculteurs à l’échelle commerciale, et pas seulement pour les jardiniers et les cultivateurs amateurs.

L’initiative dite ‘Open Source Seed Initiative’ pour les semences est un exemple de quelque chose de plus important mais qui fait actuellement défaut dans l’Union Européenne : il s’agit d’une action assumée aux États-Unis pour la conservation des semences qui a commencé en 2011. L’initiative a publié ses premières séries de graines de semences en 2014, et cela a été très populaire, avec des demandes à l’échelle nationale pour 36 variétés de semences de plantes cultivées différentes et 14 demandes internationales de même nature dans 8 nations différentes, en soulignant la demande du public pour une alternative aux semences protégées par des brevets [11]. Ces exemples fournissent un cadre efficace à suivre dans l’Union Européenne.

À plus grande échelle, des scientifiques comme le Dr Melaku Worede en Ethiopie qui a remporté le ‘Right Livelihood Award’ en 1989, ont fourni un excellent exemple pour le monde sur la façon de conserver des semences, de générer de nouvelles variétés et de mettre en contact les scientifiques avec les agriculteurs, des personnes qui en savent beaucoup sur l’importance des semences. Au lieu de ne garder que quelques graines qui ne sont utiles que dans une bibliothèque génétique et pour un effort de conservation, le Dr Melaku Worede a étendu l’initiative auprès des petits agriculteurs pour relancer collectivement et conserver de grandes quantités de semences indigènes traditionnelles, pour faire face à la sécheresse, et qui pourraient ensuite être distribuées gratuitement aux agriculteurs.

La création de banques de semences communautaires conserve la diversité génétique au niveau des agriculteurs locaux, chez lesquels les graines de semences sont exposées fréquemment et de façon dynamique à des conditions environnementales changeantes, au lieu d’être placées en hibernation à des températures négatives pour leur conservation, au lieu de les utiliser activement en les resemant. Un nouveau film de Jess Phillimore pour la ‘Gaia Foundation’ (Fondation Gaia), qui sera présenté en décembre 2014, explore les réalisations du Dr Worede en vue de résister à l’érosion de la biodiversité des semences et pour garantir la souveraineté alimentaire.

 Des manifestations de masse sont organisées

The Landworker’s Alliance’ , la branche de La Via Campesina au Royaume-Uni avec l’appui de ‘WarOnWant’ ont organisé des manifestations et ont fait campagne contre les politiques semencières de l’Union Européenne ainsi que contre la proposition de ‘Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement’ (ou TTIP), un accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Union Européenne *.

[* Voir à ce sujet l’annexe TTIP/TAFTA après cet article de l’ISIS].

Le TTIP verrait la législation de l’Union Européenne érodée dans beaucoup de domaines en l’alignant sur les normes des États-Unis, y compris la déréglementation de la sécurité alimentaire, la déréglementation de l’environnement, ainsi que dans d’autres domaines tels que les droits des travailleurs, les services publics et la vie privée ; ce traité irait probablement vers la dissémination des aliments et des semences de plantes génétiquement modifiée [OGM] sur les marchés de l’UE.

Les plus grands lobbyistes de cet accord commercial sont en effet les sociétés agro-industrielles. Les négociations sont toutes tenues dans le secret de sorte que les conséquences de cet accord restent totalement incertaines à l’heure actuelle. Une résistance croissante à cet accord est de plus en plus visible, avec par exemple une pétition pour l’arrêt du TTIP qui a recueilli 600.000 signatures en moins d’une semaine dans l’Union Européenne. Pour signer cette pétition aller sur le site suivant - To sign this petition go to the stopTTIP.org website.

La mobilisation sociale sous la forme de protestations, de manifestations et le travail de campagne ont apporté récemment des résultats internationaux importants ; tout ceci a fourni des exemples inspirants de ce qui peut être fait pour protéger les semences au profit de la société dans son ensemble.

Le 5 septembre 2014, le Congrès du Guatemala a abrogé avec succès la loi UPOV-91 sur les obtentions végétales, à la suite des manifestations d’organisations paysannes, avec les groupes de campagne locaux et la société civile [12]. La loi aurait dû entrer en vigueur en septembre après la signature par le Congrès qui avait eu lieu en juin. Ceci est une grande victoire dans la lutte pour la protection des droits des agriculteurs, par rapport à ceux de l’obtenteur : c’est un exemple qui démontre que de larges alliances entre les agriculteurs et les militants, la société civile et la société en général peuvent s’’opposer aux firmes transnationales géantes pour réussir à protéger les droits pour l’utilisation des graines de semences, ainsi que les droits des agriculteurs.

Les protestations contre l’UPOV-91 et la ‘Nouvelle Alliance’ ont été de plus en plus marquées à travers les Nations africaines impliquées, y compris le Ghana et l’Ethiopie : ceci donne de l’espoir de les voir suivre les traces du Guatemala dans la résistance à la prise de contrôle de leur approvisionnement en denrées alimentaires.

 Un mouvement qui va croissant face à la cupidité des entreprises

Le ‘London Great Seed Festival’, le grand Festival de Londres sur les semences, ainsi que des événements similaires à travers le pays, apportent une résistance qui est bien nécessaire contre la prise de contrôle sur les semences. L’événement comprenait l’échange de semences, les dons de semences, ainsi que des ateliers et des guides d’utilisation des semences pour fournir aux producteurs une grande diversité de légumes et les connaissances nécessaires pour les développer avec succès.

Les semences ont été fournies par les organismes suivants : ‘Seed Freedom Food Bank’, ‘Open Pollinated Seeds’ and ‘Garden Organic’s Heritage Seed Library’. En réponse aux menaces qui pèsent avec les lois sur les semences dans l’Union Européenne, des groupes voient l’intérêt croissant et la participation pour l’échange de semences, pour la récupération par autoreproduction et la mise en culture domestique, tout en mettant en relief les énormes inquiétudes pour l’avenir de la biodiversité des semences et la souveraineté alimentaire des populations.

Le souci de la santé de leurs enfants est un autre facteur déterminant chez les personnes pour prendre en main la production alimentaire dans des systèmes durables locaux dans lesquels ils peuvent avoir confiance. Le plaisir d’apprendre davantage sur les produits a également été un élément clé chez les nombreux participants. Les adultes et enfants ont participé à des ateliers sur la fertilité des sols et sur les semis, avec l’utilisation au jardin d’organismes bénéfiques comme les vers de terre.

Les zones urbaines voient de plus en plus apparaître des jardins familiaux, des jardins partagés ou communautaires, ainsi que des jardins scolaires pour que les enfants gardent le contact avec la production alimentaire. Les ‘Food Growing Schools’, des écoles faisant pousser des plantes alimentaires, étaient également représentées au festival : c’est un récent projet mis en place à Londres pour apporter de plus en plus de savoir-faire auprès des enfants, ainsi que l’équipement des écoles avec les outils dont les établissements scolaires ont besoin. Ces initiatives sont essentielles pour que les connaissances traditionnelles sur la conservation des semences et pour la reproduction des plantes, des pratiques qui ont été perdues du fait de l’agriculture industrielle.

Ce genre d’événements se généralise un peu partout en Grande Bretagne dans les communautés locales. Ces mouvements doivent être soutenus et encouragés pour qu’ils se développent et, plus important encore, ces évènements doivent d’être reconnus. La biodiversité est dans les mains des petits agriculteurs et des jardiniers ; cela n’est pas enregistré dans les rapports nationaux qui n’analysent essentiellement que l’agriculture industrielle. Comme l’a dit Patrick Mulvany, seulement 1 à 2 % des citoyens du Royaume-Uni sont des agriculteurs, mais il y a au moins quatre fois plus de praticiens dans les divers jardins et dans les lotissements : ceci est une source non reconnue de la biodiversité au Royaume-Uni, qui offre des alternatives déjà existantes mais qui peuvent encore être étendues. Passer de la sensibilisation à la richesse des ressources qui nous sont proposées par la nature et par nos droits en la matière : voici la réponse toute trouvée pour garantir la sécurité alimentaire des populations.

Création artistique de Rachel Phillimore http://www.racheltextiles.co.uk/

Références

1. Wake Up Before It Is Too Late. Trade and Environment Review 2013. United Nations Conference on Trade and Development. http://unctad.org/en/PublicationsLibrary/ditcted2012d3_en.pdf

2. Brinch P. Open Pollinated Seeds. Answering Four Questions. Organic Horticultural Symposium 2011

3. Sirinathsinghji E. GM Crops Destroyed by US Drought but non-GM Varieties Flourish. Science in Society 56, 6-8, 2012.

4. Acquisition of Africa’s SeedCo by Monsanto, Groupe Limagrain : Neo-colonial occupation. Afsafrica.org, 7th October 2014 http://afsafrica.org/acquisition-of-africas-seedco-by-monsanto-groupe-limagrain-neo-colonial-occupation-of-africas-seed-systems/

5. Seed Giants vs U.S. Farmers. Report by Centre For Food Safety, 2013. http://www.centerforfoodsafety.org/files/seed-giants_final_04424.pdf

6. Open letter to Commissioner Potočnik about biodiversity offsetting. Fern.org, October 20th 2014. http://www.fern.org/publications/ngo-statements/open-letter-commissioner-poto%C4%8Dnik-about-biodiversity-offsetting

7. World Food Day Message, 15th October 2014. Save Ghana’s sovereignty and our food supply. Foodsovereigntyghana.org. http://foodsovereigntyghana.org/save-ghanas-sovereignty-and-our-food-supply/

8. Stringent plant variety protection may impinge on right to food. Third World Network, 13th October 2o14 http://www.twnside.org.sg/title2/susagri/2014/sa364.htm

9. Open Letter to the Secretary of International Treaty on Plant Genetic Resources for Food and Agriculture on Farmer’s Rights, 18th September 2014. Third World Network. http://www.twnside.org.sg/title2/susagri/2014/sa354.htm

10. Haigh, C. Carving up a continent : How the UK government is facilitating the corporate takeover of African food systems. World Development Network, April 2014. http://www.wdm.org.uk/sites/default/files/agribusiness/carving-up-a-continent.pdf

11. Fighting the seed monopoly : ’We want to make free seed a sort of meme’, Theguardian.com, 2nd May 2014 http://www.theguardian.com/sustainable-business/seed-monopoly-free-seeds-farm-monsanto-dupont

12. Guatemala : “Social Mobilisation Crowned With Victory”. Association for Plant Breeding for the Benefit of Society. 8th October 2014. http://www.apbrebes.org/news/guatemala-social-mobilization-crowned-victory

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Annexe TTIP ou TAFTA

Selon l’introduction de l’article que Wikipédia consacre à ce sujet : « Le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI ; ou TTIP en anglais), également connu sous le nom de traité de libre-échange transatlantique (TAFTA en anglais), est un accord commercial en cours de négociation entre l’Union européenne et les États-Unis prévoyant la création en 2015 d’une zone de libre-échange transatlantique souvent appelée grand marché transatlantique1,i 1. Si le projet aboutit, il instituera la zone de libre-échange la plus importante de l’Histoire, couvrant 45,5 % du PIB mondial2. Ses défenseurs affirment que l’accord conduira à une croissance économique pour les deux parties tandis que les critiques soutiennent notamment qu’il augmentera le pouvoir des entreprises face aux États et compliquera la régulation des marchés. Article complet à lire sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Partenariat_transatlantique_de_commerce_et_d%27investissement

La Commission Européenne dispose d’un site spécial sur le ‘Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement’ voir le site suivant : http://ec.europa.eu/trade/policy/in-focus/ttip/index_fr.htm

 Par ailleurs, nous conseillons vivement la lecture de l’article suivant qui donne aussi accès in fine à une longue série d’autres articles sur le sujet : ‘Le TTIP ou TAFTA : grand marché transatlantique UE-USA : les coupables hésitations françaises’

TTIP : Transatlantic Trade and Investment Partnership (partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement)

mardi 4 novembre 2014 par Yonne Lautre

TAFTA (Transatlantic Free Trade Area) = accord de libre-échange sur le commerce et l’investissement entre l’Union Européenne et les Etats-Unis

Accès à toutes les informations sur : http://yonnelautre.fr/spip.php?article6377

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Traduction, compléments entre [...], annexe sur TTIP/TAFTA et intégration de liens hypertextesp pour plus de détails :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.

Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, ex professeure des écoles.

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921 orange.fr

Fichier : ISIS Semences Beware the Corporate Takeover of Seed under Many Guises French version.2


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