Yonne Lautre

Daniel Bourget, le village de Bellechaume et la pollution de son eau

Président de l’APNEB, Association de préservation de la nature et de l environnement de Bellechaume
mercredi 18 février 2015 par APNEB, Bourget Daniel , Rédaction de Yonne Lautre

Entretien réalisé par la Rédaction de Yonne Lautre le 18 février 2015

 Daniel Bourget, pourriez-vous d’abord nous présenter votre village de Bellechaume ?

Bellechaume est un petit village de prés de 500 habitants, situé en partie à flanc de coteau longeant la foret d’Othe, c’est une petite commune du Jovinien (petite région géographique, celle de la côte d’Othe ou cuesta d’Othe ). Il y a 40 ans l’eau du captage EP était très pure et d’une grande qualité car autour de la source il n’y avait que des prés, et de petites parcelles de cultures entourées de haies bocagères. Et puis les agriculteurs nouvellement venus ont décidé d’arracher, de défricher, et d’adopter des modes de culture intensive, et l’eau a commencé à contenir des pesticides.
Heureusement que le vaste bassin alimentation de ce captage est en grande partie situé en forêt d’Othe, malgré ça, ils ont quand même réussi à dégrader sa qualité. Je suis conscient qu’ il y a bien pire, mais devons-nous accepter le moins pire alors que des solutions simples existent pour reconquérir la qualité de notre eau ?

 Quand et comment avez-vous su que l’eau était polluée et de quelles pollutions souffre-t-elle aujourd’hui ?

Avant d’avoir pris connaissance des différentes contaminations, j’ai constaté que le périmètre de protection immédiate du captage qui doit être clôturé dans son ensemble, avait été sous-dimensionné et que l’agriculteur cultivait depuis 30 ans dans une partie de cet espace ! Or le captage d’eau potable est protégé par arrêté d’utilité publique, celui-ci définit des prescriptions qu’il ne faut pas violer selon la loi (document public disponible en mairie). J’ai donc alerté le procureur en 2011, et celui-ci a demandé une enquête auprès de la gendarmerie, celle-ci m’a auditionné. Les gendarmes m’ont dit qu’effectivement il y avait dysfonctionnement, je leur ai dit que c’était le maire de Bellechaume qui avait violé cet espace en cultivant dedans 30 ans en intensif et qu’après sa retraite, son fils continuait de plus belle.
Il a fallu 3 ans et une mise en demeure préfectorale pour que la mairie soit contrainte de remettre en conformité ! Le procureur m’a informé que l’ancien maire ne niait pas avoir cultivé dans le PPI ! Les auteurs de la violation de cet espace n’ont jamais été inquiétés par la justice.
Pourtant cela ressemble à de l’abus de biens sociaux, le plus triste c’est que le conseil Municipal a fait payer la remise en conformité au frais des habitants et non pas au maire d’il y a quelques mois !
 
A présent, l’Apneb demande au nouveau maire (ancien premier adjoint et agriculteur aussi !) d’avoir la sagesse et la bienveillance de placer les jachères dans le périmètre de protection rapproché afin de ne plus répandre de pesticides dans cette zone vulnérable, et ainsi voir notre eau se décontaminer avec le temps.
Mais la réponse est non à notre requête écrite au conseil municipal. Pourtant l’ARS nous informe que la qualité de l’eau peut être améliorée en adoptant de nouvelles pratiques agricoles après adoption d’une étude de Bassin d’alimentation de captage. Mais tout ceci ne peut se faire que sur la base du volontariat ! Donc pas de chance pour notre ressource en eau potable lorsque le maire est en conflit d intérêt ! Merci la France et les politiques laquais de la FNSEA et autres pétrochimistes de tout poils.
 Selon l’ARS, Il y a eu des dépassements en Glyphosate. On constate la présence de déséthylatrazine (DEA), Chlortoluron, et probablement d’autres molécules puisque le contrôle pesticides se fait une fois par an !

 La population peut-elle accéder facilement aux résultats d’analyses de l’eau potable complètes, fiables et compréhensibles ?

Les informations sur la qualité de l’eau sont affichés par obligation dans la mairie, mais pour les citoyens non initiés , les très nombreuses valeurs affichées sont pratiquement incompréhensibles hélas , voir rébarbatives ! Bref il y a, à mon sens, une volonté des pouvoirs publics d’entretenir une certaine opacité, car les enjeux sont importants, le lobbying agricole dans nos plaines céréalières est très influant et fait pression sur les services de l’état ! ( un sénateur est particulièrement malfaisant)
Et puis pour les pesticides une analyse par an ! Que buvons-nous le reste de l’année ?

 Daniel Bourget, vous êtes soutenu par des associations icaunaises ?

L’ADENY nous a bien aidé, et a fait le maximum en fonction de ses possibilités (merci encore à eux). Je voudrais préciser qu’au début de cette affaire l’ARS et l’Agence de l’Eau se sont montrés discrets, mais dernièrement, suite à nos courriers, ils sont devenus plus coopératifs en nous expliquant par écrit que la qualité de l’eau pouvait être améliorée en nous donnant des voies, celle par exemple nous informant qu’une étude BAC serait une des solutions.
Nous avons donc interpellé le conseil municipal, qui hélas a rejeté ce beau projet d’amélioration de la qualité de l’eau , cela parait paradoxal car la mairie doit agir pour l’intérêt des habitants. Mais le maire est en conflit d’intérêt puisqu’il cultive dans ce bassin d’alimentation de captage. Nous avons probablement à faire, dans le principe, à un petit conseil municipal d’aristocrates.

 Pourriez-vous, de façon concrète, nous détailler toutes les alternatives, les solutions à mettre en place pour revenir progressivement à une eau de qualité ?

Il y a 40 ans, l’eau potable était de grande qualité. Pourquoi ? Parce qu’ il n’y avait pas d’agriculture intensive dans le bassin d’alimentation de captage, c’est très simple. Donc la solution pour retrouver cette eau de qualité serait de ne plus répandre des pesticides ni fertilisant dans cet espace. L’ingénieur secteur, de l’Agence régionale de santé, nous répondait suite à notre courrier, que la qualité de l’eau pouvait s’améliorer en adoptant de nouvelles pratiques agricoles, en adoptant des règles définies par une Etude de bassin d’alimentation de captage. Les agriculteurs selon la Pac, ont pour obligation de maintenir 5 à 7% de leurs surfaces cultivables en jachères, si celles-ci sont placée dans les périmètres de protection du captage EP, elles évitent les épandages d’intrants. De plus la commune de Bellechaume possède de nombreuses parcelles qui pourraient être placées dans cette aire. Les solutions sont nombreuses, mais n’intéresse pas les opportunistes d’élus ( un terme bien relatif !).
 

 Daniel, comment allez-vous continuer votre lutte et comment peut-on vous rejoindre, vous épauler ?

Pour la préservation de notre captage, nous avons hélas utilisé tous les recours possibles à présent, le conseil municipal a décidé que le captage ne serait pas protégé efficacement et il en a le droit !! Et oui c’est comme ça en substance, l’état français autorise que la population puisse consommer de l’eau avec des intrants ou pesticides, bien sûr il détermine les quantités de poisons admissibles selon lui, et ceci est défini par la réglementation ! 
Je ne pense pas que la majorité des citoyens soient conscients de ça. Alors bien sûr il y a des captages beaucoup plus dégradés, mais est-ce une raison pour accepter de voir se dégrader notre ressource naturelle ? L’eau de qualité est indispensable à la bonne santé, les vertébrés sont constitués de prés de 70% d’eau.
Ces molécules biocides sont inédites dans l’histoire de l’évolution biologique des organismes, c’est pourquoi elle génère des problèmes de santé publique, sans compter l’impact sur le reste de la biodiversité, impactant du coup encore notre santé.
Pour nous rejoindre, il suffit de nous contacter au 03 86 43 17 24.
Nous épauler consiste, comme vous le faites très gentiment, à nous écouter, puis transmettre au plus grand nombre possible nos alertes, en espèrent qu’un jour les citoyens sensibilisés puissent au travers du vote, exiger que la loi soit plus protectrice des captages EP.
Mais nous savons tous que la classe politique est très décriée et souvent malhonnête faisant fi du souhait populaire.


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