Yonne Lautre

« Saccage : Argentine, le hold-up du siècle » un film de Fernando Solanas

mercredi 29 septembre 2004 par Solanas Fernando

Saccage : Argentine, le hold-up du siècle

Un film de Fernando Solanas (Ours d’honneur à Berlin en 2004)

Le vendredi 27 août à 20 h, lors de l’Université d’Attac d’Arles, le film a été projet, suivi d’un débat animé par Eric Toussaint, président du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM).

Lettre de Fernando Solanas aux spectateurs :

" Des centaines de fois, on m’a demandé :
comment cela a-t-il pu être possible que, dans un pays si riche, la pauvreté et la faim atteignent une telle ampleur ? Qu’est-il arrivé des promesses de modernité, de travail et de bien-être que prônaient les politiques, les chefs d’entreprise, les économistes visionnaires et leurs services de communicateurs médiatiques, quand le pays n’a jamais connu ces aberrants taux de chômage et de dénuement ? Comment peut-on comprendre l’aliénation du patrimoine public pour payer la dette, quand l’endettement s’est multiplié plusieurs fois, en compromettant le futur de plusieurs générations ? Comment, dans une démocratie, ont été possibles autant de dégradation des institutions républicaines, autant de soumissions aux pouvoirs externes, autant d’impunité, de corruption et de perte de droits sociaux ?

Répondre aux questions posées par la catastrophe sociale, ou revoir les chapitres honteux de l’histoire récente serait impossible dans les marges limitées d’un film : il en faudrait beaucoup plus, avec des enquêtes, des débats et des études pour rendre compte de l’ampleur de cette catastrophe.

Ce film est né pour faire vivre la mémoire contre l’oubli, reconstruire l’histoire d’une des étapes les plus graves de l’Argentine, pour inciter à dénoncer les causes qui ont provoqué la mise à sac économique et le génocide social.

Saccage est aussi un cinéma libre et créatif réalisé pendant les mois incertains de 2002, quand il n’existait pas de certitudes sur le futur politique du pays. Trente cinq ans après L’Heure des brasiers, j’ai voulu reprendre l’histoire à partir des paroles et des gestes de ses protagonistes, et remettre les images dans leur contexte. Des procédures et des images qui, avec leurs traits propres, ont également touché d’autres pays frères.

C’est une façon de contribuer à la tâche plurielle d’une refondation démocratique de l’Argentine et au débat qui se développe dans le monde face à la mondialisation déshumanisée avec la certitude qu’un autre monde est possible ".

Fernando E. Solanas

Ce film est dédié à tous ceux qui résistent avec dignité et courage. Les chemins de la misère sont encore plus inacceptables lorsqu’ils sont prévisibles et qu’ils se passent en terre abondante...

Le film devrait sortir en salle fin septembre 2004. Simplement vous écrire ceci : ce film est incroyablement pédagogique, aussi il donne à comprendre bien des aspects du capitalisme moderne. Sidérant...

PP


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  • « Saccage : Argentine, le hold-up du siècle » un film de Fernando Solanas
    27 octobre 2011, par Yonne Lautre

    http://www.argentine-info.com/2010/08/memoire-un-saccage-pino-solanas-voir-le-film-en-entier/

    Mémoire d’un saccage… Pour ceux qui ne l’ont pas vu, à voir absolument ! C’est éclairant dans cette tourmente… Bien sûr faut prendre un peu de temps… vous ne le regretterez pas ! Et merci de faire suivre, si vous pensez que ça vaut le coup…

    Michèle

  • > « Saccage : Argentine, le hold-up du siècle » un film de Fernando Solanas
    12 décembre 2004

    Mémoire d’un saccage : Argentine, le hold-up du siècle
    Les Barons Marqués, Nov 17, 2004 11:51 am

    Un film reconstruit le mécanisme de la dette argentine et revient sur trente années de « saccage ».·

    Mémoire d’un saccage : Argentine, le hold-up du siècle du documentariste argentin Fernando E. Solanas raconte l’histoire de l’Argentine de ces trente dernières années, l’histoire d’une trahison et d’une révolte, l’histoire d’une dette qui se creuse et d’une crise sociale qui s’aggrave. Dans certaines régions du pays, le taux d’enfants mal nourris ou sous nourris est passé, en quelques années, de 18 % à 80 %. Les restaurants se protègent des cohortes d’affamés et n’ouvrent leurs portes qu’après s’être assurés de la solvabilité de leurs clients. Chaque jour, une centaine de personnes meurt de sous-nutrition ou de maladies curables. Le chômage s’étend. Les économies de toute une vie ne valent plus rien. Pendant ce temps, une minorité s’enrichit. Comment a-t-on pu en arriver là, dans un pays peu peuplé, à la terre fertile, aux richesses minières, pétrolières et gazières importantes et qui avait, au cours de la première moitié du XXe siècle, un niveau de vie comparable à celui de l’Europe ? Pourquoi, dans un pays qui produit de quoi nourrir 300 millions de personnes, un pays aux institutions reconnues comme démocratiques, meurt-on de faim ?

    Une « mafiocratie »

    L’affiche du film (Ph.D.R.)
    Très documenté, Mémoire d’un saccage n’en est pas moins très clair. Un à un, Fernando E. Solanas démonte les mécanismes de la dette Argentine, sorte de redistribution sociale inversée où les richesses du pays sont immanquablement transférées des parties les plus pauvres de la population vers les grands groupes financiers et industriels internationaux et leurs affidés locaux, mélange d’hommes politiques, de syndicalistes et d’aristocrates affairés et de journalistes de révérence, à défaut d’être de référence, une « mafiocratie » selon l’expression de Fernando E. Solanas. Deux exemples parmi tant d’autres.

    Au commencement, une « dette inversée »

    En 1983, au sortir de la dictature, la dette du pays s’élève à 47 milliards de dollars. Mais plus de la moitié, 27 milliards de dollars, est, en fait, une dette privée, contractée pendant les années de dictature par les filiales argentines des grands groupes financiers et industriels internationaux auprès de leurs maisons-mères : Citibank, JP Morgan, la Bank of America, la Chase Manhattan Bank, le Crédit Lyonnais, la Société Générale, la Deutsche Bank, Ford, Mercedes Benz, Renault, Esso, IBM, Pirelli, etc. En 1984, Domingo Cavallo, ministre de l’Economie du gouvernement démocratique de Raul Alfonsin, a nationalisé cette dette. Bref, comme l’écrit Eric Toussaint, chercheur au Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM), « le contribuable argentin rembourse la dette contractée par les filiales des multinationales auprès de leurs maisons-mères ou auprès des banquiers internationaux. » La dette est, selon les mots d’un économiste argentin interrogé dans le film, une « dette inversée », l’Etat argentin doit moins d’argent aux banques étrangères que ce que celles-ci lui doivent, ou plutôt devraient symboliquement lui devoir.

    Des dettes et des pertes nationalisées,
    des bénéfices privatisés.

    Un patrimoine national bradé
    Elu président du pays en 1989, Carlos Menem a bradé la quasi-totalité du patrimoine de l’Argentine. Les infrastructures pétrolières, la compagnie nationale d’électricité, la gestion de l’eau, la télévision, les radios, la compagnie nationale des télécommunications, les routes, les autoroutes et les chemins de fer furent, tour à tour, privatisés dans d’étranges conditions. La compagnie pétrolière publique YPF a été vendue à la firme espagnole Repsol. C’est à la banque Merril Lynch qu’est revenue la charge d’évaluer la valeur de la compagnie Argentine. Or, Merril Lynch a sous-estimé de 30 % les réserves pétrolières de la compagnie, diminuant ainsi son prix de rachat. Des Boeing 707 de la compagnie publique d’aviation Argentine furent vendus 1,54 dollar pièce. Suite à la privatisation du service de distribution d’eau, le prix de l’eau a augmenté de 20 %. Le taux de profit d’une compagnie comme France Telecom est de 15 % en Argentine, 5 % dans le reste du monde. Le réseau de voies ferrées est passé, en quelques années, de 30 000 kilomètres à 8000 kilomètres. Le nombre de cheminots a été réduit de 90 000 à 15 000... Le programme de privatisations mené par Carlos Menem aurait fait perdre 60 milliards de dollars à l’Etat argentin. La dette du pays a triplé et est passée à 147 milliards de dollars.

    Cas isolé l’Argentine ? Pas si sûr... Le « hold-up du siècle » n’a pas été une simple histoire Argentine mais une aventure aux multiples acteurs. Les banques et les groupes industriels internationaux, tout comme les institutions financières internationales, ont joué un rôle considérable dans l’effondrement de l’économie Argentine. L’ancien directeur général du FMI, le Français Michel Camdessus, que l’on voit dans le film donner l’accolade à Carlos Menem, a été chargé, il y a quelques mois, par Nicolas Sarkozy de rédiger un rapport sur l’état de la France. Michel Camdessus fustige ce qu’il appelle l’ « hypertrophie de la sphère publique » et remet en cause la limitation du temps de travail, le salaire minimum et le contrat à durée indéterminée, autant de freins, selon lui, à l’activité économique...

  • > « Saccage : Argentine, le hold-up du siècle » un film de Fernando Solanas
    1er novembre 2004

     % Rendez-vous avec Attac Sud Luberon %

    Lundi 8 novembre à 20h30 au Cinéma le Luberon à Pertuis

    MEMOIRE D’UN SACCAGE - Film de Fernando SOLONAS - L’Argentine, le hold up du siècle…

    Ours d’honneur au festival de Berlin 2004

    Débat animé par Daniel Van Eeuven,
    Professeur d’Université, Président du CREALC
    ( Centre de recherches sur l’Amérique latine et les Caraïbes)

  • > « Saccage : Argentine, le hold-up du siècle » un film de Fernando Solanas
    29 septembre 2004

    Sortie cette semaine dans les salles de cinéma

    à ne pas manquer

    extraordinaire

    PPaquin Attac 89

  • Argentine - Usine Zanon : succès de la gestion ouvrière , par Francisco Morillas
    23 septembre 2004

    Argentine - Usine Zanon : succès de la gestion ouvrière

    IMPRIMER
    par Francisco Morillas
    20 septembre 2004
    article en espagnol

    Zanon, un nom connu internationalement depuis que les ouvriers de cette fabrique de céramique, après son abandon par le patron, l’aient récupérée et aient relancé la production. Sa formidable réussite constitue un exemple à suivre pour les millions de chômeurs et de travailleurs qui subissent les ravages d’une économie où le profit et l’exploitation détruisent les individu-e-s.

    Depuis 3 ans, cinq expulsions de la fabrique ont été mises en échec par la détermination des ouvriers (« nous nous battrons jusqu’aux dernières conséquences ») et le soutien de la population de Neuquén. Ce n’est pas un hasard si le propriétaire Zanon est un grand ami de l’ex président Carlos Menem [président de l’Argentine de 1989 à 1999. (ndlr)] et que le gouverneur de la province de Neuquén, Sobitch, soit ménémiste. On peut estimer que cette offensive comme celle de la mafia économico-politique argentine dont l’objectif est d’en finir avec la mauvaise habitude des travailleurs argentins de se croire les maîtres des entreprises dans lesquelles ils travaillent. Une expulsion de Zanon, outre qu’elle engendrerait une repression terrible, ouvrirait la porte à l’expulsion de toutes les entreprises récupérées (surtout que l’on entre dans une période où le délai d’expropriation temporaire de deux ans expire pour bon nombre d’entre elles). Les travailleurs de Zanon impulsent des mobilisations, non seulement dans leur province, mais aussi à Buenos Aires où le 14 septembre, une manifestation des entreprises récupérées et des organisations de chômeurs s’est rendue au Parlement pour exiger une loi nationale d’expropriation définitive.

    Francisco Morillas est membre de la Comisión Interna de Zanon et coordinateur de la production. Il nous raconte comment s’est déroulée la récupération de la fabrique, les progrès de la production et les créations de poste.

    ZANON DEBOUT : PROGRES DE LA GESTION OUVRIERE

    Nous avons été licenciés le premier octobre 2002. Ce jour-là, à notre arrivée à six heures du matin, nous avons trouvé l’équipe de nuit à la porte de la fabrique. Ils nous ont raconté qu’ils avaient tous été mis à la porte et que la fabrique était fermée. Nous avons décidé de tous rester avec l’espoir que la fabrique réouvre ses portes et ainsi continuer à travailler. Lors d’une grande assemblée, nous avons decidé de monter des tentes et de rester là. Nous étions 331 travailleurs, ouvriers, des camarades, pour diverses raisons, ne voulurent pas participer à la lutte et s’en allèrent. Les plus de 260 travailleurs qui restèrent, nous décidâmes de nous battre jusqu’au bout parce que nous ne voulions pas finir par rejoindre la file des millions de chômeurs du pays, nous ne voulions pas 150 pesos [1] mais le poste de travail. Les patrons ont dit qu’ils fermaient la fabrique parce qu’elle n’était pas rentable. Nous savions que ce n’était pas vrai et nous sommes restés pour cette raison.

    En mars 2002, nous avons décidé, lors d’une assemblée, de rentrer dans la fabrique et de la mettre en marche, nous avons pu allumer un four et démarrer une ligne de production. Ce mois-là, nous avons produit 10.000 mètres cube de céramique. Lors d’une assemblée, nous avons fixé le salaire que nous allions nous attribuer et nous avons décidé qu’il devait être de 800 pesos. Il y avait 130 camaradas qui gagnaient 530 pesos et d’autres qui gagnaient entre 1000 et 1200 pesos. Mais l’accord fut de fixer des salaires égaux pour tous.

    En septembre 2002, nous sommes passés à une production de 60.000 m3 et avons généré les 20 premiers postes de travail supplémentaires que nous avons offert aux diverses organisations de chômeurs de Neuquen. En février 2003, 120.000 m3 de production et 30 nouveaux postes pour les différents mouvements. En juillet 2003, 160.000 m3 et 30 autres postes de travail qui furent octroyés à ceux qui avaient des qualifications dont nous avions besoin : mécaniciens, électriciens et autres. En décembre 2003, nous avons atteint 200.000 m3 de production et créé 20 nouveaux postes de travail que nous avons offert aux organisations indigènes mapuches, aux organisations d’handicapés et aux ex-travailleurs de Cablevision du Comahue qui avaient mené eux aussi une très grande lutte. Beaucoup d’entre eux sont restés dans la rue et maintenant ils font partie des travailleurs de Zanon. En mars 2004, après avoir atteint 250.000 m3, nous avons créé 40 nouveaux postes de travail et les avons donnés aux ex-travailleurs de Zanon qui étaient partis au début de la lutte. En juin de cette année, nous sommes arrivés à une production de 310 000 m3 et avons créé 30 postes de travail répartis entre fils et frères d’ex-travailleurs de la fabrique. Nous prévoyons pour le mois de septembre une production de 380.000 m3 de céramique.

    Nous avons réalisé tout cela sans aucun type de subvention de qui que ce soit. Aujourd’hui, nous payons 130.000 pesos d’électricité, 140.000 pesos de gaz pour les fours. Les patrons de Zanon recevaient eux 60 % de subventions pour ces charges. Nous, nous n’avons même pas un centime.

    (...)

    Depuis un moment, nous avons décidé que les 250 camarades qui étaient restés au début du conflit toucheraient 200 pesos par mois d’ancienneté. Avec la production des 380.000 m3 de septembre, nous voulons voir si nous pouvons unifier les salaires des camaradas qui gagnent 800 pesos avec ceux qui gagnent 1000 pesos, en raison de l’ancienneté. Il y a quelques mois, nous avons aussi décidé que la gestion ouvrière allait payer le transport des 400 travailleurs de Zanon.

    Ce résultat nous a beaucoup coûté, nous l’avons obtenu avec le soutien des différentes organisations de chômeurs, de partis de gauche et avec la société de Neuquén, qui a compris quel était le problème des travailleurs de Zanon, et qui a dit à la Justice et au Gouvernement provincial : ne touchez pas aux travailleurs de Zanon ! Et ils ne nous ont pas touchés.

    Aujourd’hui, nous sommes menacés d’expulsion comme nous l’avons été plusieurs fois et nous voyons que c’est la dernière ligne droite. La “proposition” du Gouvernement provincial est que nous, les travailleurs de Zanon, fabriquions des maisons préfabriquées et que nous les installions dans les différentes occupations de terrains. Nous avons répondu que nous étions d’accord avec le projet qu’offre le gouvernement mais pour les camarades au chômage. Nous, les travailleurs de Zanon, avons un travail, nous faisons des sols et des revêtements que nous pouvons fournir aux maisons en question. Ce projet doit être pour les camarades qui n’ont pas de travail, qui aujourd’hui touchent un « plan » [2] de 150 pesos et pour d’autres qui ne touchent rien.

    La proposition de Sobisch est une forme d’expulsion dissimulée. S’ils viennent nous expulser, nous allons nous défendre jusqu’aux dernières conséquences parce que nous, les travailleurs, croyons être les seuls qui puissions nous garantir le salaire. De plus, nous avons créé 170 postes de travail, ce qui n’est pas rien dans la situation du pays.

    Francisco Morillas

    NOTES :

    [1] 1 euro équivaut à 3,64 pesos. (ndlr)

    [2] Planes trabajar o jefes y jefas : « contrats » de 2O heures par semaine payés 150 pesos (300 francs) par mois utilisés par les collectivités publiques. Ils furent obtenus grâce à la lutte des piqueteros (chômeurs qui coupent les routes). Les mouvements de piqueteros ont également obtenus la gestion directe d’une partie de ces plans, les bénéficiaires travaillent donc « au service » des mouvements, ce qui d’ailleurs posent quelques problèmes de « clientélisme », surtout dans les mouvements de chômeurs des partis d’extrême gauche (ndlr).

    Source : Nuestra Lucha, ’journal militant de la classe travailleuse’, 30 août 2004.

    Traduction : Fab17 no-log.org.

    http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=1120