Yonne Lautre

« La consommation : une priorité pour le mouvement altermondialiste ? » par Stéphane Lamure

samedi 6 août 2005 par Lamure Stéphane

La consommation : une priorité pour le mouvement altermondialiste ?

Nous savons tous que l’excès de consommation nuit gravement à la santé de notre planète, que les ressources de cette dernière ne sont pas sans limite, qu’elle pervertit les relations entre les peuples en réduisant les rapports humains à des rapports mercantiles, de rapport de pouvoir.

Prenons quelques chiffres tirés d’un rapport du conseil scientifique d’Attac.

« Les émissions de dioxyde de carbone ont été multipliées par 12 de 1900 à 2000. Le nombre de catastrophes « naturelles » augmente : 147 millions de personnes touchées par an dans les années 80, 211 dans les années 90. Les plus menacés sont le milliard de petits paysans vivant directement de l’agriculture et les milliards de personnes ne disposant pas de moyens techniques, organisationnels et administratifs pour faire face à la variabilité grandissante du climat. Si les menaces pèsent surtout sur les populations du Sud, ce sont celles du Nord qui exercent la plus forte pression sur l’environnement planétaire. Chaque citoyen européen « pèse » environ 12 fois plus que chaque citoyen indien (empreinte écologique), et chaque citoyen d’Amérique du Nord environ 20 fois plus (...). La désertification touche 41% des terres émergées et 900 millions de personnes dans plus de 100 pays (...) Au cours des 40 dernières années, la surface forestière par habitant a diminué de plus de 50 %, tombant d’une moyenne mondiale de 1,2 hectare à moins de 0,6 hectare par personne. Les territoires forestiers continuent de régresser au rythme de 1.6% par an en moyenne mondiale et 2% pour les forêts tropicales. »

Aux problèmes écologiques flagrants et inquiétants, s’ajoute malheureusement la subordination des pays du Sud aux politiques des pays dits développés et des instances internationales, politiques qui ont souvent pour conséquences premières la perte de la souveraineté alimentaire, empêche presque tout le temps toute intervention de l’état pour assurer une plus grande sécurité en matière d’emplois, de services publics, de protection de leur patrimoine culturel, les installe dans une quasi impossibilité de construire une véritable cohésion sociale.

Or, l’inaction, semble être la principale réponse des autorités nationales et internationales.

Economie, sécurité, écologie, le débat démocratique ne parvient plus à peser sur le cours des évènements.

 Dans ce contexte, notre attitude en tant que consommateur pourrait-elle devenir une forme d’expression politique ?

Si l’on considère que la consommation peut devenir alors le symbole même d’une résistance face aux problèmes liés à la mondialisation libérale, un des objectifs que pourrait se fixer le mouvement altermondialiste pourrait alors être de tenter d’agir directement à ce niveau : si l’on inversait les tendances qui font de nous des consommateurs potentiels asservis à l’économie de marché, pourrait-on espérer la re politisation de ce sujet ?

En effet, tout est aujourd’hui axé sur une politique de croissance : politique nationale mais aussi européenne, mondiale. Or, tous les indicateurs nous montrent que cette politique induit des comportements destructeurs pour l’environnement, mais aussi pour l’homme, impliquant sa responsabilité envers les générations à venir, sa capacité à construire des rapports mondiaux constructifs, où la notion même de partage, à quelque niveau que ce soit, deviendrait alors centrale.

Notre consommation induit des relations transnationales, des accords commerciaux, des politiques locales qui se construisent sur des perspectives de profit qui, d’un point de vue politique, vise à espérer « bénéficier » d’une éventuelle croissance économique qui seule - nous laisse-t-on croire - pourrait permettre une amélioration du niveau de vie d’un peuple. Consommer ce que l’on nous demande, ce que l’on nous impose signifierait alors participer au grand « jeu » que le néolibéralisme nous offre. Avec un problème néanmoins qui est de taille : nous ne connaissons pas, ou peu, les règles du jeu, et les incidences mondiales de nos actes.

C’est pourquoi ce sujet central mériterait alors une véritable réflexion de la part du mouvement altermondialiste. Le sujet par essence prend une dimension politique. La dictature des marchés doit alors trouver un contre poids à l’intérieur même du mouvement.

 La mise en réseau : une solution pour avancer, pour faire avancer ?

Des réseaux très divers s’y intéressent déjà : pour certain depuis bien longtemps. L’alter consommation, phénomène qui commence à prendre une véritable dimension (commerce équitable, produit Bio, énergie renouvelable, organisation de producteurs en coopératives locales, phénomène de boycott de certains produits comme les OGM par exemple...) commence à retenir l’attention des firmes alimentaires ou de la grande distribution, des publicitaires : devons nous laisser à ceux là même qui nous en emmené dans cette logique du « je consomme donc j’existe » le soin d’organiser, de se réapproprier au risque de le pervertir très rapidement, ce renouveau citoyen.

Le mouvement altermondialiste se doit d’être encore plus présent sur ce sujet, de permettre une véritable mise en réseau de toutes ces structures associatives, syndicales, professionnelles, citoyennes qui oeuvrent pour l’instant seules face à l’immensité du travail à accomplir.

Permettre cette mise en réseau, ce serait permettre à tous d’avoir une vision beaucoup plus globale et transversale du phénomène.

Qu’est-ce que consommer ?

Qu’est-ce que l’alter consommation ?

Peut-on être sans avoir ?

L’avoir est-il un signe d’appartenance à la société ?

Sommes-nous vraiment libres quant à nos actes de consommateur ?

Autant de questions que seule une analyse systémique pourrait nous permettre d’envisager d’éventuelles alternatives.

Elle permettrait également un véritable rapport de force en faveur du mouvement social, rapport de force dont l’objectif serait de relancer ce sujet, au combien pluriel, à un niveau politique afin que les questions de souveraineté alimentaire des peuples, les questions d’environnement, les questions de politique générale liées bien trop souvent aux politiques de croissance soient enfin reconsidérées d’une façon globale, internationale, nationale et locale, pour le bien être de l’homme, de tous les hommes.

Nous sommes les premiers acteurs de notre futur, du présent et de l’avenir de beaucoup de pays en voie de développement, de pays du sud, nous pouvons aujourd’hui réunir nos forces, nos savoirs faire, nos idées pour permettre aux citoyens de se réapproprier la politique par nos actes quotidiens, pour permettre aux politiques de reconsidérer ce sujet au travers d’une politique d’ensemble, de permettre une véritable résistance locale, régionale, nationale, mondiale face au néolibéralisme, face au pilier sur lequel il a construit ses fondations.

L’Europe n’est construite aujourd’hui que sur le désir d’un grand marché unique, non contrôlé, où la concurrence serait libre, sans entrave, où tout acte politique qui irait à son encontre serait alors vécu comme une ingérence. Ce « super marché » européen n’a d’autres objectifs que de permettre une production de biens et de services à des coûts les plus bas possibles pour des profits optimums, biens et services destinés bien sûr à être consommés par une population devenue internationale. La prise en compte des réalités locales mondiales étant quasiment absente. L’Europe, à l’image du FMI, de l’OMC ou de la Banque Mondiale devient alors une machine à imposer le libéralisme sauvage.

Permettre par exemple aux forums sociaux d’ouvrir des possibles pour une résistance citoyenne de consommateurs avertis, accentuerait alors leur dimension créative : création de réseaux, création d’idées, création d’alternatives immédiatement envisageables, création d’espoir de pouvoir enfin agir.

La question de la consommation doit redevenir une réflexion centrale, politique et citoyenne, car elle est l’élément prédominant sur lequel repose aujourd’hui les principes mêmes de la mondialisation libérale et autour desquels gravitent tous les enjeux, les principes et l’éthique nécessaires à la construction d’un autre monde.

Stéphane Lamure, Attac 89.


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