Yonne Lautre

« Industrialisation de la forêt dans l’Yonne ? » avec Geneviève Azam, Raphaël Darley, Isabelle Beuniche, Frédéric Beaucher, Arnaud Kowalczyk et Fabien Houyez, table-ronde du 4 juillet 2015 à Joigny

Enregistrement audio + Retranscription de la Table ronde du 4 juillet 2015 à Joigny

Foret 4.07.15 by Yonnelautre on Mixcloud

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18H45, sous le chapiteau, samedi 4 juillet 2015 à Joigny

 Geneviève Azam

 

Marraine d’Alternatiba 89 le 4 juillet 2015

(propos retranscris)

C’est vraiment dans l’esprit d’Alternatiba, d’ancrer le village des alternatives dans les résistances locales, dans les réalités locales et non pas de manière abstraite. La question de la forêt, c’est une question absolument centrale. Ici il y a beaucoup de projets, de résistances, il faut s’emparer de cela. Tout à l’heure je parlais de désobéissance massive, je pense que racheter de la forêt pour tenter de la gérer autrement, cela fait partie de ces actes de résistance, même si ce n’est pas toujours simple , de ces actes de résistance pour soustraire tout ce qui peut être soustrait à la logique de la valorisation privative, eh bien il faut le faire. Et ça c’est un exemple de désobéissance non-violente, et qui est efficace aussi, parce qu’on grignote, non seulement on grignote concrètement les pouvoirs, mais symboliquement cela nous met en mouvement. C’est de cela dont nous avons besoin. Je conclus avec cela et laisse la parole aux personnes de la table-ronde.

 Raphaël Darley

À propos du projet de centrale électrique au bois de Tonnerre

(propos retranscris, vérifiés par l’orateur)

Si je devais employer un mot pour définir le projet Tonnerrois, ce serait opportunisme. En deux mots , voilà l’histoire. Tonnerre est une ville sinistrée, désindustrialisée. Il y a eu la fermeture de l’usine Thomson qui a employé jusqu’à 1500 ouvriers et la disparition d’un certain nombre d’autres entreprises. Et nos élus, évidemment, ont envie de faire revenir des emplois, donc des usines. Alors qu’est-ce qu’ils font ? Ils font une zone industrielle, une immense zone industrielle, avec l’aide de subventions publiques, européennes, etc. Puis ils lancent un appel d’offre : « Allez, venez les patrons ! On vous vend le terrain pas cher ! » C’est nous qui le payons, alors on leur vend pas cher. Et là, il y a quelqu’un qui répond car il voit que le terrain n’est pas cher, il voit qu’il y a de la forêt, et il a entendu qu’EDF rachetait le kilowatt « vert » produit avec du bois à 17 centimes le kw ! Je sais pas combien vous le payez vous, mais à 17 cts le kw, le gars s’est dit : « Ouah ouah, je vais gagner des sous ! »

Et voilà ! Son projet c’est d’installer une centrale électrique et produire de l’électricité, à partir du bois, 5 mégawatt. Et pour ça, il a besoin d’environ 120 000 stères de bois par an. 120 000 stères, quand on dit cela aux gens cela ne leur dit rien, alors moi je leur dis : « Vous faites Tonnerre-St Florentin, il a 30 km, et vous imaginez, de chaque côté de la route, deux piles ininterrompues de deux mètres de hauteur, et ça pour un an. Un projet comme cela, pour qu’il soit recevable, pour qu’il ait l’autorisation du ministère de « l’écologie et du développement durable », il faut que le rendement soit de 50 %, au moins. Vous savez qu’aujourd’hui, si vous voulez acheter un poêle à bois, « flamme verte », il faut qu’il affiche un rendement d’au moins 70 % et 80 % pour une chaudière. Mais là, pour une usine, 50 % suffisent.
Seulement, le rendement réel dans la transformation de l’énergie potentiellement contenue dans le bois en électricité n’est que de 25 %. Voire même moins, car si on prend en compte l’énergie grise, c’est-à-dire l’énergie nécessaire pour couper le bois, le déchiqueter, le rendement tombe à 17 %. Un poêle, c’est 70. Puisqu’il faut qu’ils arrivent globalement à 50 % de rendement, il faut qu’ils utilisent la chaleur résiduelle en sortie de turbine. Alors ils ont cherché plein d’idées pour utiliser cette chaleur, puisque c’est de l’opportunisme, et ils ont trouvé une idée : 80 000 m² de serres, pour produire des tomates ! De la bonne tomate, hors-sol, 4500 tonnes de tomates par an : j’ai fait un rapide calcul, avec la population de Tonnerre, ça permet à chaque habitant de manger 3 kg de tomates par jour ! Formidable, non ?
Et les 120 000 stères on les prend dans un rayon d’approvisionnement de 50 km. Seulement ce qu’on n’a jamais dit, jamais pris en compte, c’est qu’à Auxerre, il y a une unité de chauffage biomasse, qui est en train de se monter avec un rayon d’approvisionnement de 100 km, la zone de Tonnerre est dedans… Dijon : deux usines de chauffage biomasse, rayon d’approvisionnement de 100 km, une partie des bois de Tonnerre est dedans… À côté de Troyes, Buchères : une distillerie avec une unité de grosse puissance, rayon d’approvisionnement de 100 km, la zone de Tonnerre est totalement dedans… Cosne sur Loire : la plus grosse usine de pellets de France, rayon d’approvisionnement de 200 km, la zone de Tonnerre est encore entièrement dedans…
Ils ont intérêt à bien se tenir, les arbres !!!
Alors nous on a beaucoup d’inquiétude par rapport à ça.
La première c’est le rendement absolument désastreux de cette installation. Tout d’abord, il ne faut pas se faire d’illusions, il y a au moins 4 ou 5 mois dans l’année où on ne chauffe pas les serres, et là, le rendement ne sera que de l’ordre de 20%. On a calculé qu’annuellement, la quantité de bois gaspillé par rapport à ce qui serait brûlé dans une installation avec un bon rendement de 80 %, permettrait de chauffer de 2 à 3000 logements, c’est-à-dire la ville de Tonnerre. Or on a des gens dans les HLM, qui n’arrivent pas à payer leur chauffage, qui n’arrivent pas à payer leurs charges, et on va gaspiller de quoi chauffer 2 à 3000 logements ?! Donc ça c’est notre première raison d’enrager, de se dire qu’on va gaspiller de l’énergie à l’heure où la ressource est rare et où on sait qu’il faut la gérer avec parcimonie, à l’heure du réchauffement climatique...
La deuxième grande source d’inquiétude concerne les modalités d’exploitation du bois ? L’objectif de l’industriel sera de gagner un maximum d’argent, donc il va falloir qu’il ait le bois le moins cher possible. Comment a-t-on le bois le moins cher possible ? Avec une exploitation extrêmement mécanisée ! Seulement derrière ce n’est plus une forêt, c’est un champ d’arbres, on écrase les sols, or ce qui fait la caractéristique d’une forêt c’est avant tout son sol qui a mis des siècles pour arriver à cette situation d’équilibre, et quand on l’écrase, il s’asphyxie, ce n’est plus une forêt, c’est un champ d’arbres et la biodiversité en prend un coup.
Notre dernier sujet d’inquiétude concerne ces serres. On n ’a aucune précision sur les intrants qui vont être utilisés, de ce qui sera fait des déchets, 80 000 m², 8 hectares, ce n’est tout de même pas négligeable...
Enfin, pour synthétiser cela, un déni de démocratie total. On n’a aucune information, on est obligé de soudoyer des gens, d’aller à pêche aux informations par des biais détournés, etc. Les élus de la Communauté de communes, porteuse du projet, ne peuvent répondre à aucune de nos questions quand on les interroge, ils nous disent : « Allez voir le président, nous, on ne sait pas ! » Et le président ne sait pas non plus, il fait confiance à l’industriel… On a adressé une lettre aux 75 délégués communautaires pour, au moins, avoir des réponses à nos questions. Une seule a répondu qu’elle partageait nos interrogations...

 Isabelle Beuniche

, d’Adret Morvan 

Isabelle Beuniche d’Adret-Morvan

(exposé fourni par l’oratrice, en attente de la retranscription)

1) forêt naturelle / forêt de production

Forêt naturelle : spontanée (même si orientée), adaptée à son biotope, fonctionne en synergie avec le sol. Ecosystème complexe.
Pas d’impact négatif sur la qualité des sols et de l’eau.

Forêt de production : orientation production, sélection des essences (84% de la forêt française gérée à une ou deux essences), régénération artificielle le plus souvent, introduction d’essences exotiques. Ecosystème simplifié.

ne fonctionne plus en synergie avec le sol : déséquilibre, vie organique moins efficiente, stérilisation des sols (sol = support, comme en agriculture céréalière avec intrants et phyto)
impacts qualité de l’eau : sol minéralisé / composés organiques dissous / acidification (rejet aluminium) ; rôle de filtre exemple : 90% des nitrates filtrés en ripisylve (30 mètres)
impacts régulation de l’eau : sol compacté : disparition humus rôle d’éponge + méthodes de sylviculture employées (rotations, sens de la pente, tassements des sols etc) ; érosion, ensablement cours d’eau.
Impact carbone : écosystème simplifié, futaies régulières= rotations courtes (+ coupes rases ou à 50% du peuplement...) = absence ou pauvreté du sous-bois arbustif = rajeunissement des peuplements.

NOTE sur le carbone :
carbone circulant = impact neutre : discutable (basé sur sylviculture intensive à rotation courte + consommation à rotation courte ex meubles agglomérés)
la non prise en compte du carbone immobilisé falsifie les calculs. Optimisation du carbone immobilisé = sylviculture douce, proche des cycles naturels : les stocks les plus élevés se trouvent dans les forêts anciennes, feuillus, à cycle long...
et on oublie le carbone stocké dans le sol, ET recyclé en partie par la vie organique des sols, quand elle existe. Près de la moitié du carbone stocké en milieu forestier l’est dans le sol.

NOTE sur l’emploi : plus on regroupe, standardise, mécanise, moins on crée d’emplois, moins ces emplois sont qualifiés, et plus ils sont délocalisables (sous-traitants issus de pays à main d’œuvre low-cost)

Déséquilibre de la balance commerciale (productivité = export)

2) Multifonctionnalité et gestion durable :

Gestion durable (accords internationaux signés par la France et intégré code forestier art. L1) :
préserver la biodiversité
préserver les capacités de régénération
préserver les fonctions écologiques, économiques et sociales, pour le présent et pour le futur, au niveau local, national et mondial = multifonctionnalité.

Ce qui va à l’encontre du découpage de la multifonctionnalité entre forêts de production, forêt de protection, forêt de loisir etc.

Cautionne la forêt de production.

Pour info :
1,3% de la forêt française en zone de protection de la biodiversité
80% de la biodiversité existante se trouve en forêt dont 20 à 25% dans les vieux bois et les bois morts.
(merci aux petits propriétaires qui n’exploitent pas...) - sous haute pression.

3) Services écosystémiques

Carbone, eau, changement climatique, événements naturels (inondations, coulées de boue, avalanches etc).

90% de la valeur économique de la forêt (sans chiffrer intégralement les services rendus sur la qualité de l’eau, exemple de New-York)

Problème : c’est du moyen terme d’intérêt général
Et la sylviculture productive est d’intérêt privé immédiat + illusion de croissance.
DRAAF : la forêt est un outil économique pour la France.
(avis partagé par tous les acteurs publics)

Exemple Suisse : 97% de la valeur économique de la forêt en intégrant la santé et les loisirs. Aides publiques biodiversité.

Aides publiques françaises : 910 millions d’euros / an
orientées vers l’optimisation de la production et non de la transformation
soit des aides directes : subventions d’équipement, d’aménagement, de reboisement, etc
soit des aides indirectes : exonérations fiscales (moyennant plan de gestion productif), aides législatives au regroupement avec le droit de préemption

Gabegie la plus totale (rapport Cour des Comptes + Sénat 2015)

Aides captées par les gros gestionnaires (même principe, même punition que pour l’agriculture industrialisée), qui sont souvent des investisseurs institutionnels à capitaux étrangers...

Urgence : réorienter ces aides. (promesse du Grenelle environnement).

CESE
ONERC (observatoire national effets réchauffement climatique)


4) forêt et changement climatique

Les estimations qui peuvent être faites à l’heure actuelle :

une partie de la forêt va s’adapter
une autre partie de la forêt va migrer
30 % des espèces végétales forestières vont disparaître.

Principal danger du changement climatique pour la forêt :

d’une part, les éléments de son écosystème ne vont pas forcément s’adapter ou se déplacer ensemble,

et d’autre part, s’agissant plus particulièrement de la migration, ce déplacement sera trop lent pour suivre la courbe du changement climatique

circonstance aggravante : zonage, absence de couloirs de migration (trames vertes et autres dispositifs insuffisants, peu contraignants et donc peu respectés)

Quelles solutions ?

la solution de certains professionnels de la filière :
tout raser, replanter en essences adaptées,
rotation courtes (limite les accidents climatiques, permet de s’adapter en permanence)
la solution de l’INRA+ ONERC et des sylviculteurs « modérés » pour conserver une certaine qualité des peuplements
gestion des peuplements dépérissants + introductions génétiques adaptées
la solution des naturalistes : équilibre biologique pour préserver les capacités d’adaptation de la forêt et son avenir
nécessité d’un ecosystème complexe, avec des capacités alternatives et réactives (= protéger la biodiversité)

 Frédéric Beaucher :

Membre du Groupement Forestier du Chat Sauvage (Avallonnais)

(propos retranscris, vérifiés par l’orateur)

Je viens du Morvan, à cheval sur les 4 départements de Bourgogne. C’est une région où on a vu, depuis une trentaine d’années, une dégradation très nette des paysages et de la qualité des espaces naturels, avec une augmentation des surfaces enrésinées très important. On atteint maintenant près de 60 % de la forêt morvandelle sous forme résineuse et le processus s’accélère très rapidement, puisqu’on peut dire que pratiquement 100 % des plantations se font actuellement en douglas, en résineux.
Avec, pour faire le lien avec les interventions précédentes, il y a des choses très douloureuses, on voit des parcelles feuillues qui sont rasées, on sait qu’elles vont être remplacées par des résineux, on voit de très belles grumes de chêne. On apprend que la destination de ces très belles grumes de chêne de plus de 70 cm de diamètre et de plus de 10 m de longueur, c’est effectivement de faire 100 km ou plus vers Cosne, Tonnerre ou Dijon, pour être hachées menues pour faire du copeau de bois ou du granulé pour aller dans ces fameuses centrales dont parlait Raphaël tout à l’heure.
Vous ne pouvez pas savoir ce que cela fait, quand on voit ces chênes, qui restent dans notre imaginaire comme une essence noble, partir pour ce type d’usage.
C’est la double peine, non seulement ces forêts de feuillus sont rasées, mais même pas pour un usage noble. Le bois est matériau renouvelable, on n’est pas contre son utilisation, on n’est pas contre la production de bois.
Nous sommes contre la façon dont le bois est utilisé et contre le modèle qui est utilisé et qui est maintenant très proche de l’agriculture intensive, avec la sélection d’espèce, le travail sur les gènes, et apport d’entrants, amendements divers pour une bonne production plus rapide et pour compenser les désastres qu’on crée sur les sols.
Nous avons été quelques uns depuis quelques temps à subir cette évolution, et au bout d’un moment, on s’est dit : on va essayer, dans la mesure de nos faibles moyens, de voir si on ne peut pas intervenir quelque part dans ce processus.
Surtout que c’est un processus d’encerclement, c’est-à-dire que quand vous habitez sur place, vous voyez d’années en années les résineux qui s’approchent de chez vous, et les paysages qui s’appauvrissent, qui se banalisent, qui deviennent des paysages, on ne va pas « industriels », mais avec des sapins rangés bien par ordre, parcelle par parcelle.
On a donc décidé de passer à l’action et de créer un groupent forestier, comme il en existe beaucoup, beaucoup de forêts sont la propriété de groupements, mais dans nos statuts, on a dit clairement que l’objectif numéro un de ce groupement forestier était le maintien de la biodiversité et de la qualité des paysages.
Comme l’a dit Isabelle tout à l’heure, intuitivement, on avait compris que la valeur d’une forêt, c’est pour 10 %, peut être pas plus, c’est son bois.
Et les 90 % restants, même s’il n’y a pas de marché pour cela, c’est la biodiversité, c’est le stockage du carbone, c’est l’impact sur le climat. Même si effectivement cela ne peut pas se monnayer aujourd’hui, pour nous la qualité des paysages a un prix, et si la collectivité, si l’état ne veut pas prendre cela en compte, et bien tant pis, on s’est dit que nous particuliers, on allait intégrer cela.
C’est pour cela que dans nos statuts, l’exploitation du bois est possible, c’est-à-dire qu’on envisage d’exploiter du bois, mais notre priorité est le respect de l’environnement et des autres fonctions de la forêt.
Nous sommes un groupement forestier tout à fait traditionnel à part cet aspect de nos statuts, créé depuis une quinzaine de jours, avec une quarantaine de personnes lors de la fondation. Il y a beaucoup de gens en attente, donc c’est une idée qui plaît, nous devrions grossir très vite. Nous avons un capital de 30000 € pour commencer, et nous sommes en procédure d’achat pour une quinzaine d’hectares.
On essaie aussi dans nos achats de ne pas trop se disperser, cela n’aurait pas trop de sens d’avoir un ha par ci par là, on essaie de se regroupe un petit peu et d’acheter des parcelles sur un massif forestier pour essayer de le bloquer à l’enrésinement.
Il y a une loi du code forestier qui est à la fois un handicap, mais qui peut nous aider à partir du moment où on est rentré dans le jeu. Cette loi dit que quand un propriétaire d’une parcelle de moins de 4 ha veut vendre, les riverains sont prioritaires. Cette loi nous gène un petit peu tant qu’on n’est pas prioritaires nous-mêmes, car si quelqu’un veut nous vendre une parcelle, parfois par militantisme, cette parcelle pourrait nous échapper, car le notaire, avant de finaliser l’affaire, est obligé d’informer tous les riverains que cette parcelle est à vendre pour tel prix. Et si les riverains sont intéressés, elle vous échappe. Mais inversement, si on arrive à l’acheter, et qu’ensuite des parcelles sont à vendre autour, ce peut être une entrée. Les enrésineurs font un grand travail de démarchage – moi, je les ai vu entrer chez de vieilles personnes, pour effectivement signer le chèque sur la table. Par contre si on arrive à noyauter ce massif forestier avec nos quelques parcelles de quelques hectares, on est forcément informés en cas de vente et on est prioritaires pour l’achat.
On compte donc un peu la-dessus, on a en vu une quinzaine d’hectares, l’idée est de se développer, avec l’aide de nouveaux sociétaires, pour augmenter notre capital, et pour pouvoir acheter de nouvelles parcelles.
On travaille sur la proximité, les personnes qui sont motivées vont voir les personnes de leur entourage, leur présentent notre projets. Souvent on tombe sur des personnes de deuxième génération, qui ont hérité de ces parcelles, qui s’en occupent pas trop, et qui peuvent parfois, ce n’est pas du 100 % non plus, peuvent être séduites de les faire échapper à cette logique productiviste qui nous entoure.
Voilà donc le principe du groupement forestier du Chat sauvage, un groupement foncier comme les autres, une société civile, mais avec une priorité sur la protection de l’environnement et de la biodiversité. Nous sommes au départ localisés dans le Morvan, et pour l’heure sur le secteur de Brassy, Lormes, Corbigny, Nièvre...

 Geneviève Azam :

Marraine d’Alternatiba 89 le 4 juillet 2015

(propos retranscris)

Juste avant de partir, par rapport à tout ce qui a été dit, il y a aussi quelque chose qui doit être dite de manière explicite, c’est que les fameux services éco-systémiques qui sont fournis par la forêt, ils ont des marchés, c’est le marché du carbone, aujourd’hui la valeur estimée d’une forêt est liée à la quantité de carbone qu’elle a pu séquestrer, sachant que le prix de la tonne de carbone est calculée sur le marché du carbone.
Dans les calculs à venir, dans les négociations qui auront lieu en décembre 2015, il y a de gros enjeux sur les forêts, puisque chaque pays peut déduire de ses émissions de carbone tout ce qui a été capté par les forêts, par les puits de carbone, et donc il y un intérêt extrêmement important à faire des plantations industrielles, extrêmement sélectionnées, parce qu’à ce moment là ça compte pour les états, cela se déduit des émissions de carbone, c’est la première chose.
La deuxième, ce qui est en projet, c’est l’extension du marché du carbone, et cela veut dire que lorsque vous « valorisez » ce type de forêt, vous pourrez gagner des crédits carbone, au niveau des entreprises, qui peuvent suite revendus sur le marché du carbone. C’est assez technique, mais la financiarisation des forêts est au coeur du processus, et ça se fait avec le but de la lutte contre le changement climatique, le développement durable. Tout ce qui a été raconté c’est du développemnt durable, c’est ça qui est très pervers : c’est pour sauver la biodiversité des forêts et pour sauver le climat.
Souvent ce que je réponds, c’est que face à tous ces « entrepreneurs du bien », ceux qui veulent « sauver la planète », « sauver le climat », nous avons à opposer des résistances. Je vois qu’ici, il y a de grandes vitalités, je vous en remercie. Je suis obligée de partir, bonne fin d’Alternatiba et merci pour tout.

 Arnaud Kowalczyk

salarié & syndicaliste de l’ONF( membre du SNUPFEN (Syndicat National Unifié des Personnels des Forêts et de l’Espace Naturel) représenté uniquement à l’ONF et affilié à l’Union Syndicale Solidaires).

(propos retranscris)

- Arnaud, peux-tu d’abord nous rappeler les missions de l’ONF , l’Office National des Forêts ?

L’ONF a en charge la gestion des forêts publiques, les forêts domaniales, ou les forêts communales qui appartiennent aux communes. Cette gestion, au départ, se doit d’être multifonctionnelle : l’ONF a pour mission :

  • d’établir des plans de gestion de ces forêts sur des durées de 15 à 20 ans, avec des objectifs définis avec le propriétaire,
  • la surveillance des forêts, de leur état sanitaire, de leur limite et des éventuelles dégradations qui peuvent intervenir sur les sols et les peuplements, notamment lors de l’exploitation des forêts,
  • la programmation des coupes et des travaux qui sont nécessaires au renouvellement de la forêt,
  • la commercialisation des bois marqués, donc le martelage des arbres,
  • l’encadrement des travaux de reconstitution de routes forestières, etc
  • et ne pas oublier, l’accueil du public et la sensibilisation à l’environnement, et je pense s’il y a bien une chose qui peut faire bouger les gens aujourd’hui, c’est bien de sensibiliser les jeunes, quand les gens sont éduqués à l’environnement, ils comprennent mieux les choses et ils peuvent éventuellement agir.
  • L’ONF au aussi des missions d’intérêt général : la restauration des terrains en montagne, le maintien des dunes et la défense de la forêt contre les incendies.
    Voilà les missions essentielles de l’ONF.

- Après la perte de près de 40 % des emplois à l’ONF depuis les années 80, comment continuer à assurer ces missions ?

Le fait est, les effectifs de l’ONF ont fondu, nous sommes 9000 aujourd’hui, nous étions 16000 à la fin des années 80. Cela a forcément des conséquences sur la gestion appliquée aux forêts. Il y a une dégradation des conditions de travail, qui se traduit par une baisse de l’intérêt général, la perte du sens du métier -les salariés n’ont pas l’impression de faire le même travail qu’ils faisaient avant-, ça aboutit à un malaise général, il y a eu 39 suicides depuis 2005 au sein de l’ONF, même si on ne peut pas les imputer tous au seul travail.
L’ONF subit une pression pour augmenter la récolte, pression notamment de l’état et des ministères de tutelle. La direction cherche donc à faire rentrer les personnels dans une culture commerciale qui était absente il y a 20 ans.
De ce fait, certaines missions non-commerciales et notamment la protection de la forêt, la surveillance des exploitations, l’accueil du public et la sensibilisation à l’environnement.

- Quelles sont vos revendications, à vous syndicalistes, pour bien gérer et bien protéger la forêt ?

Tout d’abord on pense que la forêt doit être reconnue comme un bien commun, car tant que la forêt n’est le bien que d’un propriétaire et que celui-ci n’est rémunéré que par la vente des bois, la forêt n’est pas du tout considérée comme un bien commun.
Concernant l’ONF, elle est sous la tutelle de deux ministères, le ministère de l’environnement et le ministère de l’agriculture, avec les éventuelles dérives de productions dont on a parlé précédemment. Il doit y avoir un seul ministère de tutelle, le ministère de l’environnement, dont dépendent également les parcs nationaux, le conservatoire du littoral, les agences de l’eau, etc.
La société attend pour la forêt de la protection et de l’accueil, notamment la filtration, la protection des sols, le captage de CO2, la biodiversité. Et pour conserver cette multifonctionnalité, le financement ne doit pas dépendre que de la ressource bois. Les agences de l’eau, les crédits carbone, les taxes foncières sur le non-bâti, sont des pistes de financement.
Si cela ne change pas, il n’y aura plus de gestion vertueuse de la forêt mais uniquement de la production. Cela vaut aussi bien pour l’ONF que pour les autres gestionnaires, à moins, comme les associations présentes à cette table-ronde, d’avoir une volonté.
Il faut un arrêt des suppressions de postes à l’ONF. L’ONF est devenue une super-structure, la proportion de cadres A est passée de 10 à 15 % malgré les suppressions d’effectifs dont on a été victimes, et ces cadres seront de plus en plus à Paris : l’ONF s’éloigne de la forêt.
L’ONF doit remettre les forestiers au plus près des usagers et de la forêt.
C’est à l’industrie de s’adapter à la forêt et surtout pas l’inverse. L’industrialisation de la forêt, c’est un pied vers l’arrivée d’OGM, de fertilisants, de pesticides, des sols dégradés parce que les engins sont de plus en plus lourds, une biodiversité réduite à néant.
Comme l’a dit Geneviève Azam, méfiance dans l’économie verte, le bois ne remplacera jamais le pétrole. Il faut souligner que la forêt permet d’approvisionner la filière bois , filière qui emploie 400 000 personnes, donc attention à l’économie verte.
A la création de l’ONF il y a 50 ans, le financement était assuré par les recettes de bois, les choses avaient été prévues comme cela. Au cours des 30 dernières années, les cours du bois qui sort de la forêt -ce qui permet aux producteurs, aux propriétaires de vivre, ont baissé de moitié.
Après 200 ans de pression faible sur la forêt, - l’ouverture de mines de charbon en masse avait permis de remplacer le bois qui était alors la seule énergie pour l’industrie et le chauffage-, aujourd’hui avec la crise pétrolière, cette pression augmente de façon phénoménale. Ainsi l’outil de gestion de la forêt subit lui aussi un affaiblissement et une pression énormes.

 Fabien Houyez

(exposé fourni par l’orateur)

Il va être plus compliqué pour moi de parler de projet alternatif, d’ailleurs au début je ne voyais pas en quoi nous, activistes radicaux, anarchistes autonomes, militants d’ultra gauche radicale, black block et les dernières petites perles pour nous catégoriser, djihadistes ou khmers verts, je ne voyais pas quelles alternatives nous pouvions vous proposer. Je ne le voyais pas car en réalité, plus qu’une alternative sociale, économique ou environnementale, nous proposons les trois. C’était trop gros pour le voir distinctement mais notre « projet » est un changement de mode de civilisation.
Ce mode-là, le capitalisme et toutes ses sous-espèces, ne fonctionne pas, il y a toujours des dominants et des dominés, des pauvres, des riches, etc... vous connaissez bien les problèmes de cette société, je ne vais pas m’étaler dessus.

Lorsque nous avons compris que par ses institutions ou constitutions ce pouvoir est verrouillé et qu’aucune forme de démocratie au sens demo-cratie n’est possible, il ne nous reste plus qu’une chose à faire, détruire le pouvoir et non le prendre.
Le détruire en lui tournant le dos en le rendant illégitime, en le sabotant, en se réappropriant « nos » espaces publics et nos vies. Qu’est-ce qui nous contrôle aujourd’hui ? et depuis que la monnaie existe, regardons cette dernière et ce qui figure dessus : hier des soi-disant grands hommes, de Sully à Eiffel en passant par Henry IV et Bonaparte ; maintenant des réalisations d’infrastructures, des ponts, des tunnels, des barrages. Ce sont bien ces grands projets qui aujourd’hui ont plus d’importance aux yeux des possédants que nos territoires ou nos vies. C’est donc bien en occupant les espaces qu’ils-elles veulent détruire que nous pourront aussi nous réapproprier nos vies et faire vivre nos projets.

La forêt, la forêt dernier bastion que ces gens dont on peut oublier le nom, ont eu et auront du mal à prendre, à industrialiser, à artificialiser et à s’approprier.
Et pourtant la forêt, composant environ 1/3 des 236HA d’espaces sauvages disparaissant chaque jour en France, est sérieusement menacée par des projets tous plus fous les uns que les autres, et avec le dernier « rapport d’informations relatives au soutien à la filière bois », le massacre va s’accélérer. A ce rythme-là, dans 20 ans , si on leur laisse le champ libre, nous ne connaîtrons plus de forêts mais des champs d’arbres, il restera bien quelques îlots protégés, des forêts musées, mais ce n’est pas
ce que nous souhaitons.

(Passage d’un livre d’auteurs anonymes) « et cela commence a frémir dans les sous-bois, ici on prépare un accueil chaleureux aux têtes abatteuses, là on organise des raids de décimage de cultures industrielles sylvicoles, ailleurs on monte un camp à l’orée d’un bois menacé pour empêcher sa destruction. La multiplication des gestes d’insoumission au processus de civilisation marié à l’expérience de la communauté nous incite à écouter les vieilles histoires des forêts, celles de celles et ceux qui avant nous ont résisté. Les forêts et les montagnes ont été le refuge des contestataires du pouvoir, s’y sont mêlés les peuples exilés, rescapés, marginalisés, révoltés, humiliés. »

Partout où le pouvoir veut détruire la forêt, des vents de contestation soufflent : Poligny dans le Jura, 150 ha de forêt communale concernés, 87,8 M€ d’argent public ; Le Rousset Saône et Loire, 100 ha de forêt, 87.4 M€ d’argent public ; Gardanne, Syndiése, les Chambaran, Centrale Biomasse du Tonnerrois, etc ...
Les projets de merde se multiplient au rythme des contestations, et de ces contestations naissent des projets humains qui replacent au centre l’indispensable rôle des forêts. Malheureusement aujourd’hui, pour être crédible, il faut au moins deux mots pour justifier la réappropriation d’un espace forestier : projet et développement ; lorsque nous occupons un bois ou un massif forestier, il est difficile d’absolument avoir un projet de développement, au sens défini par le pouvoir, dans un lieu où nos seuls projets seraient d’aller chercher du repos et de la nourriture et où le seul développement souhaitable serait celui des zones de cueillettes.

La Forêt est notre héritage et ce que nous devons transmettre, la Forêt au sens Forêt, avec un sol forestier vierge de toute machine industrielle ; la forêt ne doit pas entrer dans les calculs financiers de projets de développement des pseudos élu-e-s possédants. Mais en tant que bien commun, et au-delà de son côté ludique, elle doit servir avant tout à respirer, boire, manger et à se loger localement, en un mot vivre.

Tout le reste de la table-ronde est en attente de transcription, et si jamais vous pouvez en faire un petit bout, merci de nous l’envoyer à redaction yonnelautre.fr


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