Yonne Lautre

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Édito de la lettre du mercredi 9 octobre : Cause commune

mercredi 9 octobre 2019 par Rédaction de Yonne Lautre

De plus en plus le samedi Gilets jaunes et écologistes font cause et manifestation communes. « Fin du monde, fin de mois, même combat » est un slogan de plus en plus repris et qui est compris, approuvé, très au-delà des rangs des manifestants. C’est un enjeu pour le pouvoir : il ne faut pas que les opposants au capitalisme se rejoignent, qu’ils fassent une force unique, unie par une même compréhension du moment présent, par des visions convergentes de l’avenir souhaitable.

Samedi 21 septembre, nous en avons fait l’expérience : le matin, les Gilets jaunes et les marcheurs pour le climat devaient se retrouver place de la Madeleine, à Paris, ils en ont été empêchés par la force. Et l’après-midi, les manifestants jaunes et verts se sont retrouvés dans le même cortège, encerclés, gazés, chargés, confrontés à une violence aveugle. Maxime Combes, porte-parole d’ATTAC : « (…) quand on voit que la préfecture a interdit le rassemblement de convergence de ce matin et que les CRS ont balancé des grenades de désencerclement au moindre incident, on peut légitimement se demander si la préfecture et le gouvernement n’avaient pas un intérêt politique manifeste à ce que la jonction ne soit pas visible cet après-midi dans la rue et dans les médias » (voir https://reporterre.net/Sous-les-lacrymogenes-la-convergence-entre-mouvement-climat-et-Gilets-jaunes-s-est-operee).
Plus qu’une interdiction de manifester : un empêchement par force brute.
Mais pour leur Acte 47 (le quarante-septième samedi d’occupation des ronds-points et des rues depuis le 17 novembre 2018), samedi 5 octobre, les Gilets jaunes se sont joints à une initiative de militants de la cause climatique, Extinction Rebellion – la convergence a eu lieu dans un temple de la consommation, Italie 2. Ce lieu a été occupé pendant 18 heures, du samedi 5, 10h30, au dimanche 6, vers 4h00 : assemblées générales régulières pour décider ensemble des modalités de l’action, sessions de formation à la défense civile, discussions fraternelles, information continue, par le mouvement lui-même et par des journalistes indépendants.

Cette occupation est un événement à plusieurs titres :

  • par la jonction entre Gilets jaunes et « gilets verts » ;
  • par le maintien d’un consensus d’action non-violente ;
  • parce que les occupants ont victorieusement résisté à toutes les tentatives d’intrusion de la police - ils sont partis d’eux-mêmes, vers quatre heures du matin, en prévision des manifestations du jour…

Le mouvement XR Extinction rebellion se définit comme non-violent. Cette alliance entre Jaunes et Rebelles est une gifle à la propagande qui cherche à mettre les Gilets jaunes en dehors de la société pour cause de violence – or, nous savons que pour fonder cette propagande, cette mise à l’écart, la violence a été provoquée par le pouvoir, un pouvoir qui n’a pas hésité à mutiler – nous n’oublierons jamais que des armes ont visé des visages, que 24 personnes ont été éborgnées, au moins une tuée, et des milliers blessées.

Qui étaient les occupants d’Italie 2 ? XR (Extinction rebellion), les Gilets jaunes, le Comité Adama, Cerveaux non disponibles, Désobéissance écolo Paris, le Comité de libération et autonomie Queer, Youth for Climate Paris, Terrestres, Radiaction.
Dimanche 6 octobre au matin, je fais le tour de quelques organes pour voir comment la presse ventriloque rend compte de l’événement.
Le Parisien libéré, http://www.leparisien.fr/societe/paris-les-manifestants-d-extinction-rebellion-ont-quitte-italie-2-dans-la-nuit-06-10-2019-8167026.php journal propriété du milliardaire du luxe Bernard Arnault, titre secondaire en Une du site : « Paris : les manifestants d’Extinction Rebellion ont quitté Italie 2 dans la nuit » ; sous-titre de l’article : « Cette occupation, qui a pris fin dans le calme à 4 heures du matin dimanche, a donné le coup d’envoi d’une semaine d’actions du mouvement écologiste. » Ensuite, dans le corps de l’article : « Réunis sous la bannière Extinction Rebellion, mais mêlés à d’autres mouvements comme les Gilets jaunes, les manifestants avaient été sommés de partir par les autorités à 20 heures. Mais ils ont décidé de rester sur place une partie de la nuit. » On admire le « mais mêlés à d’autres mouvements comme les Gilets jaunes » : l’événement politique qu’est la convergence des mouvements est effacé.

J’ouvre la radio, ma préférence va à France-Info car ce poste est à ma connaissance le plus fidèle aux consignes de communication gouvernementales. Le tour de prestidigitation est complet : les Gilets jaunes et les « autres mouvements » ont disparu, dans un papier https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/italie-2-represente-le-consumerisme-des-militants-ecolos-ont-occupe-un-centre-commercial-a-paris-avant-de-quitter-les-lieux-dans-la-nuit_3646871.html par ailleurs fort correct, le caractère anti-capitaliste de l’action et le choix de la non-violence sont clairement énoncés. Le titre : « Italie 2 représente le consumérisme » : des militants écolos ont occupé un centre commercial à Paris avant de quitter les lieux dans la nuit » ; le sous-titre : « Jusqu’à un millier de personnes ont manifesté dans le centre commercial du sud de Paris. Les militants sont partis vers 4 heures du matin. » Mais l’essentiel est que, à la radio, les auditeurs n’aient pas même l’idée d’une union des lutteurs.

Site du journal Le Monde (« le quotidien de référence »), titre en position secondaire : « Climat : 17 heures d’occupation à Paris en coup d’envoi des actions d’Extinction rebellion ». C’est exact mais incomplet, le lecteur pressé ne retiendra que XR. Chapô de l’article : « Une journée et une nuit entrecoupées par un face-à-face tendu avec les forces de l’ordre : des centaines de militants écologistes ont occupé un centre commercial parisien, « symbole du capitalisme ». Décidément, le lecteur pressé comprendra que les écologistes radicaux ont mené une action d’éclat. Et seulement eux. Mais dans le corps de l’article, ceci : « Outre XR, différents collectifs sont également présents, comme Youth for Climate, Cerveau non disponible, Radio action, Comité autonomie queer et des « Gilets jaunes », selon une représentante de XR qui ne veut pas être identifiée. Jérôme Rodrigues, une des figures du mouvement des « gilets jaunes », est notamment présent. »
La construction de la phrase est importante. Notez l’expression « différents collectifs » qui les sépare de « des gilets jaunes » - ceux-ci des individus, donc, réduction du mouvement à des individus – et ceux-ci à leur tour réduits une personnalité, selon une figure rhétorique bien connue maintenant : la réduction d’un mouvement social à une personne, en général le porte-parole de l’organisation ou du mouvement – mais justement, pour échapper à ce piège les Gilets jaunes refusent toute fonction de « porte-parole ».

Dans un autre style, l’insulte condescendante pratiquée par Hervé Gardette sur France-Culture lundi 7 octobre https://www.franceculture.fr/emissions/la-transition/limportant-cest-de-participer au matin : « (…) les militants d’Extinction Rebellion ont occupé, pendant une quinzaine d’heures, le Centre commercial Italie 2 à Paris, dans le 13e arrondissement, point de départ d’une semaine de mobilisations imaginée par cette toute jeune organisation, à qui on ne pourra pas dénier un réel talent à médiatiser ses actions. Sur la forme, ce fut un peu foutraque, il y fut notamment question de cette grande illusion qu’est la convergence des luttes. Et d’aucuns considéreront que c’est une façon bien étrange de faire vivre la démocratie, que d’interdire à d’autres l’accès à un lieu public, et d’en barbouiller les façades. » Prétendre qu’une occupation rythmée d’assemblées générales toutes les trois heures environ n’est pas démocratique, oui, c’est insultant. Et rappelons seulement que l’accès n’était nullement interdit, mais au contraire ouvert à tous, permettant allées et venues, renforts, apports applaudis de cageots de fruits et légumes… du moins à chaque fois que les forces de police libéraient la place ; accuser les manifestants d’une fermeture opérée en seule défense de la police violente que l’on sait… comment qualifier cela ?

Mais, surtout, ce petit chef d’œuvre de mépris et de désinformation a le mérite de révéler la cible et l’inquiétude du chroniqueur : « la convergence des luttes ». Non, cette convergence n’est pas une « grande illusion », elle est désirée, recherchée, et elle est de plus en plus souvent vivante et réelle.

Ainsi, ce que la police n’a pu empêcher - que des citoyens de toutes couleurs affirment publiquement leurs objectifs communs - la presse dépendante des pouvoirs économiques et politiques l’a réalisé dans ses articles.
Ici, à YonneLautre, modestement, obstinément, nous essayons d’être au plus près de la société telle qu’elle bouge et se transforme sans cesse, refusant la censure, refusant l’extinction.

Laurent Grisel co-rédacteur de Yonne Lautre


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Édito de la Lettre 618 du mercredi 7 août 2018

7 août 201909:59, par Yonne Lautre

Que faire face à la crise climatique qui commence et menace la vie sur Terre à plus ou moins moyen terme ?
Agir sur soi ? Modifier sa consommation, son alimentation, ses modes de transport ? Ou au contraire refuser de culpabiliser, de se priver des seuls plaisirs qui nous restent, puisque que les super pollueurs comme les multinationales ne font aucun effort ?
Agir collectivement ? Rejoindre des organisations et prendre part à des actions ? Exiger justices sociale et climatique d’un seul bloc ? Lutter pour changer le système mortifère ? Ou au contraire refuser de se faire happer par des (...)


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