Yonne Lautre

Témoignage d’Omar Diallo, demandeur d’asile.

jeudi 14 septembre 2017 par Diallo Omar , Rédaction de Yonne Lautre

Le 30 Août 2017, avec Omar Diallo, nous avons accompagné à Dijon au Tribunal Administratif un de ses « frères » africains, un somali, pour le recours à son expulsion vers l’Allemagne où il a été déjà débouté du droit d’asile, ce qui signifie une expulsion vers la Somalie. Il ne maîtrise pas la langue française, c’est pourquoi Omar Diallo l’a accompagné.
Pendant le voyage à Dijon, nous avons échangé sur sa situation
.

 1. Périple pour arriver en France

Quant à vous , vous venez de Guinée Conakry, vous êtes en situation d’attente pour votre demande d’Asile.
Quel a été votre périple pour arriver en France ?

J’ai mis 5 ans pour y arriver, je suis parti en 2012, je suis passé par le Mali que j’ai traversé en 6 jours, ensuite ce fut l’Algérie où je suis resté 2 mois, à Alger, j’y ai travaillé pour payer la suite du voyage,..
Puis je suis resté 4 ans au Maroc.

A quoi tient cette différence de durée ?
Il n’y avait pas de travail au Maroc suffisamment bien rémunéré pour financer mon passage.

Quelles étaient vos conditions de vie ?
Ce n’était pas facile, je dormais dans la rue, recherché par la police.
J’étais à Tanger près de la frontière avec l’Espagne.
Si j’étais attrapé par la police, je n’étais pas expulsé mais envoyé dans une autre ville frontière très éloignée.
J’ai fait 6 mois de prison à Tetouan, car j’ai été pris caché dans une voiture afin de passer en Espagne. J’avais pris ce risque car je me sentais mal au Maroc, je n’y voyais pas d‘avenir, personne n’aime les immigrés, même si tu as de l’argent.

Vous êtes finalement entré en Espagne ?
Oui, par Ceuta, cette enclave espagnole sur le continent africain, j’y suis arrivé par la mer.
Ça m’a coûté 2000 euros ; une autre fois j’avais versé 1500 à des gens qui ne m’ont pas fait passer.
A Ceuta , je suis resté un mois et 20 jours, puis on m‘a orienté vers Huelva (à 50 km du Portugal), j’ai passé 3 semaines dans un camp.
Une assistante sociale m’a donné 50 € et un billet de bus pour BILBAO (Pays Basque Espagnol)
J’ai alors rejoint Bayonne, puis Paris en bus où j’ai vécu dans la rue pendant 2 mois à la Porte de la Chapelle.
Je suis désormais au Centre Coallia d’Auxerre (en face ALDI).

 2. Pour poursuivre

Pour continuer de relater cet échange, j’ai noté les différents points abordés qu’il faudrait développer 
Parcours de migrant, quel est le statut actuellement ?
Le statut de « Dublin », le statut « normal », l’OFPRA.
Pourquoi avoir quitté la Guinée ?
Conditions de vie en France
Ne pas avoir le droit de travailler ni de se former, la vacuité.
Désir de rester en France, pourquoi ?
quel statut en France ?
Quelles allocations, quels moyens pour vivre ou survivre ?
La traversée en bateau.
Pourquoi quitter la Guinée Conakry ?
Il y a 2 autres Guinée.
Omar Diallo est Peul.
Je l’ai donc appelé, je n’allais pas à Auxerre aujourd’hui, nous avons convenu d’essayer d’échanger par mail, téléphone, etc.
Omar a formulé la volonté d’écrire lui-même, il l’a fait,mais la transmission n’a pas pu se faire. Je vais à Auxerre demain, nous avons rendez-vous...

 3. Pourquoi avoir fui la Guinée Conakry.

Reprenons notre entretien. Après m’avoir présenté le document remis à l’OFPRA pour motiver sa demande d’asile, qui servira de support, de référence, nous convenons que je tape le texte sous le contrôle d’Omar Diallo.
Une question fondamentale se pose.

Pourquoi avez-vous quitté la Guinée Conakry ?
Vous avez raison de préciser Conakry (nom de sa capitale) afin de distinguer la Guinée qui est francophone et ne pas confondre avec la Guinée Bissau (lusitophone) au Nord-Ouest ni avec la Guinée Equatoriale (hispanophone) qui est en Afrique centrale et très éloignée des 2 autres Guinée. Le mot Guinée viendrait du berbère et signifierait « Pays des hommes noirs ».

J’ai donc quitté chez moi, car j’étais recherché par des inconnus appartenant au parti du pouvoir depuis le 10 décembre 2011. Ils sont revenus le 1er janvier 2012, tout le monde était à la maison pour célébrer le nouvel an, ils sont revenus chez mes parents à Conakry, ils ne m’ont pas trouvé car je me méfiais.Ils ont frappé ma famille et blessé ma femme qui a été à l’hopital.
Ce sont des Malinqués et moi je suis Peul, la problématique ethnique est là aussi très explicative. Ils sont revenus plus tard dans l’après-midi avec des machettes et guidaient des soldats armés de fusils. Je suis allé chez Mr KABA Kassoumama, le chef de quartier, malinqué également, pour me plaindre, il m’a renvoyé chez moi, ça aurait été comme me jeter dans la gueule du loup.
Le soir même j’ai décidé de fuir.

Pourquoi vous recherchaient ils ?
Parce que je manifestais contre le gouvernement qui n’était pas et qui n’est toujours pas légitime, car il a fraudé aux élections qui avaient eu lieu en Août 2010 (1er tour) et en novembre 2010 (2éme tour). Le président actuel Mr Alpha CONDÉ, malinqué, avait peu de voix au 1er tour (moins de 25%), alors que Mr Céllou Dalin DIALLO, peul, avait presque la majorité.
Au second tour ; 4 mois après, Mr Condé a obtenu la majorité que Mr Diallo a accepté malgré le trucage des élections et pour éviter les maltraitances envers ses soutiens et militants dont je faisais partie, pour empêcher une guerre civile.
La population est presque majoritairement Peul. Cependant depuis l’indépendance en 1958, il n’y a pas eu de Peul au pouvoir.
La Guinée Conakry possède les 2/3 de la ressource mondiale en bauxite, minerai avec lequel on produit l’aluminium en occident. C’est pourquoi, le chef de l’état veut changer la constitution pour avoir un 3 ème mandat, il est la marionnette des occidentaux car il veille à préserver leurs intérêts.

À la fin de cette partie de l’entretien nous avons regardé le courrier électronique. Pendant que nous rédigions , Walid, un érythréen, dont le « Dublin » expirait le 10 septembre venait d’être arrêté par la gendarmerie d’Auxerre et envoyé vraisemblablement vers un CRA (Centre de rétention administratif) pour être reconduit par avion en Allemagne à Francfort.

 4. Fuite de Conakry et séjour au Maroc.

Revenons à votre parcours , à votre périple depuis la fuite de Conakry.
Je suis arrivé à SIGUIRI à la frontière avec le MALI. J’y suis resté à Siguiri jusqu’au 5 octobre 2012 où j’ai travaillé pour financer mon passage par le Mali et l’Algérie jusqu’au Maroc.
Je suis entré au Mali le 6 octobre 2012 que j’ai quitté le 9 pour arriver le 10 en Algérie, à Alger
J’ai quitté l’Agérie le 24 octobre et suis entré clandestinement le 25 au Maroc. J’ai dû franchir un fossé creusé par les algériens à la frontière hérissée d’un mur de barbelés installés par les marocains sur plusieurs kilomètres.
Le 25 octobre 2016, j’arriverai à passer en Espagne.

Parlons de ce temps passer au MAROC, vous n’avez plus d’argent, vous êtes à Tanger (frontière avec l’Espagne).
Je suis resté un an et 4 mois sans pouvoir appeler ma famille, le jour où j’ai pu appeler ma maman elle m’a conseillé vivement de ne pas retourner en Guinée, « tu es toujours recherché » m’a-t-elle dit, elle m’a envoyé 1500 euros pour le passage, elle a dû vendre tous ses biens pour recueillir cette somme qui finalement n’a servi à rien car je me suis fait escroquer par des « pseudo- passeurs » marocains.
Pendant 2 ans et demi j’ai réussi à épargner 2000 euros en conseillant d’autres migrants afin qu’ils ne se fassent pas escroquer comme moi et en contrepartie ils me donnaient le reste de l’argent qu’ils possédaient.
Ça pouvait aller de 50 à 200€. Quand j’ai atteint la somme de 2000€, j’ai pu payer mon passage.
Je ne pouvais pas gagner de l’argent autrement, il était impossible de travailler, pour vivre il fallait mendier et habiter dans la rue.

 5. En Espagne.

Comment êtes-vous passé en Espagne ?
Je suis entré en Espagne par la mer le 25 octobre 2016, en bateau, le voyage a duré 3 heures malgré la faible distance mais pour éviter la marine marocaine et la guardia civil et une fois arrivé sur la côte de Céuta, il faut encore faire attention à ne se faire attraper, il faut rejoindre la zone internationale. Je suis resté dans un camp de réfugiés pendant un mois avant d’être orienté vers Huelva où je suis resté jusqu’au 24 décembre 2016.

Comment s’est passé le franchissement de la frontière franco-espagnole ?
Théoriquement, il n’y a plus de frontière mais il y a des contrôles.
En compagnie d’un autre guinéen, nous nous sommes faits contrôlés et la police française nous a dit que nous ne pouvions pas entrer ainsi en France, ils nous fait retourner en Espagne, à Irun où nous avons été en garde à vue durant 4 heures, ils ont appelé un avocat pour nous permettre de faire une demande d’asile en Espagne, mais ce n’est pas ce que nous voulions.
Donc, nous avons tenté un 2ème passage, nous n’avons pas été contrôlés, nous avons pris un bus de Hendaye jusqu’à Bayonne.

 6. Situation en France

Actuellement en France quelle est votre situation ?
Depuis le 25 décembre 2016, je suis arrivé en France, à Bayonne. J’y suis resté 3 jours.
J’ai déposé mes empreintes à Paris, car Ceuta a un statut européen, il y a des militaires de différents pays européens, y compris français. 95 % des personnes passant par Céuta ne déposent par leurs empreintes.
J’ai redéposé mes empreintes à Dijon et un mois après j’ai fait une demande d’asile politique, le 2 mars 2017 qui a été refusée par l’OFPRA fin juin 2017.
La réponse devait être faite dans les 6 mois, elle a été produite au bout de 4 mois.
J’ai écrit avec mon avocat une demande de recours à la CNDA (Cour Nationale du Droit d’Asile). On m’avait fourni un avocat commis d’office.

Pourquoi l’OFPRA a refusé de vous octroyer l’asile politique ?
L’OFPRA m’a demandé si j’étais membre d’un parti politique, j’ai répondu que non. Ils m’ont demandé si j’avais voté et là aussi j’ai dit que je n’avais pas voté.
Je n’ai pas bien su m’expliquer.
En effet, je suis né le 10 octobre 1994, je rappelle que je me suis enfui le 1er janvier 2012, j’avais à peine 17 ans, donc je n’avais pas le droit de voter (le droit de vote est aussi à 18 ans en Guinée) et ça je n’ai pas su l’expliquer à l’OFPRA, c’est le point de recours le plus important.
Par ailleurs, ma sœur m’a signalé qu’il y avait des plaintes contre moi déposées en Guinée.

Y a-t-il un délai de réponse pour ce recours à la CNDA ?
Non, c’est un peu stressant, des fois je ne dors pas, car si c’est négatif, je serai obligé de quitter la France, d’entrer en clandestinité.

 7. Au salon de la parentalité à Aillant sur Thollon

Ce témoignage d’OMAR est mis entre parenthèse, ce dimanche, nous dirons qu’il s’agit d’un repos dominical.
Nous allons laisser place à la sortie des mamans et leurs enfants au salon de la parentalité à Aillant sur Thollon, hier samedi 9 septembre.
Nous nous sommes retrouvés à 3 véhicules afin d’accompagner 3 des 4 mamans et les enfants des 4 qui sont actuellement « hébergés » à APPOIGNY.
FATWA la soudanaise et ses 2 enfants de 8 et 10 ans (une fille et un garçon) qui m’a dit être en situation « normale » de demande d’asile, si j’ai bien compris, car nous avons communiqué en anglais, c’est qu’elle attend la décision de l’OFPRA. Elle est venue de Khartoum en avion, il y aurait 4 mois, les raisons majeures de sa fuite du Soudan serait la situation générale du pays, mais aussi et surtout la non scolarisation des filles, de la sienne en particulier et du refus de la circoncision pour son fils.
Nous n’avons pas pu échanger davantage étant donné notre maitrise relative réciproque de la langue de Shakespeare !
Espéranza l’Angolaise ses 2 enfants Myriam 2 ans et le garçon de 4 ans, accompagnait aussi la fille de Juliana l’autre angolaise agée de 7 ans.
Lusitophone et parlant un peu français ; nous étions rentrés de Dijon ensemble fin Août, il m’a semblé qu’elle avait fait d’énormes progrès dans la communication en français et elle s’y efforce.
Enfin Myriam l’irannienne avec un garçon de bientôt 4 ans et enceinte de 5 mois, le papa est resté à Appoigny . Elle refuse de communiquer en anglais et s’efforce de pratiquer le français dans nos échanges. Son recours d’expulsion a été rejeté, ils sont donc assignés à résidence, doivent aller en gendarmerie 3 fois par semaine et sont susceptibles d’être dublinisés vers l’Allemagne à tout moment. Les 3 mamans ont fonctionné dans une complicité collective, une solidarité dans l’encadrement des enfants.
Nous avons été forts bien accueillis à Aillant, les enfants ont assisté à des spectacles, ont pu se maquiller, dessiner, écouter des histoires, participer à un atelier musical, .. ils sont rentrés très contents mais aussi très fatigués, les mamans et moi également, au point que nous n’y sommes pas retourné aujourd’hui dimanche.
Juliana aurait voulu que je l’emmène à l’église aujourd’hui, mais ça, c’est au-dessus de mes forces ; je suis pour mener des actions de solidarité à caractère humanitaire, mais là,.., ma religion me l’interdit dirons-nous en forme de pirouette.

 8. Rester en France

Pourquoi voulez-vous rester en France ?
Je suis en danger chez moi, ce pourrait être un autre pays européen. Cependant, je ne suis pas resté en Espagne parce que je ne comprenais pas la langue ce qui signifie qu’il aurait été difficile d’envisager de faire une formation, une insertion professionnelle et d’abord de demander l’asile.
Finalement, j’ai choisi la France ; les autres pays francophones comme la Belgique n’accepte pas les guinéens et la Suisse non plus.

Qu’attendez-vous de la réponse de la CNDA ?
Si la CNDA donne une réponse positive, je serai protégé, sinon, il faut que je quitte la France sans savoir où aller puisque j’ai déposé mes empreintes en France et les autres pays au nom des accords de Dublin me renverraient en France.

Quelles sont actuellement vos conditions de vie en France ?
Quand je suis arrivé à Paris, c’était en hiver, j’ai passé 6 jours à vivre et dormir dans la rue. J’ai été pris en charge par l’association EMMAÜS à la porte de la Chapelle. Un mois après, ils m’ont envoyé à Auxerre dans un car avec des somaliens, des soudanais et des afghans. Nous avons été accueillis à la résidence COALLIA. Nous sommes 4 dans des petites chambres où les lits sont superposés. Les chambres sont regroupées par 4 dans un appartement où il y a une douche en commun et un lavabo et un WC et également uen cuisine équipée de frigo et de 4 gazinières.

Pouvez-vous pratiquer des activités ?
Aucune activité n’est proposée, pas de sport, pas de cours de français, il n’y a que le stress.
Quand je me réveille le matin, je me prends la tête entre mes mains et je ne pense qu’à mes problèmes.

Dans la mesure où vous n’avez pas le droit de travailler, quelles ressources avez-vous ?
L’OFII versait sur mon compte 204€ par mois et maintenant depuis le 5 août je n’ai reçu que 100€.
Ca devrait être rectifié.

9. Recours à la CNDA (Cour Nationale des Demandes d’Asile)

Vous avez reçu une lettre RAR ( Recommandée avec Accusé de Réception), le vendredi 8 septembre qui vous informe que votre recours à la CNDA (Cour Nationale des Demandes d’Asile) est inscrit à l’audience du jeudi 12 octobre.
Comment comptez-vous vous préparer à cette audience ?
Les questions dont les réponses que l’OFPRA n’a pas agréée me seront reposées. Je dois bien travailler mes réponses à ces questions et surtout contacter mon avocate pour ne pas perdre une 2ème fois. Je suis allé hier à Dijon voir un ami guinéen dont le recours est passé à la CNDA récemment. Il n’est pas optimiste car la façon dont on pose les questions fait peur et dans ces cas là on n’ose pas s’exprimer, on est un peu paralysé. C’est pourquoi, il faut bien se préparer.
Il est en attente du jugement, il m’a expliqué comment ça s’est déroulé.
Il a pris 45’ pour parler et présenter toute son histoire.
L’avocate a parlé 30’ pour soutenir le dossier de mon ami.
Il y en a d’autres qui prennent 2 heures de temps.
J’ai assisté à d’autres recours pour un angolais.
Mon avocate vient de rappeler, je vais la voir à son cabinet lundi 2 octobre.
L’entretien, que j’ai eu et qui est paru sur Yonnelautre vient de lui être envoyé, cet entretien ; nous l’avons imprimé, va servir de support à la préparation du passage devant la CNDA.
Il faut que je me prépare à formuler des réponses même si on ne me pose pas les questions
J’envisage de demander un interprète en langue poular de Guinée, car je parle bien français mais n’en maitrise pas toutes les subtilités et je risquerai de ne pas comprendre les questions du juge ni de bien y répondre. Cela permettra aussi au juge de bien se rendre compte que je suis réellement guinéen. On me posera vraisemblablement des questions sur la géographie de la Guinée pour vérifier également que je suis bien guinéen.

 10. Préparer le passage à la CNDA

Je ne suis pas allé à Auxerre aujourd’hui, je n’ai plus de « matériel » en réserve, c’est-à-dire des questions d’interviews auxquelles il aurait été répondu.

La demande d’OMAR désormais est d’être aidé à préparer son passage à la CNDA, de bachoter en quelque sorte, il m’a fait remarquer que nous étions à moins d’un mois (nous sommes le 13 septembre, il comparaît le 12 octobre !) ce qui montre, si c’était nécessaire, le degré d’angoisse qui monte. J’ai beau me dire que je suis fatigué, qu’il faut que je pense à moi et mes « affaires » personnelles et associatives. Leur urgence est encore plus prégnante que l’urgence climatique, même si les conséquences ne sont pas à la même échelle !

J’ai pensé par ailleurs à un théâtre-forum qui permettrait de mettre en jeu l’oppression de la cour et comment y résister.

Il y a déjà tellement de travail avec ces migrants que je suis à la recherche de quelque chose qui pourrait aussi servir aux autres. Mais les « Dublin » ne sont pas concernés par ce genre d’exercice, en tout cas là aussi ce n’est pas leur urgence.

Un ivoirien vient de recevoir « l’invitation » à retirer un billet d’avion,... Or, il est affecté d’une tuberculose, une infirmière militante du MRAP a retiré vendredi dernier en pharmacie un traitement antibiotique antituberculeux pour lui, elle l’a signalé en préfecture ainsi qu’une fibroscopie et un bilan sanguin étaient programmés dans.. 3 mois.

Cette infirmière s’est étonnée de l’absence de coordination entre la préfecture, l’ARS (Agence Régionale de Santé) et l’hopital malgré le courrier que le collectif avait fait.
Elle a été invitée à envoyer un mail.

Elle a en outre fait une attestation sur l’honneur en tant qu’infirmière demandant le retrait du projet de présentation du billet d’avion.
La personne ivoirienne concernée va à l’hôpital demain et va demander en sus un certificat médical...
On croise les doigts et on réfléchit à la suite.

Nous sommes confrontés à une problématique des déplacements qui est fort complexe et nous atteignons, semble-t-il, les limites de notre action humanitaire, citoyenne, militante où compassion et rédemption viennent croiser le regard que l’on peut poser sur le phénomène. D’aucuns plaisantins diraient que ces regards croisés sont louches.
Aujourd’hui 3 directeurs d’ADOMA (l’organisme « gestionnaire » du Formule 1 d’Appoigny) étaient annoncés, il a été depuis une quinzaine mis fin à la période d’essai d’une AS sur 2, donc son licenciement de fait. Celle qui reste est contrainte de fait de s’appuyer sur nous.
Certains d’entre nous préconisent une grève des déplacements et d’aucun(s) parlent d’opération escargot. « En même temps », nous n’aimerions pas que les gendarmes viennent à Appoigny faire signer les assignés. Pendant ce temps là la situation honteuse et scandaleuse perdure car nous sommes pris dans toutes ces contradictions systémiques.
Bon courage à nous tous, au-delà de tous ces enjeux ? si possible !

 11. Revenir sur pourquoi et comment cette fuite de Guinée

Nous avons repris en détail, plus précisément la question du pourquoi et comment cette fuite de Guinée, l’échéance de la comparution devant la CNDA incite à ce travail.

Pourquoi vous recherchaient-ils ?

Parce que je manifestais contre le gouvernement qui n’était pas et qui n’est toujours pas légitime, car il a fraudé aux élections qui avaient eu 27 juin2010 (1er tour) et en 19 septembre 2010 (2éme tour)..

Pourquoi ?

Il n’était pas prévu que le 2ème tour soit en septembre. C’est bien le reflet qu’il y a eu des irrégularités. Le président actuel Mr Alpha CONDé, de l’ethnie malinqué, avait peu de voix au 1er tour (moins de 25%), alors que Mr Céllou Dalein DIALLO, peul, avait presque la majorité.

Le général Sékouba Konaté qui a assuré la période transitoire. C’est aussi un malinqué et proche d’Alpha CONDE (le président actuel), il a organisé la fraude.

Comment s’est déroulée la fraude ?

*Au niveau de la distribution des cartes d’électeurs, de nombreux partisans de l’UFDG (Union des Forces Démocratiques de Guinée) mon parti, n’ont pas reçu leurs cartes d’électeurs. Beaucoup n’ont donc pas pu voter au 2 ème tour de cette manière.

* Les résultats des bureaux de vote ont été falsifiés quand ils ont été centralisés à Conaky au ministère chargé de centraliser.

Au second tour ; 4 mois après, Mr Condé a obtenu la majorité.

Après ces résultats, il y a eu beaucoup de grèves et de manifestations dans la commune de RATOMA, c’est la plus grande des 5 communes qui constituent Conakry et qui est essentiellement peuplée par l’ethnie peul.

Les militaires viennent alors dans les foyers, les maisons pour chercher les gens qui manifestent contre le pouvoir, ils leur tirent dessus à balle réelle ou bien ils les emmènent et mettent en prison sans être jugés et ça peut durer 5 à 6 mois sans jugement. Les prisonniers sont torturés et certains en meurent.

Voilà pourquoi, j’étais recherché par le parti du pouvoir, je me méfiais et me cachais, ça a duré 3 mois et demi. Mr Cellou Dallein Diallo, notre candidat à la présidence a accepté le résultat faussé, malgré le trucage des élections car ses militants souffraient trop. Il a fait ça pour éviter les maltraitances envers eux dont je faisais partie, pour empêcher une guerre civile.

Le général Sékouba avait distribué des armes aux malinqués pour empêcher les militants de l’UFDG de se manifester contre le pouvoir. Cette constitution de milices avait déjà sévi en 2009, ils avaient tué lors d’un meeting au stade du 28 septembre(*) et nous étions aussi le 28 septembre 2009 tiré à balles réelles sur la foule, il y a eu plus de 600 morts et des centaines de disparus.

Mon papa faisait partie des personnes tuées. (j’avais 15 ans).

J’étais à l’extérieur du stade, avec mon frère Abdoulay qui avait 18 ans, nous ne sommes pas entrés parce qu’ils ont commencé à tirer.

Un article du Journal LE MONDE, parmi d’autres, parle de 157 morts reconnus officiellement et 1200 blessés ainsi que d’une centaine de femmes violées en public.

Il semble qu’en plus il y a eu des centaines de personnes jetées à la mer.

(*)La dénomination du stade fait référence à la date du référendum sur la Constitution du 28 septembre 1958, date du référendum sur la Communauté française rejeté par la Guinée et qui mena à son indépendance.

[À suivre]


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