Yonne Lautre

Agir pour les Amérindiens de France

lundi 2 juin 2003 par Yonne Lautre

DES INDIENS en France ?

 Il y a bien des indiens en France , mais ils n’existent pas.

Ça se passe chez nous, très loin,en Guyane , département français d’outremer depuis 1946.

Le bagne institué en 1852 et aboli en 1945 lui a donné sa sinistre réputation.

Bien avant les bagnards , les amérindiens.

Depuis le décret du 6 juin 1930 instituant « Le territoire de l’Inini », 80 000km2, les populations traditionnelles de la forêt tropicale, tant noires issues du marronnage,* qu’amérindiennes, avaient vécu dans une relative tranquillité car elles échappaient, grâce à ce traitement spécial , aux velléités coloniales du Conseil Général siégeant à Cayenne.

Le 17 mars 1969 , la suppression de ce territoire protégé attira la convoitise des entreprises touristiques qui organisèrent des « visites »de touristes dans les villages de la forêt .

De vives polémiques s’ensuivirent dans la presse d’alors :

COMBAT ,4 mars 1970 :« Du génocide à l’ethnocide »

LE CANARD ENCHAINE,26 août :« Un zoo humain »

LE MONDE ,3 septembre, toute une page : « Les indiens de Guyane française peuvent ils être exploités comme une curiosité touristique ? » etc …..

Campagne de presse utile, puisqu’elle incite le Préfet de Guyane à corriger les effets désastreux de la suppression du statut de l’Inini.

Il ne redonnera pas les 80 00 kms2 aux populations tribales , mais par un arrêté préfectoral du 14 septembre 1979, il restituera 30 000 km2 aux Amérindiens qui seront les habitants exclusifs de ce tiers sud du pays ,interdit au tourisme.

Seules les personnes munies d’un ordre de mission peuvent obtenir une autorisation d’accès..

Les arguments qui ont prévalu pour cette restitution partielle :

respect des modes de vie , des coutumes, de l’organisation sociale et familiale , des particularismes des populations indiennes,

nécessité de préserver l’état sanitaire de ces populations,

sont aujourd’hui remis en cause par le député- maire de Saint Laurent du Maroni ,

Monsieur Léon Bertrand , secrétaire d’Etat au tourisme du gouvernement Raffarin, qui voudrait profiter de son titre dans l’actuel gouvernement pour faire abroger cet arrêté préfectoral.

Il estime scandaleux que cette portion du pays échappe à l’appétit des opérateurs touristiques. Il y est fortement aidé par les intenses pressions exercées par les entreprises touristiques depuis 2002 .

Abroger l’arrêté préfectoral de 1970 ce serait livrer les villages indiens au voyeurisme le plus malsain et jeter aux orties les arguments qui avaient présidé à son élaboration, dont le moindre n’est pas le respect des populations autochtones.

 Les six peuples amérindiens qui peuplent la Guyane ont eux mêmes, de multiples fois, exprimé leur opposition sans faille à l’invasion touristique.

Seulement , voilà , ces gens là n’existent pas !!

.Il y avait 30 peuples amérindiens différents en Guyane à l’arrivée des colons en 1604, soit 60000 personnes ; il en reste entre 6000 et 10000 aujourd’hui, mais il est illégal de les nommer : la France prétend être « une et indivisible » et selon ce principe inscrit dans la constitution , il serait « discriminatoire » de reconnaître les ethnies amérindiennes originaires de Guyane.

La France est le seul Etat moderne, à ne pas reconnaître dans sa constitution l’existence de peuples autochtones.

Elle n’a pas ratifié la Convention 169 del’ OIT , le seul texte de l’ONU qui reconnaît des droits , notamment fonciers , aux « peuples indigènes et tribaux » .
Pour la France , toute la forêt guyanaise, 97% du territoire ,est « res nullius », terre vide , nulle, disponible à la colonisation , « vacant et sans maître »disent les textes officiels.

Cette forêt est déclarée « domaine privée de l’état » , et, à ce titre ,est gérée par le Ministère de l’Agriculture , via son office l’ONF, valet servile de l’industrie du bois.
Les lois de l’OMC , le libéralisme effréné , sont déjà à l’œuvre dans cette forêt : les multinationales minières se partagent les principales concessions minières de la Guyane avec la bénédiction du gouvernement français qui a fait réaliser entre 1976 et 1995 , la plus coûteuse opération de prospection minière de toute l’Amérique du Sud.

Les compagnies minières se régalent de la faiblesse du coût d’exploitation dans ce département français , grâce à l’astuce d’y faire sous-traiter le travail par une multitude de micro-entreprises clandestines qui se moquent à la fois des lois sociales et des règlements environnementaux. Extraire une once d’or en Guyane revient à 180 dollars , contre 230 en Guyana ( ex Guyane anglaise) qui pourtant fait partie des pays les plus pauvres du monde.

Lois sociales ? Lois environnementales ? le gouvernement laisse les entreprises clandestines envahir depuis février 2001 , le tiers sud du pays censé être réservé aux autochtones. Résultat : 79% des enfants indiens et 65% des adultes ont trop de mercure* dans le corps.

Comme si cela ne suffisait pas ,les indiens sont également menacés par la création d’un parc national.

Il y a 50 000 km2 de forêt inhabitée en Guyane , mais bizarrement le gouvernement veut installer ce parc dans les 30 000 octroyés aux indiens . Qui dit parc ,dans cette zone interdite aux touristes depuis 1970, dit invasion de touristes , arrivée d’infrastructures et du « développement ».
Or on sait bien que, partout où la confrontation a eu lieu , le tourisme n’a amené que de déstabilisations rapides et violentes chez les populations tribales.

On s’en fout : les indiens n’existent pas chez nous , la France est « une et indivisible » et bien sur on enseigne aux amérindiens de Guyane « nos ancêtres les Gaulois. ».

Mais les indiens de Guyane ont commencé à se battre pour être reconnus officiellement, pour que la France ratifie la Convention 169* de l’OIT.

Il s’opposent à tout projet touristique sur leurs terres ;le génocide culturel est la conséquence prévisible des invasion touristiques.

Il est urgent que cesse la complicité du gouvernement français dans le génocide physique en cours, par le biais du mercure que les chercheurs d’or illégaux déversent , en toute impunité , dans les rivières indiennes.

Pour en savoir plus , deux sites : www.csia-nitassinan.org

www.solidarité-guyane.org
Vous pouvez télécharger une lettre de protestation à la Direction Régionale de l’Environnement de Guyane :
Format word :97ko format RTF : 22 ko

Jacqueline Bonacci , mai 2003
Sources :
* intervention de Thierry Sallantin ,ethnologue, aux « Dix heures solidarité Amérique Latine » 5 avril 2003 * textes des associations « Villages de Guyane » ,du CSIA-Nitassinan et de Solidarité Guyane.
Notes 1 : marron : vient de l’hispano-américain, cimarron , esclave fugitif ; un esclave qui s’est enfui pour vivre en liberté .
2 :le mercure , en raison de ses propriétés physiques remarquables, a longtemps été utilisé industriellement dans l’extraction des métaux précieux ;abandonné en raison de sa toxicité élevée ;( le mercure est toxique quelle que soit sa forme chimique ; dégâts sur le système nerveux , fausses couches , naissances d’enfants monstrueux.)
Son emploi persiste dans des exploitations artisanales, particulièrement en Amazonie , où les déchets sont abandonnés dans la nature et vont polluer les eaux des rivières.
3 un décret ministériel, applicable en 1995 , accorde aux amérindiens de Guyane des droits précaires à occuper leurs terres ; ces droits peuvent être annulés :
si cela gêne les industries minières ,
si cela gêne des travaux d’intérêt collectif
si cela gêne la protection de l’environnement
si les populations abandonnent leur mode de vie traditionnel.
4 le Brésil a ratifié cette convention en 2002


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