Yonne Lautre

Richard Prost : Commémoration du 24 Aout 2018 - Hommage à Manuel Lozano

Cinéaste de la mémoire
mardi 28 août 2018 par Prost Richard

Je suis heureux que nous soyons réunis tous ici en cette fin d’après-midi à Paris. Je suis heureux de pouvoir venir ici témoigner pour honorer la mémoire de Manuel Lozano, membre de la compagnie « La Nueve », la première à rentrer dans Paris le 24 Août 1944.

Je voudrais remercier ici tous les acteurs de cette commémoration : L’association du 24 Août 1944. Madame la Maire de Paris Madame Anne Hidalgo et les officiels ici présents. Cette commémoration qui a été si difficile à mettre en place, mais qui avec le temps est devenu je l’espère une institution. En effet je me souviens d’Août 2012 où des compagnons tenaces comme Agnès Pavlowsky, Daniel Pinos, Juan Chica Ventura et Serge Utgé-Royo furent molestés par des agents de la police nationale et exclus de la cérémonie. Aujourd’hui ils sont bien là parmi nous.

Pendant des années, on a oublié les hommes valeureux de « La Nueve » qui ont libéré Paris et Manuel Lozano, homme d’une grande réserve en a beaucoup souffert, il nous a quitté en 2002 sans avoir la joie de vivre cet évènement qui nous réunit ici tous les ans à Paris.

Manuel Lozano, je l’ai rencontré par deux fois à la fin des années 80 dans un petit café de la Porte des Lilas, lorsque je préparais le scénario et le tournage de mon film consacré à la révolution espagnole « Un Aure Futur ». J’ai travaillé avec mon équipe constituée de Aimé Marcellan, Angel Carballeira, Alain Dobeuf et Floréal Samitier pendant 4 années.
Et c’est ainsi qu’en avril 1990 ce film fut le premier à parler de La libération de Paris par la compagnie « La Nueve ».

Bien que l’histoire de « La Nueve » soit connue de tous les anarchosyndicalistes depuis 1944 et d’un cercle plus large depuis la publication des mémoires du Capitaine Dronne en 1970, puis encore plus large depuis les travaux de la remarquable historienne Geneviève Dreyfus-Armand. En 1995 la télévision française produit un film sur la Libération de Paris où on y affirme que ce sont des chars portant les noms français de Montmirail, Champaubert et Romilly, qui pénètrent les premiers dans Paris. Preuve s’il en est que les « fakenews », les fausses nouvelles, las noticias falsas ne datent pas d’aujourd’hui.

Qui était Manuel Lozano ? C’était un grand homme, un antifasciste vigoureux (Lozano veut dire vigoureux en espagnol). Combattant de la Guerre d’Espagne, il se réfugie en 1939 à Oran puis rejoint la deuxième DB en Afrique du Nord, débarque en Normandie, mène de nombreux combats, (beaucoup de ses camarades espagnols tomberont à ce moment là) pour finalement vivre ce moment historique du soir du 24 Août 1944 à Paris, il continue jusqu’au nid d’aigle d’Hitler. Au petit café de la Porte des Lilas malgré son incroyable destinée qui m’impressionnait, on plaisantait aussi et on riait en disant à qui veut l’entendre : - L’Ibère libère Paris !
Puis il repart vers le Sud de la France pour savoir quelle suite on pouvait donner à la lutte antifasciste ? Il a été trahi par ceux qu’il avait sauvé, ce Don Quichotte lucide et éveillé pensait qu’on ne pourrait pas si on avait un temps soit peu d’honneur laisser en place le dictateur Franco. La suite vous la connaissez.

On dit souvent que ces hommes et ces femmes luttaient pour un idéal. C’est faux, car cette pensée n’était plus un idéal depuis 1936 en Espagne date à laquelle fut mis en place un véritable nouveau modèle social politique et économique. Manuel Lozano souhaitait vivre dans une société anarchiste de partage et d’humanité qui avait prouvé son efficacité entre 1936 et 1939 pendant la guerre d’Espagne et aussi, bien avant dans les années 30. Un modèle de société qui se préoccupait du sort de la femme bien avant tout le monde. Lors de mes recherches pour la fabrication de mon film « Un Autre Futur » j’ai trouvé dans une revue culturelle anarchiste de 1932 un calendrier expliquant comment pratiquer la méthode Ogino pour aider les femmes à maitriser leurs grossesses non désirées.
Des écoles selon le modèle « Francisco Ferrer » voient le jour pour le respect et l’épanouissement de l’enfant. Federica Montseny autorise l’avortement en 1936. Pour le tournage de la séquence sur le village de Calanda en Aragon, j’apprends que pour cultiver en 1936 l’ensemble des terres du village il fallait 4 tracteurs et que dans les années 80 il en fallait 31 car chaque agriculteur avait le sien.

C’est bien Manuel Lozano qui avait raison, si on l’avait écouté lui et ses camarades hommes et femmes, on ne parlerait pas aujourd’hui de changements climatiques, le rapport des scientifiques du GIEC n’aurait jamais existé tel qu’il a été publié pour la première fois en 1994 et le jour où on a épuisé les ressources annuelles renouvelables de la planète ne serait pas le 1er août comme cette année mais bien au moins le 31 décembre comme cela devrait être.

Si vous voulez respecter la mémoire de Manuel Lozano brandissons haut et fort le drapeau rouge et noir de la CNT, c’était l’unique drapeau de Manuel. Brandissons aussi haut et fort le drapeau bleu blanc rouge de la République Française à la mémoire du capitaine Dronne le chef de cette compagnie La Nueve qu’il dirigeait et qui luttait férocement contre le fascisme et le nazisme alors qu’au même moment certains de ces compatriotes avaient récupérés des biens volés aux juifs français déportés.
Quand au drapeau de la République espagnole que dire ? Ce qui est sûr c’est que ce n’était pas le drapeau de Manuel Lozano. Il n’en avait cure. Ce n’était pas du mépris, Manuel en était bien incapable, mais un simple désir qu’on reconnaisse les faits et les chiffres. Son drapeau, il était bien rouge et noir.

Sur internet on peut lire très facilement : « Sous le drapeau apparu en 1931 au moment de la proclamation de la Seconde République Espagnole se regroupe différentes forces politiques : des socialistes, des communistes, des trotskystes, des anarchistes... (trois petits points) »
Mais pour les chiffres rien, on ne peut les trouver que dans les recoins des livres ou dans les thèses universitaires. En 1936, un million et demi d’hommes et de femmes sont partie prenante du mouvement anarchosyndicaliste de la CNT et de la FAI. Des centaines de milliers sont dans les rangs du syndicat UGT socialiste et révolutionnaire à l’époque et dans les rangs du Parti Socialiste. Pas plus de 12 000 sont membres du Parti Communiste, pas plus de 3000 sont adhérents au POUM marxiste révolutionnaire.
Ces chiffres pour Manuel et moi, font plus l’histoire que tous les mots.
C’est pourquoi Je m’adresse avec Manuel Lozano aux jeunes de l’assistance : Ne vous laisser pas guider par la façade de la connaissance et les recherches faciles. Chercher toujours la vérité avant de faire vos choix personnels.

Je vais conclure avec un poème de Manuel Lozano dont le titre est :
Le parapluie
 

Il te protège
du soleil, de la pluie.
Un baiser sous
le parapluie.
Se promener avec
le parapluie.
Crier Vive la Liberté !
avec le parapluie.
Se défendre
avec le parapluie.
Les rues débordées
par la manifestation des parapluies,
ROUGE ET NOIR.
Vivre libre
avec mon parapluie,
ROUGE ET NOIR.


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