Yonne Lautre

« La charte d’Amiens de 1906 » par Jean-François Chalot

mercredi 11 janvier 2006 par Yonne Lautre

Ce texte fondamental, voté à une large majorité par le congrès de la CGT affirmant une identité révolutionnaire et une indépendance par rapport aux partis a été soit critiquée par ceux qui voulaient transformer le syndicat en courroie de transmission de leur parti soit adaptée au gré des choix de telle direction.

Au moment de la scission confédérale de 1947, chacune des deux principales branches du syndicalisme a choisi l’un des deux principes fondateurs affichés, délaissant l’autre :

Pour la direction de FO, il s’est agi exclusivement d’une indépendance par rapport aux politiques alors que la CGT n’a retenu que la dimension « lutte de classes »...

Aujourd’hui, si les mêmes débats surgissent, le syndicalisme ouvrier n’est plus ce qu’il était : l’éclatement, le morcellement et la division forment une dure réalité dans une désyndicalisation prégnante et préoccupante.

Le non-respect quasi généralisé de la charte d’Amiens a conduit à la situation de crise syndicale de représentation et d’organisation que nous connaissons.

La scission confédérale de 1947 a vu s’affronter une direction liée organiquement au Parti Communiste et une minorité remettant en cause l’indépendance du syndicat par rapport à l’Etat...

Deux lignes divergentes, deux abandons du principe de la charte d’Amiens...

Une minorité révolutionnaire très faible numériquement alors animée par Marcel Valière s’est opposée à ces deux orientations suicidaires, mais en vain...

La CGT s’est scindée en deux voire en trois avec la création de la FEN autonome.

35 ans après cette scission, le syndicat enseignant unifié a éclaté en deux branches au début des années 90...La direction de la FE N liée à une fraction du PS souhaitait une recomposition syndicale permettant la constitution avec la CFDT d’une grande organisation syndicale réformiste.

L’histoire des scissions, recompositions s’est poursuivie avec à chaque fois posée la question de l’indépendance du syndicalisme par rapport aux partis et par rapport à l’Etat...

- Si effectivement le droit de tendances qui existe à la FSU est l’expression d’un pluralisme et d’une démocratie interne : trois des cinq tendances fédérales sont des fractions politiques !?

- A la CFDT, le lien de sa direction avec l’appareil d’Etat déconsidère cette confédération et risque de la transformer en institution intégrée...

- Force Ouvrière, syndicat très jaloux de son indépendance par rapport aux partis comporte en son sein une fraction politique minoritaire, centralisée et bien organisée qui dispose d’un poids important dans l’appareil...

- Quant à la vieille CGT, si sa direction a coupé ses liens quasi organiques avec un appareil communiste en crise, elle ne se reconnaît pas explicitement de la charte d’Amiens....

-Il serait possible de poursuivre l’état des lieux mais il risque d’être fastidieux et je pourrais oublier un protagoniste... Ils sont tellement nombreux ces syndicats : du groupuscule « corporatiste » au syndicat majoritaire dans tel secteur.

Je ne veux pour autant pas faire l’impasse sur le « phénomène » SUD qui regroupe des syndicats très indépendants et d’autres dirigés par une extrême gauche dominée par la LCR.

Un siècle après le congrès d’Amiens, cette charte n’a pas vieilli, d’autant plus qu’elle fut mainte et mainte fois dévoyée et très rarement appliquée.

Il s’agit à la fois de maintenir la mission historique du syndicalisme ouvrier afin de préparer
« L’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste » et à la fois de garantir son indépendance par rapport à tout parti.

Pour certains commentateurs extérieurs, ou militants ouvriers, la charte d’Amiens se réclame de l’apolitisme...

Qu’en est-il exactement ?

« Le Congrès affirme l’entière liberté pour le syndiqué, de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au dehors »

Les instances délibératives du syndicat, à tous les niveaux, de l’AG de section d’entreprise à la direction fédérale et confédérale déterminent librement les orientations et les modalités d’intervention... Chaque syndiqué, responsable ou pas n’oublie pas son engagement politique, s’il en a un, en entrant dans le local syndical : il respecte l’autonomie du syndicat et son indépendance afin que l’outil de transformation sociale qu’est le syndicat soit aux mains et au service des syndiqués....

En 1906, il n’existait qu’une seule confédération.
En 2006, le syndicalisme est parcellisé, émietté, divisé...

La célébration de la charte d’Amiens est l’occasion pour qu’ensemble les militants et militantes appartenant aux différentes confédérations et fédérations concurrentes discutent de la situation actuelle et mettent en perspective l’unification syndicale !

Douce utopie diront certains ! Peut être ? Mais le syndicalisme n’est pas riche de sa diversité et sa « balkanisation » qui se poursuit risque de le transformer en simples appareils régnant sur un désert.

Des appels pressants en faveur de l’unification commencent à circuler et surtout des amorces de courant intersyndicaux commencent à prendre corps....

Et si ensemble nous discutions de l’actualité de la charte d’Amiens, c’est à dire d’un texte fondateur structurant un syndicalisme rassemblé et rassembleur !

Jean-François Chalot


titre documents joints

Charte d’Amiens 1906 : en savoir plus

7 janvier 2006
info document : PDF
106.2 ko

Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 1407 / 3795629

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site En savoir plus sur ce Monde qui se réchauffe, se dérègle (...)  Suivre la vie du site Histoire (s)  Suivre la vie du site Première moitié du XX° siècle  Suivre la vie du site 1900-1918   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.4 + AHUNTSIC

Creative Commons License