Yonne Lautre

Éditorial du mercredi 30 septembre 2020 : Sauver les rivières, construire des alternatives

mercredi 30 septembre 2020 par Rédaction de Yonne Lautre

Chaque mercredi, la rédaction de Yonne Lautre envoie une lettre aux abonné.es de celle-ci. Cette lettre liste les articles parus depuis le mercredi précédent.
Depuis septembre 2019, les membres de la rédaction de Yonnelautre se chargent, en alternance, de l’éditorial de cette lettre et ces éditoriaux sont publiés ci-dessous, au fil des semaines.
Ainsi des points de vue différents, pluriels, s’expriment au gré des engagements et des urgences de chacun.e.

L’histoire pourrait paraître petite et très locale. Elle commence sur le Branlin, une rivière qui prend sa source au sud de Saints et passe par Saint-Sauveur, Fontaines, Mézilles, Tannerre, Villeneuve-les-Genêts, Champignelles, Malicorne, Saint-Martin-sur-Ouanne. Plus précisément sur le territoire de Mézilles : un projet d’aménagement, au prétexte de la « continuité écologique, « vise à creuser un canal artificiel qui contournera la digue du déversoir au lieu dit le ‘’trou de bonde’’, juste en dessous de l’ancien pressoir, de manière à rejoindre par la droite, en amont, le bief du Moulin rouge ».
Quelle importance ? Eh bien, la vie de la rivière. Car ces travaux auront pour effet de réduire encore plus la vie poissonneuse naturelle du cours d’eau.
Le Branlin fut jadis une rivière extrêmement poissonneuse. Grâce à ses biefs et à ses moulins… Lisez, écoutez un de ses riverains vous raconter cette très belle histoire de civilisation millénaire.
Comment ces destructions sont-elles possibles ? Les promoteurs de ces travaux prétendent qu’ils appliquent la directive cadre sur l’eau (DCE) du 23 octobre 2000 (directive 2000/60) qui vise l’atteinte du bon état des eaux sur tout le territoire européen d’ici à 2015… Mais c’est là une interprétation française de cette directive : elle ne donne la « continuité » des cours d’eau que comme un des dix-huit facteurs à prendre en compte « éléments de qualité pour la classification de l’état écologique »…
Il ne faut donc pas croire que les travaux seront limités au creusement d’un petit canal artificiel dans un coin de la Puisaye. Prendre au sérieux cette interprétation folle impliquerait que des travaux du même genre (dix-sept !) soient réalisés sur tout le cours du Branlin. Le commissaire-enquêteur l’a reconnu, il y en a pour un à deux millions d’euros.
Alors, pourquoi faire cela ? Probablement pour diluer et évacuer au plus vite les résidus de l’agriculture industrielle et par conséquent améliorer les résultats de leurs mesures dans les eaux. Et puis, en attendant, voici créé, réglementairement, un vaste marché pour les pelleteuses et le béton…
Tels sont les enjeux. C’est pour tout cela qu’il faut signer la pétition qui dénonce ce scandale et exige
– l’abandon ou la modification de ce projet coûteux et préjudiciable ;
– l’utilisation des sommes qui seront gaspillées pour entretenir les biefs, et non pas pour les détruire.
Il faut savoir que, trois jours avant de quitter son poste, le 30 juin 2020, le premier ministre Édouard Philippe a signé un décret (objet de recours en Conseil d’État) qui mettra fin aux enquêtes publiques pour ces travaux...
Cette « simplification » est de la même eau que celle de la loi ASAP,pour « Accélération et Simplification de l’Action Publique (par coïncidence, « ASAP » est une expression anglo-saxonne utilisée dans le monde des affaires, acronyme de « As Soon As Possible » : « aussi vite que possible »), loi qui cherche à réduire les voies de recours données par le droit de l’environnement contre les projets inutiles pour l’homme et nuisibles contre la nature – preuve, incidemment, que les actions juridiques employées par les citoyens sont efficaces.
Empêcher les destructions ne suffit pas. Une autre vie est possible et de multiples initiatives anticipent, dès maintenant, un futur joyeux, ingénieux, fraternel.
Samedi 3 octobre, la « halle au grains » de Joigny se transforme en « halle aux possibles ». Vous y trouverez des ateliers, des animations, un cinématon (de brefs films tournés et diffusés sur place dont vous serez ; des tables rondes intitulées « Prenons le temps d’en parler », histoire de suivre à chaque fois le cycle qui mène de l’analyse, au débat et à l’action collective – et qui aborderont, par exemple, l’alimentation, l’agriculture, les semences ; l’énergie et la 5G ; la communication non violente ; l’eau vivante ; la forêt qui se défend ; un média local ; la monnaie et les monnaies ; l’opération Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée en expérimentation dans l’Yonne ; la migration, ...Et les enfants seront les bienvenus.
La cagnole, une « monnaie complémentaire pour agir localement, quotidiennement, pour la transition écologique et solidaire », sera la monnaie d’échange de cette manifestation – échangez vos euros contre des cagnoles à l’entrée ! Et vous en aurez quantité d’usages, après, dès dimanche et dans les jours et semaines qui suivent ; ainsi, vous contribuerez directement à la vie bonne par ici, dans nos environs.

Laurent Grisel, co-rédacteur.


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