Yonne Lautre

Entretien avec Allain Bougrain Dubourg à propos de son nouveau livre « On a marché sur la Terre. Journal d’un militant. »

Entretien réalisé par la Rédaction de Yonne Lautre en mai 2020

1/ Allain Bougrain Dubourg , vous aviez déjà eu la générosité de nous accorder un entretien lors de la sortie de votre livre « Lettre des animaux à ceux qui les prennent pour des bêtes ». Dans ce livre, vous aviez pris le parti-pris d’écriture où chaque animal s’adresse à nous à la première personne. Dans « On a marché sur la Terre », vous vous êtes donné une autre contrainte, laquelle et pourquoi ?

ALLAIN BOUGRAIN DUBOURG :
On m’a souvent questionné sur mon engagement, sur les rapports que j’avais avec le monde politique, sur l’organisation de la LPO ou encore sur ma perception de la faune et, plus largement, de la nature. En fait, c’est Patricia Martin de France Inter qui m’a encouragé à lever le voile sur les coulisses d’un engagement. J’ai donc pris la plume, quasiment au quotidien, pour raconter trop souvent le pire, parfois le meilleur de nos relations avec le reste du vivant.

2/ Dans ce livre, on découvre votre agenda, partagé surtout entre le Conseil Économique, social et environnemental (CESE), le Conseil National de la Transition Écologique (CNTE) et bien entendu la LPO. Ces trois engagements reviennent-ils en un seul ?

ABD : Oui dans la mesure où il s’agit toujours de plaider en faveur de la nature. Mais au delà de ces engagements, il y en a beaucoup d’autres car je fais de nombreuses conférences ou lectures, j’assume une chronique chaque samedi sur Europe 1 avec Bernard Poirette, j’écris des « lettres des animaux aux humains confinables » dans Charlie Hebdo numérique sans parler des nombres autres sollicitations. Très franchement, la charge est lourde mais elle reste passionnante.

3/ On découvre aussi vos conversations régulières avec des personnalités, telle Brigitte Bardot. Pourquoi ainsi les relater ?

ABD : Parce que j’ai choisi de raconter mon engagement au quotidien et que j’ai voulu le faire honnêtement. Du reste, je n’ai rien « revisité » plus tard de ce que j’avais écrit initialement au risque de ne pas être toujours à la hauteur. Brigitte m’a reproché, par exemple, de ne pas l’avoir soutenue plus clairement dans son combat contre la maltraitance inacceptable à l’égard de certains animaux de l’ile de la Réunion. Nous nous en sommes expliqués...

4/ Vous nous faîtes aussi part de vos retours tout aussi réguliers à l’Île de Ré. Ce lieu est-il primordial pour vous ?

ABD : Pensionnaire au lycée E. Fromentin de la Rochelle, j’ai eu le bonheur de grandir dans l’ile de Ré. C’est ici que j’ai enraciné mes premières émotions, c’est sur ce petit territoire qu’est née ma vocation et c’est encore aujourd’hui sur cette ile que j’ai besoin de m’oxygéner de l’iode de la mer. J’avoue avoir été frustré de ne pas avoir pu y retourner durant le confinement.

5/ Vous relatez aussi vos rencontres avec les élu.es et les membres du gouvernement. Vis-à-vis d’eux, votre stratégie semble de ne jamais rien concéder des dossiers que vous défendez ?

ABD : Le bras de fer est constant et je le regrette d’autant plus que je sais la valeur et l’engagement sincère de bon nombre d’acteurs de l’Administration. Mais la grande machine de l’exécutif est redoutable et nous devons lui faire face coûte que coûte. La LPO a souvent trainé de hauts responsables devant le Conseil d’Etat ou les tribunaux administratifs. En pareille circonstance, il est rare que nous perdions, c’est dire combien notre combat est juste !

6/ Au fil de votre agenda, vous êtes conduit à des rencontres locales avec des salarié.es et des militant.es de la LPO, et vous en semblez toujours très comblé ?

ABD : La LPO compte aujourd’hui 57 000 membres, près de 8 000 bénévoles et 400 salariés. Nous incarnons la première association française de défense de la biodiversité (la LPO s’investit statutairement bien au delà de l’oiseau). Au fil du temps, nous sommes devenus une sorte de grande famille animée par les mêmes valeurs. Les retrouvailles sont donc toujours ressourçantes. Par ailleurs, j’ai une grande admiration pour ceux qui s’engagent – souvent dans l’ombre – avec pour seule force, la conviction. Leur exemple m’aide à poursuivre lorsque j’ai des doutes.

7/ Allain, ce livre est une défense de la biodiversité et une alerte vis-à-vis de la crise climatique. Ses deux urgences sont-elles indissociables ?

ABD : Evidemment car la biodiversité souffre du réchauffement climatique en même temps qu’elle peut être une réponse à cette situation. Malheureusement, la question climatique a été jugée prioritaire au point de faire de l’ombre au déclin du vivant. Peu à peu, nous arrivons à conjuguer ces deux problèmes de concert. Je rends, à ce propos, hommage à mon ami le climatologue Jean Jouzel qui m’aide dans cette démarche.


8/ Avec ce livre, on peut vous deviner au jour le jour, toujours là à oeuvrer. La ténacité est-elle une de vos qualités principales ?

ABD : J’essaie qu’elle le soit ! Quelqu’un a dit quelque chose comme : « la lucidité justifie le pessimisme, la volonté porte l’optimisme ». Je souscris ...

La première photo illustrant cet article est de Michel Films. Les autres nous sont offertes par Jean-Paul Leau, lui-même membre de la Ligue pour la Protection des Oiseaux de l’Yonne : une photo d’Allain Bougrain Dubourg à Guédelon quand il y est venu en 2018, et deux photos de l’île de Ré en avril 2017.


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