Yonne Lautre

« Partage de la richesse et Vérité des coûts. » par Raymond Zaharia

(Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis)
lundi 13 février 2006 par Zaharia Raymond

Même une OPA hostile, (Mittal / Arcelor), peut avoir un mérite : celui d’amener un ancien Premier Ministre à reconnaître (dans Libé du 7/02), la validité d’un constat fait depuis longtemps à Attac... (ce « monument de bêtise économique et politique », selon Michel Rocard !)

Apres avoir noté « qu’il y a cependant une autre manière d’analyser le problème »... le même qui, en juin 2003, nous incitait à la résignation (Le capitalisme a gagné, autrement dit : « il faut accepter la réforme des retraites »...), constatait mardi dernier :

"Le symptôme le plus marquant est la baisse significative de la part des salaires dans le PIB.
[...] au niveau de généralité qui nous suffit ici, il est peu contestable qu’elle a diminué de 6 à 10 % aux Etats-Unis de 1980 à 2005, et d’au moins autant en France. C’est la masse des revenus financiers, intérêts, loyers et surtout profits qui en a bénéficié, masse qui est beaucoup moins bien imposée que celle des salaires et qui surtout est beaucoup moins affectée à la consommation. Si l’on avait partagé le revenu national français de 2005 selon les ratios observés en 1980, on aurait 120 à 150 milliards d’euros de plus de salaires directs et indirects, c’est-à-dire une large centaine de milliards d’euros de plus de consommation, et les recettes fiscales et sociales y afférentes
. "(Fin de citation)

Bravo ! Dommage que cette conversion inopinée à un argument clé d’Attac soit aussi tardive ! Avec 120 à 150 Milliards de salaires en plus (c.à d. avec plus de croissance, plus d’emplois, et donc davantage de rentrées fiscales et de cotisations), le déséquilibre des retraites ou le déficit de la Sécu disparaitraient pour l’essentiel, ce qui révèle leur vraie nature : celle d’épouvantails brandis en vue de maintenir la tendance à la modération, (de la part des salaires dans le PIB...)

Tel Saint Paul sur le « Chemin de Damas », pourquoi M. Rocard ne ferait-il pas « un pas de plus », sur la route qui le ramène vers les « causes premières » ?

Se souvenir qu’au siècle dernier, (fin 94 si je ne m’abuse...), nos parlementaires ont ratifié un Traité de quelques VINGT MILLE pages, écrit par des lawyers et des économistes, (américains pour la plupart). Il s’agissait alors d’entrer, avec résolution et enthousiasme, (mais sans tapage excessif tout de même), dans l’ère de la modernité et de... la mondialisation !

Au risque de passer pour un esprit chagrin, M. Rocard pourrait aussi mettre en relation la plupart de nos soucis quotidiens avec cet engagement un peu fou, (sauf pour des sur-hommes ou des inconscients) : Etre, et demeurer compétitif avec la terre entiere ... y compris avec la nouvelle Triade « Brésil-Chine-Inde » !

  • Plein de produits chimiques dans notre air, notre eau, et nos assiettes ? Comment se passer des formidables gains de productivité qu’ils apportent ? (du moins tant que nous continuerons à permettre des comparaisons de coûts aberrantes)
  • cet écart scandaleux entre les revenus (de 1 à 1000 : 1/2 Smic versus 500 Smic...) ? Ce partage si inégalitaire, entre qq centaines de privilégiés et des dizaines de milliers de personnes proches du seuil de pauvreté ? mais... c’est le prix à payer pour retenir les talents chez nous, mon bon Monsieur !
  • ces soeurs jumelles que sont précarité et docilité ? Un moyen de garder une certaine modération salariale... voir ce qu’en pense un spécialiste :
    G. Filoche
  • cette course folle aux OGMs ? (rejetés par quelques 300 millions d’Européens, mais confirmée par l’OMC) : il ne faut pas prendre le risque de se laisser distancer, Voyons !
  • Des Services Publics aux moyens financiers et humains toujours plus chichement comptés, de sorte que des dysfonctionnements majeurs peuvent surgir et prétendre au rang de « Sujets de societé » , (et meme de sujets de spectacle, avec confessions publiques -comme au temps de Mao- en direct et en « Prime Time », sous l’oeil complice des Commissions d’enquete chargées de les conjurer !)

Le culte de la compétitivité, (réelle ou... apparente, puisque certaines activités ne supportent que la moitié -ou le quart- des coûts -ou des dégats- qu’elles engendrent, le reste étant « légué à la Société » ou aux générations futures...), est devenu la principale menace pour la Biosphère et ses habitants !

Le Parvis des Droits de l’Homme n’est, hélas, qu’un timbre poste au regard de l’immense territoire du « Libre échange », (c. à d. du « libre pillage » de la nature... et de la « libre exploitation » des écarts de coûts salariaux...)

« Caressez un cercle... il deviendra vicieux ! » disait Ionesco. Ceux qui nous ont engagé, a l’échelle planétaire, dans cette lutte sans clameur ni merci, dans cette « concurrence de tous contre tous », savaient-ils réellement ce que le « cercle de l’OMC » nous réserverait ?

Un creusement accéléré des inégalités ! La négation de la démocratie ! (ce dont 70% des Europeens ne veulent pas, les experts patentés de « l’Organe de Règlement des Différends », pourraient bien le leur imposer ! Comme par hasard, ces « ORDiens » sont les memes -ou les proches collègues- de ceux qui ont rédigé les 20000 pages déja citées !)

Alors que faire ? Très simple : juste le contraire de ce qu’on fait depuis 12 ans et plus !

  • Reconnaitre, par exemple, que la majeure partie du commerce UE des 15 ou des 25 est "intra
    communautaire", qu’il est donc inutile, absurde, et dangereux d’exposer la totalité de nos économies aux règles OMC, c. a d. à une concurrence sauvage, qui oppose petits producteurs et firmes multinationales (meme dans un sport aussi brutal que la boxe, on prend soin de peser les concurrents, avant de les opposer !)
  • S’engager, dans le sillage de cette conversion salutaire pour l’UE, sur la voie de « la Vérité des coûts » : éviter que des secteurs économiques entiers, (par exemple transport routier et production d’énergie), ne supportent qu’une fraction des couts sociaux et environnementaux qu’ils engendrent. La sobriété et l’efficacité énergetiques, le décollage toujours differé des énergies renouvelables, ne seraient plus le fait d’un engagement militant, (cf. ces auto-constructeurs poitevins de merveilleuses maisons « bio-climatiques »), mais le simple effet d’un calcul économique...
  • « Relocaliser » tout ce qui peut l’etre, en remplacant le Libre Echange par le « Juste Echange » (cf. Jacques Sapir), et en développant au Nord comme au Sud, ces outils du vivre ensemble, ces « génerateurs de lien social »... que sont les AMAP et les SELs !
  • Surtout : une révision profonde des accords OMC, pour remettre les Droits Humains à leur place : la première, AVANT le Droit du commerce, avant la concurrence « libre OU non faussée... » (J. Sapir, toujours), sans oublier ces fameuses « contraintes économiques pour rester compétitifs », ces grandes productrices de délocalisation, de réduction des effectifs et, au final... d’exclusion !

Pour ce faire, exiger la Vérité des coûts à l’OMC comme ailleurs ; traquer, par conséquent, ce que les économistes appellent « externalités négatives », cette facon d’ignorer « une partie de l’addition », qui donne une portée universelle, (dans l’espace et dans le temps), au mécanisme de « privatisation des profits et de socialisation des pertes » que le Libre Echange permet, tant que la responsabilité environnementale des entreprises continue d’etre ignorée !

R. Zaharia


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