INTRODUCTION

LA PROBLEMATIQUE DES PESTICIDES

Dominique COQUERET

Docteur en Médecine

AUXERRE

(Version1, 21 Mai 2021)

Définition des Pesticides

Le terme de Pesticides vient du mot anglais ’pest’ qui signifie ’nuisible’.

Il désigne toutes les substances, en très grande majorité obtenues par chimie de synthèse, qui ciblent la destruction des insectes ’ravageurs’ et des adventices encore appelées ’mauvaises herbes’ parce qu’elles sont dites concurrentielles avec les cultures et gênant les techniques industrielles de récolte. Ces substances visent aussi à empêcher le développement des Cryptogames (champignons) responsables des maladies fongiques de la vigne, des céréales, des fruitiers et des légumes... auxquels ils faut rajouter ceux utilisés dans les piscines, bassins et réservoirs d’eau, et jusqu’aux coques de navires, pour détruire ou empêcher le développement des Algues et des Crustacés. Cela recouvre encore des produits anti-larvaires et contre les Vers ronds qui infestent les racines de légumes, ainsi que ceux utilisés contre les Limaces, les Fourmis, les Cafards, les Puces, les Tiques et les Termites...

Ainsi, les pesticides englobent les insecticides, les herbicides, les fongicides, les algicides, les nématicides, les molluscicides... Ils sont tous des « Biocides ».

Résultat d’un usage de désherbants aux portes de la ville d’Auxerre

A l’origine, une chimie née de la guerre

C’est au moment où se préparait la 2° guerre mondiale de 39-45, et lors de ’l’effort de guerre » que la chimie trouva l’occasion d’un développement considérable. En Amérique les physiciens travaillaient sur la maîtrise de l’énergie nucléaire dans le but de fabriquer une bombe atomique ; et les chimistes travaillaient sur le raffinage du pétrole, ouvrant la voie aux produits dérivés de la pétrochimie, et à l’essor de firmes comme DUPONT de NEMOURS et SHELL. Sur le vieux continent, personne ne contestera que les allemands étaient les plus avancés dans cette science de la Chimie depuis le XIX° siècle.

La découverte de la synthèse de l’ammoniaque permettait la fabrication de l’acide nitrique, base de la fabrication des explosifs. Auparavant dans l’histoire, on récoltait dans les caves le salpêtre (du nitrate de potassium), qui traité dans des ’salpêtrières’ permettait l’obtention de poudre à canon. Désormais, la voie était ouverte pour la production massive d’explosifs. Le régime nazi monta un consortium industriel IG FARBEN regroupant toutes les firmes allemandes dont BASF et BAYER étaient les plus importantes. Ces firmes participèrent activement à l’effort de guerre.

IG FARBEN, contrôlé par le régime nazi, fabriqua :

 des explosifs en quantité inouïe pour alimenter le front, où tous les jours des quantités ahurissantes d’obus étaient déversées sur l’ennemi

 de l’essence distillée à partir du charbon et du caoutchouc synthétique pour les véhicules, alors que le blocus des Alliés avait coupé l’accès au pétrole et à l’hévéa

 des gaz de combats à base de dérivés chlorés ou phosphorés, comme le gaz SARIN un organophosphoré neurotoxique très puissant

 des insecticides, à base de phosphore également, comme le MALATHION découvert en 1945

 et finalement des gaz asphyxiants létaux comme le ZYKLON B qui fut inventé et utilisé pour l’extermination des Juifs et des Tsiganes dans les sinistres chambres-à-gaz des camps de concentration d’Auschwitz et de Birkenau

Juste après la guerre : quoi faire des stocks restants d’explosifs, encore importants ? Les chimistes eurent l’idées de les ’recycler ’ en Nitrates, des composés azotés dont on savait qu’il pouvaient servir de fertilisant ; l’Azote améliorait le rendement des cultures sur des sols pauvres. Ce fut l’origine des engrais, qui remplacèrent la fumure. Ils furent fortement encouragés et devinrent une industrie lucrative.

Dans le même temps, les molécules létales à base de chlore, de phosphore ou de cyanate, conçues pour la guerre, allaient devenir les pesticides organochlorés et organophosphorés utilisés comme insecticides et herbicides dans les décennies suivantes.

Engrais et Pesticides : un choix de politique agricole

Le premier « grand pesticide » commercialisé et utilisé à très vaste échelle fut le DDT : une molécule redécouverte en Suisse en 1939 où fut mis en évidence son effet insecticide puissant sur les Mouches, Moustiques et autres Arthropodes, ouvrant des perspectives d’utilisation tant sur les zones de conflits armés pour prévenir les épidémies, qu’en agriculture. Sa première utilisation fut faite par les américains dès 1943, jusqu’à la fin de la 2° guerre mondiale, pour endiguer les épidémies de Typhus, de Fièvres palustres, de Poux et de Puces. On le pulvérisa au-dessus des camps, des colonnes armées, sur les jeunes recrues...

Il fut par la suite, après 1945, utilisé dans les vastes campagnes de lutte contre les insectes ravageurs des cultures, et contre les vecteurs des grandes épidémies tropicales (Paludisme, Typhus, Leishmaniose...). Des milliers de tonnes ont été pulvérisées au-dessus des cultures, des zones marécageuses insalubres, et des lacs, pour éradiquer le Moustique anophèle au cours de vastes campagnes sanitaires pour venir à bout du Paludisme en Afrique, en Asie, à Panama et en Amérique du Sud. A cette époque où l’on ignorait sa toxicité, les épandages par avions débordèrent largement sur les zones habitées ! Et pendant plusieurs décennies, on l’a pulvérisé à l’intérieur des immeubles et des maisons contre les Mouches, Moustiques, Puces, Taons, Mites, Cafards... sans la moindre notion de sa toxicité, donc sans aucune précaution !

S’il a sauvé des millions de vies humaines, on s’aperçut que c’était au prix d’une immense intoxication de la faune et des populations humaines, dont les conséquences ont été durables en raison de sa très longue persistance dans les sols et dans les lacs. Avec une demi-vie de dégradation DT50 entre 5 et 15 ans, et selon certaine source 6200 jours (soit 17 ans !), sa rémanence dépasse 30 ans dans les sédiments au fond des lacs ! Ceci étant d’autant plus dangereux que, pendant ce long temps, la molécule subissait une bio-accumulation dans la graisse des organismes aquatiques et dans toute la chaine alimentaire (avec un facteur de Bioconcentration BCF/kg élevé, de 3173) jusqu’aux Mammifères marins (Phoques, Morses, Otaries…) et aux Mammifères terrestres qui se nourrissent de Poissons comme les Ours polaires… et les Hommes.

Dans l’après-guerre, et surtout dans les décennies 1960-1970-1980, de très nombreux pesticides furent synthétisés et commercialisés par les grandes firmes chimiques liées à l’agro-alimentaire. Leur usage s’est répandu à large échelle, et leur emploi encouragé, sur la plupart des cultures.

Actuellement, plus de 1.000 substances ont ainsi été inventées pour cet usage, représentant plusieurs dizaines de milliers de produits commerciaux (mélanges ou « mixtures » et diverses formulations) circulant dans le monde. Si l’on tient compte des produits déjà interdits dans certains pays, mais encore autorisés dans d’autres, il resteraient environ 800 molécules utilisées dans le monde. En France, plus de 500 molécules ont eu cours ; beaucoup ont été interdites ou retirées du marché ; il reste environ 360 composants phyto-sanitaires encore homologués avec une AMM (autorisation de mise sur le marché), entrant dans la composition, seuls ou associés, d’environ 4000 compositions commercialisées.

L’industrialisation de l’agriculture a poussé au remembrement des parcelles, avec la destruction des haies et des bocages. Les politiques agricoles des pays industrialisés ont priorisé la généralisation des cultures ’extensives’ sur des centaines voire des milliers d’hectares, et ’intensives’ pour le choix de plantes hybrides plus productives, à la croissance « dopée » par l’usage systématique d’engrais. Malheureusement, cette restriction des plantes alimentaires autrefois très diversifiées et adaptées à leur biotopes, ainsi que la sélection d’hybrides plus productifs mais plus sensibles aux maladies, ont favorisé les attaques d’insectes et les maladies cryptogamiques... justifiant le recours à des doses de pesticides toujours plus importantes, et à une fréquence de traitements accrue.

Si l’on rajoute le compactage des sols par les passages répétés d’engins agricoles de plus en plus lourds, on obtient comme résultat des sols morts. Et l’absence de nutriments organiques dans les 10 cm de la couche superficielle nécessite le recours d’intrants (engrais) de type NPK = Azote, Phosphore, Potassium, dont la fabrication est énergivore en équivalent CO2 de gaz à effet de serre.

Dans les pays en voie de développement, La ’Révolution verte’ annoncée comme devant faire sortir ces pays de la pauvreté alimentaire, fut un fiasco. Le Coton transgénique de Monsanto, possédant un gène de résistance ’contre les ravageurs’, planté en Afrique s’est avéré fournir des fibres trop courtes, impropres aux filatures ! La monoculture de coton dans certains pays comme l’Ouzbékistan ou l’Inde, à cause de l’obligation de traiter les champs aux herbicides et la plante aux insecticides, a ruiné des milliers de paysans, et laissé des terres contaminées, parfois stériles. Aux Etats-Unis et en Amérique du Sud, surtout au Brésil, l’agriculture extensive du Maïs et du Soja transgénique, dont les champs sont préalablement traités au GLYPHOSATE, provoque une intoxication des sols et des rivières d’une ampleur inégalée, et un appauvrissement des sols réclamant des surplus d’engrais, du fait de la ’stérilisation de la Biomasse’.

Au Brésil, l’extension de ces cultures industrielles, avec la complicité du gouvernement et des grands propriétaires terriens, entraine une déforestation massive de l’Amazonie, tout à fait dramatique pour la planète entière, car elle est la plus grande forêt mondiale capable de fixer le CO2.

Avec le recul et une vision rétrospective de plus de 70 ans, il est évident qu’un choix délibéré d’industrialisation des pratiques agricoles et l’option « chimique » adoptée pour contrôler les maladies, institués dans les pays industrialisés, puis imposés aux pays du tiers-monde, ont été en rapport avec le développement exponentiel de la pétrochimie. Ces choix ont été faits aussi avec des objectifs de profits énormes de la part des firmes devenues de gigantesques consortiums agro-industriels. Le monde des multinationales de l’agro-alimentaires a réussi à imposer un modèle d’agriculture « moderne » reposant sur une mécanisation lourde et coûteuse, la vente de semences exercée par le monopole de quelques semenciers, et l’emploi massif rendu nécessaire, par ce type d’agriculture, d’intrants (engrais et pesticides) faisant la fortune des industries chimiques !

Etat des lieux et conséquences environnementales : extinction des espèces, dégradation complète des écosystèmes

Le problème posé par cette agriculture actuelle est que que la plupart de ces substances, si elles sont puissamment « efficaces » sur les adventices des cultures, sur les insectes et sur les fungi, sont aussi extrêmement toxiques pour l’environnement. Dû au lessivage des sols laissés à nu, et au ruissellement des eaux de surface qui les acheminent dans les ruisseaux et les rivières, ces pesticides affectent gravement la faune des milieux aquatiques (Poissons, Daphnies, Amphibiens, Crustacés...). Ils déciment les Rongeurs (Souris, Musaraignes, Mulots, Surmulots...) qui ont un rôle dans l’écosystème. Ils sont responsables de la grande mortalité des Oiseaux. Ils ont anéanti toute une variété de populations d’Insectes, autrefois en équilibre écosystémique ; à tel point qu’on assiste maintenant à une extinction rapide des espèces, dont certaines sont des « auxiliaires des cultures » parce qu’elles régulent naturellement les populations d’insectes « nuisibles ».

De même, la raréfaction, voire la menace de disparition, d’hyménoptères qui ont un rôle vital de pollinisation comme les Abeilles et les Bourdon, constitue un problème dramatique : dans certaines régions déjà, la chute du phénomène de pollinisation des végétaux pose un grave problème aux horticulteurs dans leurs vergers. Egalement, la diminution d’autres familles d’insectes utiles, comme les Coccinelles qui régulent les populations de pucerons…, désorganise tout l’équilibre naturel, et explique la recrudescence de certains insectes nuisibles aux cultures (Aphides, Cicadelles, Courtilières...) Et dans les sols, sont exterminés ou considérablement réduits les Vers, les Bactéries, la Mycorhize...) qui participent à la qualité d’un humus vivant.

La responsabilité des pesticides toxiques, utilisés massivement par l’agriculture industrielle, dans la destruction de la vie des écosystèmes, n’est plus contestée actuellement. Le constat est alarmant. Raison pour laquelle on les nomme ’Biocides’, c’est-à-dire ’tueurs de Vie’. Il faut réaliser qu’ils ont, dès l’origine, été conçus comme tels pour tuer des agents considérés comme ’nuisibles’, afin d’épargner les cultures. Malheureusement, ils déciment sans discernement des milliers d’autres espèces « non-ciblées » par leur emploi. Par ailleurs, ils contaminent toute la chaîne alimentaire, en particulier dans la mer toute la chaine des Poissons, des plus petits aux plus gros, qui mène aux Mammifères marins : Baleines, Phoques, Morses... et jusqu’aux Mammifères qui s’en nourrissent comme les Ours polaires... et les Hommes ! Ce crime contre l’écologie, contre la biodiversité des espèces, a reçu le nom d’ ’Ecocide’.

Le réchauffement climatique dû aux gaz à effets de serre, commence à créer des catastrophes climatiques, particulièrement dans les zones tropicales et subtropicales, où se conjuguent une sahélisation par des sécheresses excessives, et des typhons plus intenses par aggravation des masses nuageuses.

L’extinction des espèces vivantes, des Insectes aux Mammifères, des Oiseaux aux Abeilles, constitue l’autre immense menace pour le vivant sur notre planète.

Si l’on considère comment ces facteurs s’ajoutent ou s’intriquent dans l’environnement : le réchauffement climatique et les désordres météorologiques subséquents, la déforestation accélérée par les besoins d’une agriculture dite « intensive » (en l’occurrence très « extensive »), et l’écotoxicité des pesticides, il importe au plus haut point de prendre conscience des conséquences désastreuses des dégâts exercés sur les écosystèmes, et de tirer la sonnette d’alarme.

Des effets délétères sur la santé humaine

Les conséquences sur la santé humaine commencent à être documentées.

De très nombreux travaux scientifiques, par milliers, d’abord sur les organismes vivants, puis maintenant sur l’homme, pointent la responsabilité écrasante des pesticides sur nombre de pathologies chroniques.

Citons brièvement, suite à des expositions répétées dans le cadre professionnel, la survenue de lymphomes, de leucémies, et de cancers dont le nombre suit une courbe ascendante : glioblastomes, cancers du sein, de la thyroïde, du colon, hépatocarcinome, cancer de la prostate ou des poumons (vus de plus en plus chez des patients non-fumeurs !)... Les effets pharmacologiques délétères, et les mécanismes biologiques qui favorisent les processus de la cancérogenèse, sont mieux élucidés : baisse de l’immunité, effet mutagène sur l’ADN humain, effet cytotoxique activant les premiers stades de l’oncogenèse. Or, ce qui n’était décrit que dans le cadre professionnel, commence à être également évident pour toutes les populations qui ont consommé régulièrement des aliments contenant des résidus à des taux très variables pendant plus de 30 ou 40 ans.

Par ailleurs, beaucoup de ces pesticides sont des ’perturbateurs endocriniens’ signifiant, qu’à doses infinitésimales, ils modifient le fonctionnement de certaines glandes endocrines, comme les testicules, l’axe hypophyso-ovarien, la thyroïde. Cela explique le nombre des stérilités masculines observés dans les populations de viticulteurs, des troubles cycliques féminins avec dysovulations, dysménorrhées, ou mastoses, ainsi que des troubles métaboliques (obésité, diabète)…

Certains sont reprotoxiques ou tératogènes, susceptibles de favoriser des anomalies foetales.

La liste des conséquences sur la santé ne s’arrête pas là, car des travaux récents imputent fortement la responsabilité des pesticides dans l’augmentation du nombre des maladies neuro-dégénératives qu’on avait cru initialement seulement ’dues à l’âge’ et à l’augmentation de la durée de vie humaine. En fait, les pesticides favoriseraient des troubles de fibrillation de la protéine alpha-synucléine impliquées dans les démences de type ’Alzheimer’, ou dans la démence à corps de Lewy ; ainsi que dans la mort cellulaire progressive des neurones dopaminergiques des noyaux de la base du crâne conduisant à la Maladie de Parkinson.

Sous un déguisement de Philanthropes

Dès l’origine de l’agriculture, l’homme a cherché à remédier aux maladies qui affectaient les cultures : celles, à titre d’exemples, que provoquaient les champignons dans les cultures de céréales comme l’Ergot de Seigle responsable de redoutables épidémies d’ergotisme ; comme l’Oïdium, le Mildiou et le Botrytis (ou pourriture grise) qui dans les vignobles pouvaient anéantir les récoltes ; ou encore dans les vergers les ’tavelures’ qui contaminent les Pommiers, les Pruniers… et même les Oliviers. L’homme a dû s’attaquer aux ’insectes ravageurs’ (Pucerons, Chenilles phytophages, Pyrales, Hannetons et Criquets...) capables d’effeuiller en quelques jours des plantations ; et faire face aux attaques de Doryphores dans les champs de pomme de terre...

Les paysans avaient leurs recettes. Ils disposaient de remèdes simples comme la ’Bouillie bordelaise’ à base de cuivre ; ils chaulaient les troncs d’arbres fruitiers au ’lait de chaux’, un excellent antiseptique pour détruire les larves d’insectes sous l’écorce. Plus récemment, certains agriculteurs utilisèrent les purins d’ortie et d’autres plantes qui augmentent la résistance des cultures aux maladies, et dont on a découvert le rôle d’éliciteurs’ stimulant les défenses immunitaires des plantes...

Jusqu’à ce que la science de la chimie découvrit pour la première fois les voies de la synthèse des insecticides : d’abord le DDT reconnu en 1930 qui fut salué comme un progrès scientifique car il fut utilisé pendant la 2° guerre mondiale contre le typhus en déparasitant les troupes américaines et les rescapés des camps de concentration ; il promettait aussi de réduire en Asie et en Afrique le moustique Anophèle vecteur du Paludisme, but philanthropique pour lequel de grandes campagnes d’épandage furent menées. S’enchaînèrent ensuite dans les années 1950 la synthèse d’autres insecticides organochlorés et organophosphorés redoutablement toxiques pour le monde des insectes.

Puis furent inventés les herbicides destinés à tuer les ’mauvaises herbes’ accusées de concurrencer les cultures, ainsi que les fongicides capables d’arrêter les attaques d’Oïdium et de Mildiou dans les vignobles, la septoriose du blé et la rhynchosporiose de l’orge et du riz...

Tout cela démarrait avec des intentions louables. Bientôt les cultures de céréales, de riz, d’oléagineux, de protéagineux, les vignobles, vergers et cultures maraîchères produiraient à foison, délivrés des risques de maladies. Et l’on pouvait encore doper les rendements avec l’apport d’intrants comme les engrais minéraux : Azote, Phosphore et Potassium (engrais NPK).

En outre l’orientation vers une agriculture fortement mécanisée, et la sélection de variétés de semences à fort rendement ouvrit la voie à ce qui fut qualifiée pour les pays en voie de développement de ’Révolution verte’. Toutes les grandes instances internationales comme la FAO coopérèrent. En France, l’INRA adhéra à cette révolution mécanisée et à la sélection de semences hybrides. Les grandes firmes agro-chimiques comme MONSANTO, BASF, DUPONT, BAYER, SYNGENTA... firent fortune, et devinrent des sociétés industrielles très puissantes. Les années 1960-1980 virent se répandre de façon exponentielle l’usage des pesticides dans tous les pays. Les pratiques agricoles sur de grandes surfaces, mécanisées et intensives, devinrent la règle, avec l’objectif d’une meilleure productivité.

Cependant, on s’aperçut de la survenue de plusieurs conséquences néfastes

 ces pesticides étaient toxiques, plus ou moins, mais certains très toxiques ; ils avaient été conçus pour cela, pour ’tuer’ les insectes, les herbes, les cryptogames... Les molécules inventées dans les laboratoires et fabriquées par chimie de synthèse étaient toutes étrangères à la chimie naturelle des plantes et des organismes vivants. Ces substances ’xénobiotes’ c’est-à-dire étrangères au monde vivant ne peuvent pas être dégradées par les systèmes enzymatiques, ou très difficilement. En 2 ou 3 décennies, ces pesticides ont détruits des milliers d’espèces d’insectes et de plantes ; ils ont détruit aussi les populations de champignons qui dans les sols participent à la mycorhization, à la vitalité de l’humus. Ils ont complètement détruit l’équilibre des écosystèmes qui existaient dans les campagnes, dans les milieux aquatiques, et dans les forêts où ils furent utilisés. Certains sont responsables de la dramatique raréfaction des Rongeurs et des Oiseaux. D’autres comme les néonicotinoïdes ont décimé les ruches des apiculteurs, à tel point que les Abeilles, de même que d’autres insectes pollinisateurs utiles, ont été dans certaines régions très agricoles impactées presqu’au point de disparaître, avec pour conséquence une diminution considérable de la pollinisation des arbres fruitiers et des légumes.

 Ces pesticides engendraient une pollution inquiétante non seulement dans les sols, mais aussi dans les rivières, les lacs, les estuaires, et les nappes phréatiques. Beaucoup de captages pour l’approvisionnement des villes et des villages en eau potable furent pollués à tel point que l’eau dût être déclarée impropre à la boisson. Un des premiers pesticides à être incriminé fut l’Atrazine, qui en raison de sa longue rémanence fut encore retrouvée dans les analyses d’eau 10 à 15 ans après son interdiction !

 et l’on commença à suspecter dans les 3 dernières décennies du XX° siècle que ces pesticides toxiques pouvaient engendrer chez l’homme diverses maladies.

Les toxicologues ont pu collecter des données et accumuler des preuves de cette toxicité humaine des pesticides à partir des données hospitalières de patients admis suite d’inhalation ou d’ingestion aiguë de pesticides (accidentelle ou volontaire) ; et également à partir de catastrophes sanitaires qui survinrent dans divers pays.

A titre d’exemple :

. Les insecticides organophosphorés comme le MALATHION, le PARATHION, le MEVINPHOS, le PYRAZOPHOS ou le TETRACHLORVINPHOS sont des neurotoxiques potentiellement mortels en cas d’inhalation ou d’ingestion accidentelle ou volontaire : le sujet risque une ’crise cholinergique’ conduisant à des convulsions, une dyspnée pouvant aller jusqu’à un blocage des muscles respiratoires, le coma et la mort. De nombreux cas d’empoisonnement ont été publiés. Ils ont été interdits.

. Dans les années 1955-1959 dans l’Est de la Turquie, environ 4000 personnes furent empoisonnées par des grains de Blé traités à l’HEXACHLOROBENZENE employé comme fongicide pour la conservation des céréales stockées. Les symptômes furent ceux d’une Porphyrie (dermatite bulleuse, hyperpigmentation et hypertrichose) avec hépatotoxicité, dérèglement thyroïdien, et porphyrinurie. Les enfants ont développé la « maladie des meurtrissures roses » (en turc : pembe yara) ; et un certain nombre d’enfants de moins de 2 ans, nés de mères exposées à ce fongicide et nourris au sein, sont décédés. D’autres enfants suivis jusqu’à l’âge adulte pendant 20 à 30 ans développèrent une porphyrie tardive avec lésions dermatologiques, déformations de la face et des mains, arthralgies, myotonie, et des troubles neurologiques.

. En Juillet 1976 survenait la catastrophe de SEVESO en Italie. La fuite d’un nuage toxique d’une usine appartenant au groupe suisse Hoffmann-Laroche répandit sur la ville un organochloré rentrant dans la fabrication d’herbicide : le 2,4,5-TRICHLOROPHENOL. La ville étant contaminée par un dérivé le TCDD ou Tétrachlorodioxine, ses habitants furent évacués. Les feuilles des arbres jaunirent sous l’effet de ce produit défoliant, du bétail mourut. Beaucoup de personnes développèrent une chloracné (qui est une dermatose ressemblant à l’acné provoquée par des agents chlorés). S’il n’y eu pas de morts, il faut savoir que le TCDD est l’une des Dioxines les plus toxiques ; il s’est trouvé comme ’impureté de fabrication’ avec les 2 composants de l’ ’Agent Orange’ ce défoliant pulvérisé pendant la guerre du Vietnam. Le TCDD provoque des troubles de l’immunité, des troubles endocriniens ; et il est cancérigène : il induit la maladie d’Hodgkin, des lymphomes non-Hodgkiniens, et des leucémies lymphoïdes chroniques. Les enfants de mères exposées ont développé des troubles thyroïdiens des années plus tard.

. Par ailleurs, on se souvient du dramatique accident survenu en Décembre 1984 à l’usine chimique de BHOPAL en Inde appartenant à la filiale indienne Union Carbide India de la Firme américaine Union Carbide Corporation. Une citerne en surchauffe libéra un nuage toxique d’ISOCYANATE DE METHYLE, un des insecticides les plus neurotoxiques, qui s’abattit sur les quartiers et les bidonvilles jouxtant l’usine. Environ 3.500 personnes (ouvriers du site, femmes et enfants du voisinage) décédèrent par suffocation dans les premières 24 Heures de cette catastrophe, 8.000 dans les 3 premiers jours. En réalité, environ 20.000 personnes seraient décédées dans les semaines et mois suivant leur intoxication. Les séquelles neurologiques ont touchés plus de 170.000 personnes, les rendant invalides ou inaptes au travail. Le site, abandonné par l’entreprise et partiellement décontaminé, laissa la ville polluée par de l’Acide Cyanhydrique et divers polluants. Dans les années suivantes, des enfants naquirent avec des malformations ; on estima les personnes malades entre 300.000 et 500.000 dans la région.

On a découvert que beaucoup de pesticides étaient des perturbateurs endocriniens : ils dérèglent la thyroïde, provoquent de l’obésité, favorisent le diabète... Certains furent découverts comme cancérigènes : il y avaient une augmentation statistiquement significative du nombre de cancers de la thyroïde, d’hépatocarcinomes, de glioblastomes cérébraux, de leucémies et de lymphomes non-Hodgkiniens, de cancers du sein, des testicules et de la prostate, ainsi que des cancers colo-rectaux. Enfin, aux alentours de la bascule dans le 3° millénaire, des scientifiques mirent en évidence une corrélation hautement probable entre un effet chronique des résidus de métabolites des pesticides ingérés dans l’eau potable et dans l’alimentation, et des maladies neuro-dégénératives comme de nouvelles formes de maladies de Parkinson et diverses démences regroupées sous le vocable de maladie d’Alzheimer.

Quelle aurait dû être la réaction des firmes agro-chimiques qui avaient inventé, commercialisé et distribué ces centaines de pesticides, et continuaient à le faire ?

Et quelle aurait dû être l’attitude des pouvoirs publiques, des organismes chargés dans chaque pays de délivrer les autorisations de commercialisation, des organismes habilités aux contrôles de la qualité de l’eau et des aliments...?

A l’évidence, il aurait fallu interdire beaucoup plus vite certains produits manifestement ’biocides’, dont les firmes défendirent bec et ongles le droit à fabrication et à commercialisation. Ce n’est que sous la pression de groupes de scientifiques et d’associations écologiques, que leur interdiction fut obtenue... au bout d’environ 20 ans ! Ce fut le cas du DDT, de beaucoup d’organochlorés et d’organophosphorés, de l’Atrazine, et plus récemment des néonicotinoïdes tueurs d’abeilles dont l’un des plus connu fut le GAUCHO (contenant de l’Imidaclopride). L’interdiction de cette dernière famille de pesticides ne fut obtenue seulement qu’en 2018, ’arrachée’ après de rudes batailles et d’âpres polémiques.

Il aurait aussi été de bon sens de revoir à temps ce modèle agro-chimique et industriel, d’autant qu’il existe des alternatives, d’autres pratiques agricoles possibles et viables.

Au lieu de cela, on a découvert aux USA que les études obligatoires pour une firme afin d’obtenir les autorisations de commercialisation, avaient été « simplifiées » ou lorsqu’elles étaient défavorables, tout bonnement « biaisées ». Ce fut le cas de MONSANTO. Il fallut des actions en justice pour obtenir, bien difficilement, communication des tests de laboratoire que cette firme avait réalisés avant la commercialisation de certains de ses produits phyto-sanitaires. Ainsi fut obtenue la preuve que certaines propriétés toxiques des molécules étaient connues au départ, mais avaient été sciemment cachées ! Les documents fournis aux autorités pour la demande d’accréditation avaient été falsifiés !

Le plus cynique dans cette histoire est que les grandes firmes chimiques qui synthétisent et commercialisent les pesticides (DOW CHEMICALS, SYNGENTA, BAYER, BASF...) sont les mêmes qui fabriquent et vendent, à des prix très onéreux, les anti-néoplasiques pour le traitement des cancers ! un double bénéfice !

Au vu des résistances et des arguties juridiques mises en avant par les firmes agro-chimiques, de l’incessant lobbying exercé par elles au niveau des instances européennes, et des pressions voire des menaces de rétorsion économique adressées aux états, il est clair que les buts louables initialement avancés ne sont plus défendables ! Le couplet philanthropique pour la nutrition de l’humanité ne tient plus la route ! Tandis que l’avenir de la Biodiversité est en jeu, et que la santé des populations est menacée, ces firmes continuent à s’arquebouter pour maintenir à tout prix leur business très rentable. Car l’industrie chimique des pesticides est devenue l’une des plus rentables, les plus pourvoyeurs de profit.

Tout ce système agro-alimentaire soigneusement mis en place depuis les années 50, mondialement organisé, est très rentable en effet pour les firmes agro-chimiques, mais très peu pour les agriculteurs dont le bénéfice, comparé au travail fourni, va en s’appauvrissant. Car les agriculteurs ont dû s’endetter lourdement pour l’achat de leurs engins (tracteurs commandés par satellite, moissonneuses-batteuses à large front de coupe, épandeurs double-buses, enjambeurs multi-fonction…) ; ils déboursent des sommes importantes pour leurs achats annuels d’engrais, de semences et de « produits phyto-sanitaires » (traduisez : pesticides). Certains n’arrivent plus à « joindre les deux bouts », et aucune machine-arrière n’est possible pour eux, pris pieds et poings liés dans ce système.

Alors, qui sont les ’nuisibles’ ?

Lorsqu’il est devenu évident que les grandes firmes agro-chimiques sus-nommées, elles-mêmes liées à la pétrochimie et aux industries mécaniques de matériel agricole, ont poursuivi, et continuent de faire le forcing pour un modèle d’agriculture mortifère, il est nécessaire de démystifier complètement les airs de respectabilité, voire de bienfaisance, qu’elles se donnent ! Elles emploient des arguments fallacieux pour convaincre de l’innocuité de leurs produits phyto-sanitaires, alors qu’elles poussent dans une fuite-en-avant l’agriculture ’moderne’ dans l’utilisation sans cesse renouvelé de nouveaux pesticides.

En fait elles profitent d’un phénomène d’émergence de résistances des adventices des cultures et des champignons, un phénomène inéluctable, dont elles savent en toute connaissance de cause, qu’elles pourront proposer de nouvelles molécules pour éradiquer les ’résistants’. Elles contrôlent les organismes agricoles chargés de définir les ’meilleurs protocoles’ de traitement, et influencent les agriculteurs par l’intermédiaires de techniciens qui les « conseillent ». Les agriculteurs, par crainte de voir s’abîmer leurs récoltes, se voient chaque année contraints d’acheter et d’utiliser de nouveaux produits commerciaux, les plus « performants », qui sont des ’mixtures’ d’herbicides ou de fongicides changeant en permanence.

En réalité, plus les écosystèmes sont perturbés, plus l’on voit apparaître parallèlement à l’extinction de milliers d’espèces, la sélection de ’ravageurs’ résistants susceptibles de commettre des dégâts et de compromettre les récoltes. Et plus la biodiversité est réduite, et appauvrie dans l’environnement, plus le risque d’émergence d’adventices multi-résistantes comme l’Amarante ou la Mercuriale, la Folle Avoine et certaines Véroniques, existe et pose problème. Une bonne aubaine pour fabriquer et vendre de nouveaux pesticides ! comme les SDHI ou les Carbamates, et de nouvelles générations de pesticides extrêmement toxiques à long terme sur les organismes vivants. Plus d’un millier de molécules ont déjà été mises sur le marché, d’autres sont en attente... Cette armada mortifère ôte toute crédibilité à leurs fabricants, qui apparaissent de plus en plus comme des entreprises mercantiles en réseaux. Leur but n’est plus réellement de nourrir les hommes , d’assurer une nutrition saine à l’ensemble de l’humanité ! Ils utilisent les besoins alimentaires humain pour « exploiter le filon » par le choix des pratiques agricoles les plus productives de bénéfices, de dividendes ! Tout y est financiarisé ! Ils engrangent par milliards, sont cotés en bourse...

Mais ce n’est pas tout ! Ces grandes firmes chimiques agro-pharmaceutiques qui se sont alliées aux industries agro-alimentaires sont en train de réaliser la plus vaste destruction environnementale jamais faite dans l’histoire de l’homme sur notre planète.

En faisant main basse sur le système qui régit la production et la distribution alimentaire, elles participent à la destruction systématique de la forêt amazonienne pour y implanter des monocultures de soja et de maïs transgéniques pour l’alimentation bovine. Elles font la promotion des cultures d’oléagineux et de betterave sucrière pour fabriquer du ’biocarburant’, substitut des produits pétroliers. Elles ont déjà dévasté d’immenses surfaces en Asie et en Afrique pour des plantations de palmiers à huile, et pour le reboisement en monoculture d’Eucalyptus (qui sert de bons d’échange en équivalent-carbone pour les industries énergivores en combustibles fossiles)... En soudoyant les hommes politiques dans l’élaboration des programmes alimentaires, elles ont imposé depuis les années 1960-70 l’usage de doses massives d’engrais et l’épandage à outrance de pesticides sur des sélections de plantes hybrides qui furent vantées comme plus productives, mais que l’on savait plus fragiles aux maladies ; il fallait bien ’nécessairement’ les traiter ! Le résultat en est un niveau de pollution des sols, des eaux fluviales et souterraines, de l’air, bref de tout notre environnement à un degré qu’il est déjà difficile d’imaginer. Cette dévastation planifiée des ressources forestières et cette intoxication universelle consentie, en toute connaissance de cause, constitue avec le réchauffement climatique lié à la production de gaz carbonique en excès, les facteurs majeurs d’un cataclysme annoncé.

Et tout cela parce que ces grandes firmes associées à des sociétés financières ont construit un système économique dont le seul but est le profit et leur propre enrichissement toujours d’avantage. Leur fonctionnement est de dégager le maximum de dividendes pour rétribuer leurs actionnaires, et réinjecter leurs propres gains dans un système boursier spéculatif. La spéculation permet de faire varier les prix des matières premières (en invoquant la loi de l’offre et de la demande), de manipuler l’information pour influer sur les valeurs boursières, de contrôler les marges de la grande distribution, et même de faire fluctuer le cours des monnaies nationales ! Elles tiennent une influence sur les hommes politiques avec le pouvoir de l’argent (car leurs chiffres d’affaires sont supérieurs aux PIB de certains états). Elles imposent des ’juridictions’ propres à leurs intérêts, qui détournent les lois internationales, et mettent en place une savante évasion fiscale en bandes organisées...

Alors, dans un tel monde sans éthique, qui sont les ’nuisibles’ ?

Inciter nos gouvernants à prendre leurs responsabilité :

Quand les conséquences en sont trop graves, la démystification ne suffit pas ;

Il est temps que nos gouvernants, chefs d’états et ministres de la Santé publique et de l’Environnement, qui sont responsables de la permissivité de l’usage des pesticides sur nos territoires, osent prendre leur entière responsabilité vis à vis de cette problématique. Il est temps qu’en convergence avec les efforts des Institutions Onusiennes et des ONG écologiques, nos gouvernants régulent l’action des firmes agro-alimentaires qui se croient toutes-puissantes, leurs imposent des limites, interdisent l’emploi des substances chimiques qui mettent en péril la santé des habitants à un niveau planétaire. Il est temps qu’ils promeuvent une ré-orientation des politiques agro-alimentaires dans un sens sain et sécure.

Le système agro-alimentaire doit être fondamentalement rénové

Perspectives et solutions :

Quand une orientation (scientifique, technique, industrielle, politique ou sociétale…) mène à un ensemble d’actions entreprises finalement dénoncées comme délétères, la saine logique doit conduire à remettre en cause ce système institué. Ainsi, ce qui est néfaste pour les écosystèmes et pour l’homme, il faut savoir y renoncer. Quoiqu’il en coûte ! Ce principe, de nature éthique, le plus élémentaire, devrait guider les hommes. Car le respect qu’il sous-entend à l’égard de la Terre, des organismes vivants, et de l’Humanité est ce qui doit servir de guide. Ce respect inconditionnel du vivant est le fondement de l’Ecologie.

Chaque invention, chaque idée nouvelle, chaque initiative peut amener un progrès véritable pour les êtres qui, ensemble, partagent cette terre, mais peut aussi être une dérive, un fourvoiement. C’est tout le problème de certaines inventions technologiques, chimiques, atomiques, génétiques, sociétales mêmes… Si tel est le cas, dès que l’on est conscient des conséquences non-souhaitables, il importe de stopper cette technique, cette option chimique, ou cette manipulation génétique… et de changer d’orientation, de trouver d’autres solutions judicieuses et acceptables. Il faut savoir changer de cap.

Tel est actuellement le cas du système de pratiques agricoles et de distribution.

L’agriculture conventionnelle intensive, ultra-mécanisée et chimique, telle qu’elle est prônée et pratiquée depuis 70 ans, est désormais source de trop de nuisances ; elle menace gravement tous les écosystèmes et la santé de la Terre et des Hommes. Il est juste d’un point de vue écologique de sortir de ce système, de l’abandonner complètement, et de ré-inventer d’autres pratiques agricoles saines.

Refonder les pratiques agricoles  : des solutions existent

De prime abord, oser changer le système de production agricole et de distribution des denrées dans un contexte global de mondialisation paraît insurmontable. Lorsque l’on constate qu’il est très difficile, voire impossible de s’opposer de façon frontale à des groupes agro-industriels aussi puissants, il est illusoire de ’lutter contre’. Mais leur business dépend de ce que nous acceptons de leur acheter. Il faut réaliser que leur survie dépend de notre adhésion à ce leur Système...

1/ => Nous pouvons déjà Rompre avec des pratiques qui nous mettent en dépendance, refuser d’acheter certains produits...

Cela consiste à refuser d’acheter et d’utiliser ce qui provient de ce système mortifère autant que faire ce peut. Car nos politiques, nos gouvernants, à l’échelon national comme européen, doivent être convaincus d’aller dans ce sens, et c’est le rôle des citoyens de forcer nos gouvernants à ne pas être dans la collusion.

Cela relève d’un choix autant personnel que collectif :

 Ne plus acheter de maïs et de soja transgénique américain et brésilien pour engraisser nos bovins ! et plutôt exhorter les agriculteurs-éleveurs à cultiver leurs propres protéagineux (sans pesticides si possible !) et leur propre fourrage

 Continuer à refuser les cultures d’OGM dans nos pays, car ces plantes artificiellement modifiées par des manipulations génétiques sont un danger potentiel pour les écosystèmes naturels. Quand certains qui utilisent la science pour jouer aux apprentis-sorciers veulent imposer ce genre de trouvailles, nous avons la liberté de les refuser.

 Refuser de prendre à la pompe le faux ’bio’-carburant E10 dont la fabrication provient de cultures industrielles d’oléagineux dévoreuses de terre qu’il vaudrait mieux réserver à l’alimentation des humains. Ces cultures sont en premiers lieux les Palmiers plantés à grande échelle en Amérique du Sud et en Asie pour fournir de l’huile de palme qui est ensuite raffinée en essence ; de même pour certaines cultures de Tournesol et de Colza. Cessons d’acheter à l’extérieur ce carburant E10 fallacieusement dénommé « Bio », et exigeons de garder nos cultures de Tournesol et de Colza pour la seule fabrication d’huile alimentaire.

 Eviter d’acheter des denrées importées du bout du monde : des citrons importés d’Afrique du sud ou du Brésil, des avocats du Pérou, des tomates cultivées hors-sol en Andalousie, des agrumes venues du désert du Néguev en Israël, et des amandes de Californie… Tous ces produits, sauf exception, sont déjà cultivés avec des pesticides, mais aussi dans des conditions sociales discutables. Leur parcours fait ensuite l’objet de trafics agro-alimentaires aberrants, dont un transport polluant dû au fait que la ’mondialisation’ fait circuler d’un bout à l’autre de notre planète des milliers de denrées ! Ces trafics sont le fruit d’énormes Sociétés qui ont investis dans des cultures industrielles, dans les navires porte-containers qui les transportent, dans les sociétés pétrolifères qui ont intérêt à vendre leur carburant, et qui contrôlent les plateformes de distribution dans les pays consommateurs

2/ => Mettre en place une transition des pratiques agricoles vers une agro-écologie, en aidant les agriculteurs à effectuer cette transition par des formations, des conseils, des soutiens, et des aides financières.

Ces nouvelles pratiques doivent créer une rupture avec le système conventionnel industriel que nous avons dénoncé, mortifère par ses pollutions, et désastreux économiquement pour une majorité d’agriculteurs.

 la première exigence sera l’abandon des pesticides (autant que possible) afin de produire une alimentation saine. Le principe est déjà d’abandonner les pesticides non indispensables comme les herbicides, dont on a faire croire aux agriculteurs qu’il fallait les employer systématiquement pour avoir un « sol propre » avant de semer un nouvelle culture ; parce que les adventices des cultures qualifiées de « mauvaises herbes » allaient concurrencer la culture semée, le Maïs ou la Vigne, en eau et en minéraux ; et que celles les plus hautes gêneraient la récolte, voire contamineraient les céréales au moment de la récolte avec leurs propres semences au risque de faire déclasser les céréales récoltées…

L’abandon des herbicides correspond bien à ce nouveau paradigme : « Ne pas laisser un sol nu », soit l’inverse de ce que les grandes firmes agro-chimiques ont cherché à imposer avec une publicité mensongère ! Si l’on met de côté quelques cas particuliers, dans la majorité des cas, les adventices n’entrainent que peu de gêne. Au contraire, elles amènent des avantages comme de réduire l’érosion des sols en cas de fortes pluies. Elles réalise un couvert qui, lors de période de sécheresse, préserve un certain degré d’humidité du sol. Par leurs racines, elles améliorent la pénétration de l’eau. Et lorsqu’on les ré-enfouit, elles apportent de la biomasse qui enrichit le sol. Preuve en est que la pratique de l’enherbement, saisonnier ou permanent, est en train de devenir en Europe de plus en plus effectuée. Sont à l’étude les mélanges les plus judicieux de Poacées et de Dicotylédones plutôt rases qui sont volontairement semés, et vont concurrencer les adventices non-désirées.

Quant aux autres pesticides : l’agriculture « raisonnée » et l’agriculture dite « HVE » (Haute Valeur Environnementale ) qui ne seraient à comprendre que comme des étapes intermédiaires vers une transition écologique, montrent qu’on peut déjà réduire à 80 % la quantité annuelle de pesticides épandus.

Pour aller plus loin, il est nécessaire d’abandonner le concept du recours systématique aux pesticides ; par exemple, l’usage des insecticides peut être ponctuels, ciblé seulement en cas d’attaque par un insecte nuisible à la culture (Cicadelle, Doryphore…). Il est certain que certains pesticides ne pourront pas faire l’objet d’une dispense totale d’utilisation, comme les fongicides visant dans les vignobles l’Oïdium et le Mildiou, mais dont le recours peut être ponctuel, guidé exclusivement par les risques météorologiques.

3/ A terme, pour se dispenser des produits phyto-sanitaires, afin de convertir les cultures en « BIO » intégral, cela suppose de changer le paradigme qui a régi le système agricole industriel en remembrant les parcelles pour installer des surfaces de cultures mécanisées d’un seul tenant sur des hectares. L’objectif est donc de rétablir une mosaïque de cultures plus variées, une polyculture réalisant un patchwork de biodiversité ; avec rétablissement de haies d’arbustes variés et d’arbres qui constitueront des habitats naturels pour les Oiseaux, les petits Rongeurs, les Insectes, les petits Mammifères (Lapins, Hérissons, Ecureuils…) le tout reconstituant des écosystèmes en équilibre, qui sont la meilleure garantie contre les épizooties (épidémies animales) , et les attaques d’insectes ravageurs (Chenilles, Criquets, Hannetons...)

4/ Les engrais minéraux (de type NPK) pourront être réduits en revenant à des méthodes de ré-enfouissement des tiges de céréales, des adventices naturels ou des plantes d’enherbage afin de restaurer la biomasse dans les sols. Cette biomasse peut encore être augmentée et surtout biologiquement activée par l’apport de compost et de fumure. Le compostage est en effet l’élément le plus important de la pratique de l’Agro-écologie préconisée par Pierre RABHI. Il enrichi la biomasse, redonne vie au sol en favorisant la richesse bactérienne et la mycorhization grâce à laquelle la symbiose des micro-organismes apportent aux racines des plantes l’azote et les éléments minéraux nécessaires à la bonne croissance de la plante.

Restaurer le cycle de l’Azote par des Légumineuses est la meilleure façon de limiter les apports extérieurs minéraux, l’alternance des cultures avec des légumineuses (Trèfle, Sainfoin, Luzerne comme l’Alfalfa, Lentilles, Pois ; Féverole…)

5/ Organiser la rotation des cultures sur 4 ou 5 ans (au lieu de 3 ans au plus court dans le modèle agro-industriel actuel du type Blé-Orge-Colza) en diversifiant les cultures : Céréales (Blé, Orge, Avoine, Seigle, Triticale, Epeautre) / Oléagineux (Tournesol, Colza, Cameline) / Protéagineux (Féverole, Lupin blanc…) / et d’autres cultures annexes comme Lentilles, Sarrasin, ou le Sorgho qui a l’avantage de pousser sur des sols pauvres). Une fois tous les 5 ans, on peut laisser le sol se « reposer » en le laissant en jachère, ce qui était le principe ancien de l’assolement triennal (sur 3 ans).

 Il est certain que cette diversité culturale nécessite une multiplicité des engins agricoles adaptés à chaque culture ; mais les champs plus petits n’exigent pas nécessairement d’engins monstrueux ! Par ailleurs, des systèmes de coopératives avec matériels en commun, lorsque cela est collectivement bien géré, permet à un ensemble d’agriculteurs sur un territoire donné d’utiliser du matériel en limitant l’importance des investissements.

6/ Cette polyculture vivrière est intelligemment conçue pour associer les cultures céréalières, oléagineuses et protéagineuses, avec les prairies de fauches, tout en réservant des espaces au maraîchage, au vignoble et aux vergers selon les régions. Dans cette conception, il n’y a pas de schéma de culture uniforme plus ou moins imposés ! Mais les cultures sont adaptées quant au choix de leurs variétés au terroir et au climat. Encore faudrait-il que certaines variétés de Céréales, de Légumes (Tomates, Cucurbitacées, Pommes de terre…) ou de Fruitiers (Pommes, Cerises, Prunes…) qui étaient adaptées à certains terroirs et historiquement cultivées soient agréées et rendues à nouveaux disponibles ! Cette polyculture est destinée à alimenter localement les commerces de bouche, comme jadis sur les marchés et les foires ; et destinée localement ou régionalement à l’alimentation du bétail et des volailles (comme cela se faisait en agriculture traditionnelle dans les fermes)

Une polyculture, BIO de surcroît, emploiera beaucoup plus d’ouvriers agricoles, de techniciens de maintenance, de formateurs en agro-écologie… et fera vivre un nombre plus important de familles (bien d’avantage que dans le modèle industriel où 2 ou 3 personnes peuvent gérer 800 à 1000 hectares comme c’est le cas aux USA, au Brésil ou en Australie)

7/ Parallèlement, une réduction de l’élevage destinée à réduire l’empreinte Carbone bien trop élevé par unité de Kcal, par la même occasion libérera des terres disponibles pour les cultures vivrières

8/ Créer des banques de semences libérées de la tutelle des semenciers du système agro-industriel est aussi impératif ; il s’agira d’examiner et de faire le tri parmi les semences hybrides dites ’productives’ mais malheureusement assez sensibles aux maladies fongiques. Seront bannies les semences imbibées de pesticides.

Les agriculteurs qui le souhaitent devraient pouvoir échanger leurs graines, et privilégier des semences anciennes plus résistantes aux aléas du climat, plus résistantes aux maladies. La sélection de plantes naturellement hybridées ou mutées dans des conditions naturelles de culture et présentant des signes de croissance vigoureuse alliée à d’avantage de résistance, est la méthode naturelle la meilleure pour disposer de nouvelles variétés adaptées au biotope et au climat. Cette méthode est le remède pour se passer des OGM, car les manipulations génétiques du vivant font entrainer l’humanité et surtout les espèces végétales sur une pente glissante incontrôlable, aux conséquences potentielles désastreuses

Il est nécessaire d’obtenir une révision du ’Catalogue officiel des semences’, avec un élargissement de l’inscription des semences anciennes, ainsi que des semences nouvelles obtenues par croisement par les agriculteurs et maraîchers eux-mêmes.

9/ Organiser des réseaux de distribution par des circuits courts, pour acheminer les denrées sur des marchés locaux, et dans des magasins partenaires ; gérés par des agriculteurs eux-mêmes ou confiés à des organismes contrôlés par la profession, comme des Coopératives de producteurs Bio, locales ou régionales, comme il en existe déjà (hélas très minoritaires).

L’objectif étant de réduire au maximum l’empreinte carbone due au transport aberrant des denrées sur de longues distances.

10/ Quant à certaines cultures spécifiques d’Amérique du Sud, d’Afrique, d’Eurasie ou d’Asie, comme les variétés de Riz, de Thé, de Café, de Cacao, d’Ananas, de Banane, de Quinoa, ou d’Epices… il serait temps que les organisations impliquées dans l’agriculture (FAO) et dans le Commerce (OMC) affiliées aux Nations Unies imposent des règles internationales, et une garantie des prix des matières premières (au lieu de la seule loi du marché qui est la « Loi de l’offre et de la demande » permettant toutes les spéculations possibles y compris sur des produits de base) ; afin que les petits producteurs qui sont encore nombreux dans ces pays soient rétribués à leur juste salaire par rapport au travail de leur production agricole. Thé, Café, Chocolat étaient à l’origine considérés, comme les Epices, comme des produits de luxe ; leur démocratisation a fait baisser les prix, mais un relèvement du prix payé par le consommateur, comme cela est déjà le cas pour les denrées du Commerce Equitable, devrait de façon juste être relevé… à condition que le bénéfice lié à ce relèvement en reviennent aux producteurs !

Réparer les dégâts engendrés et dépolluer la Terre

Il faudra aussi ’réparer’ les dégâts faits à l’environnement, soigner la Terre de même qu’un médecin vient au chevet d’un malade, afin qu’elle guérisse.

Ce « Répertoire des Pesticides » est destiné à faire prendre conscience de l’ampleur de l’intoxication de l’air, des sols et de l’eau qui a été engendré par l’usage massif de ces pesticides depuis 70 ans. Il décrit sous une forme plus accessible, en résumé, ce que est dispersé et difficilement accessible dans les publications internationales.

Son but est d’inciter à infléchir cette course agro-chimique trop toxique pour les Ecosystèmes et pour l’Homme. Il est impératif de retrouver des pratiques agricoles saines et fiables, pas nécessairement « ancestrales », mais incluant des pratiques du passé enrichies par les recherches scientifiques récentes et par des pratiques nouvelles comme l’Agro-écologie et la Permaculture. Celles-ci ont démontré la possibilité de produire une quantité suffisante de nourriture saine pour les populations.

La pollution déjà répandue mettra quelques décennies à se résorber, à condition d’être promptement cessée. Une reforestation résolue, partout où cela est possible, sera un des moyens essentiels pour absorber les molécules du sol, restaurer la biodiversité et des écosystèmes forestiers, tout en remédiant à la reprise du CO2 . Beaucoup de sites industriels sont à dépolluer. Beaucoup de lieux dévastés comme d’anciennes carrières sont à combler, et à reforester.

La dépollution globale de la Terre, outre celle consécutive à l’emploi des pesticides, devra s’attaquer aussi à d’autres sources notables de pollutions :

 la pollutions radio-active engendrée par les centrales nucléaires arrêtées ; celles-ci seront à démanteler, avec tous les problèmes posés par l’élimination et le stockage des déchets radio-actifs ! Or, beaucoup de ces centrales dans le monde sont en fin de vie !

 et il va bien falloir s’attaquer encore à l’opération gigantesque de dépollution des matières plastiques flottants sur les océans, le ramassage et le recyclage de ce ’6° continent’ qu’on ne peut laisser là où il se concentre tant les conséquences sont grandes...

En conclusion 

 : il paraît plus que jamais indispensable pour la survie des Ecosystèmes et de l’Humanité, et hautement préférable de :

=> Refonder tout le système de pratiques agricoles pour une agriculture pérenne, saine et non-polluante, respectueuse des Eco-systèmes.

=> Privilégier l’attitude d’apprendre à vivre sobrement, afin que chacun ait le nécessaire pour vivre, les ressources de la planète étant limitées.

=> Apprendre à vivre ensemble par la coopération, la solidarité, le lien social.

Afin que tous puissent vivre mieux, et vivre sainement.

Par Coqueret Dominique (Dr)

Publié le jeudi 17 août 2023

Mis à jour le samedi 28 décembre 2024