– Universelle et solidaire, histoire de la Sécurité sociale 20.11.24
Charité bien ordonnée commence par une histoire de l’hôpital pour soigner les pauvres et par celle des Sociétés de secours mutuel. Et voici la Sécurité sociale, qui voit le jour (heureux) en octobre 1945, mais elle est désormais confrontée à une sombre affaire de trou : une histoire à creuser...
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-universelle-et-solidaire-histoire-de-la-securite-sociale
– « Le plan français de Sécurité sociale » par Pierre Laroque, 1946
...Nous autres français de 1945.
La nécessité de soutenir et améliorer l’état de la population repose aussi sur le contexte démographique catastrophique de la Libération. « En mars 1945, les études menées par les pouvoirs publics dressent un constat terrible de la population civile : 70% des hommes et 55% des femmes ont perdu du poids.
Comparé à son aîné de 1935, un adolescent de 14 ans a perdu presque 10 cm et pèse prés de 10 kg de moins.
Le rachitisme guette, la mortalité infantile est, en 1946, de plus de 84 pour mille.
La France est moins peuplée qu’en 1936 (40 503 000 habitants en mars 1946 contre 41 60 000).
D’après Bruno Palier dans Gouverner la sécurité sociale. Puf mars 2002
La Sécurité sociale
LES QUATRE DIMENSIONS DU PLAN FRANÇAIS DE SECURITE SOCIALE
« I.- La Sécurité sociale doit d’abord fournir à tous les hommes et à toutes les femmes en état de travailler, à tous ceux qui vivent de leur travail et ne peuvent vivre que de leur travail - ce qui, de plus en plus, sera le cas de tout le monde, dans tous les pays - une activité rémunératrice. Elle commande l’élimination du chômage. Elle suppose d’abord ainsi une organisation économique adaptée, assurant le plein emploi, full employment des Anglo-Saxons.
Cette organisation doit se compléter par une organisation de la main-d’oeuvre permettant une adaptation constante et aussi parfaite que possible des offres aux demandes de travail, et cela par une politique coordonnée de l’orientation professionnelle, de la formation professionnelle, du placement.
« II.- Il faut que l’activité fournie à chaque travailleur lui procure des ressources suffisantes. Ainsi, s’inscrit dans le cadre de la Sécurité sociale, largement étendue, toute la politique des salaires, qui ne peut plus être commandée uniquement par des considérations économiques, mais aussi par des considérations sociales, par le souci de satisfaire le besoin des travailleurs.
Et comme les besoins personnels du travailleur ne peuvent être dissociés de ceux de sa famille, c’est tout le problème des allocations familiales qui se trouve posé. Car un travailleur ne peut bénéficier d’une sécurité
véritable que si ses ressources lui permettent de faire vivre tous les siens.
« III.- Il ne suffit pas de fournir au travailleur une activité rémunératrice, il faut encore lui garantir la conservation de cette activité. Ceci suppose d’abord la garantie du salarié contre l’arbitraire patronal. C’est là un problème difficile, qui jusqu’à présent, dans aucun pays, n’a trouvé une solution vraiment satisfaisante. Il suppose la conciliation nécessaire entre l’autorité indispensable du chef d’entreprise dans son établissement et la garantie non moins indispensable à donner aux travailleurs contre les abus possibles du patron. Il n’y a pas de sécurité possible sans une telle garantie.
« D’autre part le travailleur ne peut conserver son activité qu’en conservant sa capacité de travail. C’est ainsi que la Sécurité sociale se trouve liée à tout le problème de l’organisation médicale, au problème des soins d’abord eux-mêmes, au problème aussi de la prévention de la maladie et de l’invalidité ; elle se trouve également liée à tout le problème de l’hygiène et de la sécurité du travail, à la prévention et à la réparation des accidents du travail et des maladies professionnelles.
« IV.- Enfin, et c’est le dernier chapitre de la Sécurité sociale, il faut parer aux conséquences de la perte possible, par le travailleur de son activité rémunératrice. « Quels que soient les efforts accomplis, l’on ne saurait espérer garantir à tous les travailleurs la permanence absolu de leur activité.
La politique de la main-d’oeuvre la plus évoluée possible ne parviendra jamais à supprimer totalement le chômage, pas plus qu’une politique médicale parfaite ne parviendra à supprimer la maladie. Il peut y avoir d’ailleurs à ces interruptions des causes heureuses, comme la maternité ou des causes fatales comme la vieillesse ou le décès du soutien de famille. Quelle que soit la cause de l’interruption de travail, la
Sécurité sociale suppose qu’il est paré aux conséquences de cette interruption par l’attribution d’un revenu de
remplacement. Lorsqu’on parle de Sécurité sociale, c’est à ce dernier groupe de problème que l’on pense en général.
Mais si important qu’il soit, il n’en est qu’un aspect, et même par sa nature, un aspect subsidiaire.
« Le plan français de Sécurité sociale tend aujourd’hui, parallèlement à une politique de la main-d’oeuvre et à une politique des salaires qui doit garantir aux travailleurs un emploi rémunérateur, à les aider tant à conserver leur capacité de travail qu’à leur fournir, en cas de besoin, des revenus subsidiaires ou complémentaires. »
Pierre Laroque « Le plan français de Sécurité sociale », Revue française du travail, 1, 1946, p 10-11