Rubriques > Chroniques, Entretiens & Dessins de Presse > Chroniques >

Guy Hervé : S’intéresser à la biodiversité communale

Les Chroniques de Yonne Lautre

 Résumé de la conférence donnée le 15 mars 2024 à l’ASEF (Fleury la Vallée)
S’intéresser à la biodiversité dans une commune, c’est prendre en compte les habitats, les espèces et les individus qui la composent. Il est important de connaitre l’état de cette biodiversité en réalisant par exemple des atlas de la biodiversité quant on mesure aujourd’hui la régression du nombre des espèces dans notre pays (perte de 32% des espèces d’oiseaux par exemple). Il nous faut donc mieux gérer et protéger les habitats que ce soit dans les activités agricole et forestière, dans le bâti urbain, le long des cours d’eau et dans les zones humides.
Dans le foncier d’une commune, il s’agira de végétaliser l’espace urbain, de rénover les bâtiments en tenant compte des espèces sauvages présentes, de diminuer l’éclairage nocturne, de conduire une gestion différenciée des espaces verts et des parcs urbains. En ce qui concerne l’activité agricole, il est nécessaire de conserver les haies et les bosquets et de s’orienter vers une agriculture respectant le vivant en diminuant drastiquement les produits phytosanitaires. En forêt, il sera important de diversifier les essences, de conserver du bois mort, d’entretenir les lisières et ne pas faire de coupes rases.
Il est aussi important de connaitre la biodiversité d’une commune pour valoriser le territoire, pour préserver le patrimoine local, ce qui permet de renforcer son attractivité et de conjuguer le bien-être des habitants et du vivant. La commune peut ainsi conduire son aménagement avec des actions fondées sur la nature et sans artificialiser les sols. Il s’agit aussi de gérer durablement les ressources en eau et d’ancrer la commune dans les trames écologiques et avoir une démarche conduisant à une gestion écologique des espaces publics afin de mieux cohabiter avec la faune sauvage en accueillant les espèces du bâti.
Enfin il sera fondamental de transmettre aux générations futures l’attrait et la nécessité de protéger la nature. On pourra ainsi associer les établissements scolaires à l’ensemble de la démarche par une éducation à l’environnement en organisant des sorties nature de découverte de celle-ci.
En conclusion, il sera nécessaire que tous les acteurs participent et s’associent à cette grande cause : les mairies et intercommunalités, les habitants et associations, les prestataires et bailleurs sociaux, les syndicats de rivière et Agences de l’Eau, le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement, les services de l’Etat dont l’Office français de la biodiversité ainsi que ceux du Département de l’Yonne et de la Région Bourgogne-Franche-Comté.
Guy Hervé
Délégation Yonne de la LPO BFC

 Guy Hervé : Parution de "Sur les chemins du Vivant" aux Éditions Baudelaire 25.01.24
https://yonnelautre.fr/spip.php?article18330

Dossier de Presse Sur les chemins du vivant

 Sortie naturaliste en forêt de Branches le 11 mai 2023

Dans le cadre des Rencontres auxerroises du développement durable (RADD), la délégation de l’Yonne de la LPO Bourgogne-Franche-Comté avait organisé une sortie naturaliste pour découvrir les richesses de la flore et de l’avifaune de la Vallée de la Biche, partie de la forêt possédant plusieurs statuts de protection dont le second APPB instauré dans le département de l’Yonne après celui de la réserve ornithologique de Bas-Rebourseaux , une ZNIEFF de type 1 sans oublier qu’une grande partie de la forêt est classée en site Natura 2000. Une petite trentaine de « curieux de nature » de la région d’Auxerre dont plusieurs adhérents de la LPO s’étaient donné rendez-vous pour une promenade sylvestre en cette matinée du 11 mai.

Quelques explications avant le départ…

Ce fut le loriot d’Europe qui nous accueillit de son chant flûté lors des premières explications données sur les types de boisements et d’habitats à parcourir et sur les risques qu’encourt encore aujourd’hui la forêt à proximité de l’aérodrome dans le cadre d’un plan de servitude aéronautique (PSA), vieux serpent de mer qui dure depuis des années et au sujet duquel nous restons vigilants ! Le long de l’allée qui borde une chênaie-châtaigneraie où ont pris leur aise de très beaux pins sylvestres, la bugle rampante et la stellaire holostée avaient donné depuis plusieurs semaines des couleurs au sous-bois. Puis très vite, sur le sentier sablonneux qui nous conduisit le long de l’aérodrome, le pic noir nous annonça sa présence. Dans les parties herbues autour de la piste, on observa quelques orchis mâles aux teintes pourpres et l’ajonc nain, espèce caractéristique de ces lieux sablonneux, qui couvrait de jaune d’or la prairie qui entoure la piste. Au-dessus de nous, l’alouette des champs, les pouillots, pinsons des arbres, fauvettes à tête noire et mésanges charbonnières nous égayaient de leurs chants. De plus loin, résonnant comme un écho, le coucou gris nous adressa son salut !

Loriot d’Europe (Photo Jean Marc Goutorbe)
Pic noir au nourrissage (Photo Jean Paul Leau)

De la pelouse sur sables et de la lande sèche, nous descendîmes vers la vallée tourbeuse de la Biche, principal intérêt de la sortie avec ses espèces floristiques les plus emblématiques. Dans cette aulnaie-frênaie, nous découvrîmes plusieurs stations d’osmonde royale, fougère à feuilles caduques et typique de ces milieux humides ainsi que le fameux piment royal (Myrica Gale), seule station connue en Bourgogne-Franche-Comté et assez éloignée de son aire de répartition située à l’ouest de la France. Les deux seuls pieds existants depuis les années 80 et qui restent aujourd’hui toujours aussi mystérieux quant à leur venue dans l’Yonne ont dépéri ces deux dernières années mais grâce à l’ouverture récente d’une parcelle forestière à proximité, ils ont pu drageonner à quelques mètres des pieds d’origine et l’espèce appelée aussi « Bois-sent-bon » couvre aujourd’hui une superficie de près de 10 m2, ce qui devrait assurer sa pérennité dans cet habitat fait pour elle !

Osmonde royale
Piment royal - Myrica gale

Après avoir repris notre chemin, une buse variable survola un instant notre petit groupe et un pic épeiche, certainement dérangé, nous interpela. Sur les bords de l’allée que les sangliers avaient généreusement fouillés, le muguet et le sceau de Salomon parfumaient l’endroit et nous découvrîmes une station d’une autre liliacée peu commune, la dame-d’onze-heures, qui, délicate attention, était précisément à l’heure dite de notre passage et un peu loin, plus surprenant en forêt, quelques derniers spécimens de tricholomes ou mousserons de la Saint Georges, excellents champignons du printemps.

Nous prîmes alors la direction de la tourbière acide à sphaignes qu’accompagnent bruyères cendrées et à quatre angles, propriété du Conservatoire d’espaces naturels de Bourgogne comme l’est celle des osmondes et du piment royal. Un alignement de chênes majestueux, qui étaient tous plus que centenaires nous accompagna jusqu’à cette petite clairière perchée en balcon au-dessus du ru de la Biche aux eaux ferrugineuses. Les premières droseras à feuilles rondes (rossolis), fragiles et bien modestes en ce moment, commençaient à poindre sur les sphaignes et il fallait avoir l’œil averti pour les observer. Dans quelques semaines, leurs feuilles disposées en rosette avec leurs poils rougissants et leur suc collant, perles de rosée, attireront de petits insectes qu’elles ingèreront et qui leur serviront de nourriture, leur apportant ainsi la nécessaire source de protéines. Les droseras sont des plantes carnivores qui vivent à l’état sauvage dans ces milieux humides et tourbeux et qui font la spécificité du lieu et de l’arrêté de protection de biotope. Un peu plus tard en saison, nous aurions pu y observer des libellules et quelques amphibiens comme la salamandre tachetée qui se reproduit dans les ornières des sentiers.

Dame-d’onze-heures
Sphaignes et droseras (rossolis)

Après avoir quitté la vallée humide, nous reprîmes la direction de l’aérodrome en traversant une pinède et le retour à notre point de départ se fit par la petite route communale, ce qui permit aux promeneurs de découvrir la flore des bords de route que désormais les services communaux et départementaux laissent en paix pour favoriser la biodiversité. De nombreuses espèces bien connues garnissaient fossés et talus comme le géranium Herbe-à- Robert, la silène enflée, la renoncule bouton d’or et le fraisier des bois. Sur notre droite, les restes de l’ancienne source de la commune de Branches et la végétation composée de phragmites, de carex et de prêles prouvaient, s’il en était besoin, la présence inestimable de l’eau dans le sous-sol de la forêt. Ce fut aussi l’occasion de découvrir quelques tiges élancées d’une autre orchidée, l’orchis verdâtre de la famille des phalantères aux fleurs délicates et au parfum de vanille.

Géranium-Herbe-à-Robert
Orchis verdâtre

Il était midi et nous venions de rejoindre notre lieu de rendez-vous du matin sans avoir vu le temps passer, occupés que nous étions à découvrir les richesses d’une forêt aux habitats très différents et aux espèces taxonomiques à la fois les plus communes comme des plus remarquables.

Guy Hervé

Par Hervé Guy

Le samedi 16 mars 2024

Mis à jour le 16 mars 2024