Yonne Lautre

« Les déchets ménagers, enjeu de citoyenneté » par Joël Martine

Attac
samedi 17 juin 2006 par Yonne Lautre

La question des déchets illustre l’une des idées majeures d’Attac : il faut que les décisions des pouvoirs publics ne soient pas fabriquées d’avance par les puissances financières, mais soient pensées de façon responsable par les citoyens et fassent l’objet d’un débat transparent.

 Du gaspillage à la réduction à la source

L’augmentation régulière de la quantité des déchets est une conséquence de la « société de consommation », mais il vaudrait mieux dire de la « société du charlatanisme ».
Non seulement les individus, s’épanouissant principalement par la consommation, sont enclins au gaspillage irresponsable, mais la production même des biens n’est pas orientée vers leur utilisation rationnelle, mais vers la séduction du consommateur et sa mise en dépendance :

* explosion des emballages superflus visant à créer un réflexe d’achat,

* obsolescence planifiée,

* vente de matériels non réparables, non recyclables, voire jetables.

Au lieu de vendre du yaourt nature en pots consignés auquel on peut mélanger de la confiture, on vend des yaourts aux fruits prémélangés en gobelets individuels en plastique avec opercule métallique emballés dans du carton imprimé, l’ensemble de ces matériaux d’emballage étant jetables et difficilement recyclables. On vend des vêtements artificiellement fragilisés pour qu’ils s’usent plus vite. On vend des téléphones sans que soit prévue la possibilité de les réparer en cas de panne, ni le desossage des diverses petites pièces de métal et de plastique dont ils sont constitués. Etc.

D’où une triple nuisance :

* gaspillage de travail humain,

* gaspillage de matériaux (pétrole, végétaux, etc.),

* production de déchets toxiques.

Il faut aussi compter les nuisances des transports : actuellement une grande partie des transports de matériaux, notamment sur routes, sont des transports de déchets.

Pour une économie soutenable, il faut donc une politique de réduction des déchets à la source
par des lois et règlements interdisant l’obsolescence volontairement provoquée, et imposant aux entreprises la production de matériels récupérables ou recyclables à la fin de leur utilisation
par des lois et règlements favorisant les produits durables et réparables, la réduction des emballages superflus, les équipements à usage collectif, la location des appareils
par l’utilisation dans les services publics de matériels récupérables ou recyclables : par exemple, pas de couverts en plastique jetables dans les cantines, mais des couverts lavables ou compostables
par des incitations aux particuliers pour qu’ils réduisent le volume de leurs déchets.

Par exemple : composteurs dans les jardins, récupération des emballages, pesée des poubelles et facturation au poids par puce électronique. Le tout avec débat local et explication aux gens par des « ambassadeurs du tri ».

Il faut aussi des lois interdisant l’utilisation de polluants persistants qui ensuite sont disséminés dans l’environnement par le biais des déchets : pesticides agricoles, peintures toxiques, mâchefers, etc.
Tout cela suppose une volonté politique en contraste avec la politique néo-libérale de dérèglementation.
Et sans attendre les consommateurs peuvent donner l’exemple en changeant leurs habitudes : acheter des produits durables, réutilisables, recyclés ; refuser les gadgets et le suremballage ; revendre ou donner les produits dont on ne se sert plus.

 Les techniques de traitement des déchets

Derrière les débats actuels, il y a le fait que certaines techniques sont plus intéressantes dans une logique de marché et de profit, alors que d’autres se prêtent mieux à un contrôle démocratique et à une implication personnelle du citoyen.

La récupération- réutilisation

L’expérience la plus connue, celle des Chiffonniers d’Emmaüs, montre qu’on peut faire énormément de choses dans ce domaine. Ces activités, qui souvent ne rapportent pas assez de profit pour intéresser le privé, se prêtent bien à la mise en place d’entreprises du « tiers secteur », c’est-à-dire non lucratives et combinant un financement par le marché et par les subventions publiques sous condition d’utilité sociale (l’insertion) ou environnementale.

Le recyclage des matériaux

Pour certains matériels le recyclage peut être préférable à la récupération. Par exemple, pour le verre, la consigne peut être très pratique pour des bouteilles ou pots standardisés ; mais pour les bouteilles non standardisées le recyclage par concassage et fusion peut être plus économe en travail, en énergie, en eau.

Pour les objets où une filière de recyclage ou de récupération fonctionne, on peut rémunérer l’apport volontaire au poids ou à l’unité, ce qui offre une opportunité de revenu complémentaire pour les chômeurs. (Ce n’est pas un remède au chômage ... mais cela donne au chômeur un petit rôle économique de prestataire de service et c’est pour lui l’occasion de rencontrer une entreprise, souvent une entreprise d’insertion.)

Pour les déchets organiques, le recyclage c’est le compostage et la méthanisation.

Le compostage en grandes quantités fournit de la matière première (du terreau) notamment pour l’horticulture et le reboisement. Le compostage de proximité (dans le jardin du consommateur ou dans le voisinage) réduit les transports de déchets. Mais les déchets à composter peuvent comporter des polluants. Par exemple on retrouve des pesticides agricoles concentrés dans les épluchures. La production de composts de bonne qualité suppose donc une agriculture « propre ». Cela dit, des composts de qualité inférieure peuvent être utilisés pour le reboisement.

La méthanisation, ou récupération du méthane généré par la décomposition des matières organiques, produit un substitut du gaz naturel. Le résidu de la méthanisation est du compost.

 Le tri : tri domestique et collecte sélective, ou/et tri industriel

Pour que le recyclage soit possible, il faut d’abord ne pas mélanger les différents déchets, ou les trier s’ils sont mélangés.

Le mieux est de demander au consommateur de faire un premier tri selon quelques critères simples : une poubelle pour les matières organiques, une pour le verre, une pour le métal et le plastique, etc., puis collecte séparative. Cela évite la contamination réciproque des différents matériaux.

Mais il vaut mieux ne pas demander au consommateur un tri trop fin (par exemple entre les différents types de plastique) ; un tri professionnel est fait ensuite. Le tri, ainsi que l’usage des déchetteries et recycleries responsabilise le citoyen et lui fait prendre conscience de la valeur des différents déchets.

On n’est pas obligé d’attendre que les habitants sachent trier pour mettre en place le recyclage car il existe des procédés de tri industriel, qui ne demandent pas une grande sophistication : criblage, souffleries, aimants ... On peut combiner le tri domestique et industriel.

 Le stockage des déchets ultimes et la question des décharges

Tout triage laisse des résidus : des objets qui ne correspondent pas aux critères de tri utilisés, ou des objets trop petits, ou des objets composés de différents matériaux impossibles à séparer (ex. : pièces de métal et de plastique dans du matériel de téléphonie et d’informatique ).

Ces refus de tri sont plus ou moins nombreux selon la qualité de la collecte et du tri industriel. Il y a donc toujours des déchets ultimes à stocker.

Par exemple, un plan départemental peut mesurer les déchets ultimes à 25% et se donner comme but de les réduire à 18%.

On appelle déchet ultime un déchet qu’il n’est pas possible de valoriser dans l’état actuel des techniques (ou pas intéressant dans l’état actuel des prix ... ce qui peut se modifier notamment pour les dérivés du pétrole).

Certains déchets ultimes d’aujourd’hui pourront devenir des matières premières de demain, ce qui plaide en faveur d’un stockage réversible des déchets ultimes, plutôt que de leur incinération.

Il faut préciser ce qu’on entend par « décharge ».

Les décharges traditionnelles d’ordures brutes sont maintenant interdites car elles produisaient trop de nuisances : prolifération de microbes, rats et goélands, départs de feux, contamination mutuelle des matériaux (exemple : les jus des déchets organiques attaquent les peintures, se chargent de leurs composants polluants et vont polluer la nappe phréatique).

Le stockage doit se faire sur des terrains suffisamment imperméables. On peut aussi renforcer artificiellement le confinement par des membranes ad hoc et récupérer les lixiviats par pompage, mais ces techniques ne sont pas sûres à long terme et plus on en fait plus c’est cher. Le mieux est donc de mettre en place un tri suffisamment fin pour que les déchets ultimes soient les plus inertes possibles.

Dans toutes les hypothèses on ne peut pas se passer de sites de stockage pour les déchets ultimes. L’argument « l’incinération supprime les décharges » est faux et démagogique, puisque l’incinération produit des déchets ultimes toxiques (mâchefers et refioms - voir plus loin).

La vraie question est de savoir par quoi remplacer les décharges traditionnelles. Si l’on veut un stockage non polluant et exploitable dans le futur, il faut d’abord mettre en place le tri et éviter l’incinération. Le problème qui reste posé est alors celui de la localisation des centres de stockage afin de réduire les nuisances dues au transport.

 L’incinération

Au début, l’incinération a pu paraître préférable au fait de laisser les déchets pourrir en décharge : c’est simple, on incinère tout, ce qui arrête le pourrissement, sans aucun frais de triage.

L’incinération est parfois appelée « valorisation thermique » car on peut récupérer la chaleur pour faire de l’électricité.

Mais le rendement est faible et peu fiable, vu la forte proportion d’eau dans les déchets.

Certes on peut trier et sécher les déchets avant incinération, mais cela occasionne des frais ... et dans ce cas pourquoi ne pas recycler ce qu’on sait trier ?

Recycler du plastique et du papier, c’est économiser du pétrole et du bois. En fait la vraie valorisation thermique, c’est la méthanisation.

La seule justification de l’incinération c’est qu’elle diminue le volume des déchets solides ... sans les supprimer toutefois puisqu’un incinérateur produit du mâchefer qui représente en poids environ 30% des déchets initiaux (moins en volume).

Mais l’incinération envoie de grandes quantités de fumée dans l’atmosphère, donc elle ne diminue pas, mais augmente, le volume total des déchets, et les disperse (comme le plumeau pour la poussière sur les meubles).

Incinérer revient à considérer l’atmosphère (donc nos poumons, ainsi que l’eau de pluie et les sols) comme une poubelle.

Les fumées comportent des polluants (acide chlorhydrique, plomb, arsenic, etc.) et du gaz carbonique à effet de serre. Ces polluants sont également présents dans les mâchefers.

De plus, l’incinération, par combinaison de molécules d’origines diverses à hautes températures, produit des polluants qui n’existaient pas dans les ordures initiales.

C’est le cas des dioxines, molécules organochlorées, c’est-à-dire résultant de la synthèse de molécules organiques et de chlore. Ces molécules, parce quelles ressemblent aux molécules organiques, perturbent les régulations des organismes qui les absorbent, et ce même à très petite dose ; elles provoquent des mutations, des cancers et des troubles du développement.

Elles ne se dégradent pas dans la nature : elles font partie des « polluants organiques persistants » : POP, c’est mnémotechnique ! Les dioxines se stockent dans les graisses. Elles s’évacuent, ou plutôt se transmettent, par les matières grasses du lait. La teneur en dioxine du lait des femmes en France est en moyenne trois fois plus élevée que le maximum légal dans le lait vendu dans le commerce. C’est un exemple du caractère endémique et cumulatif des diverses pollutions.

Les dioxines sont produites par l’incinération des déchets et par la sidérurgie. La pollution par l’incinération des déchets ménagers, même si elle est moins importante en quantité, est plus difficile à contrôler car les déchets incinéré sont hétérogènes et changeants, alors que les matériaux traités industriellement (sidérurgie et incinération de déchets industriels) sont en principe plus homogènes.

Même s’il existe des pollutions plus importantes que celles de l’incinération, ce n’est pas une raison pour l’accepter. Au contraire, le refus de l’incinération est un pas dans une politique de désescalade de l’ensemble des pollutions.

Il y a quelques dizaines d’années les dioxines n’étaient pas connues des chimistes. Or l’incinération produit des centaines des molécules nouvelles, dont la plupart n’ont pas encore été étudiées. Le principe de précaution tend à exclure l’incinération.

On a mis en place des filtres, qui peuvent diminuer énormément la quantité de polluants dans les fumées. Mais ces filtres ne suppriment pas tous les problèmes et en posent de nouveaux :

  • il reste toujours un peu de polluants dans les fumées, ce qui est mauvais concernant des polluants agissant à très petites doses ;
  • si l’incinérateur est très grand, la diminution de la teneur en polluants par m3 de fumée n’empêche pas que les quantités totales émises soient élevées ;
  • le filtrage des fumées ne change rien à la présence de polluants dans les mâchefers ;
  • au contraire, le filtrage produit lui-même des résidus solides (refiom : résidus de filtrage d’incinérateur d’ordures ménagères) qui sont hautement toxiques et qu’il faut confiner dans des centres de stockage spéciaux ;
  • les filtres sont parfois défectueux ou en panne (sans compter les fraudes) ;
  • enfin ils coûtent cher en installation, entretien, surveillance.

Une variante de l’incinération est la thermolyse : en chauffant les déchets on les transforme en briques de combustible (un peu comme on fabriquait du charbon de bois) ... qui émettront les polluants quand on les utilisera.

L’incinération n’est pas une solution à l’augmentation des déchets, elle est même antagonique à leur réduction à la source. En effet, une fois qu’une commune s’est endettée pour faire construire un incinérateur, et qu’elle s’est engagée par contrat à payer tous les mois pendant vingt ans pour son fonctionnement, elle n’a plus aucun intérêt à investir de l’argent dans des campagnes de diminution des déchets.

L’incinération ne supprime pas le besoin de décharges (ou plutôt de centres de stockage), puisqu’il faut faire quelque chose des mâchefers et des refioms. Comparé au stockage d’ordures brutes, le volume est moindre. Comparé au stockage de déchets ultimes après tri, la différence de volume n’est pas si grande, mais la toxicité est plus grande, nécessitant des stockages spéciaux, qu’il faut payer.

Les mâchefers sont utilisés pour le terrassement (sous-couches de route, remblais) et la production de ciment. Ce qui a pour conséquence que les polluants contenus dans ces mâchefers vont se disperser lentement et un peu partout dans la nature.

En effet quand les eaux de ruissellement traversent les mâchefers elles se chargent en polluants. Selon les différents types de mâchefers, les quantités de polluants ainsi libérées sont différentes ; or la législation autorise l’utilisation des mâchefers en dessous de certains seuils d’émission de polluants.

Cette législation ne supprime pas la pollution mais l’étale dans le temps (sans compter les fraudes). De plus elle nécessite des lieux de stockage pour la « maturation » des mâchefers (c’est-à-dire pour laisser le temps que se constituent des molécules plus résistantes, qui se diffusent moins dans l’eau), et enfin il reste toujours des mâchefers trop pollués pour être autorisés, la législation ayant tendance à devenir de plus en plus stricte.

Il y a deux usages possibles de l’incinération, en gros aux deux extrêmes : l’incinération massive des ordures brutes et l’incinération résiduelle après triage.

L’incinération massive peut être « optimisée » par un triage sommaire (en collecte sélective ou en tri industriel) : on laisse de côté les déchets organiques à faible pouvoir calorique car trop chargés en eau, on sépare le bois, le papier, le plastique, et le reste, ce qui permet, en dosant la part de bois et de plastique, d’optimiser la température d’incinération.

Au passage, les déchets organiques peuvent être méthanisés et une partie des autres matériaux peuvent être recyclés, mais ce recyclage ne doit pas être trop important car l’incinérateur a besoin de matériaux à fort pouvoir calorique : bois, papier, plastique. Dans ce cadre, le tri demandé aux gentils citoyens est principalement une aide à la rentabilisation de l’incinération, et non pas une démarche écologique contrairement à ce qu’affirment les campagnes de communication.

L’incinération résiduelle est moins polluante que l’incinération massive. Mais le stockage des déchets ultimes est encore moins polluant et permet d’envisager leur valorisation dans le futur. Et attention : dans les campagnes de promotion de l’incinération, l’idée de l’incinération résiduelle (juste un petit peu, à la fin) peut servir à faire passer l’incinération massive (50%) après tri sommaire.

 Un capitalisme prédateur

Les choix techniques sont liés à des choix économiques.
En France deux groupes industriels et financiers, Suez (Lyonnaise des Eaux) et Véolia, ex-Vivendi (Générale des Eaux), auxquels s’est ajouté plus récemment Bouygues, se sont construit depuis un siècle un empire financier en profitant des marchés faciles offerts par les collectivités locales dans le service de l’eau et des déchets.

Ce sont des multinationales, leaders mondiaux sur leurs secteurs et très puissantes à l’intérieur de l’appareil d’Etat en France (elles ont été souvent impliquées dans des affaires de corruption). Les municipalités, dans la mesure où elles n’ont pas maintenu un potentiel technique public sous forme de régie, sont des clients captifs de ces groupes qui ont (ou font croire qu’ils ont) un quasi-monopole technologique. Pour maintenir leur emprise, ces groupes préfèrent les procédures opaques offrant peu de prise au débat démocratique, ce que l’on voit surtout dans le domaine de l’eau.

Ces multinationales ont intérêt à ce que les collectivités locales passent avec elles des contrats à la fois chers et longs. D’où leur préférence pour des choix technologiques très capitalistiques, chers et rigides ... même s’ils sont mauvais sur le plan environnemental et sanitaire : pour un gros incinérateur les municipalités signent un contrat où elles s’engagent à payer pendant une vingtaine d’année.
Ces groupes industriels ont des entreprises sur tous les segments du traitement des déchets : collecte, transport, tri, incinération, méthanisation, décharges, vente des mâchefers ...

Ils ont intérêt à l’augmentation des déchets et des opérations de traitement. En général leur logique n’est pas de construire des solutions d’ensemble intégrées et diminuant les problèmes à la source, mais plutôt de saucissonner les problèmes et de faire de chaque service une niche de profit. Cela dit, ils peuvent aussi proposer des solutions écologiques car ils n’ont pas d’apriori idéologique, pourvu qu’ils puissent vendre.

On peut se demander pourquoi en France les entreprises spécialisées dans le traitement des déchets s’acharnent à vendre des incinérateurs aux communes alors qu’on sait que, du fait de la sévérité accrue des normes anti-pollution, le filtrage des fumées devient de plus en plus coûteux, au point qu’on peut prévoir que l’incinération cessera un jour d’être rentable. En fait les contrats prévoient une hausse des tarifs payés par les communes pour accompagner la hausse des frais, ce qui permet d’augmenter les bénéfices de l’entreprise, tant que ça marche.

Et d’autre part comme les groupes qui font de l’incinération ont aussi des entreprises qui font du tri et du recyclage, on peut supposer qu’en faisant signer des contrats à long terme aux communes ils se positionnent en partenaires incontournables pour le jour où les communes voudront passer à une autre technique.

La logique néo-libérale de privatisation (notamment dans l’énergie et les transports) va accroître l’emprise de ces multinationales. La question du traitement des déchets est donc un enjeu pour libérer les collectivités de cette emprise.

 Economie contrôlée démocratiquement et économie solidaire

Contrairement à l’incinération, le recyclage offre aux collectivités locales de meilleures possibilités de contrôle : on a affaire à des entreprises plus diverses, les contrats sont plus courts, on peut faire jouer la concurrence. Donc les communes peuvent éviter des prix qui s’apparentent à du racket. Et elles peuvent aussi espérer agir, par les marchés qu’elles offrent, sur le devenir du tissu économique local.

Les filières de recyclage créent beaucoup plus d’emplois que l’incinération ; c’est notamment l’occasion de créer des emplois d’insertion sur des travaux peu qualifiés, mais pas seulement, étant donné que le recyclage est un domaine en perpétuelle évolution, où les travailleurs peuvent élever leur niveau de qualification.

Par exemple, ramasser des bouteilles en plastique ne demande aucune qualification, mais on peut aussi acquérir des connaissances pointues sur l’évolution du recyclage des différents types de plastique.

Enfin il existe dans la récupération et le recyclage une expérience de l’économie solidaire. Il y a des associations qui récupèrent des matériaux usagés et qui ont des projets de création d’emplois de « tiers secteur ». On peut monter des entreprises sous différents statuts : coopérative, régie, SCIC (société coopérative d’intérêt collectif, dans laquelle des collectivités locales et des entreprises privées peuvent détenir une part de capital).

Ces entreprises peuvent être un banc d’essai de la gestion coopérative, dont l’expérience peut être utilisée pour créer des SCOP en dehors du tiers secteur, sur des activités plus rentables.

La gestion des déchets peut donc être l’un des éléments de l’entretien d’un tissu économique de qualité et de son contrôle par la collectivité.

D’un point de vue de démocratie concrète il est gênant que les collectivités locales n’aient pas développé des entreprises publiques ou para-publiques de traitement des déchets, au niveau des grandes agglomérations et au niveau départemental.

Certes il peut être utile de faire une délégation de service public à une entreprise privée, si elle est efficace et correcte.

Mais pour pouvoir négocier il est important que les pouvoirs publics disposent de leurs propres outils économiques. On devrait constituer un réseau public de recherche-développement et de coopération sur les déchets.

Par ailleurs, il est choquant que des entreprises rémunèrent des actionnaires à un taux élevé grâce à des bénéfices réalisés sur des services publics financés par l’impôt (taxe d’enlèvement des ordures ménagères) ou par un quasi-impôt (factures d’eau), et il est choquant aussi qu’on laisse ces entreprises en position de monopole. La nationalisation de ces entreprises devrait être envisagée.

 Démocratie locale et vécu social.

La gestion des déchets ouvre un large terrain à la démocratie locale :

Quelles modalités de collecte ? quel tri chez l’habitant ? quelles incitations à la réduction des déchets ? quelle localisation pour les centres de stockage ? quels contrats passons-nous avec des entreprises qui assurent un service et qui procurent des emplois ? Ces questions faciles à comprendre et qui peuvent être traitées au plus près des citoyens sont une école de démocratie et de vie en commun.

Elles peuvent être discutées dans des assemblées interassociatives de quartier, dans des CLIS (Commission Locale d’Information et de Suivi), voire faire l’objet d’un budget participatif.

Cela suppose que les élus locaux jouent le jeu de la démocratie. C’est peut-être la raison pour laquelle des élus paternalistes, voire autocratiques, préfèrent l’incinération : ne vous occupez de rien, on ramasse tout, on brûle tout, on ne discute pas !

Avec les déchets, la démocratie s’empare d’enjeux de civilisation au quotidien : comment consommons-nous ? que jetons-nous ? quel rapport avons-nous avec les objets ? comment les produits sont-ils conçus ?

On peut faire des activités sur ces questions avec les enfants des écoles. On peut faire intervenir des artistes. Bref, on est dans le vécu, et à partir de là les lois et la politique deviennent des choses plus concrètes.

La question des déchets, aussi bien dans les luttes que dans la gestion quotidienne, nécessite d’articuler différents rouages de l’appropriation démocratique :
Les associations. Elles assurent la continuité de l’intervention citoyenne ; elles font le lien entre les citoyens et les experts scientifiques.

La coopération en réseau permet à la fois indépendance et complémentarité entre des associations aux profils très divers.Les citoyens mobilisés.
les élus et les partis. Il faut qu’ils aient un programme, des projets dont les citoyens puissent discuter, une indépendance vis-à-vis des puissances de l’argent, une attitude d’ouverture et de recherche.
Les cadres techniques des administrations, idem. (Merci à la personne qui trouvera un mot aussi court que « technocrate », mais pas péjoratif).
Les travailleurs des administrations et des entreprises qui participent de près ou de loin au service public

Pour l’auteur, ce texte est à améliorer et il attend vos suggestions.

Aussi merci de lui répondre et de participer à ce débat.

PP


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