– D’une AMAP départementale et sociale à une CaisSASS 3.12.23, mise à jour le 6.12.23
Ce 3.12.23 j’ai assisté en visio au Conseil d’Administration d’une association nationale dont je suis membre car j’avais participé à la rédaction d’une note portant sur la question de la Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA) et cette note était étudiée ce jour. Or pendant le débat au sein de ce conseil, un membre a expliqué ses réserves, craignant que cela n’aboutisse pas à contrer l’agro-industrie comme le mouvement des AMAP n’y était pas parvenu. Il rappelait que seule une loi nationale pouvait instituer la SSA, la rendre universelle et instituer son équitable financement. Sans une telle loi, les caisses mises en place dans des territoires n’étaient que des "AMAP géantes", rien de plus.
Et pourquoi pas s’inspirer des AMAP ? en attendant qu’une telle loi soit un jour proclamée...
Une CaisSASS serait une Caisse de Solidarité pour une Accessibilité pour toutes et tous à une Alimentation Saine et Soutenable.
Sans être une AMAP départementale et sociale, elle s’en inspirerait, en garderait plusieurs principes et valeurs.
AMAPP, Association pour le maintien d’une agriculture paysanne de proximité
Une association pour le maintien de l’agriculture paysanne (AMAP) est un partenariat entre un groupe de consommateurs et un ou des agriculteurs. L’AMAP dispose généralement d’un local pour la distribution des produits, souvent dans une ferme.
- Pour le paysan, c’est une alternative économique qui lui permet de maintenir son activité grâce à l’engagement financier à l’avance.
- Pour le consommateur c’est la possibilité d’avoir des produits frais, locaux, sains, cultivés dans une agriculture à taille humaine sans impact négatif sur l’environnement[réf. nécessaire]
Un contrat d’engagement définit les principes de fonctionnement pratique et éthique. Le producteur s’engage à partager équitablement sa production. L’AMAP existe pour tous les types de productions agricoles.
Ainsi l’objectif est de favoriser la production et la consommation d’une alimentation saine et soutenable sur un territoire avec un juste prix, garantissant un revenu digne pour les producteurs et des prix accessibles pour les consommateurs.
Les AMAPPs sont aussi des espaces démocratiques, des associations souvent organisées en deux collèges afin de permettre une équitable gestion entre consommateurs et producteurs.
Des AMAPPs ont aussi réfléchi à la question de l’accessibilité pour toutes et tous sur leur territoire et ont pu mettre en place des paniers solidaires.
Un projet de CaisSASS (Caisse de Solidarité pour une Accessibilité pour toutes et tous à une Alimentation Saine et Soutenable) ou de Caisse SSA (Sécurité Sociale de l’Alimentation) se devrait d’agir en coopération avec les AMAPP de ce territoire qui le voudraient.
Il ne s’agirait pas de reproduire à plus grande échelle les AMAP mais de les transcender.
Soutenir une agriculture paysanne en agro-écologie sur tout le territoire choisi
La défense d’une agriculture paysanne bio devrait être au coeur de l’objet de la CaisSASS ou SSA.
Cette défense pourrait s’organiser au travers de plusieurs procédures :
- aide à la conversion et à la labellisation des productrices et producteurs,
- conventionnement des seul.e.s paysan.ne.s en bio
- conventionnement des seuls magasins qui donneront, au moins en partie, accès à des productions bio paysannes et de proximité
- fonds de soutien pour que des épiceries ayant des objectifs de solidarité sociale puisse acheter à un prix juste ces productions bio paysannes et les revendre à un prix attractif
- ...
La Caisse pourrait donc travailler sur la question de la transmission des terres nourricières, de leur maintien, et donc sur la question de la souveraineté alimentaire de nos territoires, aujourd’hui et dans l’avenir.
Pour une Accessibilité pour toutes et tous à une alimentation bio paysanne de proximité
La Caisse pourrait travailler à rendre accessible cette alimentation saine et soutenable pour toutes et tous les habitant.e.s de notre département.
Cette défense pourrait s’organiser au travers de plusieurs procédures :
- mise en place d’une caisse de solidarité (chacun.e cotise selon ses ressources et toutes et tous reçoivent une allocation identique)
- Faire le lien entre les producteurs du territoire, et les consommateurs
- lutte contre la désertification commerciale de proximité (travail avec les collectivités et Bouge ton Coq notamment)
- apport d’une dimension sociale dans les commerces de proximité conventionnés par la caisse et le fonds de soutien
- mise en place d’atelier de cuisine pour redécouvrir les produits locaux de saison, de recettes facilement reproductibles dans les familles, d’ateliers de partage des savoirs sur les étiquettes, les modes de coservation, la diététique, la santé...
- participation à la mise en place de jardins partagés, de grainothèques, de tout ce qui peut contribuer à redonner de l’autonomie aux personnes et à dynamiser le lien social,
- ...
Pour redonner des Droits quant à l’alimentation aux habitant.e.s du territoire choisi
La Caisse oeuvrerait ainsi à :
- redonner le droit de choisir son alimentation pour les plus précaires qui en sont privés, le plus souvent contraints à une aide alimentaire agro-industrielle néfaste tant pour la santé que pour l’environnement
- redonner le droit à un accès de proximité à une alimentation saine et, quand il n’y a plus de commerce proche, quant il n’y a pas d’AMAP proche, à créer des dépôts ou à soutenir la création d’épiceries citoyennes ou privées,
- redonner du pouvoir d’achat à celles et ceux qui en ont trop peu pour s’alimenter dignement et sainement,
- redonner aux personnes le pouvoir de choisir leur alimentation en conscience, face aux enjeux sanitaires et environnementaux, à travers des journées rencontres-débats.
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Pour décider démocratiquement de l’accès à notre alimentation
La Caisse pourrait devenir une association gérée démocratiquement et ouverte à toutes les personnes morales qui veulent oeuvrer pour la réalisation de ses objectifs.
Pour ce qui est du conventionnement (choix des lieux où on pourra dépenser l’argent de son allocation), la Caisse pourrait s’appuyer sur la Monnaie locale si elle existe.
On pourrait aussi dans chaque bassin de vie, comme dans nombre de projets SSA, créer un comité de citoyen.ne.s tirée.e.s au sort, afin de définir des besoins quant aux produits désirés, aux lieux d’achats, aux produits manquants et à la nécessité de mettre en place de nouvelles productions, et toute autre question que ces comités voudront aborder.
Pour réduire le gaspillage et l’empreinte carbone de notre alimentation
La Caisse serait soucieuse de toutes les étapes, du cout carbone de la production, de la distribution à la consommation.
Il s’agirait de limiter tout gaspillage mais aussi de parfaire les circuits-courts en terme de temps et de mode de transport.
La question du prix carbone de chaque aliment peut sembler ardue mais ne saurait être minorée. Le temps presse et les dérèglements climatiques auront rapidement une incidence immense sur la production alimentaire.
Pour des richesses qui restent sur le territoire et s’y multiplient
La Caisse de Solidarité alimentaire pourrait être gérée en monnaie locale numériques via le logiciel Kohinos ou d’autres solutions, surtout si elles sont citoyennes, auto-gérées et libres.
Ainsi les cotisations y seront faites en e-monnaie et l’allocation versée en e-monnaie.
Pour obtenir les premières e-monnaies, il faudra changer des euros qui seront déposés sur un livret NEF qui a la fonction d’un compte de garantie. La NEF utilise cet argent pour investir uniquement dans l’économie sociale et solidaire et la transition écologique.
Les e-monnaies n’ont de valeur que dans le territoire dédié, elles ne peuvent être déposées dans une banque, elle ne peuvent participer à des spéculations, elles ne peuvent que circuler de main en main (les entreprises peuvent aussi, si elles y sont contraintes, reconvertir leurs e-monnaies en euros).
Défendre les valeurs de justice et de solidarité
Les projets de Caisse de Solidarité pour une Accessibilité à une Alimentation Saine et Soutenable ou de Sécurité Sociale de l’Alimentation entendent remettre au coeur de notre société les valeurs de justice sociale et de solidarité, de la mixité des publics et leurs coopération.
Il s’agit de refaire société, se s’organiser pour un mieux-vivre tous ensemble, ceci dans le respect du vivant et de la nécessaire lutte contre le dérèglement climatique.
Des projets en cours de construction
C’est dans chaque territoire et maintenant que cela se construit.
Les projets seront donc différents, pluriels.
Un des principes qui pourrait prévaloir est que beaucoup d’organisations ont un "métier" et le font du mieux possible : Terre de Liens a le sien, les épiceries solidaires le leur, les AMAPPs aussi, etc... La Caisse n’aurait pas prétention à faire le "métier" des autres mais serait donc un commun, un catalyseur pour agir ensemble dans les complémentarités.
Sans doute être à l’écoute d’autres entrées sur ce dossier d’une justice alimentaire nécessaire, telles celles-ci :
- 🛒 Des Tickets-Restaurants pour payer ses courses et consommer plus de BIO ? Agissons ! 🌍
- Ouvrir une épicerie participative dans son village
- Collectif pour une Sécurité sociale de l’alimentation
- Notre rubrique dédiée
- ...
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Pour aller plus loin : https://solicagnole.fr/
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Pascal Paquin