– Lutter contre le Fascisme ? 7.03.26
Opter, comme priorité, pour la « lutte contre la montée du fascisme ». On ne peut être qu’à 100% pour.
Ceci dit, quelques réserves : ce n’est pas l’objectif qui pose problème, mais les moyens à mettre en œuvre pour viser l’objectif.
Pour être direct : on ne lutte pas contre le fascisme avec des slogans, des pancartes, et des rassemblements à chaque fois qu’un représentant de l’extrême droite se pointe quelque part. Si c’est important pour garder, de notre côté, une certaine unité, une motivation, voire une satisfaction d’avoir agi et exprimé nos opinions, il est certain que cela n’a que peu d’effets sur un cancer qui se métastase.
Pour aller un peu plus loin dans un cynisme à peine volontaire, ces rassemblements peuvent même être contre-productifs en renforçant la volonté des « bien-pensants » de l’extrême droite à justifier leurs idées malgré « ces activistes de l’ultra-gauche » qui remettent en cause leurs valeurs et théories. Bref, gaffe aux retours de manivelle.
Alors, la question reste. Si gueuler et manifester ne suffit pas, que faire ?
La réponse est complexe. Elle se trouve sans doute dans une action en plusieurs étapes (voire plus). La liste n’est en aucun cas exhaustive et reste à être peaufinée.
Allons-y...
Gueuler
Il faut sans doute continuer à gueuler, à manifester, à se rassembler avec nos pancartes et nos slogans. Cela nous unit, nous rassemble et nous permet de développer le mouvement. Mais si elle se limite à cela, cela se révélera sans doute inefficace face à cette métastase qui sommeil.
Agir dans cadre des institutions démocratiques.
Bosser dans le cadre de nos institutions démocratiques, essentiellement à travers les élections. Moins on s’impliquera, plus les autres auront des voix. Comme il est dit : « celui qui ne vote pas donne son vote à l’autre »... Il ne faut pas « leur » laisser ce plaisir, cet avantage. De ce fait, il ne faut pas seulement défendre des idées, des partis ou des programmes.... mais inciter des gens, des jeunes surtout, à s’inscrire sur les listes électorales et à user et abuser de leur droit de vote. Cela se fait aussi en expliquant les enjeux et à trouver les moyens, la stratégie « d’expliquer ». Cela peut s’avérer un tintinet peu compliqué... mais au bout du compte, c’est essentielle. La Démocratie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas !
Comprendre le Fascisme
Comprendre « l’ennemi », comprendre sa logique, sa raison d’être, ses motivations et surtout ses méthodes, ce qui lui donne sa force : Étape essentielle si on veut le combattre. D’ailleurs, historiquement parlant, bon nombre de guerres ont été perdues lorsque les puissants ont décrété que les ennemies étaient des « méchants », des « diables », des « communistes », sans chercher plus loin que le bout de leur nez... On peut évoquer le Vietnam, l’Afghanistan et j’en passe. Mais même s’il ne s’agit pas d’une guerre réelle (j’espère), mais d’un combat contre des idées, un système, il est illusoire de les combattre si on ne les comprends pas.
Bref, il paraît intéressant de proposer des ateliers, avec éventuellement des intervenants, peut être autour de supports écrits ou des films (ou autres)... Et d’échanger sur le sujet. On peut espérer que ce travail et les échanges nous donneraient des pistes pour agir.
L’Éducation Populaire... Ouvrir les esprits !
Que l’on me pardonne, cela a toujours été mon dada, une de mes priorités. L’action associative où l’on retrouve des initiatives en faveur de la solidarité, de l’environnement ou de la culture permet, à mon humble avis, d’ouvrir les esprits.
En effet, le fascisme s’appuie avant tout sur l’ignorance. Ce n’est pas pour rien que l’administration Trump tente, coûte que coûte, de casser l’éducation, de censurer des livres, d’arrêter tout soutien à la recherche dès que celle-ci déplaît, évoque le « genre », la « sexualité »... mais aussi tout ce qui concerne le changement climatique, la pollution et tout ce qui pourrait représenter un frein à la productivité, la libre entreprise et la glorification de l’histoire américaine vue sous l’angle de la suprématie blanche (effacement de toute référence à l’esclavagisme par exemple, réhabilitation des « héros » confédérés de la guerre de session... et on en passe).
Ouvrir les esprits, c’est donner envie au gens d’en savoir plus, de comprendre l’Histoire, la géopolitique et tout simplement de penser (« penser est déjà une acte de subversion »). L’éducation populaire est une des façons de créer les conditions à une ouverture d’esprit personnel et collectif.
Une bataille perpétuelle à long terme...
C’est plus complexe mais la lutte contre les fascismes ne peut aboutir sans prendre en compte ce point.
La lutte contre le fascisme est une lutte à moyen et à long terme. Le fascisme n’est en aucun cas un truc sporadique qui apparaît comme ça, d’un seul coup, comme une mode soumis à un discours qui séduit le peuple... Gnan, Gnan, Gnan... Le fascisme se construit subtilement, doucement et insidieusement dans l’ombre. Il se nourrit sur des frustrations mais aussi par des réalités sociales, les misères, la précarité... Le fascisme est ancré dans nos sociétés (et il est déjà présent dans nos sociétés) tout en restant invisible jusqu’au jour où les vents lui sont favorables et que les conjonctures s’y prêtent. Alors il surgit subitement et devient quasi irréversible. Aujourd’hui, ici et maintenant, les graines du fascisme sommeillent et n’attendent que le moment venu. Sans vouloir inciter au paranoïa, il est tout près, chez des voisins, des amis, des connaissances... souvent des personnes très honnêtes, sympas et qui sont prêts à donner un bras pour aider lorsque l’aide devient nécessaire. Non, ce ne sont pas des « ultras », des extrémistes violents, cranes rasés et poings américains dont on cause mais des gens comme vous et moi, des personnes fatiguées, dépassées, ceux et celles qui affrontent une certaine précarité, qui veulent du changement mais qui ont perdu toute confiance dans le « système » tel qu’il est, ils ne croient plus dans l’appareil politique et les politiciens ambitieux qui se regardent dans un miroir, se trouvent beaux/belles en s’inventant une carrière radieuse tout en oubliant les intérêts du bas peuple.
Ces voisins, ces amis et connaissances sont les cibles des extrêmes qui s’alimentent sur leur ignorance et parfois leurs bêtises, leurs conneries (racisme ordinaire, ségrégationnisme convenue mais aussi soumission et croyance aveugle dans ces discours populistes de ceux et celles qui savent « bien parler » et qui ont appris à convaincre)...
(Pourquoi des régions, notamment dans le nord, autrefois tenues par la gauche et surtout les communistes, ont viré à droite puis à l’extrême droite ? A réfléchir !)
Retour dans l’Histoire...
Prenons l’exemple de la montée du nazisme dans les années trente. Est-ce que cela avait réellement un rapport avec un mec moustachu-à mèche qui, avec un certain charisme et un discours enflammé, a su séduire un peuple entier et déclencher l’enfer sur terre ?
Pas sûr. De nombreux historiens s’accordent à dire que la seconde guerre mondiale a commencé en 1918, lors de la signature du traité de Versailles qui a soumis le peuple allemand à des conditions de soumission extrêmes et humiliantes. La France, pourtant perdante de cette guerre (sans les alliés, elle n’avait aucune chance de l’emporter) bombait de la torse et s’imaginait en grand vainqueur, puis a voulu écraser -surtout humilier- l’adversaire.
Le peuple allemand n’a pas apprécié. On peut comprendre... Arrive par là dessus la crise de 29 et l’onde de choc à travers l’Europe, une Allemagne affaiblie à l’extrême, une inflation infligée et galopante... pauvreté et précarité imposées à un peuple qui avait sa fierté.
Alors, en 33, un mec arrive, un certain « Adolf ». Il aurait pu ne pas exister : s’il avait été reconnu comme artiste peintre (c’était son ambition), sa destinée aurait été toute autre chose et l’Histoire n’aurait jamais retenu son nom.
Mais voila, il ne savait que peindre des croûtes. Il a raté son coup. Il a échoué. Artistiquement, il était nul...
Par contre, il savait causer, parler, discourir... Puis enflammer les foules. En 32, il gagne -démocratiquement, détail important- les élections... A partir de là, la machine était en marche et le fascisme s’est installé en Allemagne avant de se développer, comme notre métastase, pour aboutir à la seconde guerre mondiale.
Faut-il rappeler les chiffres de la guerre et de l’Holocauste ?
Comment tout cela a pu être possible ? A partir de quel moment ce fascisme est né ?... A partir de quand un sperme à rencontré une ovule et que cela a engendré une bête monstrueuse ? Comprendre ce passé pourrait nous éclaircir sur le présent.
Anecdote...
Autre exemple. Autre petite histoire. A un moment donné, dans mon parcours professionnel, j’ai participé à un groupe de travail sur la « prévention des conflits ». Nous avions émis l’hypothèse qu’un conflit, un guerre, n’était jamais un hasard et n’arrivait pas subitement par rapport à un simple « différend conjoncturel »... Nous pensions que tout conflit qui devenait guerre était la suite d’un déroulement qui s’inscrivaient dans le temps, dans l’histoire, et que ces conflits étaient le fruit d’années, voire de décennies / siècles... d’événements qui se sont accumulés progressivement et insidieusement au fil du temps... puis un jour, un élément déclencheur a libéré la haine et la violence et les guerres se sont déclenchées.
L’idée était d’étudier l’ensemble des données qui préparaient un conflit, une guerre. Puis de pouvoir dire que le désastre était en construction et que, si aucune action n’était entreprise, l’inévitable deviendrait réalité. A partir de là, il fallait alerter l’opinion, les responsables politiques, les Nation Unies etc... Puis d’espérer que la diplomatie « préventive » pourrait désamorcer la bombe.
C’était un projet mené dans le cadre du CCSVI, le « Comité de Coordination du Service Civil International », Structure bénéficiant du statut « B » de l’UNESCO...
Mais cela n’a jamais fonctionné. Le projet n’a pas abouti.
Désillusion.
Par contre, désillusion : J’ai rencontré un responsable de la Banque Mondiale et je lui ai fait part de ce projet. A ma grande surprise, il m’a dit que c’était justement son boulot. Il travaillait sur ces « risques »... En gros, la Banque Mondiale prêtait de l’argent à des pays mais, comme il est d’usage, un prêt se doit d’être remboursé... C’est un peu comme si vous prenez une assurance vie et on vérifie votre état de santé avant de vous l’accorder... Donc la Banque Mondiale analyse les risques d’un conflit (ou autres formes de crises) avant d’accorder un prêt, un financement.
Ils avaient donc tous les éléments pour savoir si un pays risquait de sombrer dans un conflit qui entraînerait des souffrances, de la destruction, de morts voire le chaos.
Il nous a donné l’exemple de la crise en Yougoslavie. A l’époque, la Banque Mondiale a cessé de leur prêter de l’argent. Le conflit a éclaté en 1991.
Alors, et c’est là le détail qui tue, nous lui avons demandé si, comme dans notre projet, il était possible d’alerter les dirigeants, les médias, les populations, du danger qui allait plonger un pays, des peuples, dans un conflit, le chaos, le désastre...
Réponse directe : « Si nous, Banque Mondiale, révélons ce que nous savons, nous ne faisons que précipiter les choses car tous les autres investisseurs vont retirer leurs sous, leurs investissements. Le pays sera donc plongé dans une situation économique intenable qui accéléra et entraînera la chute... ».
En attendant, la Banque Mondiale, elle, cessera de financer.
Désillusion totale.
La morale de cette anecdote, c’est qu’il est effectivement possible de prévoir un conflit, qui est une suite d’événements, de faits historiques qui ont construit progressivement, au fur et à mesure des années, l’ensemble des éléments déclencheurs de guerres, de souffrances et de morts.
Je repense à une citation de Pierre Ceresole, fondateur du Service Civil International en 1920 (et grand pacifiste), suite à la première guerre mondiale : « Vous gueulez contre cette guerre mais est-ce que vous avez gueulé contre les injustices quotidiennes qui ont fait que la guerre était non seulement inévitable... mais nécessaire ? » (je cite de mémoire).
Il en va de même pour le fascisme.
Ce n’est pas le fruit du hasard ni, en aucun cas une chose conjoncturelle... De ce fait, on ne peut le combattre avec des slogans. Il faut comprendre le mécanisme, sa construction, sa manière de se répandre avant qu’il infecte une population.
Tout comme ce cancer qui s’installe progressivement dans l’organisme avant le métastase qui va lui permettre de tout détruire progressivement.
Alors que faire ? J’avoue une certaine impuissance à répondre... Mais il existe des pistes à explorer...
Ces pistes sont donc à voir ensemble. Ce que je viens d’écrire n’est qu’une réflexion avec l’espoir d’enclencher réflexion voire débat. Faut-il, se concentrer sur la réaction pure et simple, privilégier la manifestation, le slogan, l’affiche... ?
Faut-il une réflexion approfondie, des ateliers (simple exemple) ou groupes d’études sur le fascisme ?
Faut-il mettre en place et soutenir des actions d’Éducation Populaire avec la volonté de sortir du cadre des « convaincus » ?
Faut-il se positionner sur le long terme, avec l’ensemble des acteurs associatives et syndicales pour défendre, coûte que coûte, l’Éducation Nationale et même proposer des réformes pour inscrire cette richesse dans un véritable dynamique citoyenne ?
Que de pistes... A nous de développer, d’imaginer, de proposer et de construire.
– Soutenir le mouvement des agriculteurs, mais pour quelle agriculture ? 27.03.24
Le 17 avril, ce sera la journée internationale des luttes paysannes.
Il est vrai que la crise agricole occupe une partie de l’espace médiatique ces derniers temps. Mais de quelles luttes parlons nous ?
Il semblerait, d’après les sondages, que 9 français sur 10 soutiennent le mouvement des agriculteurs. Quoi de plus normal puisqu’à ce qu’il paraît, c’est eux “qui nous nourrissent”. Mais ne sommes nous pas victimes d’une sorte de naïveté quand nous accordons notre soutien sans faille à un mouvement qui n’en est peut-être pas "un", mais “des” mouvements divers qui cachent bien des réalités et des intérêts différents... voire divergents ?
Du coup, des précisions s’imposent et “définir” devient essentiel non seulement pour comprendre, mais aussi pour accorder notre soutien -ou pas- selon les revendications des uns et des autres.
Derrière ce mot “agriculteur”, on trouve le “paysan”, le “petit agriculteur”... celui et celle qui respecte la terre, les animaux, l’environnement qui garantit la pérennité de leur travail et de leur production. La terre n’est pas seulement une ressource mais aussi une alliée.
Mais on trouve aussi “l’exploitant agricole”... qui, comme son nom l’indique, "exploite" la terre, les animaux... Sa priorité est simple : produire, faire du chiffre, intensifier et produire encore.
Son budget est son guide et pour cela, les haies sont des obstacles, le bien-être animal un frein... insecticides, pesticides, herbicides... des outils essentiels... les méga-bassines une assurance de produire, coûte que coûte. “L’agri-business”, “l’agro-industrie” et les fermes usines se portent bien.
Enfin, entre les deux, il y a cet agriculteur qui n’y arrive pas. On lui a appris qu’il fallait investir, travailler avec les meilleurs outils, les tracteurs, moissonneuses-batteuses et tout le tralala. Pour cela, il a investi et doit son âme à sa banque... Il est endetté et, devant l’impossibilité de devenir celui qu’on lui a appris à être, il finit
souvent par baisser les bras.
Bref... Si vous faites partie des 9 français sur dix qui soutiennent les agriculteurs, pensez à réfléchir et choisir lesquels vous soutenez réellement avant de répondre aux sondeurs...
Tom Roberts