Yonne Lautre

« Exemple de la féminisation mondiale des migrations » par Claudine Blasco

jeudi 4 janvier 2007 par Yonne Lautre

 Les femmes forment la majorité des migrants latino américains en Allemagne, exemple de la féminisation mondiale des migrations.

Les migrant-e-s sont victimes de précarité, de pauvreté et de violations de leurs droits fondamentaux dans leur pays d’origine comme dans leur pays d’accueil , la défense de leurs droits doit être une des priorités de nos luttes et notamment lors des manifestations de Juin anti-G8.

Les migrations des femmes latino-américaines vers l’Allemagne ont commencé dans les années 70, pour fuir essentiellement les dictatures militaires , principalement au Chili et en Argentine, à la recherche de l’asile politique en Allemagne.

Cette migration augmente aujourd’hui encore et a été très peu étudiée jusqu’à présent .

Un dossier très intéressant à ce sujet a été fait par la Fondation Heinrich Boll :"« Les nouveaux scénarios de la migration : causes, conditions et conséquences ». Il montre que les femmes migrantes constituent en Allemagne 66,7% de la population totale d’immigrés latino-américains. Le texte « Les latines s’emparent de l’Allemagne » publié sur le site « el Tiempo.com » spécifie qu’en 2005, 92 799 latino-américains résidaient en Allemagne dont 63120 femmes.

A Berlin, les femmes représentent 55,35% du total des immigrés latino-américains. Les pays les plus représentés sont l’Argentine, le Brésil, la Colombie, la République dominicaine, le Pérou et le Mexique avec 57, 38% des migrants. Contrairement au stéréotype des femmes latines dépendantes économiquement et sociologiquement de l’homme, la plupart des femmes latino-américaines qui migrent en Allemagne le font seules.

D’après l’étude « Où vas-tu ? » de Patricia Cerda-Hergel, enseignante à l’Institut de communication Interculturelle de l’Université de Munich, les deux principaux motifs d’ immigration en Allemagne sont :

1/acquérir l’indépendance financière

2/ le mariage, en effet 56% des latino-américaines recensées sont mariées avec un allemand.

 Autre donnée importante de l’immigration en Allemagne : le cas des femmes sans-papier.

A ce sujet ,l’article « Les latino-américaines qui nettoient l’Allemagne » du site « DW-World » signale que légalement ou illégalement, la plupart des femmes immigrées d’Amérique latine travaillent au nettoyage. « Elles sont les bonnes de ce pays, organisent tout, travaillent beaucoup d’heures par jour pour peu d’argent » explique Donatella Salvatori-Wolters, sociologue, spécialisée dans les familles immigrées .

Ainsi, le site souligne qu’à cause des restrictions pour obtenir les visas de travail en Allemagne, surtout avec l’entrée en vigueur la Loi sur les Etrangers de 2005, il n’existe plus d’autre issue à la clandestinité que le mariage avec un-e- citoyen-ne allemand-e ou européen-ne. Pendant ce temps, selon le témoignage de Susanne Schultz, membre d’un réseau de femmes allemandes et latino-américaines, surtout sans-papier, dans l’article « Nouvelles routes, nouvelles actrices : les migrantes latino-américaines en Allemagne » de Bérénice Hernandez, les femmes immigrées en Allemagne, ont généralement un haut niveau d’éducation , et d’études ou au moins une formation technique, mais ne trouvent pas de travail à la hauteur de leurs compétences ni même dans la branche pour laquelle elles ont été formées.

Et bien que la majorité provienne des classes sociales moyennes et parfois élevées, elles sont victimes de discrimination, d’inégalité des droits, d’exclusion en tant que migrantes/femmes/étrangères dans la société d’accueil.

Nous retrouvons les mêmes discriminations en Allemagne qu’en France mais aussi au niveau mondial
,au sujet des femmes migrantes et les mêmes phénomènes de féminisation de la migration.

Elles travaillent majoritairement dans les services à la personne , gardes d’enfants ou de personnes âgées, domestiques ou femmes de ménage, gardes-malades ou infirmières, avec les plus bas salaires et les pires conditions de travail du pays où elles vivent .*

D’après le dernier rapport annuel sur « L’Etat de la population mondiale » le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA),
la moitié des migrants internationaux sont des femmes et des filles - soit 95 sur 191 millions. Elles sont particulièrement vulnérables à la traite, à l’exploitation et aux mauvais traitements.

Malgré des contributions substantielles, tant à leur famille laissée au pays d’origine qu’aux communautés de leur pays d’accueil, leurs droits de femmes migrantes continuent d’être négligés et ignorés, révèle le rapport.
Tout d’abord, il faut faire davantage pour remédier au manque de perspectives d’avenir et aux violations des droits humains qui conduisent beaucoup de femmes à émigrer.

Si la migration féminine peut favoriser l’égalité et offrir aux femmes des possibilités qui n’existent absolument pas dans leur pays d’origine, elle peut aussi conduire à de terribles violations des droit humains : esclavage, prostitution, travail forcé.....

La migration est dangereuse et rendue encore plus périlleuse par la fermeture des frontières et la difficulté d’obtenir un visa.

« Les politiques d’immigration restrictives, qui limitent les possibilités d’émigrer en sécurité et légalement, alimentent le désespoir qui pousse des millions de femmes et de filles à confier leur bien-être et, dans certains cas, leur vie à des trafiquants sans scrupules qui se présentent frauduleusement sous les traits de démarcheurs pour des emplois licites », explique le rapport.

  « Aujourd’hui, la traite des humains vient au troisième rang des commerces illicites, après le trafic des drogues et celui des armes.

Contrairement à ce qui se passe dans les deux autres trafics, les victimes de la traite restent une source permanente de « revenu » à exploiter encore et toujours jusqu’à ce qu’elles soient trop malades ou usées pour continuer à subir l’exploitation ».« Beaucoup meurent de l’esclavage qui leur est imposé - à la suite directe des violences subies ou parce qu’elles contractent l’une des nombreuses
maladies, dont le SIDA, auxquelles elles sont exposées .Les pays entre eux et à l’intérieur de chaque pays doivent tout faire pour déférer les trafiquants devant la justice et pour fournir des services aux victimes de la traite et protéger leurs droits humains. »

« Aujourd’hui, le travail domestique reste l’un des plus importants secteurs à la source du mouvement international des travailleuses
migrantes. Chaque année, des millions de femmes émigrent d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes, et de plus en plus d’Afrique,
vers l’Europe et l’Amérique du Nord, mais surtout vers les États du Golfe et les pays d’Asie en voie d’industrialisation, » indique encore le rapport.

« Cependant, la législation du travail protège rarement les employées de maison et ne les autorise pas à s’organiser. Des millions de
femmes dépendent ainsi de leurs employeurs pour rester légalement dans le pays hôte, ainsi que pour le logement, la nourriture et les
gages, » précise-t-il

« Une autre forme de migration féminine est l’exode massif d’infirmières du monde en développement vers les pays industrialisés. Le vieillissement de la population, combiné à la pénurie d’infirmières et de médecins dans les pays hôtes, alimente la demande, tandis que l’effondrement des systèmes de santé et la pauvreté des pays en développement sont à l’origine de l’offre.

L’exode annuel de 20 000 infirmières et médecins hautement qualifiés hors d’Afrique aggrave une situation déjà sérieuse pour une région ravagée par le sida, le paludisme et une mortalité maternelle et infantile élevée. »
De plus une nouvelle catégorie de migrants voit le jour : « Les jeunes de pays en développement se déplacent de plus en plus et représentent un tiers du nombre total des migrants internationaux. Ils viennent de tous les milieux et traversent des frontières pour des raisons bien diverses.. »

Leurs voyages sont souvent marqués au départ par l’espoir de succès, mais aussi , à l’arrivée, par la déception et le désespoir.

Les migrations nous concernent tou-te-s, au delà de l’actualité européenne.

« Premièrement, les pays qui contribuent activement aux migrations internationales et ceux qui sont largement touchés par ce phénomène n’ont jamais été aussi nombreux. Il est en outre plus difficile désormais de classer les pays en ’pays d’origine’ et ’pays destinataires’ . Deuxièmement, de plus en plus nombreux sont les indices qui témoignent du caractère bénéfique des migrations. Avec des transferts de fonds qui, d’après les estimations, auraient atteint les 167 milliards de dollars en 2005, les migrants originaires des pays en développement envoient à leur famille des sommes d’argent dont le total dépasse celui de l’ensemble de
l’aide internationale », a indiqué le Secrétaire général des Nations Unies.

« Le lien entre migration et développement n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est la célérité de la mobilité mondiale. La réduction des barrières pour les marchandises, capitaux et services à travers le monde touche directement les mouvements de personnes ». (Premier débat à l’échelle mondiale sur les migrations , AG des Nations Unies New York, Sep 14 2006)

La précarité et la pauvreté sont le lot quotidien des femmes et des jeunes migrant-e-s que ce soit dans leur pays d’origine que dans
leur pays d’accueil.

C’est pourquoi , la défense des droits des migrants doit être une des priorités de nos luttes contre la précarité et
la pauvreté, sujet qui sera abordé par le G8 en Juin prochain.

Quand les droits des migrant-e-s sont bafoués ce sont tous les droits humains qui le sont ou vont l’être.

Claudine Blasco,

Commission femmes, genre et mondialisation ATTAC France
25 Décembre 2006

Article fondé sur :"« Les nouveaux scénarios de la migration : causes, conditions et conséquences »de la Fondation Heinrich Boll Déc 2006, et le rapport annuel du Fond mondial des Nations Unies pour la Population Septembre 2006.


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