Yonne Lautre

« Energie, climat, agriculture : Les agro carburants industriels ne contribuent à résoudre ni la crise agricole, ni la crise climatique. » par la CPE

Coordination Paysanne Européenne
mardi 14 août 2007 par Yonne Lautre

COMMUNIQUE DE PRESSE Bruxelles, 23 février 2007

Energie, climat, agriculture : Les agro carburants industriels ne contribuent à résoudre ni la crise agricole, ni la crise climatique.

Ils vont entrer en concurrence avec la production alimentaire.
Il faut changer d’urgence les politiques agricoles, commerciales et énergétiques.
Les exploitations agricoles peuvent contribuer positivement à infléchir la crise climatique.

Remarque sémantique : Au terme de « biocarburants » nous préférons le terme d’ « agro carburant » (le pétrole
aussi est un produit issu d’être vivants).

1) Inefficacité énergétique, économique et sociale
Les agro carburants industriels sont un marché de dupes pour les agriculteurs et les citoyens.

C’est en effet une erreur de produire industriellement du carburant à partir de maïs, blé, betterave ou colza. Ces agro carburants industriels de première génération issus de cultures intensives annuelles ont une efficacité énergétique très faible et des bilans médiocres concernant l’effet de serre.

L’efficacité énergétique est en effet seulement :

autour de 1 selon les modes de production pour l’éthanol de maïs, (1,00= autant d’énergie utilisée pour le produire que d’énergie dans le produit final)

de 1,06 pour l’éthanol de blé

de 1,14 pour l’éthanol de betterave

de 1,66 pour le diester de colza

Ces chiffres sont de 1,35 (blé)-1,25 (betterave) - 2,23 (colza) si on intègre les économies générées par l’utilisation en alimentation animale des co-produits).

Pour l’huile de colza brute pressée à la ferme, les résultats sont meilleurs : 1,88 et 3,8.

(Voir étude EDEN
lien)

L’huile brute de colza pressée à la ferme a donc de meilleurs résultats, en particulier du point de
vue de l’effet de serre. Seul l’éthanol de canne à sucre a des résultats énergétiques satisfaisants. Mais l’Europe n’en produit pas.

Il vaut donc mieux privilégier une meilleure autonomie énergétique des exploitations agricoles en
favorisant l’huile végétale brute plutôt que des usines d’agro carburants : celles-ci ont une rentabilité énergétique et climatique très contestée, une rentabilité économique dépendant de très fortes subventions (défiscalisation), et vont favoriser les grandes exploitations au détriment de l’emploi rural.

L’implantation de ces usines près de grands ports montre que la priorité sera en fait donnée à
l’importation d’agro carburants tropicaux moins chers.

Le non sens énergétique de l’orientation actuelle vient d’être confirmé par l’industrie européenne
des engrais
(lien), qui prévoit une augmentation de la consommation d’engrais azotés en lien avec l’expansion des agro carburants.

Rappelons que les engrais azotés représentent environ 40% de la consommation énergétique des exploitations !

Le développement de carburants de 2e génération issus d’autres formes de biomasse (filière ligno-
cellulosique, déchets organiques) semble plus prometteur du point de vue énergétique que les cultures intensives annuelles, à condition de ne pas mettre en péril la matière organique des sols. Toutefois les volumes de carburants à en attendre ne pourront représenter qu’une part marginale des carburants que nous consommons aujourd’hui.

2) en concurrence avec la production alimentaire en Europe et dans le monde

La seule incorporation de 5,75% d’agro carburants dans les carburants pétroliers nécessiterait 20%
de la surface céréalière.

En utilisant toute la surface agricole de l’UE, on ne pourrait fournir que 30% des besoins actuels en carburants. Si l’on choisit d’importer ces produits, on déplace le problème de la concurrence avec l’alimentation dans ces pays et on maintient une grande dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de l’extérieur.

Au lieu de donner la priorité à la réduction des transports, les pays industrialisés développent
de grands projets de production d’agro carburants dans des pays tropicaux comme la Colombie, l’Indonésie, la Malaisie, le Brésil,...

Cela est fait au détriment de la sécurité alimentaire des populations et de la biodiversité. Les forêts primaires de Sumatra, par exemple, sont transformées en plantations de palmier à huile, tout à fait stériles du point de vue biodiversité. (Voir lettre à l’UE de nombreuses ONG).

Il est nécessaire d’engager un large débat en Europe sur les priorités à donner à l’utilisation
des terres (alimentation, urbanisation, infrastructures, énergie, réserves naturelles,...).

Il faudra y inclure le fait qu’une production massive de viande, caractéristique des pays industrialisés, consomme de grandes surfaces agricoles.

3) des subventions agro carburants à la place des subventions PAC actuelles ?

La CPE s’interroge sur le très important lobbying agro-industriel en faveur des agro carburants,
avec le soutien de la Commission Européenne. Face à la difficile légitimation de la PAC actuelle du point de vue international et social et en anticipant une forte baisse du budget agricole après 2013, ils essaient d’orienter l’opinion publique (plus sensible à la dépendance énergétique européenne qu’à la dépendance alimentaire parce que mal informée) vers la nécessité de subventionner la production et l’utilisation d’agro carburants. Cela garantirait au plus grandes exploitations et à l’industrie le maintien de fortes subventions publiques.

4) Les exploitations agricoles peuvent contribuer positivement à infléchir la crise climatique :

* en modifiant les modes de production (diminuer en priorité la consommation d’engrais azotés) vers des productions plus autonomes et plus économes en énergie.

* en adoptant des systèmes de production et des techniques culturales permettant de faire remonter les stocks de matières organiques des sols, de façon à accroître les quantités de carbone séquestré dans les sols (qui représentent le double du carbone dans l’atmosphère)
si on favorise la production d’huile brute d’oléagineux pressée à la ferme ou localement, ainsi que la méthanisation.

* si on soutient le développement de panneaux photovoltaïques sur les toits des bâtiments agricoles

5)Il faut changer les politiques agricoles, commerciales actuelles

L’urgence climatique nous impose d’abandonner la logique de la PAC actuelle et de l’OMC, qui
multiplie les transports, pour re-localiser l’économie, en donnant la priorité à l’efficacité, à l’emploi et à la préservation de l’environnement. C’est dans ce sens que doit aller l’UE lors du sommet du 8 et 9 mars, et non faire croire à l’illusion des agro carburants industriels.

http://www.cpefarmers.org/


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