Yonne Lautre

« L’origine du G8, le G7 Finances » par Jacques Cossart

Membre du Conseil scientifique d’Attac
mercredi 5 décembre 2007 par Cossart Jacques

L’ORIGINE, LE G7 FINANCES

La genèse du G8, qui va donner lieu à Heiligendamm, pour trente deuxième
fois, à la réunion des Chefs d’états et de gouvernements des huit pays
[1] parmi les plus puissants [2] financièrement de la planète, vaut
d’être brièvement rappelée. Il faut se souvenir aussi que l’Union
Européenne [3] est, depuis le début, associée à l’aventure. On notera
enfin, en terme de puissance, que la Chine et l’Inde qui comptent, en
2004, 37 % de la population mondiale, ne sont pas invitées !

En 1973, le ministre des finances états-unien, George Shultz, « convoque
 » à Washington ses homologues, allemand, britannique et français pour
examiner que faire en face du « désordre » monétaire international qui
n’avait pas manqué de suivre l’abandon de l’étalon or comme référence du
dollar [4]. La première décision que prend cet aréopage est de se revoir
régulièrement, après que se joints à eux les ministre japonais, italien
et canadien, pour affirmer clairement qu’il s’agit bien du directoire de
la planète. Le G7 Finances était né quelque deux ans avant le premier
Sommet de Rambouillet.

Cette filiation est tout sauf anodine, les affaires financières ne
pouvaient rester cantonner aux ministres des finances des Sept, ils
fallait qu’elle puissent être examinées, aussi, au niveau qu’il
convenait pour ne s’opposer, en rien, à la marche du monde capitaliste ;
les Sommets annuels affirment, en effet, n’obéir à aucune idéologie mais
précisent, avec candeur ou cynisme total, que ses membres « sont unis
autour de certaines valeurs universelles, [.] et de l’économie de marché
 ».

Le G7 Finances réunit les ministres des finances des sept pays plus les
gouverneurs des banques centrales des pays concernés. S’agissant de
l’Union Européenne, le président de l’Eurogroupe (le président en
exercice de l’Union Européenne) et le gouverneur de la Banque centrale
européenne (BCE) participent aux rencontres. Elles ont lieu, au moins,
trois fois par an, avant les Sommets du G8, et lors de la réunion de
printemps des institutions financières internationales et celle
d’automne.

Le G8 ne se prétend Institution internationale, il note toutefois avec la
fausse ingénuité qui lui va si bien, que « son rôle est toutefois réel
et important, parce qu’il a une forte capacité de concertation et
d’impulsion, particulièrement en matière économique, et qu’une bonne
entente entre les membres du G8 est indispensable au bon fonctionnement
des grandes organisations internationale. » [5]. Bien entendu, le G7
Finances, qui se cache derrière le G8, ne saurait revendiquer un statut
que celui-ci ne s’attribue pas. Cette « modestie » est un précieux atout
pour qui souhaiterait travailler à l’abri du regard des citoyens. Il
est, par exemple, beaucoup plus aisé d’examiner les positions de la
Banque Mondiale sur tous les sujets, sans exception, qu’elle aborde.

Quand on capte, ici et là, les courts communiqués néanmoins publiés à
l’issue de chaque rencontre, on remarque que le G7, qui estime sans
doute qu’il n’a pas à afficher le « politiquement correct » du G8, qui
ne trompe personne bien entendu, est assez clair dans l’exposé de ses
souhaits qui deviennent des ordres dès qu’ils ont franchi, sans la
moindre difficulté, les portes du G8 et celles des gouvernements
concernés. Qu’on en juge sur quelques points seulement lors des toutes
dernières réunions.

  • Les Objectifs du Millénaire qui constituent les miroirs aux alouettes
    de toutes les rencontres internationales officielles. Le G7 nous avertit
    qu’aucun des objectifs ne sera atteint sans « l’ouverture du système du
    commerce mondial » notamment en Afrique !
  • Le développement économique ne peut passer que par « des politiques
    pour la croissance économique, [.] : des institutions et des politiques
    saines, axées sur la responsabilisation et la transparence ; la
    stabilité macroéconomique ; la transparence financière accrue
    essentielle pour s’attaquer à la corruption, stimuler le développement
    du secteur privé et attirer les investisseurs ; un cadre juridique
    crédible ; et l’élimination des entraves à l’investissement privé, qu’il
    soit intérieur ou étranger ». Quid des paradis fiscaux en matière de
    transparence financière ? Rien !
  • L’aide aux pays pauvres exige « de manière substantielle l’accès aux
    marchés pour les pays en développement [et] d’établir le calendrier de
    l’élimination de toutes les mesures de soutien aux exportations qui
    faussent le commerce dans le domaine de l’agriculture ». Le Mali ne doit
    pas soutenir les dizaines de milliers des familles qui vivent chichement
    de la culture du coton.
  • S’agissant du Sida, on se dit qu’il est difficile de faire pire que la
    situation actuelle, il ne faut jamais désespérer s’agissant de « la mise
    au point et la production de vaccins contre le VIH, le paludisme et
    d’autres maladies le G7 a demandé [.] de consulter [.] les gouvernements
    et l’industrie ». On sait la sollicitude de « l’industrie » en la
    matière !
  • L’ aide publique au développement (APD), « une augmentation
    substantielle » sera nécessaire. Doux euphémisme quand on se souvient
    qu’elle est, en moyenne mondiale, au quart environ de l’engagement des
    années 1960 ! Mais ne désespérons pas puisque « des flux de capitaux
    privés [seront] nécessaire pour aider les pays en développement à
    atteindre les Objectifs du Millénaire ». Sans porter de jugement sur la
    pertinence des investissements directs étrangers (IDE) quant au
    développement, on peut néanmoins s’étonner que le G7 Finances ne semble
    pas préoccupé par le fait que, en matière d’IDE, tout l’Afrique
    sub-saharienne (y compris l’Afrique du Sud), ne représente en 2005 que
    moins de 2 % du total mondial !
  • On se souvient de la part prise par Attac dans la rédaction du Rapport
    Landau, alors quand on lit dans un communiqué du G7 Finances une
    référence audit rapport, on regarde plein d’espoir. Las, la seule mesure
    à laquelle il est fait référence c’est précisément celle dont le Rapport
    disait, en termes diplomatiques, tout le mal qu’elle en pensait. Il
    s’agit de la Facilité financière internationale imaginée par le
    gouvernement britannique pour faire pièce à une fiscalité décidée au
    plan internationale. Pensez donc, quelle aubaine, pour les marchés,
    qu’une APD financée par . les marchés !
  • Quand on remarque une mention pour un pays en particulier, on se fait
    attentif, quand il s’agit du Nigéria, on devient gourmand, surtout quen
    le G7 Finances nous avertit que « le Nigeria constitue la clé de la
    prospérité sur l’ensemble du continent africain [et que le G7 se
    réjouit] des progrès accomplis par le Nigeria en matière de réforme
    économique, comme a permis de le déterminer le cadre de surveillance
    intensifiée du FMI ». Que le taux de croissance par habitant de ce pays
    qui, selon le PNUD [6], se situe au 159ème rang mondial, ne soit, sur
    les trois dernières décennies, que de 0,2 % par an en moyenne, ne semble
    pas émouvoir les maîtres du monde. Pas davantage, d’ailleurs et entre
    autres, que plus du tiers des revenus soit accaparé par les 10 % les
    plus riches de la population pendant que les 10 % les plus pauvres
    doivent s’en disputer moins de 2 %.
  • Mais, soyons juste, le G7 Finance sait alerter le monde sur les graves
    questions de l’heure comme « le niveau élevé et soutenu des prix de
    l’énergie [qui] est grandement préoccupant, étant donné qu’il nuit à la
    croissance économique mondiale ». Que faire devant pareil péril ?
    simple, « consolidation financière continue aux États Unis ;
    approfondissement des réformes structurelles en Europe et en Russie ; et
    d’autres réformes structurelles, y compris la consolidation financière,
    au Japon ». Bon sang, mais c’est bien sûr !
  • Et, dans ce milieu anglophone, last but not least le G7 Finances a « 
    pris l’engagement d’intensifier les mesures visant à accroître
    l’efficacité des efforts internationaux de lutte contre le financement
    des activités terroristes ».
  • Bon prince, le G7 admet que certains pays vont avoir du mal à
    s’inscrire dans ce processus de progrès généralisé. Que faire ? C’est
    simple, il suffit que les institutions financières internationales
    fournissent « une aide supplémentaire pour se développer allez-vous
    penser, vous n’y êtes pas, tout simplement pour « développer leur
    capacité commerciale et faciliter le rajustement de leurs économies,
    suivant une analyse systématique des coûts de transition, de façon
    qu’ils puissent profiter de marchés plus ouverts ».

Mais soyons justes, le G7 Finances n’est pas sans influence sur le
directoire mondial, le G8, ! Qu’on en juge quand celui-ci affirme
benoîtement que sa première mission « est d’éviter une mésentente
politique et économique qui serait préjudiciable non seulement au G8
mais aussi au reste du monde » [7]. Il précise, pour bien marquer sa
sollicitude « Loin de ne s’intéresser qu’à l’évolution de la croissance
des pays qui le composent ou à la résolution de ses propres problèmes,
le G8 traite depuis de nombreuses années de questions qui touchent
directement les pays en développement ». Mais alors, est-on en droit de
demander, pourquoi de tels résultats ?
On ne reprendra pas ici la longue liste des statistiques accusatrices, on
ne redira pas les 1 300 millions d’êtres humains vivant avec moins d’un
euro par jour, pas davantage d’ailleurs que ne seront contestés les
progrès enregistr


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