Yonne Lautre

« La France : entre déclin et modèle social » par Fabrice Aubert

lundi 16 avril 2007 par Aubert Fabrice

Note de la Rédaction de l’Yonne.lautre : les graphiques liés à ce texte sont essentiels à sa compréhension, aussi nous vous conseillons de nous demander (yonne.lautre laposte.net) les deux parties du document de l’auteur en format pdf, logiciel gratuit. Merci de votre compréhension. PP

 Des statistiques et de l’Idéologie


Avertissement au lecteur :

L’objet de cet article n’est pas un appel à voter pour un candidat, aucun
candidat. Cependant devant des présentations économiques qui ne vont que dans un seul sens, il me
semble par contre nécessaire et citoyen de mettre à disposition des citoyens à quelques jours d’une élection
importante des éléments de compréhension sur la nature idéologique des statistiques en économie.
On peut en effet avec des données identiques, dégager un certain type d’analyse qui va conforter une
idéologie politique, notamment le libéralisme, mais on peut avec les mêmes données, dégager une
interprétation radicalement différente, dès lors, que l’on se dégage du mouvement apparent.

Il appartiendra par la suite au lecteur de se construire son opinion politique et choisir son candidat.

 Introduction : Croissance et développement.

Le S.D.F et le P.D.G : Il était une fois un S.D.F qui demanda à rencontrer le patron d’une entreprise de
boites d’allumettes (petites boites). « Monsieur Le P.D.G, recrutez moi comme Directeur de la Production
et je double celle-ci en 2 mois. Si j’échoue, je ne demande aucun salaire, si je réussis, je demande
xxxxxxxxxxxxxxxxx, 00 €, et je pars en vacances ». Le P.D.G hésita quelques instants, puis, se disant qu’il
ne risquait rien, donna son accord.

2 mois après, le P.D.G constata, à son grand étonnement que la
production et la vente avaient effectivement doublé. Interloqué, il demanda à son nouveau Directeur de la
Production de lui expliquer comment il faisait. Le S.D.F indiqua qu’il s’agissait d’un « secret industriel »,
demanda sa paye et s’en alla sur son ile (parachute doré des patrons d’E.A.D.S ou d’ALCATEL).

Le P.D.G de plus en plus curieux, décida d’aller dans la rue, pour voir à la sortie d’un marchand de tabac,
ce qui se passait.

Justement, un client sortait, et voulant allumer sa cigarette, sortit sa boite d’allumettes,
l’ouvrit et .... toutes les allumettes tombèrent par terre. Plutôt que de les ramasser, le client alla en
racheter une autre. Le « secret industriel » était percé et ...renversant.

Les boites d’allumettes au montage
étaient inversées, l’image au lieu d’être dessus se trouvait placée en dessous. A chaque ouverture de boite,
les allumettes tombaient, obligeant chaque client à racheter une nouvelle boite, ce qui expliquait le
doublement en 2 mois de la production et de la vente.

Caricature ou réalité : On pourrait croire que cette histoire est une caricature de la réalité, pourtant, les
accidents de voiture, développent la croissance (réparation automobile) la pollution développe la
croissance (réparation des dégâts)2.

On voit donc comment derrière un critère économique (la croissance),
celle-ci peut se retourner contre les hommes (développement). Tout le document vise à montrer au lecteur
comment les statistiques médiatisées développent une idéologie de l’enfermement.

 LA QUESTION DE LA DETTE

1] Le mouvement apparent :

A écouter les responsables politiques, les médias et beaucoup de
candidats, le premier problème en France serait celui de la dette. Un rapport spécial y a été consacré et
tous les chiffres ont été sortis. Avant d’oser aller plus loin, j’indique par avance que je n’aime pas non
plus la dette, car celui qui est endetté, par principe est moins libre que celui qui n’est pas endetté. Mais
cette précaution initiale prise, rentrons dans le vif du sujet. Il ressort, au vu du graphique que notre dette
publique semble effectivement s’envoler, de manière régulière, depuis le début des années 80. La dette
pèse environ 1.200 milliards d’euros, ce qui en fait le deuxième budget du Pays4 (derrière l’Education
nationale).

2] Une dette insoutenable ?

Certains ont vu dans le niveau de la dette de l’Etat, l’idée que celle-ci
devenait insoutenable. Les mieux placés pour juger la dette d’un Etat sont les marchés financiers eux-mêmes.

Or quel est le titre du monde : « La dette française, un fardeau qui s’arrache sur les marchés ».

Comment une dette publique pourrait-elle être insoutenable, si celle-ci « s’arrache sur les marchés » ?

A
ceux qui ne font pas confiance au monde, je leur conseille de bien lire. Dans un article paru dans les
Echos du 26 Octobre 2006, on apprend que la C.A.D.E.S 5 qui a emprunté sur les marchés financiers
mondiaux s’est vu répondre : « ... les investisseurs locaux (les Canadiens) n’auraient pas hésité à payer
un peu plus cher pour obtenir des titre d’un organisme qui est noté triple A ».

Le responsable
poursuit : « Grâce à cet emprunt en dollars canadiens, nous avons pu atteindre des investisseurs
auxquels nous n’aurions pas eu accès autrement, essentiellement des fonds de pensions et des
gestionnaires de fonds canadiens ».

Si les marchés financiers notent triple A, c’est qu’ils savent que leur
placement est adossée à un système performant. Si les « fonds de pension » investissent dans notre
« dette sociale », ceci signifie en définitive, que c’est notre modèle social (retraites par répartition) qui
finance les retraites par capitalisation.

3] De la relativité :

A en croire ceux qui dénoncent notre dette publique, nous serions le pays le plus
endetté au monde, au bord de la faillite d’Etat.

Il faut là encore prendre du recul et relativiser comme le
montre ce graphique :
(voir document en pdf)

Le graphique permet bien de relativiser notre niveau d’endettement par rapport aux autres Pays.

Observons que le Pays le plus endetté au monde et pour plus du double de la France est le Japon (164 %
de son P.I.B), devant l’Italie et la Belgique et nous avons un niveau d’endettement comparable à
l’Allemagne et aux Etats-Unis, si l’on ne retient que le déficit public9.

4] La croisade de la dette :

A la veille d’une élection Présidentielle, il faut comprendre pourquoi
l’attention est attirée sur la question de la dette. La dette joue le rôle de l’attraction terrestre pour les
fusées. Si l’on est endetté, on ne peut donc pas mener une politique, fondée sur le développement des
hommes (salaires, formation, qualification, santé etc).

Une autre politique est donc impossible car il faut
d’abord régler la question de la dette, sans d’ailleurs se poser cette question de bon sens : D’où vient la
dette ?

5] La dette, c’est la faute aux fonctionnaires ?

Dans la série mea-culpa, je voudrais l’épisode sur la
faute aux fonctionnaires. C’est facile à montrer (en apparence) et c’est populaire, donc ça peut rapporter
plus. La dette c’est donc « la faute aux fonctionnaires ».

Trop de postes publics, trop d’emplois, trop
d’Administration.... Supprimez-moi tout ça, et la question de la dette est réglée. J’attire l’attention du
lecteur, sur le fait que le graphique montre en effet une accélération des emplois publics à partir de
l’année 2000. La question est donc : Mais que s’est-il passé au cours de l’année 2000 ?

6] Du passé ne faisons pas table rase :

Si l’on regarde avec attention l’évolution sur une plus grande
période, on constate que la dette n’augmente pas de manière régulière, mais uniquement dans des
périodes courtes de 3 à 4 ans, notamment après 1990 et après l’an 2000. La question devient donc alors :

Que s’est-l passé au cours de ces années pour que les déficits et l’emploi public augmentent ? Hors à
chaque fois, le système économique a été traversé par des krachs boursiers : en 1990, c’est l’explosion de
la « bulle immobilière », et en 2000, c’est l’explosion de la « bulle internet ».

7] Sauver la bourse :

C’est là, où il faut penser global (articuler le fonctionnement de l’économie publique et
de l’économie privée).

Le krach boursier de l’été 2000 a détruit environ 2.000 milliards d’euros (en France) en
24 mois.

Mais dans une économie mondialisée qui repose avant tout, sur l’activité des marchés financiers, il
fallait rapidement trouver des moyens qui permettent au système financier de ne pas tomber dans une crise
systémique de type 1929. Les Etats10 sont donc venus au « secours des marchés » en injectant des liquidités
financières (emprunts d’états (graphique de gauche) et politique de baisse des taux d’intérêt visant à inciter les
ménages à emprunter) et en soutenant l’activité (emplois publics, privatisation d’entreprises, grands travaux 11
etc). La création monétaire qui en a résulté, a réalimenté les marchés, favorisant le développement de
« l’industrie financière mondiale » (graphique de droite).

On est donc ici très loin du mouvement apparent qui
impute la responsabilité de la dette aux fonctionnaires.

Dans la réalité, les déficits publics ont été la manne
sauveresse des marchés. C’est pour cacher cette réalité là, que les fonctionnaires sont accusés.

 LA PARALYSIE DE L’ETAT ?

1] La dette publique conduit à la paralysie de l’Etat :

Les déficits publics s’accumulant d’année en
année, la dette enfle et prend une part toujours plus importante des ressources de l’Etat, empêchant une
véritable action publique.

C’est ce que montre la revue capital par le graphique ci-joint (voir doc pdf) qui explique :
« notre endettement, un des plus lourds d’Europe.... Grève sérieusement le budget de l’Etat »

2] Une part de vérité qui cache...

Si l’on représente sous la forme d’un graphique les actions de l’Etat
dans le cadre de son budget, on constate que le deuxième poste budgétaire se trouve être en effet le
remboursement des intérêts de la dette contracté par l’Etat au cours des exercices antérieurs.

D’où le
constat établi que le développement de la dette conduit à l’impuissance de l’Etat.

Répétons une fois de
plus, que ce constat est juste, mais que la vraie question à se poser est de comprendre les raisons réelles
de la dette et non de trouver un bouc émissaire exutoire facile (les fonctionnaires).

3] 120 Milliards d’euros de subventions au capitalisme :

Le lecteur peut se demander comment
j’arrive à présenter une « dette publique », en une "subvention massive » au système économique
dominant. Je le renvoie à ma petite histoire du S.D.F et du P.D.G, et je rappelle que les comptes de la
Nation, comme ceux des entreprises sont avant tout des « jeux d’écriture ».

Le budget de l’Etat peut être
présenté comme présentant une « dette insupportable » dont la faute incombe essentiellement aux
fonctionnaires, mais il est aussi possible de présenter de manière toute aussi cohérente que le premier
budget de la Nation va d’abord soutenir le système économique dominant, à savoir le capitalisme
mondial.

* Les aides aux entreprises 65 Milliards d’euros : Selon le Figaro du 24 janvier 2007, les
entreprises ont touché 65 Milliards d’euros.

* Les Subventions aux marchés financiers 22 Milliards : Je renvoie le lecteur à la page 4 du
document, qui montrait comment l’évolution de la dette n’était pas linéaire, mais cyclique et
l’augmentation de la dette survenait après des krachs financiers, nécessitant un soutien de l’Etat
aux marchés financiers, en vue d’empêcher leur écroulement (leçons de la crise de 1929).

Les
intérêts de la dette s’élève à 40 Milliards. Sachant que le taux de prélèvement obligatoire en
France (ce que prélève l’Etat sur les richesses nationales créés P.I.B) est de 44 %13. L’application
de ce taux aux intérêts de la dette me donne en définitive la vraie dette publique soit 18 Milliards.
La différence (40 - 18) me donne la partie de l’argent public qui a été consacré pour soutenir les
marchés financiers au moment de leur propre crise, soit 22 milliards d’euros.

*
La fraude fiscale 14 Milliards d’euros : Un rapport du conseil des prélèvements obligatoires
estime la fraude entre 29 à 40 Milliards d’euros. Je ne retiens que les aspects concernant les
entreprises (Impôt sur les sociétés 4 Milliard d’euros et fraude à la T.V.A = 10 milliards).14

* Les aides au logement 14 Milliards : Un rapport de la cour des comptes estime que les aides au
logement s’élève à environ 14 Milliards d’euros. Comprenons que ces aides, sont en effet une
subvention aux entreprises, du fait de la faiblesse des salaires et de la montée des salariés pauvres.

* La Prime Pour l’Emploi 4 Milliards : Last but not least, la prime pour l’emploi payé par l’Etat à
destination des salariés pauvres est bien une forme de subvention de l’Etat envers les salariés mal
payés par les entreprises.

Et le total de tout ça nous donne le chiffre de 120 Milliards d’euros, comme le représente le graphique
ci-dessous.


4] Une nouvelle lecture du budget de l’Etat :

Et bien cette relecture donne le constat suivant : Le
premier poste budgétaire, n’est pas l’Education nationale, mais, avec 120 milliards d’euros, « les
subventions au capitalisme ».

Je remercie du fond du coeur, mes profs de Français du lycée public de
Manosque, qui nous ont appris à lire Rabelais. Celui-ci indiquait pour la lecture d’un livre : « qu’il fallait
casser l’os pour trouver la moelle ». Et bien un budget c’est un peu un livre, et il faut le casser (le
travailler) pour trouver son sens caché.

J’espère qu’au-delà des aspects techniques rébarbatifs, le lecteur
aura compris que la raison qui pousse les gouvernants à systématiquement chercher des boucs émissaires
et notamment les fonctionnaires, n’a qu’un objectif : cacher une réalité infiniment plus complexe, plus
complexe, car il n’est pas forcément idiot de soutenir l’activité économique y compris par le déficit
public. Le tout est de le dire et de visualiser l’efficacité du système, or là, tel n’est pas le cas.

 LES MENOTTES AU POIGNET :

Quand le titre d’un article des Echos du 21 Mars 2007 s’intitule :

« Le poison de la dette », quand la cour des comptes lance un avertissement au prochain Président, en
indiquant que la réduction de la dette est une urgence absolue, quand l’institut Rexecode (proche du
patronat) indique que « le projet Royal » nous pousse vers un endettement à 70 % », que la candidate ellemême
indique : « dénoncer l’endettement de la France » et qu’enfin aucun des trois grands programmes
ne permettrait la réduction de la dette, on peut en effet se demander ce qui reste comme marge de
manoeuvre16 au politique pour prendre des initiatives en vue de régler les problèmes soulevés par les
citoyens (emplois, logement, pouvoir d’achat, santé etc.).

  ON N’EST JAMAIS AUSSI BIEN TRAHI QUE PAR LES SIENS :

Mais un rapport économique
différent et adopté par le sénat montre les risques d’une logique de désendettement à marche forcée.

De la lecture on se sent libéré des... menottes : Le journaliste des Echos indique : « Dans un rapport,
qui s’appuie sur des travaux de l’OFCE, la délégation à la planification du Sénat estime, à l’inverse du
rapport Pébereau, qu’un désendettement rapide de l’Etat comporte des risques de contraction de
l’activité. Dans un pays endetté aux deux tiers de la richesse qu’il produit (66,6 % fin 2005), la réflexion
semble pour le moins iconoclaste.

Elle est pourtant au centre d’un très sérieux rapport de 244 pages mis
en ligne aujourd’hui par le Sénat, qui vient de l’adopter dans le cadre de sa délégation à la planification.
Tel qu’il a été communiqué à la Commission européenne, l’objectif d’une réduction à marche forcée de la
dette publique présente plus de risques que de bénéfices pour l’économie française à moyen terme,
analyse en substance le sénateur Joël Bourdin (UMP), président de cette délégation ».

De toutes ces contradictions, que faut-il en retirer ?

 LE MOUVEMENT APPARENT / MOUVEMENT REEL :

Sans conclure sur cette question de la
dette et de l’action publique, le lecteur a pu constater que derrière le mouvement apparent de la dette, se
cachaient des éléments beaucoup plus importants que la dette elle-même.

Dans la période actuelle de l’élection présidentielle, la sur médiatisation de la dette a bien comme
objectif de cacher aux citoyens la question fondamentale de l’utilisation de l’argent public et la
dénonciation systématique des fonctionnaires et du service public vise à cacher, en allumant des
contre feux, les vrais responsables du développement de la dette. Mais il en est de même pour
d’autres questions, c’est ce que nous allons voir...

  « L’ABERRATION DES 35 H » OU COMMENT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL ?

Les guignols de l’info ont rendu célèbre l’expression du baron : La baisse légale du temps de travail serait
une incitation à la paresse17. En des termes actuels, il faudrait « travailler plus pour gagner plus ».

1] Fainéants de français :

Déjà que la France avait un problème de compétitivité, voilà qu’on nous
rajoute les 35 h. De fait et comme le montre le graphique (de gauche), la France est le Pays où le nombre
annuelle d’heures ouvrées par personne ayant un emploi est le plus faible, à l’exception notable de ...
l’Allemagne, par ailleurs championne du monde des exportations et par là même de la compétitivité.

Ce
qui montre déjà que temps de travail et compétitivité ne vont pas forcément ensemble, mais il y a plus...


2] selon le regard que l’on porte :

Comment dans ces conditions l’organisme officiel Eurostat, indique
que le Pays où l’on travaille le plus, c’est ... La France. Comment expliquer cette contradiction ?

Donnons la parole au journaliste de la Tribune : « La complexité et la diversité des situations rendent les
comparaisons internationales extrêmement difficiles. L’OCDE, par exemple, compare le « nombre moyen
annuel d’heures ouvrées par personne ayant un emploi », à temps plein ou à temps partiel, calculé
selon la durée affichée par les entreprises.

La France, avec 1.535 heures, y est classée juste devant
l’Allemagne (1.435 heures) mais nettement derrière le Royaume-Uni (1.672 heures) et l’Italie (1.791
heures). » C’est cette présentation qui donne le premier graphique.

Présentation tronquée : « Mais cette comparaison est trompeuse du fait d’un manque d’harmonie dans
les données collectées. Un fait que le très officiel Centre d’analyse stratégique (CAS, ex-Commissariat au
Plan), organisme rattaché au Premier ministre, soulignait dans sa « note de veille n° 37 » de décembre
2006.

Le CAS s’explique ainsi que, s’agissant de la France, l’OCDE s’appuie sur les données conformes
à la « comptabilité Nationale qui ne tiennent pas compte des heures supplémentaires individuelles et des
heures supplémentaires non rémunérées »... Or, ces mêmes heures sont en revanche prises en compte au
Royaume-Uni. »

D’où comme pour nos chers sondages, le besoin d’un redressement qui permette de pouvoir effectivement
comparer des éléments comparables : « L’Institut européen de la statistique, Eurostat, corrige ce biais en
calculant une « durée effective tenant compte des heures normales et supplémentaires pendant une
semaine représentative de l’emploi ». Il s’avère alors que la France réintègre le peloton de tête. Le
nombre moyen d’heures effectivement travaillées par semaine au 1er trimestre 2006 (tous emplois
confondus) s’est élevé à 37,4 heures en France, 35,8 en Allemagne, 35,6 au Royaume-Uni... et 37,3, en
moyenne, pour l’ensemble de la zone euro.

 DE LA COMPETITIVITE :

Après la dette et les 35 h vient souvent la question de la compétitivité.

La France, du fait de ses acquis sociaux et de ses rigidités (service public, statut, code du travail, 35 h
etc.), ne serait pas un Pays compétitif. 700.000 emplois industriels auraient été perdus en 10 ans. D’où
plusieurs données expliquant notre recul dans les échanges mondiaux (sans expliquer pourquoi certains
Pays progressent) et le développement de notre déficit commercial (graphique de droite).

1] « Les fainéants » sont les plus compétitifs au monde :

On peut prendre un graphique représentant un
instantané (à gauche) qui montre que la productivité est plus élevée ici qu’au Etats-Unis, ou sur une
évolution plus longue (à droite), la vérité des chiffres ne varie pas, le salarié français est le plus
compétitif, mais les patrons français ne le savent pas : On peut croire à un travestissement de la réalité,
mais il y a un autre moyen de savoir si ces données sont vraies ou manipulées, c’est de regarder dans quel
Pays les marchés (les acteurs financiers) investissent leurs capitaux ?

2] France :

Terre d’asile pour capitaux en recherche de rentabilité. Cela s’appelle la démonstration
par l’absurde.

Qui mieux que les investisseurs peuvent authentifier la compétitivité d’un Pays ? Ce n’est
vraiment pas par amour de la France ou en mémoire de la Fayette, que le premier investisseur en France
soit les capitaux américains. Pour eux, une seule chose compte le « cash-flow ».

Ces deux graphiques
confirment donc bien qu’en termes de compétitivité, la France n’a rien à envier.

3] Pourquoi le déficit commercial ?

Rappelons au lecteur que la question initiale de la compétitivité
était posée par l’intermédiaire de l’évolution de notre solde commercial.
Celui-ci devenant négatif (plus
d’importations que d’exportations), c’était la preuve de notre perte de compétitivité. La preuve amenée
que nous sommes très compétitif, quelles sont les raisons qui expliquent notre affaiblissement
commercial et industriel ?

4] La question de l’investissement :

Le premier graphique visualise bien cette perte d’emplois
industriels (-32 %), et si l’on observe le graphique de droite, on observe que les entreprises n’ont pas
investis. L’une des raisons de l’affaiblissement, ne se trouve pas dans le manque de compétitivité du
travail, mais dans le manque d’investissement des entreprises.

5] Privatiser pour les profits :

Le graphique de gauche montre l’évolution des entreprises publiques et
de leurs effectifs salariés. La baisse des entreprises publiques et des salariés de ces entreprise est constant,
répondant ainsi aux demandes du M.E.D.E.F, que l’Etat pèse moins dans l’économie (libéralisation).

Que
le lecteur fasse la correspondance entre le graphique sur l’investissement des entreprises et la baisse des
effectifs industriels. Il constatera de lui-même que les courbes vont toujours dans le même sens, et à la
baisse.

La seule qui monte, est celle des résultats financiers obtenus par ces entreprises publiques (en
bleu) réputées non rentables. La privatisation a été le moyen d’amener à la bourse des entreprises saines
qui pouvaient être immédiatement rentabilisés sans avoir à investir, quitte à ce que ce qui était produit
auparavant ici, ne le soit plus, détruisant les entreprises, l’emploi et développant notre déficit commercial.

6] Derrière le management, un nouveau capitalisme :

La « Révolution informationnelle »21 a
engendré une modification dans la manière de produire et dans le fonctionnement de l’entreprise et du
marché. On est passé de ce qui était appelé l’organisation taylorienne, à une organisation en réseau, avec
au centre, la firme pivot (lieu de commandement) et les entreprises (établissements).

Ces établissements
sont de plus en plus autonomes en termes d’organisation (management) du moment qu’ils atteignent et
respectent les objectifs de la firme pivot. Pour y arriver ces établissements pratiquent toutes les mêmes
recettes axées autour de l’externalisation et de la sous-traitance. Hors ce sont dans ces sociétés que se
trouvent l’essentiel des emplois précaires.

En d’autres termes, derrière le management, se trouve un
capitalisme, dont l’objectif est de planifier son profit à l’échelle mondiale et d’externaliser ses risques sur
l’extérieur (entreprises sous traitantes, salariés). Observez la distribution du profit (graphique du bas).

7] L’esclavagisme des Groupes industriels :

Lorsque les P.M.E de 20 à 49 salariés qui représentent 55
% des emplois, se partagent uniquement 7 % de l’activité et 7 % des profits, tandis que les groupes
industriels qui ne pèsent que 4 % des emplois s’accaparent 66 % de l’activité et 69 % des profits, ce n’est
pas du libéralisme concurrentiel, mais du capitalisme pur et dur, planifiant son profit et reportant
(externalisant) sur les P.M.E.

C’est ce système qui tue l’entreprise, pas les fonctionnaires ou les impôts.

 LA FRANCE ET LE CHOMAGE :

Alors là sur ce thème on est dans la manipulation la plus
complète et qui peut s’inverser en fonction de ce que le pouvoir cherche à démontrer.

1] La baisse du chômage :

A écouter le gouvernement, et à lire Les Echos, la France connaitrait une
forte réduction du chômage, résultat de l’action politique du gouvernement.

Cependant comme on est
toujours trahi par les siens, l’annonce politique d’un taux de chômage de 8 % par le gouvernement est
aussitôt contestée par Eurostat, qui s’appuie sur l’étude que L’I.N.S.E.E refuse de publier22 : « Eurostat
voit le chômage à 8 % en Février »23

2] Les chômeurs invisibles :

Comme pour les 35 h, le chômage est une catégorie qui dépend de la
définition qu’on lui donne.

En fonction de celle que l’on retient, on obtient donc un chiffre ou un autre,
Observons : Il y a bien un écart considérable et qui s’accroit au fil du temps, entre le chômage officiel et
le chômage réel. Aujourd’hui, un chômeur sur deux n’est plus officiellement reconnu, ca permet de
nettoyer les fichiers statistiques.

3] Des radiations à la soviétique :

Observez moi cette courbe comme elle est belle, et imaginez son
résultat final, car 30.000 noms rayés des statistiques mensuellement, ça contribue en fin d’année à réduire
le chômage de 330.000 unités... si c’est pas beau le progrès. Le graphique de droite est aussi intéressant.

Observez que dans les motifs de sortie de l’A.N.P.E, la reprise d’emploi ne concerne que 25 % de
l’effectif. On apprend aussi que 8 % sont définitivement mis au rebus (Arrêt de recherche d’emploi), et il
faut rajouter les 10 % de radiés. Enfin chose extraordinaire, 49 % sont dans la nature, je veux dire par là
que l’A.N.P.E ne connaît pas la raison pour laquelle ils ne sont plus présents dans les fichiers (10 % autre
motif + 39 % absences au contrôle) dont une partie serait du selon l’A.N.P.E à une reprise d’emploi.

A ce
niveau de précision dans les données et l’analyse, on comprend mieux pourquoi L’I.N.S.E.E refuse de
confirmer les statistiques de l’A.N.P.E et qu’Eurostat conteste les données de l’A.N.P.E.

4] Mais pour le C.P.E, il y avait trop de chômage chez les jeunes :

Observer le graphique de gauche, il
montre le taux de chômage des jeunes à 23 %, tellement haut, tellement insupportable, qu’il faut trouver
quelque chose et tout tenter pour sortir les jeunes du chômage, d’où la proposition du C.P.E.

Mais le taux
de chômage, comme son nom l’indique est un ratio. Si au dénominateur je prends, uniquement les jeunes
en situation de se déclarer actif, alors j’obtiens un taux de 23 %, mais si je retiens au dénominateur
l’ensemble des jeunes (actifs ou en formation scolaire), alors, comme l’indique le graphique de droite, je
n’ai plus que 7,8 %25.

Surtout le graphique de droite permet de visualiser certains succès du modèle social
français (réduction des inactifs, augmentation important des jeunes en situation scolaire, baisse des actifs
non formés), ce que ne montre absolument pas le premier graphique.

 C’EST LA FAUTE AUX IMPOTS :

Thème lancinant sur les impôts, trop d’impôt, de charges etc

1] La question des prélèvements obligatoires :

C’est ce qui est systématiquement mis en avant, en
indiquant que le poids des contributions (impôts + cotisations sociales) est trop lourd.

Il apparaît en effet,
au vu du graphique, que la France est l’un des pays où le taux de prélèvement obligatoire est l’un des plus
élevé, après le Danemark et la Suède..

2] Un impôt sur le revenu excessif :

N’oublions pas que la politique de baisse d’impôts sur le revenu,
était censée relancer l’initiative, les investissements, la croissance et l’emploi, toute chose dont on a vu
précédemment, que tel n’était pas le cas.

Observons la réalité de l’impôt pour les revenus de la tranche
supérieur, taux présenté comme dissuasif et faisant fuir nos « gagneurs ».27 Comme le graphique le
visualise, pour ce qui est du taux appliqué aux hauts revenus, la France, avec un taux de 40 % se situe au
niveau du Royaume-Uni, très loin derrière l’Allemagne, qui elle applique un taux de 50 %.

Observons
que l’ampleur du débat sur la baisse des impôts sur le revenu, concerne 5 % des ménages (graphique de
droite, et que par ailleurs 50 % des ménages sont exclus de cette baisse puisque ne payant pas d’impôt sur
le revenu, du fait de leur salaire trop faible (expliquant la création de la P.P.E (prime pour l’emploi)).

3] Un impôt sur les sociétés anti compétitif qui dissuadent les entreprises d’investir ?

Côté gauche,
je vous présente le graphique censé démontrer que la France est le Pays qui « taxe le plus ses entreprises
qui créent la richesse ».

En effet, le taux sur l’I.S (Impôt sur les Sociétés) est de 33 % soit, l’un des plus
élevé en Europe.

Alors le lecteur peut se demander ce que signifie le graphique de droite (source commission Européenne)
qui montre qu’avec un taux effectif de 13 % la France est un des Pays du monde développé qui taxe le
moins ces entreprises, et que les Etats-Unis (17,7 %)29, l’Allemagne (20,4 %) et le Japon (25,8 %) sont
les pays qui taxent le plus leur entreprises sur les profits. Où est le mystère et quel en est la clef ?

De la relativité il faut se saisir : La clef du mystère est toute simple et identique en termes de méthode à
elle concernant le temps de travail.

Partant de la proposition de Nicolas SARKOZY de baisser l’impôt sur
les sociétés, car trop lourd : « Le député-maire de Neuilly (RPR), invité dimanche du Grand Jury -le
Monde-L.CI, a placé l’allégement de l’IS en tète des baisses d’impôts qu’il propose, indiquant que le taux
français est de 36 %, tandis que la moyenne européenne est de 32 %.

Le même argumentaire figure en
bonne place dans les tablettes du Medef qui se plaint que le taux français d’IS reste un des moins
compétitifs d’Europe ».

Heureusement, qu’il y a encore des journalistes qui, contre l’idéologie du consensus mou, cherchent à
enquêter sur la réalité. Ecoutons plutôt : « En la matière cependant, comparaison n’est pas raison.

Le taux
d’impôt sur les bénéfices s’applique à des assiettes trop différentes d’un pays à l’autre ; ces assiettes sont
calculées avec des méthodes comptables trop variées ; les règles de l’amortissement sont trop
hétéroclites, pour que la comparaison des seuls taux ait le moindre sens ».

Notre journaliste ne s’en
tient pas à la seule explication sur l’aberration à chercher à comparer des taux incomparables. Il dévoile
une étude : « Heureusement, un économiste de la direction des affaires économiques et financières de la
Commission européenne a fait le tour de la question.

Cherchant à établir des comparaisons
indiscutables, Gaétan Nicodème s’est appuyé sur l’impôt effectivement acquitté sur leurs bénéfices par les
sociétés de l’industrie manufacturière en Europe, aux Etats-Unis et au Japon entre 1990 et 1999.

Il ressort que, si l’on veut traiter l’industrie française comme l’industrie européenne en moyenne, il faut
relever le taux de l’IS et non pas le réduire, sauf à en élargir son assiette. Durant la décennie passée, les
industriels français ont reversé à l’Etat 13 % de leur excédent brut d’exploitation, ce qui situe la France
en dessous de la moyenne. »

Le mystère des taux contradictoires est résolu, enfin presque...

La cerise sur le gâteau : Ce graphique visualise pour les grands groupes industriels la différence entre
le taux d’imposition théorique déterminé par la loi (35 %) et le taux effectivement appliqué en bleu. On
constat que pour ces grands groupes côtés au C.A.C 40, le taux qui s’applique effectivement n’est pas de
35 % mais varie de 25 % à moins de 10 %. Comment est-ce possible.

Le journaliste explique : « Depuis
1995, la dispersion des taux a été sensiblement réduite. Mais les écarts entre les impôts réellement versés
ne se sont guère resserrés. Il apparait en outre que, en France notamment, les plus grandes entreprises
bénéficient d’un impôt réel parmi les plus bas des pays étudiés, et sensiblement plus léger que celui
qu’acquittent les PME33.

Leur poids dans la négociation avec l’Etat, leur capacité à mobiliser l’ingénierie
fiscale, et surtout leur recours à la planification fiscale via da structures à l’étranger sont pour elles
autant d’atouts, particulièrement bien utilisés en France. »

Je laisse au journaliste dans cet article écrit en 2002, sa conclusion oh combien prémonitoire : « Le débat
électoral gagnerait à en tenir compte. », mais de ce débat sur des vrais chiffres comparables, les citoyens
ne l’auront pas, car ce qui compte dans les chiffres montrés par les politiques, c’est qu’ils confortent leur
position, même si ceux-ci ne correspondent, dans leur comparaison internationale, à aucune réalité
scientifique, on appelle cela de l’idéologie, pas de la statistique.

4] Légaliser la fraude fiscale :

Le titre de la Tribune du 6 Avril est : « Sarkozy baissera de 5 points
l’impôt sur les sociétés ».

On est donc toujours dans cette recherche de baisse d’un impôt présenté de
manière mensongère comme pesant trop sur les groupes industriels.

En fait derrière cette mesure, le
candidat Sarkozy cherche à légaliser la fraude fiscale. Lors de la mini émeute de la gare du nord, l’ancien
ministre de l’intérieur a déclaré qu’il était du côté de ceux qui payent leurs billets.

Fort bien, il est pour
condamner les fraudeurs à 2 euros, mais pas ceux qui fraudent 30 à 40 milliards d’euros.

Comprenons,
qu’en baissant l’impôt sur les sociétés, ils donnent raison à ceux qui déclarent contre les faits eux-mêmes,
que l’impôt sur les sociétés est trop élevé. Il entérine la fraude fiscale comme étant la conséquence d’un
impôt trop élevé...d’où sa proposition confirmée de baisser l’impôt sur les sociétés.


5] Plus le vol est gros plus il rapporte :

Une des propositions vise notamment à remplacer une partie de
nos impôts par ce qui est appelé la T.V.A SOCIALE/.

Il s’agit selon leurs promoteurs de la mise : « en
place d’une T.V.A sociale permettant de financer une partie des dépenses de protection sociale (maladie,
retraites...) non plus par des cotisations sociales assises sur les salaires, mais par une hausse des taux de
la TVA.

Selon ses partisans, ce dispositif permettrait de réduire le déficit commercial en abaissant le prix
des produits français à l’étranger et en augmentant celui des biens étrangers importés. Si Nicolas Sarkozy
est favorable à la TVA sociale, Ségolène Royal ne s’est pas encore prononcée clairement prononcée. »

Il s’agit en fait dans les faits d’exonérer les entreprises de leurs responsabilités dans le financement de la
protection sociale et en faisant reporter sur l’Etat et les citoyens consommateurs, la totalité des dépenses
consacrées à la politique des soins.

Enfin observons que sur la graphique précédent c’est sur la T.V.A que
la fraude fiscale est la plus importante. Le transfert sur la T.V.A est avant tout un moyen de baisser
l’impôt acquitté par les entreprises (je parle ici bien entendu des groupes industriels, pas des P.M.E), pour
financer leurs exportations dans la « guerre économique » : « Le report des cotisations sociales sur la
T.V.A revient à transférer du pouvoir d’achat des consommateurs vers les exportateurs ». 36

6] La structure sociale des cotisations :

En 1959, la part patronale dans le financement de la structure
sociale des cotisations contribuait à hauteur de 78 %.

Aujourd’hui celle-ci n’est plus que de 59 %.

L’objectif de la « T.V.A sociale » est d’aller jusqu’au bout de la logique de baisse des contributions
patronales, en les exonérant de toute responsabilité sur la question de la santé des salariés en transférant
l’ensemble des cotisations sur l’Etat et les salariés par l’intermédiaire du développement des assurances
privées : « Il suffirait de réformer notre protection sociale en séparant ce qui relève de la solidarité à
financer par l’impôt, et de services d’assurance, dont la nature est d’être vendus ».

Observons que
dans cette logique, on débouche sur la marchandisation complète de la santé, qui a commencé par le
développement des fermetures d’hôpitaux, et le déremboursement des médicaments, débouchant sur le
concept politique nouveau d’auto médicamentation38.
Réflexion philosophique sur le concept de médicament : Par définition, le rôle d’un médicament est de
soigner une pathologie.

Les médicaments se délivrent par ordonnance, réalisé par un médecin, qui est la
personne compétente pour identifier la pathologie et déterminer le traitement à suivre. On peut
comprendre et admettre que des médicaments, ne soient plus considérés comme efficaces. Il est donc
normal de les retirer de la liste des médicaments à rembourser. Mais est-il normal de ce fait de les laisser
en vente libre ?

Car, je ne connais que deux statuts à un produit médical, soit il répond à la mission de
soigner, c’est donc un médicament et il doit être remboursé, soit ce produit ne soigne pas, ce n’est donc
pas un médicament, et il doit tout simplement être retiré de la vente.

Toute autre solution consistant à
simplement retirer de la liste des « médicaments remboursés », tout en le laissant en vente libre, signifie
que l’objectif final de cette politique vise, à terme, à faire en sorte, que les médicaments (tous les
médicaments) soient considérés comme des marchandises et soient payés dans son intégralité par les
« clients ». Voilà comment sans le dire, on détruit à petit feu, une conquête issue de 1945 et du Conseil
National de la Résistance... pauvre De gaulle !!!

  ON NE PEUT PAS AUGMENTER LES SALAIRES A CAUSE DE L’INFLATION :

La thèse
développée est la suivante. L’inflation (l’augmentation des prix) est la cause de la perte de pouvoir
d’achat, contribue à la perte de compétitivité de l’économie, et de ce fait contribue à détruire l’emploi.
Donc, devant un risque d’inflation lié notamment à la croissance salariale, la politique de la Banque
Centrale doit être de prévenir l’inflation.

C’est exactement ce qui est écrit : « La B.C.E, persuadée que
l’inflation va reprendre, remontera ses taux ». Observons déjà que les mots utilisés sont dans le sentiment
et non la démonstration (« la B.C.E, Persuadée »), et que de plus, les seuls faits scientifiques observables
vont à l’encontre du sentiment exprimé par le patron de la B.C.E, puisque l’inflation est à la baisse...

1] L’inflation salariale ?

Le sentiment de la B.C.E s’appuierait-il alors sur des données sous-jacentes,
qui derrière un taux d’inflation en apparence en baisse, verrait progresser des indicateurs inflationnistes
comme par exemple les salaires.

Hors, là encore, on constate en France une augmentation des salariés
payés en S.M.I.C, et donc en tendance « un tassement général des bas salaires » ainsi que comme
l’indique de manière générale l’O.C.D.E, : « les salaires réels en baisse », ce que traduit le graphique.

2] De la désinflation compétitive ... :

L’inflation nous était présentée comme l’ennemi de l’emploi et
du pouvoir d’achat.

C’est au nom de la bataille pour l’emploi et le pouvoir d’achat, que les gouvernants,
responsables politiques ont promu le marché unique et la monnaie unique. Observons les résultats de cette
politique : Le graphique de gauche indique que la lutte contre l’inflation a été gagnée... mais à quel prix !

Ce sont des cohortes de sans emplois qui se sont déversées en Europe, créant ce que Marx appelait :

« l’armée industrielle de réserve ». La bataille de l’inflation a engendré un chômage de masse en Europe,
ce qu’il faut cacher, d’où la manipulation des statistiques (voir plus haut).

Le second graphique montre
bien que la baisse de la part des salaires dans le P.I.B n’a pas engendré mécaniquement une baisse du
chômage, mais au contraire une augmentation. En d’autres termes tous les discours sur la culpabilisation
salariale (il faut baisser les coûts salariaux), ne sont pas validés par les faits. Et il y a pire...


3] A l’inflation financière :

La courbe violette indique le taux d’inflation et son évolution en France
(graphique de gauche) et aux Etats-Unis (graphique de droite). Observons la similitude d’évolution. La
courbe bleue (à gauche) et rouge (à droite) représente l’évolution des cours boursiers. Observons aussi
leurs similitudes.

Il n’y a pas de différence de politique économique entre l’Europe et les Etats-Unis. La
lutte contre l’inflation, dans la priorité affirmée contre la hausse des salaires, a engendré le
surdéveloppement des marchés financiers. En d’autres termes, les bourses pilotent l’économie mondiale.

4] La politique des taux d’intérêts :

Le marché unique et la monnaie du même nom devaient
contribuer à la définition d’une politique européenne spécifique qui devait aider à sortir l’Europe de la
domination du « modèle Américain ».

Hors l’observation attentive du graphique montre bien une
similitude de comportement de la B.C.E par rapport aux décisions de la Banque centrale Américaine39.
Quand l’Amérique baisse ses taux, la B.C.E, avec un temps de retard, suit le mouvement, quand
l’Amérique remonte ses taux, l’Europe suit, qu’il y ait inflation ou pas41. L’inflation, c’est l’arbre montré
aux peuples qui permet de cacher la forêt (de la dictature des marchés financiers) et de justifier
l’indépendance de la Banque Centrale.

La revendication d’indépendance politique de la B.C.E est mise en
avant pour cacher sa dépendance aux marchés financiers et à la politique américaine.
39 A contrario, la banque du Japon (en jaune) a une vraie politique monétaire indépendante.


5] Les révélations d’une « photo choc »
, l’euro au service des marchés :

Que ceux qui sont fâchés
avec les graphiques, et les données statistiques se rassurent.

Il suffit encore une fois de lire les « bonnes
pages du monde » et de tomber sur cette photo prise au cours d’une enquête intitulé : « Aux commandes
de l’euro ».

Et qu’apprends-t-on sur la légende de la photo ? Que Jean-Claude TRICHET se trouve
« à l’écoute des marchés ».

Dans la série des comptes de fée, il y avait le toujours célèbre Papa Noel qui
amène des cadeaux le 24 Décembre à minuit, dans toutes les maisons du monde, en passant par la
cheminée avec son manteau rouge, il y avait aussi cette histoire de ligne Maginot qui devait tout arrêter et
maintenant nous avons en très bonne position l’histoire de la ligne Maginot monétaire, la fameuse
monnaie unique créé pour nous : « l’euro au service des peuples ».

La photo et son commentaire expriment la même logique que les graphiques analysés à la page
précédente. A chacun de choisir l’explication qu’il préfère...

 DE LA VALEUR TRAVAIL (Sarko le dur) A L’ORDRE JUSTE (Ségo la douce)

1] La valeur travail :

Quand l’expression est utilisée, celui qui travaille doit se sentir renforcé comme si
sont travail était vraiment pris en compte et valorisé.

Pourtant dans la réalité, c’est le contraire qui se
passe.

Derrière la valorisation de la « valeur travail », se cache la dévalorisation salariale. Le premier
graphique (gauche) visualise bien qu’à partir de 1983, la part des salaires dans la valeur ajoutée n’a cessé
de diminuer (- 8 points).

Le graphique en regard montre l’évolution du taux de syndicalisation montrant
bien que la baisse syndicale a plus que favorisé la baisse de la valeur du travail.

Le deuxième graphique
montre l’évolution de la part des salaires dans la valeur ajoutée en distinguant les secteurs marchands
(privés) et non marchands (publics).

On observe que tout en allant dans le sens d’une perte de valorisation
(où est la valeur travail ?), le secteur public dévalorise moins rapidement les salaires que le secteur privé,
révélant ainsi les vrais objectifs des privatisations : baisser encore plus la valeur du travail.

2] L’ordre juste ?

A priori pourquoi pas... Qui peut être contre le désordre ? Ou un ordre injuste ?

La
question n’est pas dans l’expression en tant que tel, mais bien dans la traduction historique que ce concept
« d’ordre juste » a donné.

Hors « l’ordre juste » a toujours été l’ordre des possédants (des propriétaires)
contre les « esclaves » de Rome qui ont massacré dans le sang la révolte des esclaves menée par
Spartacus. C’est aussi au nom de « l’ordre juste » et contre les désordres des éventuelles manifestations
ouvrières que les patrons appellent l’armée, il y aura fusillade et 8 Morts.

« L’ordre juste », c’est celui,
qui après l’assassinat de Jaurès, envoya des millions d’ouvriers et de paysans mourir pour Krups ou autre
Wendel. « L’ordre juste », c’est aussi celui des colonies de l’Algérie au Vietnam.

« L’ordre juste » a
toujours été « l’ordre du profit et du capital ». Peut-on s’étonner alors de cette déclaration : « la candidate
socialiste veut sortir de « l’idéologie punitive du profit » ». L’ordre juste est donc bien celui du profit.
Autre chose aurait été de donner comme sens politique le besoin d’une nouvelle « justice sociale ». Le
concept de « justice sociale » s’oppose à celui de profit, le concept « d’ordre juste », au contraire
optimise le profit.

A la place de la « valeur travail » les progressistes parlent de : « la valeur du travail », car il s’agit là
d’insister sur le fait que le travail a une valeur qu’il s’agit de reconnaître à la fois sur un plan social,
culturel et monétaire (salaire). Quand le capital dans son rapport d’aliénation ne lui reconnaît qu’une
valeur monétaire marginale (productivité relative).

2] la place du profit ?

S’il faut réhabiliter le profit, c’est que celui-ci se porte mal.

Déjà dans les années
70 il fallait développer le théorème suivant : « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de
demain et les emplois d’après demain ».

Observons donc la réalité de ce qui s’est passé en Europe, depuis
les années 60.

Le taux de marge (rouge) augmente, ce qui selon la théorie du théorème appliqué aurait du
entraîner une augmentation de l’investissement, or celui-ci (en bleu) baisse. Le reste est facile à deviner,
comme les investissements qui sont la condition du développement de l’emploi, ne progressent pas, le
chômage augmente, et il augmente au même rythme que la part du profit non investi. Dit autrement, c’est
la distribution des dividendes aux actionnaires qui fait augmenter le chômage. En d’autres termes encore
plus clairs, le chômage de masse est la conséquence des licenciements boursiers.

3] Les profits explosent :

Comme le montre ces graphiques, le profit n’a besoin de personne pour être
réhabilité. Plus, « la France compte plus de groupes mondialisés, que les Etats-Unis ». Notre « modèle
social » n’a semble t-il pas trop gêné. Enfin, entre 2000 et 2006 le profit par salarié a augmenté en France
de 60 %. Qui dit mieux ?

2] Qui prend des risques ?

Dans l’imagerie et l’idéologie libérale, ces profits supérieurs aux salaires,
se justifient, par le fait qu’en définitive, ce sont les entreprises qui prennent des risques, les salariés
percevant en permanence leurs salaires sans avoir à prendre des risques.

On voit tout d’abord qu’en
Europe, qui pour certains est présenté comme modèle social, sur la période 2002-2005, l’augmentation
des dividendes versés aux actionnaires a augmenté de 7,8 milliards tandis que pour les salariés de ces
mêmes entreprises la part consacré aux salaires a baissé de 2 milliards d’euros.

Mais il y plus que les
chiffres bruts, il y a l’interprétation de ces évolutions qui se formalise par le titre : « Les fruits de la
croissance tombent dans le panier des actionnaires ». Précisons, ce graphique est paru dans l’Expansion.
Pour le lecteur fâché avec les chiffres, lisons : « « Les chocs économiques affectent de moins en moins
la profitabilité des entreprises et de plus en plus les salaires », écrit son auteur, Patrick Artus.

Depuis
quinze ans en France, les profits semblent en effet tomber dans la poche des actionnaires avec une
régularité métronomique. Le taux de bénéfice évolue dans une fourchette située entre +6,4% (en 1990) et
+ 8,8% (en 1998).

Les comptes traversent finalement sans trop de mal la récession de 1993, les
fluctuations des taux d’intérêt au milieu des années 90, la chute du dollar et, dernièrement, l’envolée du
prix des matières premières.

Ces caprices de la conjoncture affectent en revanche la masse salariale, soumise à des écarts de croissance
plus nets (de -1% en 1993 à +4,8% en 1999). « Au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en France, la
profitabilité des entreprises n’est plus affectée par les chocs défavorables. Les aléas d’activité ont été
transférés aux salariés », conclut l’auteur.

 CRISE DE NOTRE MODELE SOCIAL OU DE LA MONDIALISATION ?

Quand le G7 se réunit
est ce pour parler de la crise de notre modèle social ? De l’excès de nos « dépenses de santé » ? Du coût
de nos retraites et de nos services publics ? De nos déficits publics et de notre dette insupportable ?

Non
ce qui inquiète vraiment les gouvernements des 7 Pays les plus riches du monde s’exprime de la manière
suivante : « Le G7 s’inquiète des menaces que font peser les fonds spéculatifs ».

Et l’on mesure que
ceux-ci sont passés de 490 Milliards de dollars à plus de 1.336 milliards de dollars en 6 ans, soit une
progression de 66 %. Hors les fonds spéculatifs sont avant tout assis sur des dettes qui deviennent, par
jeux d’écriture (création monétaire)47 des nouveaux prêts. On est devant un volume financier énorme qui
n’est plus connecté à l’économie réelle. La menace vient de là, pas des services publics, qui eux sont
connectés aux besoins.

Une partie de ces dettes viennent de l’énorme déficit américain, qui fait dire à une
économiste américaine (Hélène RAY) : « le déficit courant américain est le plus grand déséquilibre de
l’histoire ». C’est-à-dire qu’on est à un point de déficits cumulés qui n’a encore jamais été atteints dans
l’Histoire.

Et au-delà de cette limite, c’est l’inconnu... Un possible trou noir qui absorbe toute l’énergie
est possible. Le prochain Krach est déjà programmé (« Aux Etats-Unis, la crainte d’une entrée en
récession grandit »)48 et il risque de ne pas pouvoir être géré par les instances internationales, du fait
même de l’ampleur des déséquilibres : « Les déséquilibres internationaux économiques se creusent »49.
Le krach Américain : A ceux qui doutent de cette possibilité, il faut à la fois regarder le graphique, où
l’on mesure bien le niveau de déficit des Etats-Unis et lire ce qu’en dit Alan GREENSPAN50, aspect
confirmé par Joseph STIGLITZ51 : « Le barrage cédera t-il en 2007 ? ». Poser la question c’est...

 HALTE A LA COMPETITIVITE (et au libre échange)

 :

Voilà la seule vraie proposition, qui en
rupture avec tout le passé, permettrait de reconstruire une dynamique fondée sur le développement
durable et qui mette l’homme au centre. En 1957, paraissait un rapport intitulé : « halte à la
croissance »52.

Ce rapport alertait sur la fin prochaine des ressources, notamment pétrolières. Il n’en n’a
rien été, mais il a permis de mettre la croissance au seul service des marchés financiers (c’est l’histoire de
la boite d’allumettes). La recherche de la seule compétitivité a déjà indirectement tué des hommes (fièvre
aphteuse), mais elle en tue aujourd’hui directement (suicides chez Renault et à E.D.F). Combiné au libre
échange, ce système (la mondialisation économique libérale) détruit la planète (pollution au CO2, dont
les Etats-Unis sont les premiers émetteurs).

Décidément l’avenir de la planète ne peut passer aujourd’hui
par des mesurettes. Il faut une vraie rupture.

L’Humanité, pour se sauver, a besoin d’une Révolution.

 MANAGEMENT DES MASSES OU LUTTE DES CLASSES A VOUS DE CHOISIR

Cela fait désormais une vingtaine d’années que l’idéologie dominante, sous prétexte, de modernité justifie
les concepts de compétitivité, de concurrence et de libre échange à l’échelle mondiale (mondialisation),
Les résultats réels de cette politique (chômage, précarité, violence, et destruction de la planète
programmée) sont niés jusqu’à l’absurde (refus du protocole de Tokyo par Georges BUSH).

La République et la démocratie conquis par les peuples, souvent lors de révolution, ont vu le produit de
leur lutte souvent détourné de leurs objectifs initiaux (confusion entre « libéralisme politique » et
« libéralisme économique »).

Les élections, derrière un habillage d’apparat démocratique, cache des enjeux de pouvoir d’un système
économique qui vise à enfermer les choix (contraire à la liberté). De fait, la démocratie (pouvoir du
peuple) a laissé la place à la « démocratie de marché », dans laquelle le marché est au dessus des lois. En
d’autres termes, la question de 1789 qui posait la question de la séparation des pouvoirs, revient
aujourd’hui avec la même acuité, peut-on laisser, au nom de la compétitivité, le pouvoir au marché ?

Si le lecteur a suivi le parcours de ce document, il a pu constater que ce qu’on lui montrait comme une
vérité absolue, pouvait très largement être relativisé, voir contredit par les faits eux-mêmes. Le concept
de « lutte des classe » est bien plus opératoire pour expliquer les évolutions économiques, que les
explications amenées concernant à mettre en avant la fin de notre modèle social (présenté comme épuisé).

J’ai bien conscience que ce document doit apporter beaucoup d’interrogations sur le choix politique à
faire.

Cependant, comme indiqué dans l’introduction, je ne réponds pas à cette question..

Si ce document vous a apporté une plus grande compréhension des liens entre économie, idéologie et
politique, j’aurais alors atteint mon objectif.

La Couronne, le jeudi 12 avril 2007 / fabriceaubert2000 yahoo.fr


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 1355 / 3992654

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site En savoir plus sur ce Monde qui se réchauffe, se dérègle (...)  Suivre la vie du site Économie  Suivre la vie du site Economie : en savoir plus et agir  Suivre la vie du site Articles   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.7 + AHUNTSIC

Creative Commons License