Yonne Lautre

« Peineta Gonzales », « Marrichiweu : dix fois nous vaincrons » par Millapan

mercredi 15 août 2007 par Yonne Lautre

MARRICHIWEU : dix fois nous vaincrons

langue mapudugun, langue du peuple mapuche : « gens de la terre », originaires du Chili.


Au nom de :

José HUENCHUNAO : prisonnier politique mapuche.
condamné à 20 ans de prison en 2004, accusé d’avoir brûlé une forêt de pins, incarcéré au Chili.

- les pins, très productifs et d’une croissance rapide, ayant remplacé les arbres millénaires des mapuches, arrachés
par les « nouveaux propriétaires » des territoires mapuches -

Mumia ABU- JAMAL : « L’affaire qui accuse la justice américaine. »
Journaliste noir, condamné à mort en 1982.

Accusé d’avoir tué un policier (Incarcéré en Pennsylvanie- Etats- Unis)
La mobilisation internationale a empêché par deux fois son exécution, en 1995 et 1999.

Rassemblement tous les mercredis de 18 H 30 à 20 heures, à l’angle de la place de la Concorde et de la rue
de Rivoli pour sauver Mumia.

Léonard PELTIER : prisonnier politique, grand chef sioux.

Condamné à mort en 1976 , accusé d’avoir tué un policier (incarcéré au Kansas- Etats- Unis)

Condamnation également reportée grâce à la mobilisation internationale. Bill Clinton s’était engagé à
intervenir. Promesse non tenue.

***

 PEINETA GONZALEZ

Après être sortîs de la caserne militaire de la force aérienne, nous nous trouvâmes allongés, attachés sur le plancher du microbus.

Aucun des prisonniers ne connaissait notre destination. Nous cherchions à deviner quel serait notre parcours. Nous aiguisions tous nos sens et dans chaque virage, penchés tantôt à droite, tantôt à gauche, nous croyions détenir un indice. Mais le véhicule tardait. Et personne n’avait finalement deviné que le terminus serait le Estadio Nacional, ce stade où nous avions assisté aux principaux exploits sportifs chiliens, à la coupe du monde de foot en 1962, notamment.

Par les tunnels secondaires invisibles au public, nous entrâmes. En descendant du bus, nous reçûmes l’accueil de rigueur avec rigueur. Nous passâmes d’abord dans un couloir, el callejon obscuro.

Comment vous décrire la scène qui s’ensuivit ?

Dans un couloir éteint, nous reçûmes des coups à l’aveuglette, comme dans un jeu d ’enfants.

Dans le premier escalier, un pied croisa nos pieds et nous tombâmes, la tête la première. Nous avions le visage en sang, certains y perdirent des dents et même un oeil. Comme nous essayions de nous relever, nous sentîmes les crosses des fusils s’abattre sur notre dos, sur tout notre corps.

Nous voulions nous remettre debout, essayant de nous protéger la tête.

Vite ... Se protéger le visage avec les bras...

Mais le couloir était interminable. Et une trentaine d’uniformes se tenait à l’accueil.
Nous aussi, nous étions trente mais nos mains étaient attachées dans le dos, les pieds aussi : attachés. Une botte nous déséquilibrait,faisant chuter celui de derrière et même celui de devant puisque nous étions encordés les uns aux autres.

Ensuite, traitement psychologique. On nous laissait debout, dans ce couloir délabré toujours ligotés.

On nous appela l’un après l’autre et on nous frappa avec des barres de métal, enroulées dans du caoutchouc. Beaucoup perdirent connaissance et pour nous faire revenir à la réalité, on nous jeta des seaux entiers d’eau d’égout au visage. On nous fit remettre debout, à coups de crosse. On redressa ceux qui étaient à terre, l’objectif étant de ne pas nous laisser nous endormir. Nous fûmes emmenés à l’Escotilla : l’entrée qui conduit aux gradins.

Parmi les trente, on en prit treize qui ne nous suivirent pas dans l’Escortilla et dont nous ne pûmes jamais plus rien savoir.

Ce fut alors un moment de repos que nous consacrâmes à panser nos blessures. Nous étions environ trois cents prisonniers qui glissions, entassés dans vingt mètres sur dix de béton froid pentu. Au-dessus de nous, nous apercevions la forme préfabriquée des marches des gradins. Peu de hauteur. L’accès de la souricière par laquelle nous étions entrés était fermé par une grille. L’ouverture qui ouvrait sur le stade : fermée également.

Deux cadenas.

Le vent en bourrasques sifflantes perçait la peau de ceux qui n’avaient pas pu trouver place sur les deux accotements.

Derrière les grilles, nos gardiens.

Soudain, un murmure naquit, grandit, et envahit l’Escortilla.

Une question : « Qui sont ces cinq qui viennent d’arriver ? »
Les rumeurs gelèrent et un tonnerre de questions fit place à d’autres questions :

« D’où viens-tu ? Comment tu t’appelles ? »

Peineta GONZALEZ.

Je vins près de lui. Des visages par dizaines nous fixaient et à ce moment là, ils s’aperçurent que nous étions souillés et épuisés.

Parmi ces visages, nous reconnûmes nos voisins, nos collègues, des condisciples d’université.

Des gens, enfin.

« Tiens ! Regarde le type là bas. Il est de ta famille ! »

Nos voix naquirent , grandirent, s’amplifièrent.
Heureux ! Heureux d’être en vie, au chaud, dans un groupe. Nous parlions , nous nous regardions.

Mais voilà que de nouveau, la peur s’empara de ce réconfort qui venait de naître.


La fin de la nouvelle « Peineita Gonzalès » de Millapan sera publiée dès que possible.
Une cinquième nouvelle trouvera aussi sa place dans ce recueil.

 Les nouvelles de Millapan

Millapan. Incarcéré au Chili du 19/O9/1973 au 31/12/77
Condamné à mort en mars 1974.
Libéré grâce à la pression internationale.
Citoyen auxerrois.

Les nouvelles « Elvira », « Cellule 67 », « Vie de cabot », « Peineita Gonzalès »et les poèmes « Une larme de ma plume », « Pacha Mama » et « Marrichiweu » publiés ici ces semaines passées, seront sans doute publiés par une maison d’édition locale et vous en serez les premiers informés : le projet est en cours , en effervescence, et si vous voulez le soutenir, vous pouvez nous contacter yonne.lautre laposte.net.

1000 mercis à Millapan d’avoir fait le choix de les pré-publier sur Yonne Lautre, à Barbara Moreau de les avoir mis en forme numérique et recueillies pour chaque mercredi (quand même, nous les bénévoles , nous pouvons être terriblement fiables !!)

Pour la résistance des Mapuche et de tous les peuples premiers, mercis.

PP de Yonne Lautre

 MARRICHIWEU : dix fois nous vaincrons

Nous étions pourtant déjà là, plusieurs siècles avant l’arrivée des caravelles chargées de mauvais présages,
des mirages d’une colonie de tricheurs, qui sous prétexte de nous apprendre une culture nous ont imposé le
feu et le sang, assassinant notre liberté, ruinant nos terres, nous offrant des maladies inconnues : la peste, le
choléra, la lèpre, la varicelle et nous fumes même pris d’un mal pour nous mortel : le rhume.

Des caravelles chargées des démons d’une religion nouvelle, des dieux invisibles qui firent tomber nos
têtes.

Désolation, escroquerie, saccage : cancer pour nos héritiers d’une nouvelle ruée vers l’or sertie d’une soif
de pouvoir écrasant nos terres.

Alors, l’indien, le noir et l’espagnol se sont mélangés comme pour une offrande à leur dieu.

Même si la Nature était notre unique dieu, même si nous communiions parfaitement avec elle.

Et aujourd’hui, en 2007, 500 ans après , dans notre monde civilisé,

ils continuent...

Ils continuent d’occuper nos terres.

Ils continuent de promettre.

Ils continuent de nous parler d’une terre meilleure.

Ils continuent d’arracher nos arbres sacrés.

Ils dynamitent même nos montagnes.

Ils assèchent nos rivières .

Ils construisent des barrages se dressant contre le monde entier.

Ils continuent, ils continuent, ils continuent, ils continuent, ils continuent.

Nous sommes les premiers écologistes :

l’air, l’eau, la terre : propres, nous les voulons, tels que nous les avons laissés,
chassés cette fois par la démocratie de l’argent.
Pauvres désormais, miséreux, emprisonnés, torturés, condamnés au silence.

Notre langue mondialisée interdite.

Mais nous, jamais oubliés. Jamais tout à fait morts.
Nous crions encore pour le monde entier ; nous sommes entrés en résistance et nous continuons.

Nous brandissons le flambeau des Lonkos, nos ancêtres.

Comme tous ces peuples de la planète Terre qui veulent rester vivants.

Pour tous les peuples de la planète.

MILLAPAN ( Lion d’Or, citoyen auxerrois, d’origine mapuche)


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